Notes : Voici donc la deuxième et dernière partie de mon OS.
C'est un texte qui me tient énormément à coeur. J'espère pouvoir vous transmettre autant d'émotions que j'en ai ressenties en l'écrivant.

Encore un immense merci à Kimie qui m'a beaucoup soutenue (comme d'habitude).
Et merci également à toutes les personnes qui m'ont laissé une review.

Bonne lecture !


(OST Crisis Core CD 1 - 23 - Sky-Blue Eyes)

Refermant la porte derrière lui, il commence à marcher, ne m'attendant pas. Je le suis lentement, repensant à notre conversation.
"Tu sentiras sa présence. Cela te soulagera peut-être."
Je n'ai plus rien à perdre de toute façon.
Une fois arrivé devant les lourdes portes de bois, il s'arrête et se retourne vers moi :
"Cela ne concerne que toi, Cloud."
Comprenant, j'entre seul dans l'église. Une boule dans la gorge, je suis à deux doigts de renoncer. Je franchis pourtant le seuil.
Rien n'a changé à l'intérieur : toujours les mêmes bancs, les mêmes vitraux, les mêmes fleurs… M'approchant d'elles, je ferme les yeux, espérant ainsi me détendre. Leur parfum est doux, presque infime, mais pourtant présent. Le vent jure dans un coin du bâtiment. J'essaie de me contrôler pour ne pas pleurer.

Au bout d'un moment, ma respiration devient lente. Ouvrant doucement les yeux, je remarque que le soleil est revenu. Ses maigres rayons filtrent à travers les vitraux, apportant à l'édifice d'autres colonnes, lumineuses cette fois. Le vent ne hurle plus. Tout est calme. Sans réfléchir, je m'allonge dans les fleurs, ma tête reposant sur mes bras repliés. Fermant les yeux, j'ai l'impression de m'enfoncer dans ce lit végétal. Mes sens s'amenuisent, je me sens étrangement bien, apaisé…
Une main se pose sur mon épaule. Une main douce et légère. Je sais à qui appartient cette main mais je n'ai pas envie de bouger, de peur de me réveiller, de sortir de ce cocon de douceur.
"Je pensais que tu ne reviendrais jamais Cloud…"
Une voix tendre, un amour clairement perceptible. Un amour qui me rassure et me protège.
"J'ai eu peur de ne plus te revoir. Tu sais pourtant que quelqu'un doit venir s'occuper des fleurs !"
Un rire cristallin vient briser le silence.
"Tu veux le voir, n'est-ce pas ? Je voudrais tant lui laisser ma place, mais je ne peux pas, Cloud. Je n'ai jamais réussi…"
La main est maintenant sur ma joue.
"Je ne t'en veux pas Aeris. Et je suis désolé de ne pas être venu avant mais… Je n'y arrivais pas".
J'avais ouvert les yeux et m'étais redressé. Elle était là, agenouillée près de moi, un triste sourire aux lèvres. Comme une mère, elle aurait tout donné pour que j'arrête de souffrir. Comme une mère, elle s'en voulait de ne rien pouvoir faire. Comme un enfant, j'avais besoin d'amour. Le sien était immense, inconditionnel, son cœur assez grand pour la Terre entière, mais ce n'était pas de cet amour là dont j'avais le plus besoin, et elle l'avait bien compris.
"Je sais que je ne suis pas la personne que tu attends.
-Non, je…"
Posant ses doigts sur mes lèvres, elle baisse doucement le regard :
"Tu n'as pas à t'excuser, ni à t'expliquer, Cloud. Et puis, je sais qu'au fond tu m'aimes aussi, non ?"
Relevant le visage, elle m'offre un sourire empreint de douceur, de compréhension, de tristesse, d'amour…
"Bien sûr."
Nous restons silencieux, moi, guettant une autre voix que la sienne, elle, caressant du bout des doigts les fins pétales des fleurs qu'elle affectionne tant.
Soudain, elle se relève. Devant mon regard d'incompréhension, elle sourit :
"J'étais heureuse de te revoir Cloud, mais je vais te laisser seul à présent. Tu as besoin de réfléchir, n'est-ce pas ? C'est pour ça que tu es venu…"
Aucune amertume, pas une once de reproche. Juste une simple constatation.
"Merci Aeris.
-Merci pour quoi ?
-De comprendre."
Posant sa main sur mon front, elle soupire doucement :
"Ce n'est rien. Au revoir Cloud.
-Au revoir Aeris."

