Rating M car l'acte est mentionné et des débuts de préliminaires sont brièvement décrits, mais il n'y a pas de description explicite de la chose.


Atsushi ne se rappelait pas quand il avait commencé à embrasser Dazai. Il pensait que c'était quelque temps après qu'il avait maladroitement déclaré ses sentiments.

- Dazai-san… Je vous aime.

Atsushi ne savait pas ce qu'il avait voulu faire avec cette déclaration. Il ne savait pas ce qu'il en attendait. Mais les mots avaient échappé ses lèvres sans qu'il puisse le contrôler, et il ne pouvait plus détacher les yeux de Dazai.

- Atsushi-kun…

Dazai avait l'air pris de court.

Puis, son regard se fit perçant et il murmura :

- Je suis désolé.

Atsushi tressaillit, et alors même qu'il n'avait pas réellement espéré, il sentit quelque chose se briser dans son cœur.

- Je ne peux pas retourner tes sentiments.

Pendant de longues secondes, Atsushi laissa le poids de ces paroles peser sur tout son corps. Puis, il étira ses lèvres en un maigre sourire.

- O-oui, évidemment. Je… Je m'en doutais.

Et alors même que la peine se lisait dans les yeux d'Atsushi, l'expression de Dazai restait impassible. Il regardait les lèvres tremblantes de son protégé, luttant pour former un sourire.

Le sourire se tordit et Atsushi tourna la tête. L'expression de Dazai vacilla légèrement. Il amorça un geste mais il le retint presque aussitôt, baissant la main qu'il avait avancée et détournant les yeux.

Atsushi balbutia finalement des mots d'au revoir.

Alors qu'il s'éloignait, Dazai sentait quelque chose se serrer dans son cœur et tout était subitement froid autour de lui.

oOo oOo oOo

Atsushi et Dazai marchaient vers les dortoirs de l'agence. Ils n'avaient pas planifié de rentrer ensemble. Il se trouve simplement qu'ils étaient partis en même temps.

Les deux hommes étaient silencieux, regardant les couleurs du coucher du soleil s'étendre dans les nuages et dans le ciel.

Bientôt, ils arrivèrent aux dortoirs et Dazai s'arrêta devant la porte de son appartement. Il plongea les mains dans ses poches, à la recherche des clés, et Atsushi s'éloignait, se dirigeant vers son propre logement.

- Atsushi-kun, appela alors Dazai.

Le jeune homme se retourna. Dazai avait ses clés en main et le regard impassible.

- Tu veux entrer ? finit-il par demander.

Atsushi regarda longuement son mentor. Puis, il acquiesça et le suivit derrière la porte. Il enleva ses chaussures à l'entrée, s'excusant du dérangement, et s'avança dans l'appartement.

La pièce de vie était sale et désordonnée. Le peu de choses que possédait Dazai semblait y avoir été entièrement étalé. Les papiers et les livres jonchaient le sol, la table, les commodes. Les bouteilles de saké gisaient dans les coins. Les habits étaient éparpillés sur le tatami, et le futon était défait, les draps roulés en une boule informe traînant un peu plus loin.

Atsushi était habitué à ce désordre. Il entra dans la pièce sans plus réellement y prêter attention et se fraya un chemin jusqu'à la table, parvenant étonnamment à éviter tout ce qui traînait sur le sol. Il s'assit à côté de Dazai, un tout petit peu trop proche, et sans plus de fioriture, ils s'embrassèrent.

Cela se passait toujours de cette manière. Ils arrivaient ensemble aux dortoirs. Dazai demandait s'il voulait entrer. Atsushi acceptait. Et ils s'embrassaient.

Ils n'avaient pas de rendez-vous, ils n'allaient pas au cinéma, au restaurant, à l'aquarium, ou au parc d'attraction. Ils ne se tenaient pas la main, ils ne se chuchotaient pas des mots doux à l'oreille. Ils ne faisaient que s'embrasser.

