Bien entendu, rien ne m'appartient mis à part mon histoire ! Je serai ravie d'avoir votre avis sur mon travail.

ELISABETH

PARTIE 15

- « Severus, que faites-vous ici ? s'étonna Ginny en ouvrant la porte. Vous ne devriez pas être à Poudlard ? »

L'homme en question grimaça :

- « Mademoiselle Weasley, depuis quand vous permettez-vous autant de familiarité avec moi ? » bougonna-t-il pour la forme.

Puis revenant à son emploi du temps :

- « J'ai laissé les septièmes années partir plus tôt… »

- « Quoi ? s'exclama la jeune femme. Sûrement pas les Gryffondor… », ajouta-t-elle.

- « Bien sûr que non ! » répondit Rogue hautain.

Il se dirigea ensuite vers Elisabeth qui, studieuse, feuilletait un livre d'images. Le visage du maître des potions s'illumina dans un bref sourire lorsque la fillette lui sauta au cou. Ce bref instant de tendresse fut interrompu par Virginia qui envoya sa fille jouer un peu plus loin.

- « Que se passe-t-il Severus ? » demanda-t-elle doucement.

Comme le sorcier la fixait d'un air interrogateur, elle s'expliqua :

- « Vous êtes volontairement venu à une heure où vous saviez que je serai seule, n'est-ce pas ? Alors, où est le problème ? »

L'homme parût vieillir de dix ans en une demie seconde lorsqu'il soupira :

- « Il y avait une réunion hier soir… Avec les Mangemorts. Et Vous-savez-qui a repéré une faille dans la magie ambiante la semaine dernière… »

Gin apprécia la délicatesse de son ancien professeur : il lui transmettait l'information sans pour cela l'accuser. Ce qui ne l'empêcha pas de se sentir profondément honteuse.

- « Je me suis… Comment dire ? Légèrement disputée avec Drago. Rien d'important mais je n'ai pas réussi à garder le contrôle », avoua-t-elle la mine déconfite.

- « C'était très faible, la rassura Rogue. Je ne m'en étais même pas rendu compte mais Il a fait le rapprochement avec l'épisode de Sainte Mangouste. Votre signature magique est facilement identifiable. Des recherches vont certainement être menées… »

Gin sentit un poids supplémentaire s'abattre sur ses frêles épaules : elle était heureuse, elle aurait même pu trouver sa vie parfaite s'il n'y avait eu cette constante impression d'être traquée. Voldemort avait tué Hermione, détruit Harry moralement et ravagé tout un tas d'autres familles… Et cela ne lui suffisait pas ! Il fallait encore qu'il s'en prenne à la sienne.

- « Que puis-je faire ? » demanda-t-elle d'une toute petite voix.

A ce moment là, Rogue se leva et garda le silence quelques secondes avant de se lancer :

- « C'est pour cela que je suis là. Je suis venu vous proposer d'être votre nouveau gardien du secret. Dumbledore protège Malfoy mais rien n'empêchera le Mage Noir de mettre la main sur vous… C'est toi qu'il faut protéger maintenant Virginia. »

C'était la première fois qu'il la tutoyait mais elle ne s'en rendit à peine compte, aveuglée par la révolte et le chagrin.

- « Il en est hors de question ! s'exclama-t-elle hors d'elle. Et que se passera-t-il alors ? Vous serez encore un peu plus en danger, nous n'aurons plus la possibilité de nous voir, … Et après quoi d'autre ? Cela ne s'arrêtera jamais ! Je refuse de faire un sacrifice de plus, et surtout pas celui-ci ! »

Un silence pesant suivit son éclat de colère, rompu par l'arrivée de Drago.

- « Gin, je… Professeur Rogue ? Que faites-vous ici ? «

- « Rien, je m'en allais. »

Malfoy le regarda partir perplexe : il n'était pas franchement convaincu. Et encore moins lorsqu'il vit sa femme le rattraper pour l'enlacer tendrement.

- « Merci beaucoup Severus, murmura-t-elle. Mais je ne peux pas… »

- « Mais enfin, que se passe-t-il ? » s'étonna Drago, une fois le sorcier parti.

Comme Ginny lui tournait le dos et restait silencieuse, il enlaça son corps tendu :

- « Parle-moi Gin… Dis-moi ce que je peux faire. »

La sorcière se retourna dans ses bras pour lui faire face.