De nouveau ce silence. Mais il n'est plus pesant, il vit. Je sens quelque chose de profond, de mystique qui se dégage de ce lieu. Me recouchant, je me replonge dans cette chaude sensation. Un souffle d'air vient frôler mon visage… Je suis heureux car je sens qu'il est là. Pas physiquement, mais son esprit est là. Je le sais car il n'y a qu'avec lui à mes côtés que je me sens si bien…
Une étrange sensation de flottement et je me retrouve bien des années en arrière, lors de notre première rencontre, mouvementée, lors de notre premier baiser, tant espéré… Je souris doucement, pouvant presque encore sentir la douceur de ses lèvres contre les miennes.
Mais un frisson me parcourt soudain l'échine. Et là, défilent devant mes yeux des images que j'aurais préféré oublier à jamais : notre fuite insensée, son dernier combat, qu'il a livré pour moi, ses dernières paroles, qu'il a eu tant de mal à prononcer, notre dernière étreinte, entachée de son sang, son dernier sourire…
Non ! Pas maintenant, pas quand je m'étais calmé ! Non ! Je ne dois pas repenser à ça ! Nous avons vécu tant de belles choses, pourquoi ce sont toujours ces images qui me hantent ?
Je me redresse soudain, essuyant rageusement les larmes qui coulaient sur mes joues.
Je suis si faible. Si faible et si seul…

Quelque chose attire pourtant mon attention : j'entends comme une musique, lointaine… Quelques notes me parviennent, étouffées. C'est une musique douce, teintée de mélancolie. Cette musique m'enveloppe peu à peu, m'enlaçant. Je l'entends plus clairement maintenant. Je tends le bras devant moi, essayant vainement de la capturer. Le soleil illumine l'église désormais. La poussière vole en de fins nuages, formant de lumineuses constellations, les fleurs semblent s'épanouir encore plus, ainsi baignées par les rayons solaires. Puis, il se mit à neiger… C'est du moins ce que je crus en voyant tomber des dizaines de plumes blanches. Elles virevoltaient lentement, achevant leur chute en un gracieux mouvement. Levant les yeux au ciel, je ne vois pourtant rien, ébloui par le soleil. Mais je parviens quand même à distinguer une silhouette. En un battement d'ailes, elle disparaît cependant de mon champ de vision. Regardant autour de moi, je me rends compte que le sol est jonché de plumes, formant un épais tapis immaculé.
Je sens soudain une présence derrière moi. Je n'ai pas le temps de me retourner que déjà deux bras se sont refermés autour des mes épaules. Une tête vient se nicher dans mon cou. Je ne connais que trop bien ce parfum. Je sais qui est cette personne, mais je n'y crois pas. C'est impossible. Je retiens un rire fou. Comment cela peut-il être possible ?! Il est mort ! Il ne peut pas être ici ! Pourtant cette chaleur contre mon dos, cette respiration saccadée, ces larmes qui coulent dans mon cou… Tout ceci est réel. Tout…

Heureusement que je suis à genoux, je pense que je me serais écroulé sinon. Prenant le risque de croire mes sens, je me laisse aller à cette étreinte. C'est étrange d'y croire. Ça fait mal de se dire que tout ceci n'est qu'un rêve. Un souffle d'air fait voler nos cheveux, mêlant ses mèches ébènes aux miennes, si blondes. Soudain deux grandes ailes blanches se referment autour de nous, nous emprisonnant dans cette étreinte si magique. Le visage enfoui dans le doux plumage, je ne peux pourtant pas m'empêcher de penser que tout ceci n'est que le fruit de mon imagination.
"Je t'aime Cloud."
Des larmes coulent lentement sur mes joues, témoignage de mon bonheur immense et de ma tristesse infinie.
"Ne part pas… S'il te plait… Pas encore…"
Il resserre son étreinte. Je crois que je vais mourir.
"Je ne veux pas que tu me laisses encore. Emmène-moi, s'il te plait."
Je sais que ma requête est égoïste, mais il faut que je lui demande. Il embrasse légèrement ma nuque.
"S'il te plait Zack…"
Son prénom… Je ne l'avais plus jamais prononcé depuis.
"Tu es sûr de toi ?"
Sa voix… Grave, chaude, tendre, c'est la plus belle mélodie qu'il m'ait été donné d'entendre.
"Oui."
Je sens alors toutes mes forces me quitter. Ma vision se brouille. Je ne ressens plus rien si ce n'est un profond soulagement. Tout devient noir mais je souris car je sais que je vais enfin le rejoindre. Je n'aurais jamais pensé que la mort puisse apporter une telle délivrance. Je sens que je quitte mon corps. La lumière du soleil m'éblouit à travers mes paupières. Je suis en train de m'envoler, serré dans les bras d'un ange…

La nuit était tombée sur Midgar. Vincent se décida finalement à entrer dans l'église. Tout était calme, trop calme même.
"Cloud ?"
Scrutant l'obscurité, Vincent vit, éclairé par la lune, le corps de Cloud gisant dans le parterre de fleurs. Il s'approcha lentement et remarqua qu'il souriait. Comprenant ce qu'il s'était passé, il soupira doucement, finalement heureux que son ami ait enfin trouvé la paix. Il allait repartir lorsqu'une chose attira son attention : posée sur le cœur du jeune homme, se trouvait une longue plume d'un blanc immaculé…