Atsushi savait que cela n'évoluerait pas en une véritable relation. Mais il s'en fichait. Il n'était même pas sûr de savoir ce qu'était une véritable relation, ou si il y avait droit.

oOo oOo oOo

Atsushi n'avait jamais été quelqu'un d'avide. Depuis toujours, on lui avait appris à se contenter de ce qu'il avait. On l'avait modelé, conditionné pour qu'il sache qu'il ne méritait pas plus, et que ce qu'il possédait était peut-être déjà trop. Alors même si Dazai ne lui donnait pas grand-chose, Atsushi était satisfait. Dazai avait accepté de lui faire une place dans sa vie, et il ne serait jamais assez présomptueux pour demander plus. Certains jours cependant, quand Atsushi voyait le regard lointain qu'arborait parfois son mentor, il ne pouvait s'empêcher d'avoir le cœur serré et de souhaiter, silencieusement, qu'un jour il lui permettrait de voir plus loin que ce qu'il voulait bien montrer.

Dazai se coupait de tout le monde et Atsushi savait qu'il ne faisait pas exception. Il sentait qu'il se fermait à lui comme il se fermait aux autres, qu'il ne lui laissait pas franchir le mur qu'il avait érigé autour de lui depuis son jeune âge.

Parfois néanmoins, des choses sortaient. Certains mauvais jours, Dazai craquait, pleurant et murmurant d'une voix tremblante, tellement éloignée de son habituel ton confiant et espiègle, qu'il devrait peut-être simplement mourir, qu'il était juste un échec de toute façon. Ces mauvais jours, Atsushi s'approchait doucement de Dazai. Il enfouissait son visage dans son dos et il le serrait contre lui, fort, jusqu'à ce qu'il se calme.

Après ces moments d'égarement, Dazai agissait toujours posément, comme si rien ne s'était passé. Puis, lorsqu'Atsushi lui demandait s'il allait bien, il souriait d'un air rassurant, et il remettait en place un mur encore plus solide qu'auparavant.

Dazai semblait avoir honte qu'Atsushi sache qu'il était un homme brisé. Mais Atsushi s'en moquait. Lui aussi était brisé de toute façon.

oOo oOo oOo

Dazai ne se rappelait pas pourquoi il avait commencé à embrasser Atsushi. Il pensait que c'était à cause de la façon dont il avait dit « Dazai-san » ce jour-là.

- Entre, invita Dazai.

Une clé cliqueta dans la serrure et la porte s'ouvrit.

Atsushi fixa longuement l'entrée avant de suivre son mentor dans son appartement.

Dazai s'avançait dans la pièce de vie, piétinant indifféremment papiers et habits sur son passage. Alors qu'il tentait de mettre un peu d'ordre sur la table, retirant une bouteille de saké vide et écartant du bras la paperasse qui encombraient la surface, il demanda :

- Tu veux boire quelque chose ? Je n'ai pas grand-chose par contre.

Quelque chose dans le ton de Dazai fit imperceptiblement sursauter Atsushi et il bredouilla:

- D-de l'eau suffira, merci.

Il regarda son mentor disparaître dans la cuisine puis, il se dirigea vers la table, hésitant. Ce n'était pas la première fois qu'il visitait l'appartement de Dazai, mais c'était la première fois qu'il y remettait les pieds depuis sa déclaration.

Même après qu'Atsushi avait confessé ses sentiments, le comportement de l'ancien mafieux n'avait pas changé. Il se réfugiait toujours derrière le bureau d'Atsushi lorsque Kunikida le sermonnait pour qu'il finisse son travail, et il le taquinait toujours dès qu'il en avait l'occasion.

Ce soir cependant, Atsushi sentait une différence. Quelque chose flottant autour du détective qu'il n'arrivait pas à bien définir.

Dazai revint bientôt avec un verre d'eau et une nouvelle bouteille de saké. Il s'assit en face d'Atsushi, lui tendant le verre d'eau, et se servit le saké dans un choko. Il imprima un doux mouvement circulaire à la coupelle, puis il but une gorgée, savourant l'amertume courant sur sa langue.

Atsushi le regardait du coin de l'œil.

- Tu veux goûter ? demanda Dazai en posant le choko sur la table.

Atsushi sursauta légèrement. Il reprit néanmoins rapidement contenance et rappela :

- Dazai-san, je suis encore mineur…

- Quand j'ai commencé à boire, j'étais mineur aussi, constata le détective.

Atsushi soupira et posa son regard sur la coupelle, contemplant le liquide incolore brillant sous la lumière.

