"Pour autant que j'exècre chaque fibre de son être, je dois admettre que Sirius Black a constitué une influence déterminante dans ma vie. S'il ne m'avait pas haï dès notre première rencontre, je n'aurais pas recherché l'appui de la maison de Salazar Slytherin avec autant d'insistance, ou du moins je me plais à le croire, et tout en aurait été changé. Si je ne l'avais pas fait, je n'aurais jamais posé le pied sur ce nid de serpents. Lily serait demeurée à mes côtés. Peut-être même aurais-je pu espérer à terme un développement aujourd'hui sans espoir de nos relations.

Mais c'est aussi Sirius Black qui m'a fait comprendre exactement vers où se dirigeaient mes pas. L'erreur que j'avais commise. Courant dans le souterrain de la Cabane Hurlante comme sa Mort elle-même était à mes trousses, j'ai soudain compris que je n'étais pas fait pour ce à quoi je m'étais engagé. Il ne s'agirait pas de créer des sorts, entouré par les baldaquins épais de mon lit ou de fabriquer des potions avec des ingrédients soustraits par Narcissa à ce lourdeau de Slughorn.

Non, je m'engageai dans la voie où j'aurais le goût du sang sur la langue, le coeur battant si fort qu'il poussait l'air hors de mes poumons et semblait devoir réduire mes côtes en cendres alors que la chose derrière moi se rapprochait inexorablement.

C'est à ce moment précis que j'ai rencontré la peur. La vraie. Celle qui fait blanchir les cheveux et voir le monde sous un jour nouveau. Mais je savais qu'il était déjà trop tard. Mon asservissement marquait déjà la chair de mon bras, palpitant sous ma manche comme le sinistre rappel de la décision que j'avais prise l'année précédente.

J'avais seize ans.

Que je survive ou non à cette nuit, il était déjà trop tard pour me sauver."

Carnet de notes de Severus Snape

XXX

Chapitre 37 :

La patience

Sirius n'avait jamais été considéré comme un garçon très patient. L'indulgence n'était pas non plus dans son caractère. Il était inflexible, en cela il devait lui-même admettre qu'il était un vrai Black. Aussi, lorsqu'il surpris Remus en train de parler avec Snape dans la bibliothèque, sa première impulsion fut de se précipiter vers ce sale serpent pour reprendre ce qui était à lui sans plus de façons.

Un ou deux sorts en guise d'avertissement paraissaient également opportuns. Cependant, quelque chose le retint. Sans réussir à distinguer ce que Remus et Snape se disaient, il était évident qu'ils étaient en désaccord. Puis Remus partit de lui-même, l'air plus agité que Sirius lui avait jamais vu quand ce n'était pas à lui-même qu'il avait à faire.

Sirius était fâché de ce développement, bien sûr. Mais il était également intrigué. Il voulait voir où tout cela allait mener.

Alors, Sirius fit preuve de patience. Il attendit que Remus lui en parle. Ce dernier n'en fit rien, évidemment. Sirius n'était pas étonné, Remus parlait rarement sans y être invité et jamais de quoi que ce soit de trop personnel. A croire qu'il cessait d'exister dès qu'il sortait de leur dortoir partagé. Beaucoup de choses qui le concernaient demeuraient secrètes, aussi bien gardées que des trésors de tombeaux primitifs. Mais Sirius savait que, tôt ou tard, il pénétrerait ses défenses assez profondément pour que tout lui soit révélé. Tout ce qui se cachait encore entre le garçon frêle qui avait grandi d'une demi-tête et perdu un quart de sa largeur, semblait-il, pendant l'été, et le loup agité que James et lui avaient eu les plus grandes difficultés à garder en dehors d'Hogsmeade durant la dernière pleine lune.

Peter avait fait remarquer qu'il était toujours plus assoiffé de sang au retour des vacances, comme ces chiens qui cherchaient de nouveau le sang après y avoir goûté et que les bergers abattaient pour les retenir de décimer leurs troupeaux.

Sirius supposait que les parents de Remus n'avaient aucun moyen de l'empêcher de se mordre durant sa transformation, comme en témoignaient les cicatrices qui avaient fait leur apparition pendant les vacances, traînées livides sur sa chair pâle. Peut-être étaient-ils même moldus, Sirius n'en savait rien. Mais au final, le loup lapait son sang deux pleines lunes durant et il avait apparemment des difficultés à s'adapter aux changements de situation.

Sirius était déterminé à les faire cesser définitivement.

