- Minnie, attends-moi !

Le petit garçon courait le plus vite possible pour rattraper sa sœur qui disparaissait déjà sur le chemin. Ils venaient souvent se promener dans ce coin de forêt, accessible depuis leur jardin. Si l'on considérait accessible un chemin auquel on accédait en rampant sous la cabane de jardin, puis sous le mur d'enceinte du jardin.

Minerva et Ewan avaient découvert ce passage par pur hasard. Ils jouaient dans la cour derrière leur maison un soir de printemps. Ils avaient entendu un bruit étrange venant de ce coin. Ils avaient trouvé deux chatons qui jouaient sur un vieux fût en métal contenant des cailloux. En les voyant, les chatons avaient fui sous la cabane. Les enfants les avaient suivis sous la bâtisse, par le vide sanitaire, puis avaient débouché sur le chemin forestier qui longeait le large mur. Ils n'avaient pas retrouvé les chatons mais un nouveau terrain de jeu.

Minerva, du haut de ses sept ans menait son jeune frère Ewan à la baguette. Les pas-tout-à-fait deux ans qui les séparaient permettaient cette proximité et cette complicité que l'on trouve parfois chez des frères et sœurs. Ils pourraient être jumeaux, personne n'en serait surpris…

Leurs aventures de ce jour les avaient menés bien au-delà de la distance qu'ils parcouraient habituellement. Passionnés par leur découverte, les deux enfants avaient été surpris par le soir tombant brusquement.

Réalisant qu'ils ne pourraient pas rentrer avant la nuit tombée, Minnie avait ordonné à son frère de rentrer en courant le plus vite possible. Ils éviteraient ainsi peut-être à leur père de trop s'inquiéter.

Ewan courait malgré des poumons en feu, cherchant à rattraper sa sœur. Ou du moins à ne pas la perdre complètement. Un bruit de chute et un cri de douleur lui permit de la rattraper juste après un virage. Elle n'avait pas vu la racine barrant le chemin et s'était effondrée sur le chemin pierreux.

Ses mains et ses genoux étaient en sang, l'une de ses joues était également esquintée.

Ewan tendit la main pour aider sa sœur à se relever quant une ombre s'avança vers eux. Un garçon sortit d'un bosquet proche et proposa également son aide à Minerva.

Il avait des cheveux noirs en bataille et des yeux d'un bleu saisissant. Il devait avoir une quinzaine d'années.

Voyant que Minerva peinait à poser son pied au sol, il la prit sur son dos et continua sur le chemin. Ewan ramassa la cape du garçon et suivit sans un mot.

- Je vous amène chez moi. On pourra appeler vos parents comme ça.

Au bout de quelques instants, ils tournèrent dans un chemin qu'ils n'auraient pas pu remarquer sans savoir qu'il se trouvait là. Ils passèrent une barrière et entrèrent dans un jardin. Ils ne voyaient pas grand-chose, du fait de la nuit qui était tout à fait tombée à présent. La maison était éclairée.

Le garçon les fit entrer et installa Minerva sur une chaise dans la cuisine.

- Je m'appelle Elphinstone Urquart. Tout le monde m'appelle Elphi, ou El. Et vous ?

- Je suis Minerva McGonagall, et c'est Ewan, mon frère, répondit la petite fille d'une voix tremblante.

- Est-ce que vous connaissez votre adresse ?

Les deux enfants se regardèrent, gênés.

- Non, je ne connais pas le nom de la rue. C'est la maison en face de l'épicerie, avec les murs gris tout neufs.

- Vous êtes les enfants de Robert ? Intervint une voix grave venant de l'escalier.

Un homme entra dans la cuisine, les cheveux aussi noirs que ceux d'Elphinstone, mais des yeux d'un brun sombre. Il avait un nez très proéminent, qui le rendait très intimidant pour les deux enfants.

- Oui, répondit Ewan. C'est le prénom de mon Papa.

L'homme s'approcha de Minerva, sortit un bout de bois de sa poche et le dirigea vers les différentes plaies que présentait la petite fille. Il murmura des mots que les enfants ne saisirent pas et la joue, les genoux et les mains de l'enfant se trouvèrent nettoyés et guéris en juste un instant.

- Vous n'avez pas l'air surpris, remarqua Elphinstone. Vous avez déjà vu de la magie ?

- Maman avait aussi une baguette, répondit Ewan.

- Mais on ne devait jamais en parler, intervint Minerva. Personne ne doit jamais savoir ni voir qu'on peut aussi.