- « Rien. Cette fois, tu ne peux rien faire. Je me débrouillerai », ajouta-t-elle dans une pâle tentative de sourire.

Suite à cela, Ginny décida d'appliquer ce que les moldus appelaient communément « la politique de l'autruche » ! Cela faisait un mois que Rogue était venue la prévenir et tout était aussi calme qu'auparavant… Peut-être, après tout, qu'il suffisait d'ignorer les problèmes pour qu'ils disparaissent ? Si Harry avait été là, il lui aurait dit que l'expérience montrait que le calme ne présageait jamais rien de bon…

Drago arriva à Poudlard en souriant : il avait quitté sa femme complètement surexcitée. Depuis quelques temps, la jeune femme rayonnait… En fait depuis qu'elle s'était mise en tête d'avoir un deuxième enfant. Elle avait, durant une heure, exposé à Malfoy tous les avantages qui faisaient que c'était le moment ou jamais : ils étaient jeunes, la différence d'âge avec Beth serait parfaite, leur travail le leur permettait et milles autres bonnes raisons toutes plus futiles les unes que les autres ! Jusqu'à ce que le sorcier la coupe :

- « Gin ! Doucement ! Tu en as envie ? »

Il dut se retenir d'éclater de rire devant ses yeux écarquillés.

- « Evidemment ! affirma-t-elle avant d'ajouter ironique : Cela ne se voit pas peut-être ? »

- « Je suis d'accord… »

Avait-il eu réellement besoin d'être convaincu ? Il voulait cet enfant autant qu'elle... Et puis, de toutes façons, avait-il été jamais capable de lui refuser quelque chose ?

Il perdit automatiquement son air réjoui (Il avait quand même une réputation à tenir !) lorsque Hagrid l'aborda.

- « Malfoy (Il ne s'était jamais résigné à l'appeler Professeur.), j'ai un message de Dumbledore pour vous. Vous devez aller voir le Professeur MacGonnagal dès votre arrivée. »

Drago hâta le pas sans montrer son inquiétude : que pouvait bien lui vouloir son directeur et pourquoi Rogue n'assurait-il pas la liaison comme d'habitude ? Le Professeur de métamorphose ne perdit pas de temps en bavardages inutiles et annonça d'une voix lasse :

- « Malfoy, nous avons un problème. »

- « Blaise ? s'étonna Ginny avant de sauter au cou de son ami. Si tu savais ce que je suis contente de te voir. Qu'est-ce que tu fais l ? Tu es un peu pâle, tout va bien ? Ma mère dit toujours qu'il ne faut pas… »

Le sorcier restait immobile sur le pas de la porte, regardant la jeune femme papillonner avec une envie de vomir au bord des lèvres. Par Merlin, qu'avait-il fait ? Il vit, de manière floue, la petite Elisabeth venir se blottir contre sa mère et celle-ci se pencher pour l'embrasser. En même temps, il l'entendait lui parler vaguement d'une maison plus grande, d'une nouvelle chambre d'enfant et… Les derniers mots le sortirent de sa torpeur.

- « Qu'es-ce que tu as dit ? »

Virginia stoppa son tourbillon de gestes et de paroles et s'approcha de lui en lui souriant tendrement :

- « Nous projetons d'avoir un deuxième enfant. Dray choisit le prénom et moi les parrains, tu te souviens ? J'aimerai que ce soit toi. Qu'en dis-tu ? »

Devant son manque flagrant de réactions, elle se rendit enfin compte que quelque chose n'allait pas. Il paraissait prêt à pleurer et parlait rapidement de manière hachée :

- « Oh Gin, je suis désolée… Mais tu comprends… Peut-être que si tu avais été là… Mais… Je n'ai pas ton courage… »

Virginia recula de quelques pas et sentit la panique l'envahir lorsqu'il pointa sa baguette sur elle : il avait l'air d'un dément… Se forçant à rester calme, elle chercha Beth des yeux et fut rassurée de la voir jouer dans le jardin. Mais que se passait-il ? Pourquoi le sorcier avait-il ce comportement étrange ? Blaise… Il était avant tout son meilleur ami ! Alors peu importe ce qu'il lui arrivait, elle devait l'aider.