- Je pense que je préfère quand même attendre mes vingt ans, finit-il par répondre.

Et le silence s'installa.

Le calme de la pièce était uniquement brisé par le tic-tac d'une horloge. Dazai regardait distraitement par la fenêtre les derniers rayons du soleil percer à l'horizon, trempant ses lèvres dans le saké, se délectant de la légère brûlure que le breuvage laissait sur son passage.

Atsushi regardait Dazai, ses fins doigts tenant délicatement le choko, ses bandages soigneusement enroulés autour de ses avant-bras, son gilet noir cintrant son buste, sa silhouette longue et svelte. Même dans un décor aussi négligé, Dazai respirait l'élégance et Atsushi ne pouvait s'empêcher de le dévorer des yeux, de contempler son visage, ses cheveux, ses yeux, ses lèvres.

Dazai tourna la tête et surprit le regard du détective. Il lâcha, un léger sourire en coin :

- Tu admires la vue ?

Aussitôt, les joues d'Atsushi se colorèrent et il détourna les yeux, un air presque penaud sur le visage.

Dazai avait rejeté ses sentiments. Il n'avait pas à le fixer de la sorte. Ce devait être sincèrement désagréable de surprendre quelqu'un que l'on n'aimait pas en retour à le regarder ainsi et…

- Atsushi-kun, appela soudainement Dazai.

La voix du détective se voulait rassurante, mais Atsushi ne releva pas la tête. Dazai posa alors la coupelle sur la table, faisant résonner un léger tintement dans la pièce. Puis, il se déplaça pour s'asseoir à côté de son subordonné. Atsushi rougit davantage, encore plus conscient de la présence de son mentor qu'auparavant. Ce dernier cherchait son regard, mais il gardait obstinément les yeux baissés.

Dazai scruta longuement son protégé. Puis, il plaça une main sous le menton d'Atsushi. Il releva délicatement sa tête, plongeant son regard dans le sien, et Atsushi se sentit fondre.

- Dazai-san… murmura-t-il.

A ce chuchotement à peine audible, Dazai sentit quelque chose tressaillir au fond de lui et il fixa Atsushi, ses joues rouges et ses yeux qui le regardaient comme s'il était la plus belle chose qu'il ait jamais vue.

Dazai glissa sa main sur la joue de son protégé.

- Tu veux que je t'embrasse ?

Le détective avait posé cette question avec une voix impassible, mais il y avait une certaine chaleur derrière ses yeux sombres, et Atsushi sentit ses mains devenir moites. La paume de Dazai était douce sur sa joue et toute sa présence semblait l'envelopper dans du coton.

Atsushi ouvrit la bouche.

- Si… Si vous le voulez, aussi.

Dazai contempla longuement son protégé avant de répondre :

- J'aimerais bien.

Les deux hommes se regardèrent dans les yeux quelques secondes supplémentaires. Puis, Atsushi posa une timide main sur le gilet de Dazai. Ce dernier se pencha, lentement, et il l'embrassa. A ce contact, Atsushi sentit une douce chaleur se répandre dans son corps et il se rapprocha un peu plus, affermissant sa prise sur son gilet. C'était son premier baiser.

Les lèvres de Dazai avaient le goût de saké, et il se sentait comme enivré.

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Le soleil était en train de se coucher. Les rayons se retiraient petit à petit de l'appartement de Dazai et le désordre se dissimulait dans la pénombre.

Près du futon, deux silhouettes se mouvaient, rassemblant leurs habits éparpillés autour du matelas.

Dazai trouva rapidement les siens. Il remit son pantalon et sa chemise, laissant traîner son gilet et sa cravate un peu plus loin. Puis, il tourna son regard vers Atsushi et l'observa enfiler les vêtements que l'agence lui avait offert à son arrivée. Le pantalon de Fukuzawa. La chemise au col boutonné de Kunikida. Les bretelles de Kenji. La cravate de Yosano. Les mitaines de Ranpo. Et finalement, sa ceinture noire pendante.

Atsushi regarda la ceinture encore un moment, puis, il dit d'un ton que Dazai ne parvint pas bien à identifier :

- Bon, je suis parti.