- Ne vous inquiétez pas, ici dans cette maison, nous sommes tous des sorciers. Mon fils, Elphi, va à l'école de sorcellerie de Beauxbâtons. Votre mère était une sorcière ?

Les deux enfants hochèrent la tête en chœur.

- Et votre père ?

- Non, Papa ne peut pas faire de magie. Sinon, Maman ne serait pas morte, répondit Ewan.

Le jeune homme et son père se regardèrent troublés.

Remarquant leur gêne, Minerva leur dit que c'était ce que leur Papa leur disait toujours. Dès qu'ils avaient une manifestation de magie involontaire, il les grondait, parce qu'on pourrait les voir, mais les encourageait à pratiquer dans l'intimité. Parce que s'il avait pu utiliser la magie pour sauver leur mère, il l'aurait fait sans se soucier d'être vu par qui que ce soit…

- Papa va s'inquiéter… Vous pouvez nous ramener chez nous, maintenant ? Demanda Minerva.

Elphinstone se leva alors et leur tendit les mains. Les deux enfants remercièrent Monsieur Urquart et prirent chacun une main du garçon. Ils sortirent dans la nuit et se dirigèrent vers l'épicerie qui se trouvait au centre du bourg.

C'était une nuit de pleine lune, rendant le chemin visible à travers le feuillage des arbres.

Tout en avançant d'un bon pas, les trois jeunes sorciers discutaient. Elphinstone leur racontait ses premières années d'études en France, les matières qu'il aimait, celles qui ne lui plaisaient pas…

Lorsqu'ils arrivèrent devant l'épicerie, Minerva lui proposa d'entrer pour rencontrer ses frères qui étudiaient à Poudlard.

Le jeune homme accepta et ils entrèrent pour trouver leur père et leurs frères paniqués et équipés pour partir à la recherche de leurs deux jeunes frère et sœur.

- Minnie, Ewan ! Mais où étiez-vous ? Je me suis fait un sang d'encre !

Les deux enfants sautèrent dans les bras de leur père qui les garda contre lui un instant, comme pour se rassurer.

- Bonsoir, Je suis Malcolm McGonagall et voici mon frère aîné, Robert junior. Notre père, Robert McGonagall.

- Bonsoir, je suis Elphinstone Urquart. Nous habitons un peu plus haut sur la colline, dans le bois. J'ai vu votre sœur et votre frère courir puis tomber sur le chemin en essayant de rentrer avant a nuit. Je les ai ramenés chez moi, pour soigner la demoiselle avant de vous la rendre.

- Tu es blessée, Minnie ? Tu as mal ? S'enquit son père.

- Non, le Papa d'Elphi m'a soignée avec sa baguette, et je n'ai plus mal du tout. Regarde ! Dit-elle en présentant ses mains toutes propres à son père.

Un silence de qualité s'abattit sur l'assemblée.

- Sa baguette ?

- Oui, c'est un grand sorcier ! Dit Ewan. Il a lavé les bobos de Minnie et hop, il n'y avait plus de sang !

- Elphinstone Urquart ? Je ne vous reconnaît pas…

- Non, j'étudie à Beauxbâtons. Maman a accepté de venir vivre dans le village natal de Papa, à la seule condition que tous leurs enfants étudient à Beauxbâtons… Mais si tout va bien, je devrais rentrer en Écosse finir mes études. J'ai demandé à être transféré, une fois mes BUSEs en poche. Je voudrais passer mes ASPICs à Poudlard.

Les trois adolescents entamèrent une longue discussion sur les mérites respectifs des deux écoles de magie, pendant que Robert McGonagall installait ses plus jeunes enfants à la table de la cuisine pour les faire dîner.

Une invitation à dîner le prochain samedi, qui était le dernier des vacances et donc le dernier avant le départ des trois étudiants pour cette dernière période de cours avant l'été, fut lancée et acceptée. Les Urquart étaient attendus chez les McGonagall pour 19h.

Une fois Elphinstone retourné chez lui, le dîner fini, Malcolm s'approcha de sa sœur qui regardait par la fenêtre sans vraiment rien voir.

- Ça va, petite sœur ?

- Oui, je pense.

- A quoi ?

- Quand je serai grande.

- Tu voudrais étudier à Beauxbâtons ?

La petite fille leva un regard curieux vers son frère.

- Tu regardais Elphinstone avec beaucoup d'insistance… Il voudrait enseigner à Beauxbâtons après son apprentissage…

- Oh, non, ça je m'en fiche, répondit Minerva en portant de nouveau son regard vers la nuit.

- Alors à quoi penses-tu ? Demanda son frère, gagné par la curiosité.

- Eh bien, quand je serai grande, je l'épouserai.