- « Arrêtes Blaise, grimaça-t-elle. Tu arriverais presque à me faire peur ! »

Elle allait s'approcher de lui mais :

- « Ne bouges plus Gin. Et toi Zabini, si tu fais un pas de plus… », menaça Drago d'une voix froide.

Complètement ébahie, la jeune femme vit son salon se remplir d'Aurors : chacun d'eux pointait sa baguette sur Blaise.

- « Mais enfin ! Est-ce que quelqu'un pourrait m'expliquer ce qu'il se passe ? » demanda Ginny dans un soupir exaspéré.

- « Où est Liz ? » l'interrogea Malfoy sans même daigner la regarder.

- « Là. Ta fille est l ! hurla-t-elle en indiquant la balançoire derrière elle. Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ? »

Drago parut enfin se rendre compte qu'elle était au bord de la crise de nerfs et d'un geste vague remercia et congédia les Aurors qui quittèrent les lieux en emmenant Zabini.

- « J'emmène Elisabeth à Poudlard. On vous attend là-bas », informa rapidement Tonks.

Une fois seuls, Drago fut bien obligé de donner une explication à sa femme. Et Merlin savait qu'il aurait préféré ne pas avoir à le faire.

- « Blaise est un Mangemort. »

- « Pardon ? »

- « Tu m'as très bien entendu », soupira-t-il.

- « Mais c'est du délire ! Où as-tu allé chercher une connerie pareille ? »

Malfoy sentit son calme l'abandonner : il venait de passer les deux dernières heures à se faire un sang d'encre pour elle et, elle, elle niait tout en bloc ! Il l'attrapa par les épaules et la secoua sans ménagements :

- « Mais ouvre un peu les yeux, redescends sur terre ! Tout le monde n'a pas ton intégrité. La vérité, la voil : Zabini a choisi son camp et ce n'est pas toi qu'il a choisi ! Et Pansy est morte ! »

Virginia en était restée muette, elle le regardait ahurie se demandant si elle devait éclater de rire ou se mettre à pleurer. A bout de forces et à court d'arguments, Drago lui tendit une enveloppe :

- « Je l'ai trouvée dans l'entrée », déclara-t-il avant de quitter la pièce.

Totalement désappointée, la sorcière ouvrit la lettre.

Petite Gryffondor…

Je préfère prendre mes précautions et t'écrire cette lettre. Je ne sais pas ce que j'aurai le courage de te dire de vive voix…

Il y a quelques temps, Lucius Malfoy nous a contactés Pan et moi. Il nous a donné rendez-vous avec le Mage Noir mais nous avons refusé d'y aller. Je voulais t'en parler mais Pansy a dit que tu avais bien assez de soucis sans nous. Je n'aurai peut-être pas dû l'écouter pour une fois… Nous nous sommes faits piéger : un portoloin nous a emmenés directement au milieu des Mangemorts. Pansy a tout de suite refusé d'entrer dans leur cercle… Elle a toujours eu cette force de conviction que tu possèdes aussi.

Mais ils l'ont torturée. Pour qu'elle change d'avis. Tu la connais, rien n'y a fait. Ils l'ont tuée devant mes yeux Gin… Devant moi et je n'ai pas bougé. Elle me suppliait d'agir mais rien… Je vous ai trahi l'une après l'autre.

Quant est venu mon tour, je n'ai pas opposé la moindre résistance. Mais cela n'a pas suffi, il fallait que je prouve ma bonne foi. Et tu étais le seul secret que je connaissais. J'ai vendu ta vie pour sauver la mienne. Je Lui ai dit qu'en te cherchant, Il trouverait ce qu'Il cherchait… Je Lui ai dit où te trouver et j'ai mis toute ta famille en danger…

Je suis désolé petite fille… Je tiens à toi plus que tout au monde mais je n'ai jamais eu ton courage. A chacun sa maison et je suis un digne membre de Serpentard. En souvenir de notre amitié, je te préviens et j'espère qu'au nom de ce souvenir, tu me pardonneras…

Je t'aime. Blaise.

Ginny pleurait maintenant à chaudes larmes. Sa vie était foutue, elle avait perdu ses deux meilleurs amis et, lui, il lui demandait de le pardonner… Titubant, elle partit à la recherche de Drago et se jeta dans ses bras.

