C'est le dernier chapitre. Faut bien en profiter parce qu'après, y'en a plus.

…Quoi ? On peut faire une fin sans dénouement, non ?

Partie 5 : Ceux qui font ce qu'ils peuvent pour gérer les incidents

Le premier ministre, assis seul dans son bureau, lisait un long rapport sur les évènements divers de la journée. L'accident de voiture. Si c'était les sorciers, les aurors l'avaient bien réparés. Dommage qu'ils ne puissent pas aussi ressusciter les morts. La petite fille. Elle avait été lynchée pour un préjugé stupide de la part de ses camarades. Rien à voir avec la magie, mais bel exemple de panique. L'explosion de gaz. Alors là, ils avaient fait fort ! Bon sang, ils auraient quand même pu se renseigner, avant de raconter n'importe quoi ! Comment voulaient-ils qu'il gère ça ? Il compta le nombre de pages que comportait encore le dossier. Ah oui, quand même. Il était fatigué. Il essaya de se rappeler de la dernière fois ou il était rentré chez lui. Il s'accorda une pause. Il reposa le dossier sur le bureau. Il ferma les yeux, savourant son café, écoutant le silence que rien ne brisait à part le son des gouttes de pluie s'écrasant sur les fenêtres… et une petite toux discrète. Le premier ministre regarda le portrait au fond de la pièce.

- Oui ?

- Au premier ministre des moldus : « Demande de rendez-vous urgent. Veuillez répondre immédiatement. Rufus Scrimgeour, ministre de la magie. »

C'était à ça que servait ce truc. A annoncer les visites de l'autre ministre.

- Qu'il entre.

Même s'il avait refusé, il serait venu quand même. Il essaya d'évaluer combien de chocs son cerveau pouvait encore supporter. Chaque fois que Scrimgeour ou son prédécesseur était venu, c'était pour annoncer une catastrophe. L'autre arriva, par la cheminée, comme d'habitude.

Le premier ministre était différent du souvenir qu'en avait Scrimgeour. Il n'y a pas si longtemps, il sursautait au moindre tour de magie, et paraissait sur le point de s'évanouir chaque fois qu'on lui disait quelque chose d'un peu surprenant. Avant, il semblait effrayé, perdu, il demandait des explications sans les comprendre. Aujourd'hui il le regardait, blasé, apparaître dans la cheminée, attendant tranquillement qu'il lui dise la raison de sa visite. En d'autre circonstance, il l'aurait soupçonné d'être tombé aux mains de l'ennemi, mais, si Sander disait vrai, ça n'avait rien à voir. Il s'empressa de fermer la porte, puis jeta le times sur le bureau.

- Qu'est-ce que c'est qu'ça ?! Qu'est-ce que ça veut dire ?!

Le premier ministre regarda le journal. Il datait de la veille, mais a part ça, il n'y vit rien d'important à signaler.

- De quoi voulez-vous parler exactement ?

- Cet article !

L'article en question était un résumé du débat télévisé de mercredi soir sur l'existence des sorciers. Ce débat, c'était le ministère qui l'avait organisé. Ils avaient soigneusement choisi les arguments et les réponses pour décrédibiliser ceux qui parlaient des sorciers. Le premier ministre ne voyait pas où était le problème. C'était une méthode assez courante et relativement efficace pour les politiciens qui veulent cacher quelque chose aux citoyens. Ce n'était pas le premier débat qu'il faisait. Le débat en lui-même s'était très bien passé, les remarques que le ministère avait préparé était plutôt bien placés (en parti, c'était vrai, parce qu'il était mieux informé que ses adversaires), les insultes échangés étaient encore de bonne guerre… Vraiment, il ne voyait pas. D'ailleurs, il ne comprenait pas pourquoi Scrimgeour aurait pris la peine de venir pour lui donner un cours de propagande. Jusqu'à présent leur relation avait été pour le moins lointaine. Frustré de ne pas être informé sur les sorciers et surtout sur Voldemort, il avait résolu de gérer la crise du mieux qu'il pouvait, ne se préoccupant des sorciers que lorsque les « moldus » étaient impliqués. Et aujourd'hui, l'autre ministre venait (sans prévenir, bien sur) pour lui parler d'un article de journal. Il le regarda froidement.

- Et alors ?

- Mais… les moldus… ils ne devraient pas savoir…

- Ecoutez, si vous êtes venus me donner un cours sur mon métier, revenez un autre jour, j'ai mieux à faire.

