Merci à ceux qui m'ont laissé des review !

Partie 2 : Ce qu'il reste des incidents

Huit heures trente. Tout allait bien dans le meilleur des mondes. Oliver Anderson, le commissaire, allait au commissariat, comme tout les matin. Mais, la tête ailleurs, il marchait sans regarder ce qu'il faisait. Heureusement qu'il faisait le même chemin tous les matins, sinon il n'y serait jamais arrivé. Il avait le sentiment que quelque chose ne tournait pas rond et un mal fou à poser le doigt dessus. C'est comme s'il avait oublié quelque chose, mais quelque chose de vraiment important. Il repassait en boucle le film de ce matin, mais ça n'avait pas l'air d'être en rapport. Si ce n'était pas la maison, était-ce le travail ? Impossible de répondre.

Il arrivait au travail. Comme d'habitude, les deux seuls policiers présents avant lui étaient Dennis Parker et Julia Ross. Ross arrivait et repartait toujours très tôt. Elle disait qu'elle réfléchissait mieux le matin. Quand à Parker, il prenait son travail très au sérieux. Un type efficace, mais qui se laisse facilement emporter. Il était normal qu'ils soient tous les trois les premiers. Alors pourquoi est-ce que ça semblait si bizarre ? Avant même qu'il entre, Ross et Parker se jetèrent littéralement sur lui.

- Commissaire, il faut qu'on vous parle, c'est très important !

- Eh, bien quoi ? Qu'est-ce qui se passe ?

Ils échangèrent un regard, semblant chercher par ou commencer.

- Vous vous rappelez les dossiers sur lesquels on a travaillé ces dernières semaines ?

- Oui, bien sur !

Ils le regardèrent avec insistance.

- Bien sur que je m'en souvient ! On a travaillé sur… On a travaillé sur… sur…

Il eu presque l'impression de voir l'éclair de compréhension de ses propres yeux se refléter dans ceux des deux autres.

- Ces dernières semaines, on a travaillé sur les sorciers, dit lentement Parker.

Silence.

- …Ouais, répondit-il tout aussi lentement. J'ai besoin de café.

Ross, contrairement à ses collègues, ne semblait avoir besoin d'autant de temps pour assembler ses idées.

- La seule explication, c'est qu'on ai vu quelque chose qu'on n'aurait pas dû.

- Du quoi ?

- Du voir ! Alors ils nous ont effacé la mémoire.

Effectivement, elle réfléchissait bien, le matin.

- On passe toujours la nuit ici. Avant-hier soir comprit. Mais pas hier soir. Ca veut dire que nos mémoires ont été modifiées hier.

L'après-midi, elle avait l'air de dormir debout, mais le matin, elle réfléchissait bien.

- On se souvient encore des sorciers mais on a quand même eu du mal à s'en rappeler. En revanche nos vrais souvenirs d'hier (c'était quoi cette stupide histoire d'explosion de gaz ?) ne semblent pas vouloir revenir.

Vraiment bien. Et vite aussi. Très vite.

- Ils ont du vouloir supprimer nos souvenir sur eux (et ils ont réussit puisqu'on ne se souvient pas de ce qu'il s'est passé), mais ils n'ont pas pu, ou pas voulu, supprimer nos souvenir datant d'avant-hier, ou d'avant. Donc, le plus probable, c'est qu'ils l'auraient fait s'ils avaient su qu'on savait, mais ils ne l'savait pas.

Aahh, mais elle allait trop vite, il n'arrivait pas suivre !

- Donc, l'état n'est pas dans le coup.

Hein ? Mais comment en était-elle arrivé à cette conclusion ?

- Excusez-moi mais je n'ai pas bien compris.

- Mais si, sinon il le leurs aurait dit !

- Que l'état est dans le coup ?

- Mais non ! Que tout le monde est au courant !

- Au courant de quoi ?

- Mais Ross, intervint Parker qui, lui, avait réussi à suivre, pourquoi ils feraient leur campagne de désinformation s'ils étaient pas avec eux ?

- Ils ont pris l'initiative tous seuls pour essayer de limiter la panique.

- Parce que tu trouves qu'elle est limitée, la panique ?

- Comment tu veux que je sache c'qui se s'rait passé s'ils l'avait pas fait ?

- Ross, Parker, j'comprend plus rien, là.

- C'est pourtant très con !

- Mais vous allez trop vite !

- Mais non, je…

- Hé !

Cinq ou six adolescent les regardaient d'un air dubitatif. Ils devaient avoir entre 15 et 18 ans et à cette heure-ci, devait être en train de sécher l'école. Ils avaient un look assez marginal, tirant un peu sur le gothique, renforcé par un certain nombre de tatouages, de piercings et d'autres accessoires du même genre. Ce n'étaient pas précisément le genre de personnes qui venaient d'habitude au commissariat. Ils avaient dû rentrer pendant qu'ils essayaient de renouer le fil de leurs idées et avaient attendu tranquillement qu'ils finissent leur petit débat. Et puis l'un d'eux en avait visiblement eu marre. Sauf qu'à présent, il n'avait plus tellement l'air de vouloir parler. Ils tenaient un conciliabule depuis tout à l'heure pour savoir qui allait le faire.

- Vous êtes fous ! Moi j'y vais pas !

- Pourquoi tu les as appelé alors ?

- Mais ça pouvait durer des heures !

- Nous aussi, vu comme c'est partit.

- Mais vas-y, toi !