- « Voldemort sait où nous trouver », avoua-t-elle entre deux sanglots.

- « Mais… Et le gardien du secret ? »

- « Il n'y a que toi qu'il protège… Et c'est moi que Blaise a trahi. »

Cette soudaine prise de conscience calma instantanément Virginia : le moment était venu d'agir et elle avait autre chose à faire que de s'apitoyer sur son sort. Malfoy, lui, avait l'impression de s'être pris une claque en pleine figure. Cela faisait maintenant quatre ans qu'il se demandait quand son passé allait le rattraper. Il aurait presque pu finir par y croire… Mais cela aurait été mal connaître son père et le Maître qu'il servait. Sortant tous les deux de leurs pensées, ils prirent la direction de Poudlard : la gravité de la situation exigeait de consulter leurs anciens professeurs.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans la salle de réunion, un silence religieux les accompagnait. Drago avait repris le masque froid, dur et méprisant des Malfoy et celui-ci semblait avoir déteint sur Ginny. Rien ne laissait deviner la peur, la tristesse et la colère qui les étreignaient. Elisabeth se précipita vers ses parents : il y avait encore des traces de larmes sur ses joues et elle paraissait effrayée.

- « Drago, murmura Gin d'une voix douce qui contrastait étrangement avec son apparence. Je ramène Beth à la maison… Pendant ce temps-là, faites de votre mieux. »

Malfoy acquiesça et enlaça sa fille avant de la soulever de terre pour que Ginny la prenne dans ses bras.

- « Ne t'inquiètes pas », souffla-t-il.

Pour toutes réponses, la sorcière l'embrassa d'une manière si langoureuse qu'il aurait pu en rougir dans d'autres circonstances.

- « Je t'aime », chuchota-t-elle sur ses lèvres avant de partir.

Elle traversait le hall de Poudlard lorsque Dumbledore l'interrompit :

- « Nous trouverons une solution Mademoiselle Weasley. »

- « Madame Malfoy », corrigea-t-elle machinalement.

C'était inutile de nier ou de feindre la surprise : Albus n'avait pas extorqué sa réputation, il était impossible de lui cacher quelque chose. Un léger sourire, un brin sarcastique, s'accrocha à ses lèvres :

- « Bien sûr que non Professeur, vous ne trouverez pas. Vous allez chercher évidemment et même avec la meilleure volonté du monde. Vous connaissant, vous ferez sans doute durer un peu, histoire que Drago et Severus ne s'affolent pas trop vite… Mais au fond, vous savez, tout comme moi, qu'il n'y a qu'une seule chose à faire. »

Elle fit quelques pas vers la sortie et s'arrêta de nouveau :

- « Monsieur ? »

- « Oui ? »

- « Arrangez-vous pour que Beth n'aille pas à Serpentard. Elisabeth Malfoy à Gryffondor… Cela devrait valoir le coup d'œil, non ? »

Elle lui lança un clin d'œil amusé et il ne chercha pas à la retenir.

- « Maman, tu fais quoi ? »

Virginia leva la tête du carton dans lequel elle fouillait et offrit un sourire à sa petite fille :

- « Je cherche un livre mon Ange. »

Le regard d'Elisabeth se posa sur un sac de voyage à moitié rempli.

- « Tu prépares des affaires ? » demanda-t-elle un peu étonnée.

Sa mère hocha la tête et retint sa respiration, attendant sa réaction.

- « On va o ? »

- « Papa et toi n'allez nulle part. Je pars toute seule. »

- « Sans moi ? » insista Liz.

Ginny arrêta ses recherches et fit asseoir la petite à ses côtés.

- « Je sais que tu n'es encore qu'une petite fille mais je vais essayer de t'expliquer. Tu sais que c'est la guerre en ce moment ? Et bien… Certaines personnes, pas très gentilles, me veulent du mal alors je dois partir… »

Elle interrompit d'un geste tendre Beth qui allait parler et dont les yeux recommençaient à pleurer.

- « Il le faut ma chérie. Pour nous protéger tous les trois. Pour que tu puisses devenir une merveilleuse jeune fille et faire tourner ton père en bourrique ! »

- « Tu seras comme le papa de Paul qui est mort ? »

Gin retint une grimace : la comparaison n'était pas des plus flatteuses. Le père du petit Paul, un camarade de classe de Liz, était un Mangemort qui avait été tué par un Auror !