- Mais les moldus ne savent pas que les sorciers existent !

Le ministre le regarda avec un air de sincère pitié. Alors c'est ça, le problème. Misère, comment nous en sortir ? Cette discussion allait lui paraître longue. Il prit son téléphone et appela sa secrétaire.

- Katrine ? Apporter moi un autre café. Vous en voulez aussi ? demanda-t-il à Scrimgeour.

- Non, mais…

Le ministre se leva et déverrouilla la porte. Il n'aimait pas la manie de l'autre de les enfermer comme ça. Ce bureau n'était tout de même pas si dangereux.

- Vous n'aller tout de même pas faire entrer votre secrétaire dans ce bureau !

- Pourquoi pas ? Vous craignez qu'elle soit du côté des mangemorts ?

Il était fatigant. S'il y avait vraiment un risque, Shacklebolt n'avait qu'à s'en charger, puisque qu'apparemment il était là pour ça ! Il n'avait rien contre lui en particulier, mais n'avait pas supporté la façon dont l'autre ministre l'avait mis devant le fait accompli après avoir refilé à Shacklebolt un poste au ministère, prétendument pour le protéger. Il s'était demandé pendant longtemps si Scrimgeour ne cherchait pas tout simplement à le surveiller.

- Que se soit le cas ou pas, vous ne pouvez pas faire entrer une moldue ici pendant que j'y suis !

C'est à ce moment que la dite secrétaire entra, deux tasses de café à la main. Elle en posa une sur le bureau, reprit la tasse vide qui était y était et bu une grande gorgé de celle qu'elle tenait toujours à la main. Elle regarda Scrimgeour d'un regard vaguement intéressé et surtout vachement fatigué. Ses yeux étaient étranges. En regardant mieux, il comprit pourquoi : Sous le fond de teint, ses cernes descendaient jusqu'aux joues. Puis elle repartit, rabattant la porte mais sans la fermer. Scrimgeour du faire un très gros effort de concentration pour réaliser qu'une moldue venait de le voir avec ses vêtements de sorcier, dans le bureau du premier ministre moldu, sans qu'il soit passé par la porte, et n'avait paru que très légèrement surprise.

- Vous l'avez mis dans la confidence ? demanda-t-il d'une voix faible.

- Je n'en ai pas eu besoin. Tout le monde est au courant.

- Mais comment ?

- Vous avez entendu parler d'Internet ?

- Non.

Non. Vraiment, des fois, on se demandait qui en savait le plus sur qui. Si au moins il avait put dire que ça avait un rapport avec les ordinateurs. Mais non. Comment pouvait-on garder un secret en ignorant le principal outil de communication de la catégorie la plus chaotique de la population ?

Sur le sien, le premier ministre ouvrit un lien et invita l'autre ministre à regarder. Ce que contenait la page, c'était une vidéo. Une vidéo datant du jour où Voldemort avait menacé de s'attaquer à tout un groupe d'immeuble en plein Londres. Ce qu'il avait fini par faire. Le bilan avait été catastrophique. Mais ce que les sorciers ne savaient pas, c'est que du côté des moldus, l'information avait eu dix fois le temps de circuler : en voyant les sorciers se battre en plein vol, l'air exploser ou s'enflammer sans raison, le premier réflexe des moldus avait été de les filmer. Bien sur, les cassettes des caméscopes et les pellicules des appareils photo avaient été détruites, quand la bataille ne s'en était pas déjà chargée, mais ceux qui s'étaient servis de leurs téléphones portables avait déjà envoyé films et photos depuis longtemps. C'était un de ces films que les deux ministres regardaient à présent.

- Ces images circulent sur le net depuis des semaines. Et même si cet évènement ne s'était jamais produit, les rumeurs étaient déjà trop importantes à l'époque. On s'en serait aperçu de toute façon.

- C'est impossible.

- Comment ça impossible ? Vous croyez que je me trompe ou que je vous mens ?

- Les moldus n'ont jamais rien su sur les sorciers.

- Ils n'en savent pas plus aujourd'hui.

- Quoi ?

- Ils ne savent rien. Ecoutez-les ! Quand ils parlent d'extra-terrestres ou de démons, c'est de vous qu'ils parlent. Tout ce qu'ils savent, c'est qu'il y a des types qui s'appellent entre eux « sorciers » et qu'ils ont des capacités surnaturelles.

- C'est déjà énorme, répondit Scrimgeour en s'effondrant sur sa chaise.

- Je ne vous le fais pas dire.