Dazai acquiesça et Atsushi se dirigea vers le hall. L'ancien mafieux le regarda y enfiler ses chaussures noires – offertes par Tanizaki. Puis, il lui ouvrit la porte et Atsushi sortit. Sur le seuil, le jeune homme leva les yeux vers Dazai, semblant sur le point de dire quelque chose. Mais il parut se raviser et murmura simplement :

- A demain.

Atsushi inclina légèrement la tête avant de s'éloigner, et Dazai sentit une pointe de culpabilité percer son cœur.

Il n'aurait probablement pas dû lui offrir cette relation boiteuse. Il aurait dû s'en tenir à sa première décision : laisser les choses telles quelles. Mais avant même qu'il s'en aperçoive, les choses avaient déjà tourné.

Lorsqu'Atsushi lui avait avoué ses sentiments, Dazai avait été surpris. Puis, lorsqu'il y avait un peu réfléchi, il avait compris. Dazai Osamu était beau, intelligent, charmant, et aux yeux d'Atsushi, il était également l'homme qui l'avait sauvé de la misère. Pour quelqu'un n'ayant jamais connu même l'amour d'un parent, il n'était pas anormal qu'il projette ce genre de sentiment. Et comme tout sentiment de ce genre, il ne serait pas anormal qu'il finisse par passer, pour autant de laisser le temps faire son œuvre.

Dazai regarda Atsushi disparaître au coin du couloir, puis il rentra dans son appartement où flottait encore une odeur de sexe.

oOo oOo oOo

Dazai avait été étonnamment doux avec Atsushi lorsqu'ils avaient commencé à se toucher.

La première fois, Dazai s'était contenté de le masturber, passant ses mains sur son torse, sur ses cuisses et sur son sexe, faisant courir dans le corps d'Atsushi des sensations qu'il n'avait jamais ressenties, faisant sortir de sa bouche des sons qui n'avaient jamais franchi ses lèvres.

Atsushi était venu rapidement, avant même qu'il ait eu l'occasion ne serait-ce que de caresser Dazai en retour, et lorsque la brume de plaisir avait quitté ses yeux, que sa respiration et ses battements de cœur avaient repris un rythme normal, il s'était senti affreusement embarrassé. Il était venu tellement vite. Dazai l'avait à peine touché qu'il éjaculait déjà dans ses mains. Et Dazai était toujours habillé. Il n'avait encore rien fait pour lui et… Et…

Ces mots étaient sortis de la bouche d'Atsushi en un flot ininterrompu, précipité. Mais Dazai l'avait rapidement coupé, passant une main dans sa nuque et lui assurant que ce n'était rien, qu'ils pouvaient s'arrêter là pour aujourd'hui.

Atsushi avait insisté pour lui rendre la pareille.

Les premières caresses du détective avaient été timides, maladroites, mais Dazai avait laissé échapper quelques soupirs et avec un peu d'aide, Atsushi l'avait fait venir également.

Après cette première tentative, les deux hommes s'étaient masturbés plusieurs fois, apprenant ce qui donnait du plaisir à l'autre. Puis, Dazai avait fait l'amour à Atsushi.

Il avait fait attention, à ne pas lui faire mal, à ne pas lui donner de première mauvaise expérience. Pour que le jour où Atsushi trouve finalement quelqu'un de bien, quelqu'un qui l'aimerait correctement en retour, il puisse entretenir une relation sans être hanté par de mauvais souvenirs.

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Dazai n'enlevait jamais ses bandages lorsqu'ils faisaient l'amour. Parfois, ils dormaient dans le même lit, et c'était plus que ce qu'il avait jamais permis à quiconque.

Malgré tout, à chaque fois qu'ils se déshabillaient et que Dazai revenait vers le futon, Atsushi regardait de manière un tout petit peu trop insistante les bandages qu'il portait toujours. Ce regard se voulait discret, furtif, mais il n'échappait jamais à Dazai. Et lorsqu'Atsushi s'en apercevait, il détournait immédiatement les yeux. Dazai lui faisait alors une fleur et feignait de n'avoir rien vu. Il caressait sa joue, embrassait le creux du son cou, et doucement, l'étendait sur le futon. Car s'il ne lui avait pas offert son cœur, il ne lui avait pas non plus réellement offert son corps.