- « Non pas du tout Beth ! Tu ne me verras plus mais je ne serai pas morte. Je serai toujours là quelque part pour te surveiller et te regarder grandir. Et puis, je ne te laisse pas toute seule : tu as le papa le plus exceptionnel du monde. Il y a aussi Severus. Tu ne le sais pas encore mais tu as une chance inimaginable de l'avoir à tes côtés et il t'aime plus que tout. Peu de gens peuvent en dire autant ! »

Elle se tut un moment, berçant la fillette.

- « Et un jour Beth, tu rencontreras Harry ton deuxième parrain. Il n'a l'air de rien comme ça mais, fais-moi confiance, je ne l'ai pas choisi au hasard. Il t'aidera à devenir quelqu'un de bien, de droit, d'honnête et de courageux. Tu vas être entourée des trois hommes les plus extraordinaires que je connaisse Elisabeth… Profite de ta chance le plus longtemps possible… »

Le silence les enveloppa, réconfortant. Elles restèrent ainsi, enlacées, pendant quelques minutes.

- « Bien ! s'exclama soudain Ginny en se levant et en dissipant l'atmosphère douce-amère. Il est temps que vous fassiez une sieste jeune fille. »

- « Mais Maman, je ne suis pas fatiguée. Et je ne veux pas que tu partes et… »

- « Chut ! souffla Gin en glissant sa fille sous les draps. Je t'aime Beth, je t'aime mon Ange… »

Elle prononça un sort à voix basse, passa sa main sur le visage de la fillette et celle-ci plongea aussitôt dans un sommeil paisible et réparateur.

Drago trouva la maison bien silencieuse à son retour. Sa rencontre avec ses collègues n'avait rien donné et, la fatigue aidant, ils avaient remis au lendemain la recherche d'une solution.

- « Gin ? » appela-t-il plusieurs fois sans succès.

Faisant le tour de la maison, il finit par arriver dans leur chambre pour trouver sa fille endormie dans leur grand lit. La faible lumière bleutée qui l'entourait prouvait que son sommeil n'avait rien de naturel. Il l'observa quelques instants tandis qu'une question tournait et retournait, entêtante, dans son esprit : où était Ginny et pourquoi avait-elle endormi artificiellement Liz ? S'obligeant à reconnaître qu'un nouveau problème venait de surgir, il refit le tour de la maison. Sur la table du salon, une lettre qui lui était adressée l'arrêta. Il observa l'enveloppe sous toutes ses coutures avant de jurer à haute voix :

- « Et merde ! Mais putain Weasley, qu'est-ce que tu as encore fait ? »

Au même moment, Harry fut tiré de l'histoire par la tête de Ron qui apparaissait dans la cheminée.

- « Ca va Harry ? Tu es tout pâle. Tu es sûr que tu n'as rien ? »

Le Survivant maudit intérieurement les sorciers et leurs moyens de communication : au moins le téléphone moldu n'avait que le son !

- « Tout va bien. Ne t'inquiètes pas. Qu'est-ce qui t'amène ? »

- « Ma mère voulait savoir si vous vouliez venir manger ce soir. »

Le sorcier hésita un instant : son intuition lui disait qu'il aurait autre chose à faire le soir même…

- « Au fait, où est Malfoy ? » s'étonna le rouquin.

- « Le père ou la fille ? » répondit machinalement Harry.

- « Drago évidemment ! »

Le jeune homme expliqua distraitement qu'il était parti pour son travail tout en ayant la désagréable impression de mentir à son plus vieil ami. Ron continua à parler mais Potter ne l'écoutait plus. Il se débattait avec sa conscience pour savoir s'il devait poser au rouquin la question qui lui trottait dans la tête.

- « Ron, à quelle date Ginny a-t-elle… disparue ? » se lança-t-il.

Il n'avait pas pu dire « morte », il en était incapable. Malgré sa surprise, Weasley répondit gravement :

- « Le 3 juin. »

Un simple coup d'œil aux souvenirs figés du Serpentard renseigna Harry : derrière Drago assis, tenant la lettre de Gin, il y avait un calendrier. On était le 3 juin. Une vague de panique traversa le Gryffondor.