Après un dernier « faites chier, sérieux !» glissé à ses camarades, le garçon qui les avait interpellé se tourna enfin vers les trois policiers.

- Mes potes et moi, faut qu'on vous parle d'un truc.

-…Oui ? L'encouragea Parker.

Le regard qu'il échangea avec ses copains rappela à Anderson Ross et Parker quand il était arrivé au poste.

- Ca a un rapport avec « l'explosion de gaz » ?

Ross fut contente de constater qu'il s'était réveillé.

- Ouais. L'explosion de gaz.

- Vous étiez là ?

- Ouais.

- Tous ?

- Non. Pas eux deux. Mais y'a d'autres de nos potes qui y étaient et qui sont pas là. Dont neuf qui sont mort.

- Neuf ?!

Le gamin hocha la tête. Il paraissait calme, mais ses yeux reflétaient la haine. En regardant les autres, le commissaire s'aperçut que c'était le cas pour eux aussi. C'était assez effrayant.

- Le gaz, ça fait du dégât.

C'était Frank Ryan. Personne ne l'avait entendu entrer. Et vu la réflexion complètement stupide qu'il venait de faire, il ne s'était pas encore aperçut des bricolages de sa mémoire.

- Ma cicatrice, c'est pas du gaz, marmonna une jeune fille du groupe.

- Votre cicatrice ?

Elle remonta sa manche et montra fièrement son bras gauche. Sans raison apparente, le regard de Ryan fut d'abord attiré par les énormes bagues de sa main droite.

- Je n'vois pas de cicatrice.

- Elle y était. Jusqu'à hier soir !

Parker et Ross se regardèrent. Donc les « nettoyeurs » pouvaient nettoyer ça aussi. Restait à savoir pourquoi ils l'avaient fait. Ryan, lui, la regarda comme si elle lui avait annoncé une invasion d'extraterrestres. Ce qui pour elle revenait au même car elle envisageait sérieusement que les sorciers puissent en être.

- Euh… Ryan ? tenta Ross, y'a pas eu d'explosion de gaz.

- Bien sur que si.

- Non.

- Mais si, j'm'en rappelle bien, c'est même moi qui suis retourné au commissariat pour appeler les urgences.

- Moi aussi, j'm'en rappelle, dit le commissaire, mais je sais que je ne vous aurais dit de retourner au commissariat pour appeler qui que se soit alors qu'on a tous des portables.

- Oh. Oh non…

Ryan eu tout a coup l'air d'avoir très mal à la tête.

- J'avais l'air aussi défoncée quand je m'en suis rendu compte ? demanda la fille à la cicatrice absente à son voisin.

- J'en sais rien, on était au téléphone !

- Mais alors… hier… c'était les sorciers ? commença Ryan très lentement.

Anderson se demanda si lui aussi avait l'air « défoncé » tout à l'heure. Perdu dans ses pensées, il sursauta quand Ryan sortit précipitamment du commissariat et se mit à courir dans la rue.

- Hé !

Les jeunes, un peu plus rapide à la détente, le suivirent, bientôt rejoint par les policiers. A une cinquantaine de mètres de là, le lieu de l' « explosion ». Un trou que les bétonneurs attendaient de reboucher quand les pompiers auront annoncé qu'il n'y avait plus de danger. Tout en se faufilant un chemin dans la foule des badauds, Anderson s'efforçait d'entendre les bribes de leurs conversations. Comme d'habitude, ça tendait à vue de nez vers la vérité, mais c'était extrêmement flou et certaines théories restaient carrément délirantes.

- …avait une conduite de gaz ici ?

- Pas que je sache…

- …dit qu'elle a entendu des coups de feu.

- Elle est pas venue voir ?

- Elle flipait ! Que …

- …feux de l'enfer. Et donc ça ressemble à du gaz.

- J'aurai cru plus facilement la théorie des soucoupes volantes !

- Moi, j'suis prêt à croire les deux à la …

- …frangin n'se rappelait pas des sorciers quand il s'est l'vé ce matin.

- C'est vrai ? Mais comment…

- …vraiment du gaz, c'est peut-être eux qui l'ont provoqué.

- Mais non ! Soit c'est le gaz, soit …

- …si c'est vraiment eux, faut pas qu'on s'approche.

- Bah, pourquoi ?

- Mais parce qu'ils le veulent pas ! On peut pas lutter contre eux, faut pas qu'on s'en mêle !

- Mais qu'est-ce t'en sais, qu'ils le veulent pas ? Ils sont même pas…

- …ce qu'il m'a dit ? Que ce serait une interaction avec une autre dimension !

- Mais c'est n'importe quoi ! Il a pas trouvé…

- …pas parce que les sorciers existent qu'ils sont omniprésents, je m'excuse ! Des explosion de gaz, y'en avait avant leur arrivé !

- Ils sont pas arrivés, ils ont toujours été là !

- Vraiment ? Alors comment t'explique…

- Messieurs dames, vous n'avez pas le droit de venir sur les lieux de l'incident.

- Police, répliqua-t-il en montra sa carte.

Il entendit vaguement le pompier dire aux six ados que eux n'étaient pas autorisés à entrer dans le périmètre de sécurité. Parker, Ross, Ryan et Anderson regardaient le trou. Sentant le regard du pompier sur lui, ce dernier se retourna.

- Quel est la cause de l'incident selon vous ?

- A priori ça ressemble à une explosion de gaz. Sauf qu'y a jamais eu de conduite de gaz ici.

- Vraiment ?

- Vérifiez donc ! Y'en a toujours pas !