Aussi loin qu'il se souvienne, Dazai avait toujours porté des bandages. Il se sentait à l'aise avec eux. Ils étaient une partie de lui, une seconde peau dont il ne voulait pas se défaire. Ils le cachaient aux yeux du monde, et à lui-même.

oOo oOo oOo

La lumière tamisée d'un vieux lampadaire éclairait faiblement l'appartement de Dazai.

Deux personnes bougeaient sous les draps du futon, se frottant l'une contre l'autre, laissant échapper des soupirs de plaisir. Leurs respirations étaient erratiques, et bientôt, Dazai releva légèrement son buste, tentant de reprendre son souffle.

Dazai surplombait Atsushi, son poids reposant sur ses avant-bras placés de part et d'autre de la tête du détective. Leurs habits étaient à moitié défaits. Le gilet de Dazai et la cravate d'Atsushi gisaient un peu plus loin, et leurs chemises étaient presque entièrement déboutonnées.

Durant plusieurs secondes, Atsushi contempla les cheveux décoiffés de son mentor, ses épaules se soulevant au rythme d'une respiration rapide, ses clavicules saillant sous les bandages et sa chemise chiffonnée par endroits. L'ancien mafieux ne lui laissa pas plus de temps pour apprécier la vue.

Dazai embrassa Atsushi, étouffant ses soupirs et les siens. Et Atsushi passa ses mains sur le torse de Dazai, profitant de la large ouverture que lui offrait sa chemise. La sensation des bandages sous sa paume était rêche, râpeuse, et il se demanda, non pour la première fois, ce que cela ferait de sentir sa peau nue.

Bientôt, Dazai quitta la bouche d'Atsushi pour embrasser son cou. Il faisait courir sa langue dans le creux de celui-ci, mordillant et soupirant sur sa clavicule. Atsushi laissa échapper un gémissement.

Dazai tortura encore un peu le cou de son protégé avant de se redresser pour se débarrasser définitivement de sa chemise. Alors qu'il défaisait les derniers boutons, Atsushi regardait son cou bandé, se demandant ce que cela ferait de l'embrasser comme il venait de le faire, de sentir sa clavicule avec sa langue, sous les bandages.

Dazai sentit le regard d'Atsushi et il lui jeta un regard en coin, cessant momentanément de déboutonner sa chemise. Atsushi le remarqua et Dazai crut qu'il allait une fois de plus détourner les yeux, mais cette fois-ci, il continua à fixer le tissu entourant son cou, les pupilles légèrement dilatées.

Atsushi tendit une main, caressant distraitement la limite entre la peau et les bandages.

- Tu veux que je les enlève ?

La voix de Dazai était inhabituellement sérieuse, et son regard, fixe.

Cette fois-ci, Atsushi détourna les yeux.

Durant de longues secondes, Dazai resta immobile, jusqu'à ce qu'Atsushi ouvre la bouche et murmure, hésitant :

- Seulement… Seulement si vous êtes d'accord.

Cette réponse qui ne voulait ni dire oui ni dire non rappela à Dazai leur premier baiser, et un sourire presque triste étira ses lèvres.

Le voyant, Atsushi se hâta d'ajouter :

- S-si vous ne voulez pas, il n'y a pas de problème. On… On peut continuer, ce… ce qu'on…

Atsushi rougit et s'empêtra dans ses mots, trop embarrassé pour verbaliser leurs activités. Et devant ses joues rouges et ses bredouillements discontinus, les yeux de Dazai se firent plus affectueux, son sourire se transformant en quelque chose de plus sincère et de presque tendre.

L'ancien mafieux aurait pu le taquiner. Il aurait pu essayer de lui faire prononcer ces mots impudiques et indécents – à coups de « Ce qu'on… ? » ou de « Atsushi-kun, je ne suis pas sûr d'avoir bien compris la fin de ta phrase… » – contrôler la discussion et faire oublier le sujet des bandages pour le reste de la soirée.

A la place, il se leva et dit :

- Je vais les enlever.

A cette affirmation, les yeux d'Atsushi s'agrandirent. Puis, il rougit davantage, confus et touché à la fois que Dazai accepte de se mettre à nu devant lui.