- « Ecoute Ron, il faut que… Je te rappelle », déclara-t-il en coupant net la communication.

Il se réinstalla correctement dans son fauteuil, prit une longue inspiration et tenta de calmer l'excitation et la peur qu'il ressentait. Il allait enfin savoir… Et une chose était sure : Ginny n'avait pas été tuée par Voldemort ou l'un de ses Mangemort. Ou, tout du moins, pas le 3 juin. Lorsqu'il remit en route le sort, il était aussi tendu que Drago avait pu l'être au même moment.

Je sais très bien que tu ne me pardonneras jamais ce que je vais faire. Mais, avec le temps, tu me comprendras… Du moins je l'espère.

Dray mon Amour…

Ne prends pas cet air buté. Moi aussi j'aurai voulu que cela se finisse autrement. Tu me connais… Mon côté romantique aurait préféré un final digne des meilleures histoires à l'eau de rose. Mais qu'est-ce que nous aurions pu faire ? Non, ne me dis pas que Dumbledore aurait trouvé. Pas cette fois Drago. Cette fois, il n'y a qu'une seule solution. Et elle n'est pas compliquée, elle est même désespérément simple : je dois partir.

Tu-Sais-Qui aurait fini par trouver notre maison. Il aurait reconnu ta signature magique immédiatement et ce serait servi d'Elisabeth pour te forcer à te dévoiler. Arrête de nier la vérité Drago. Il aurait aussi fini par découvrir mes capacités magiques. Je ne sais même pas, moi-même, de quoi je suis capable…

Je pars Dray. Je pars avant que tu ne rentres car sinon je n'en aurai plus le courage. Un comble pour une Gryffondor non ?

Ce que je vais faire est assez compliqué, je te passe les détails techniques. En résumé, je vais changer complètement d'apparence : plus personne, jamais, ne saura que je suis Virginia Weasley Malfoy. Une nouvelle identité m'attend. Je vais devenir une gardienne du secret. Dumbledore continuera à te protéger toi et je cacherai la maison. Je me suis aussi arrangé pour que ma signature magique disparaisse. Le Seigneur des Ténèbres ne se souviendra pas d'avoir repéré une faille dans la magie ambiante.

J'aurai pu, beaucoup plus simplement, devenir la gardienne du secret de Beth… Mais je ne me suis pas résolue à ne plus la voir. Hermione disait souvent que l'espoir faisait vivre.

Dray… Je ne t'ai pas encore dit le pire… Je vais rentrer à Son service. Finis de lire avant de hurler. Je sais très bien que cela va totalement à l'encontre de mes convictions. Mais comment pourrais-je vous protéger autrement ? Y-a-t-il un meilleur endroit pour veiller sur vous ? Mes pouvoirs et ma nouvelle apparence me permettront de Le rencontrer sans aucun problème.

Voilà. Tu sais tout. Le moment est venu de te faire mes adieux. Je t'aime Drago, n'en doute jamais. Tu es de loin la meilleure chose qui me soit arrivée. Prends soin d'Elisabeth, elle est notre unique trésor puisque nous n'aurons pas d'autre enfant. Merlin sait pourtant combien j'aurai aimé vieillir à tes côtés…

Gin.

P.S : J'ai déclaré Elisabeth au Ministère. Elle est enfin officiellement notre fille.

A peine Drago eut-il fini sa lecture que deux polaroïds tombèrent de l'enveloppe. Sur le premier, Ginny, enceinte, affichait fièrement de tendres rondeurs. Sur le second, elle était nue, sortant visiblement de la douche, et un sourire aguicheur jouait sur ses lèvres. Ne m'oublie pas trop vite, disait la légende. Malfoy resta planté là, complètement hébété. Ces deux clichés représentaient le paradoxe qu'était sa femme. L'une était la douceur même et avait su le convaincre de changer de vie et l'autre, fougueuse, illuminait ses nuits et venait de choisir de disparaître…

Les images s'arrêtèrent soudainement de défiler devant les yeux de Harry. Les souvenirs étaient terminés et Potter imaginait sans difficulté la suite : la douleur, le chagrin, l'histoire à inventer pour les Weasley et le reste du monde, une vie à reconstruire, … Harry savait très bien qu'il n'était pas le héros de cette guerre : chaque jour, des gens, tels que Ginny, prenaient des décisions que jamais il n'aurait eu, lui, le courage de prendre. Il eut un léger sourire en repensant à la petite Ginny effrayée et amoureuse de lui de deuxième année puis à la femme qu'elle était devenue.