- Mais pourquoi ne me l'avez-vous pas dit ?

- Ah, parce que vous m'auriez cru ?

- Il y a des tas de sorciers qui travaillent en contacte avec les moldus, si vraiment ils étaient au courant ils s'en seraient aperçut et l'auraient dit.

- Quels sorciers ? Ceux qui nettoient les traces de vos passages ? Ils effacent la mémoire des gens, ils n'ont pas le temps de regarder dedans. Et même quand ils s'en aperçoivent, ils n'osent pas le dire, vous les prendriez pour des fous ou des traîtres. D'ailleurs, ce journal, c'était une preuve pour vous convaincre ?

Scrimgeour reprit vivement le times. Il n'en croyait pas ses oreilles. Le premier ministre avait comprit par déduction toute la mentalité des sorciers sans même avoir besoin de les voir.

- D'accord, admit-il les dent serrées, les moldus sont au courant. Mais dans ce cas, pourquoi avez-vous laissé l'information se répandre ? Il fallait la contenir…

- Mais croyez-vous donc que je n'ai rien fais pendant tout ce temps ?! s'écria-il s'énervant soudain. Vous croyez vraiment que je peux faire taire les rumeurs par ma seule autorité ? J'ai déjà énormément de mal à contrôler la presse et les médias ! Internet a été conçu pour que tout le monde puisse y dire toutes les stupidités qui lui passent par la tête, on ne peut pas y toucher, ça se verrait trop, ça ne ferait qu'attirer l'attention sur ces histoires et je perdrais durablement ma crédibilité par-dessus le marché.

- Vous n'allez pas rester sans rien faire par peur de vos adversaires politiques ?

- Eux ? Ils ne se mouillent pas, ils ne veulent pas se retrouver dans la même situation que moi.

Le premier ministre ne l'avouerait pas mais, si le bruit n'avait pas couru qu'il était mêlé aux affaires des sorciers, il aurait sans doute eu bien plus de mal à les calmer.

Scrimgeour, lui, réfléchissait.

- En fait, dit-il, on aurait presque mieux fait de leur dire depuis le début que les sorciers existent.

- Oui.

- On peut le faire.

Le premier ministre le regarda, l'air catastrophé.

- Je vous demande pardon ?!

- On peut le faire ! Ils savent déjà que nous existons, ils n'auront aucun mal à l'assimiler. Il n'y aura plus qu'à leur expliquer la situation.

-Vous ne trouvez pas que c'est déjà suffisamment le chaos comme ça ? Vous voulez en plus leur dire la vérité après l'énergie qu'on a dépensé pour leur mentir ?!

- Pourquoi pas ?

- Ce serait leur démontrer que l'état n'est pas digne de confiance !

- Mais si nous leur expl…

- Scrimgeour ! Savez-vous combien de personnes ont été victimes de votre guerre ? Il n'y pas que les mangemorts qui leur ont fait du mal ! Même s'il y a deux camps, les deux sont coupables à leurs yeux ! Je suis bien placé pour le savoir : j'ai les rapport de la police tout les jours. Vous effacez tout, les traces, les indices, les témoignages ; comment voulez-vous qu'ils vous différencient de vos ennemis ? Ils ne font que constater ce qu'il reste !

- C'est pour ça qu'il faut leur expliquer !

- C'est trop tard ! On ne peut pas leur expliquer maintenant qu'ils massacrent systématiquement ceux qu'ils prennent pour des sorciers !

- … Ils les massacrent ?

- Vous ne saviez pas ? Des émeutes ont éclatés dans tout le pays ! Ils vous haïssent, ils n'attendent qu'une occasion de se venger de ce que les sorciers leur ont fait !

- Vous exagérez.

- Vous croyez ? De notre point de vue, la guerre des sorciers n'a jamais eu lieu pour la simple raison qu'il y a énormément plus de victimes chez les moldus que chez les sorciers, les deux camps réunis ! Les mangemorts nous attaquent, et vous nous empêchez de nous défendre. Donnez-leur l'adresse de votre ministère et ils vous déclareront la guerre.

Scrimgeour soupira. Il n'aurait jamais imaginé se trouver dans une situation pareille. Dire qu'il ne s'était douté de rien jusqu'à ce que Sander lui montre ce bout de papier !

- Il n'y a rien à faire ?

- Trouvez Voldemort, c'est tout ce que je vous demande.

- Hmm. Votre offre pour le café, elle tient toujours ?

- Bien sur, qu'elle tient. Katrine ?