L'ancien mafieux se positionna à quelques pieds du futon, le dos tourné à Atsushi. Il défit lentement les derniers boutons de sa chemise, la fit glisser le long de ses épaules, de ses avant-bras, révélant encore plus de bandages, de tissu qui ne laissait pas transparaître la moindre parcelle de peau. Puis, la chemise tomba sur le sol, suivie par le pantalon et le caleçon.

Dazai resta alors longuement immobile, caressant absentement la limite entre les bandages et la peau de sa main gauche. Puis, il se mit à les défaire.

Comme envoûté, Atsushi le regarda lentement enlever couches après couches, dévoilant la peau de ses bras, de ses épaules, de sa nuque, de son dos.

Dazai était concentré sur le mouvement de ses mains, retirant le tissu avec une dextérité perfectionnée avec les années. Chaque fois qu'il finissait d'enlever une bande complète, il l'enroulait sur elle-même et la déposait sur le sol, bien plus soigneusement que ses habits.

Le détective prit un temps infiniment long pour retirer ces bandages qu'il n'avait jamais enlevé devant autrui. Et lorsqu'il revint près du futon, dans son plus simple appareil, Atsushi le regarda. Il contempla ce corps dont il avait si souvent rêvé et qu'il n'aurait jamais cru voir.

La peau de Dazai sous ses bandages était étonnamment lisse et exempte de défaut. Seuls quelques endroits étaient barrés par des cicatrices, mais tellement légères, effacées par le temps, qu'il fallait presque plisser les yeux pour les distinguer dans une si faible luminosité. Paradoxalement, les marques de brûlures griffant le flanc d'Atsushi étaient bien plus impressionnantes.

Dazai reprit lentement place au-dessus d'Atsushi. Toute confiance avait déserté son visage et il ne lui avait jamais paru aussi vulnérable.

- Dazai-san, murmura-t-il.

La voix d'Atsushi fit presque sursauter Dazai et lorsqu'il expira un souffle qu'il ne s'était pas rendu compte avoir retenu, il réalisa que tout son corps était tendu.

Atsushi passa une main dans les cheveux de son mentor, caressa sa joue, restant dans les limites de ce que les bandages n'avaient jamais recouverts. Et lentement, Dazai se détendit, se rapprochant légèrement d'Atsushi. Ce dernier plongea alors les yeux dans les siens, comme pour lui demander la permission, et lorsqu'il la lui accorda, il posa une main sur son avant-bras nu.

Dazai frémit. Le contact était bizarre, étranger. Il se demanda depuis combien de temps il n'avait plus été touché.

Atsushi remonta lentement le bras de Dazai, caressant ce qui était auparavant caché derrière des bandages. Il s'arrêta à l'épaule, explorant des yeux ses clavicules et son cou. Il crut voir un sillon rose pâle entourant sa base.

Atsushi plissa les yeux et fixa longuement l'indéniable marque. Puis il se releva, passant ses mains autour de la nuque de Dazai, et posa ses lèvres dans le creux son cou, juste à côté de la marque de pendaison. Dazai sentit une douce chaleur s'étendre sur sa peau et il laissa Atsushi embrasser encore un peu son cou avant de placer une main dans son dos et d'amener ses lèvres sur les siennes.

Le baiser qu'ils échangèrent ne ressemblait à aucun de ceux qu'ils avaient partagés. Lors de leurs ébats, c'était toujours Dazai qui avait les commandes. Il était celui qui avait l'expérience, la compétence. Mais avec ce baiser, Atsushi avait l'impression d'être embrassé un adolescent timide qui était nerveux pour sa première fois.

Ce soir-là, ils firent l'amour lentement, précautionneusement, Atsushi prenant garde à ne pas dépasser les limites de Dazai, laissant la plupart du temps ses mains dans ses cheveux ou dans le creux de son dos.

Lorsqu'ils eurent fini, Dazai resta un moment au-dessus d'Atsushi, leurs poitrines se soulevant encore au rythme d'une respiration irrégulière. Puis, il se leva, rassembla tous ses rouleaux de bandages et se dirigea vers la salle de bain.

Lorsqu'il en ressortit, ses bandages étaient parfaitement remis en place et Atsushi était assis sur le matelas, un simple caleçon sur lui. Dazai marcha vers le futon, saisissant au passage un t-shirt ample et un pantalon de pyjama traînant sur le sol.