Un hibou le sortit de ses pensées. Il lui tendait une lettre. Rien que la manière dont son nom était écrit lui suffisait pour connaître l'auteur du courrier : il pouvait presque entendre la voix arrogante de Malfoy l'appeler ! Harry se doutait plus ou moins de ce que contenait la missive et malgré cela, il affichait un calme qu'il n'avait pas ressenti depuis bien longtemps. Une seule certitude l'habitait : Ginny était là, quelque part, vivante… Il ouvrit enfin l'enveloppe.

Potter.

Ca y est ? Tu as enfin tout compris ? Elle n'est pas morte et je dois continuer à vivre sans elle… Gin est certainement celle qui méritait le plus sa place à Gryffondor. Désolé pour ton ego Potter.

Son plan était parfait mis à part qu'elle n'avait pas prévu que Liz développerait les mêmes pouvoirs qu'elle. Et qu'à six ans, elle serait incapable de les maîtriser. J'imagine que tu devines la suite. Elisabeth est devenue une cible potentielle pour Lui.

J'ai appris, il y a quelques jours, par Dumbledore que Ginny jouait les espionnes et lui faisait régulièrement parvenir des informations sur le camp adverse. Je vais suivre sa trace. Devenir le gardien du secret de Liz et devenir un Mangemort pour la protéger. C'est mon père qui va être content !

Tu vois le tableau Potter ? Je vais côtoyer quotidiennement ma femme sans savoir qui elle est. Elle a été très claire sur ce point : personne ne connaîtra sa nouvelle apparence. Si je méritais l'enfer, c'est réussi… Je vais le vivre.

Tu as accepté d'être le parrain de Liz, tu sais ce que cela signifie. Prends-en soin comme de la prunelle de tes yeux. Racontes-lui son histoire, dis-lui combien ses parents l'aimaient, fais-en sorte qu'elle soit fière de ses origines et qu'elle n'est jamais honte de qui elle est.

Dis-lui que je l'aime plus que tout.

Malfoy.

Et voilà. L'histoire était finie, la boucle bouclée. Tout s'expliquait définitivement : la disparition de Ginny et la raison pour laquelle Drago lui avait fait part de ses souvenirs. Harry Potter était investit d'une nouvelle mission, bien plus importante que toutes les autres : il avait une petite fille à aimer.

Devant l'école d'Elisabeth.

- « Potter ? » appela une voix froide et volontairement hautaine.

- « Rogue ? Mais qu'est-ce que vous faites ici ? » s'étonna le jeune sorcier.

Le maître de potions le toisa avant de répondre :

- « J'ai reçu une lettre anonyme me demandant de venir voir ma filleule. »

- « Votre filleule ? Ah oui, Beth… »

Il aurait préféré oublier cette partie de l'histoire ! Mais soudain une feuille de papier apparut entre ses mains.

Il ne sait pas que je suis vivante. Annonce-le lui avec tact. Elevez Beth ensemble, Harry. Fais-le pour moi... Merci. Gin.

Le sorcier lança un coup d'œil circulaire à l'assemblée. Ginny pouvait être n'importe laquelle de ses mamans qui attendaient : la blonde incendiaire, la petite brune qui le regardait en souriant, celle là-bas qui paraissait timide, … N'importe laquelle. Sentant le regard de son ancien professeur qui pesait sur lui, il reporta son attention à son niveau :

- « Vous avez quelques heures devant vous ? demanda-t-il. J'ai une histoire à vous raconter… »

A sa grande surprise, Severus hocha la tête positivement.

Et, ensembles, ils attendirent Elisabeth.

FIN

Ouf, j'ai enfin terminé (très en retard) ! Je remercie tous ceux qui ont pris le temps de m'envoyer un message. Une dernière fois, j'aimerai avoir votre avis final sur toute mon histoire. Encore merci.

Je ne ferai pas de suite mais j'autorise quiconque le voudrait à continuer mon histoire.