Atsushi se demanda s'il allait lui demander de partir, mais Dazai éteignit la lumière et se glissa sous les draps. Le jeune homme se coucha alors à ses côtés, sans le toucher.

Atsushi garda longuement le regard en direction de Dazai qu'il pouvait à présent à peine distinguer dans la pénombre. Puis, longtemps après qu'ils avaient fait l'amour, il murmura :

- Je vous aime.

Il l'avait chuchoté tout bas, comme s'il n'avait pas encore décidé s'il était sûr de vouloir que Dazai l'entende.

Mais Dazai l'entendit et il sentit sa gorge se nouer.

Atsushi n'attendait pas de réponse. Dazai le savait. Il aurait pu très bien ignorer cette deuxième déclaration et continuer leur relation comme si de rien n'était, comme il l'avait fait avec tant de choses auparavant. Mais après tout ce temps, il pensa qu'Atsushi méritait finalement une véritable réponse.

- Si je t'aime en retour, tu finiras par disparaître, murmura-t-il.

Confus, Atsushi regarda son mentor, aussi troublé par le fait qu'il ait répondu que par le sens de la réponse elle-même. Et au bout d'un long silence, il ne put que balbutier :

- Dazai-san, je ne vais pas disparaître...

Il ajouta ensuite sur un ton beaucoup plus bas :

- Sauf si vous le souhaitez.

Et à ces mots, Dazai se dit que c'était peut-être le moment. Qu'il était peut-être finalement temps pour lui de réellement jouer son rôle de mentor, de stopper ce semblant de relation et de laisser Atsushi être heureux.

Mais tout ce qui sortit de sa bouche fut :

- Ce n'est pas une question de savoir si je souhaite que tu disparaisses ou non. C'est simplement que je perds inévitablement tout ce qui m'est cher.

« Tout ce que je ne voudrais jamais perdre est toujours perdu. Il ne fait pas de doute que tout ce qui vaut la peine d'être désiré sera un jour perdu après l'avoir obtenu. »

Cela avait toujours été comme cela pour lui. Et la dernière fois qu'il avait laissé son cœur s'attacher à des gens, l'un l'avait trahi, et l'autre était mort dans ses bras.

Atsushi fixa Dazai, réalisant lentement ce qui entourait le cœur de son mentor ainsi que la fragilité – bien plus grande que ce qu'il avait pensé – qu'il y cachait. Et soudain, il sentit une certaine irritation le gagner. Car avec un tel état d'esprit, Dazai ne pourrait jamais être heureux. Ni avec lui. Ni avec personne d'autre.

Atsushi prit le visage de Dazai entre ses mains – un peu trop brutalement. Et soudain, sa voix était pleine d'assurance.

- Dazai-san, commença-t-il en le forçant à le regarder dans les yeux. Je suis plus fort que ce que vous imaginez.

Face à la fermeté et la confiance qu'Atsushi mettait rarement dans ses paroles, Dazai écarquilla légèrement les yeux. Puis, un rire étranglé s'échappa de ses lèvres.

Dazai avait toujours su qu'Atsushi était le plus fort d'eux deux. Depuis le premier jour, il avait senti en lui une force qu'il ne pourrait jamais posséder, une confiance en la vie qu'il n'avait jamais eue.

Le regard tremblant, Dazai fixait ce qu'il pouvait voir d'Atsushi, et Atsushi continuait à le transpercer du regard.

Puis, les yeux du détective se firent plus doux. Sa prise sur le visage de Dazai se relâcha et il répéta doucement :

- Dazai-san, je ne vais pas disparaître.

Atsushi sentit le tressaillement de son mentor plus qu'il ne le vit, et lorsqu'il le serra contre lui, ses yeux étaient légèrement humides. Atsushi passa une main dans ses cheveux, caressant tendrement les mèches brunes. Dazai enfouit sa tête dans son cou.

Dazai n'était toujours pas sûr d'être capable d'aimer correctement. Mais peut-être, pourrait-il essayer.


J'éprouve une grande affection pour cette histoire. C'est probablement mon écrit préféré parmi tout ce que j'ai jamais produit. J'espère que vous l'avez appréciée autant que moi ^^