Dès l'été prochain, que Remus leveuille ou non, il viendrait rendre visite aux Lupin pendant les pleines lunes. L'idée de voir enfin sa maison, ses parents, et tout ce qui avait produit "Remus Lupin" tel qu'il était aujourd'hui faisait courir un frisson fébrile le long de son échine et il aurait voulu voir l'année scolaire déjà terminée.

Peut-être pouvait-il convaincre Remus de retourner chez lui pour les vacances de Noël ?

Il vit Remus tiquer sur le rebord de la fenêtre sur lequel il s'était perché pour lire à la lumière du jour. Il faisait un temps raisonnable pour un mois d'octobre écossais et il aimait profiter du jour autant qu'il le pouvait. Sirius, sans en être certain, pensait que la lumière des bougies et des lumos blessait sans doute ses yeux trop sensibles. Ces yeux d'ambre terribles qui n'avaient rien d'humain.

Sirius sourit, laissant errer son regard le long du col de la chemise de coton qu'il portait. Bien sûr, été comme hier, il ne se risquait jamais à dévoiler plus de peau qu'il n'était absolument nécessaire. Trop de marques, trop de cicatrices qui auraient pu soulever des questions embarrassantes. Le tissus étaient cependant suffisamment fin pour que Sirius croie pouvoir distinguer l'ombre de la marque violacée qu'il avait laissée sur les épaules tendues du garçon le matin même.

Bien sûr, Sirius savait que Remus n'avait pas choisi d'être le partenaire de cette traînée de Flora Lennox en Arithmancie, et il avait pleinement conscience qu'il ne faisait rien pour attirer les regards pensifs que Snape lui lançait parfois.

Mais une marque ou deux sous le col de sa chemise ne faisaient de mal à personne et leur présence apportait à Sirius un curieux sentiment de réconfort.

Soudain, n'y tenant plus, Remus se retourna pour froncer les sourcils dans sa direction, les muscles si tendus que Sirius croyait distinguer une métaphorique fourrure hérissée venant complimenter la façon dont il découvrait les dents, mi-menaçant mi-effrayé. Avec le temps, Sirius en était venu à classer cette expression parmi ses préférées.

Sirius l'approcha, souriant largement. il se planta devant l'autre garçon sans rien dire.

Remus détourna les yeux vers la fenêtre, les reporta sur son livre, puis les fixa quelque part entre l'épaule et le cou de son visiteur.

- Arrête, dit-il du ton dépourvu d'intonation qu'il adoptait lorsqu'il se sentait acculé.

- Quoi ? demanda Sirius, continuant de sourire d'un air qu'il espérait affable.

Le froncement de sourcils de Remus se prononça encore davantage. Sirius jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule. C'était presque l'heure du déjeuner et la salle commune des Gryffindors étaient pratiquement déserte, à part Lily Evans qui lisait une lettre dans un coin et James qui faisait semblant de jouer aux baveboules avec Peter tout en observant Evans avec cet étrange mélange de fascination et de crainte qui était devenu habituel sur son visage en présence de l'intéressée. Il la regardait comme si elle était une potion en ébullition toute proche dont il ne pouvait décider si elle s'achèverait par une explosion ou une fiole de Felix Felicitis.

Sirius se demandait pourquoi l'idiot se posait même la question. Il avait beau essayer de faire des efforts, il était évident quer la fille avait pour lui autant de considération que pour un tas de crottin d'hypogriffe depuis le jour où ils avaient rudoyé Snape devant le lac.

James avait même prétendu qu'ils étaient allés trop loin, ce jour-là. Honnêtement, Sirius ne comprenait pas pourquoi tout le monde faisait tout un plat de cette affaire. Bellatrix lui avait un jour fait une brûlure en forme de crâne (ou du moins, Sirius supposait que ç'en était un, ça ne ressemblait pas à grand-chose même avant que sa croissance n'ait distendu le motif) sous la plante du pied et personne ne s'attendait à ce qu'elle s'excuse ou quoi que ce soit.

Sirius eut un reniflement méprisant et se tourna vers Remus. Il glissa négligement son index sous la manche qui recouvrait le poignet sur lequel reposait toujours Sorciers et moldus au Moyen-âge : une cohabitation conflictuelle. Remus cilla et, malgré son immobilité, son malaise et sa surprise étaient palpables. Après toutes ces années d'observation, Sirius se flattait de pouvoir lire l'autre garçon comme un livre ouvert et il avait appris qu'une immobilité trop parfaite était chez lui le signe indubitable d'une grande agitation.

- Allez, on va déjeuner, annonça-t-il, retirant brusquement son doigt de l'endroit où il flattait une courte cicatrise tordue acquise l'été dernier sous le tissu blanc de son uniforme.

Remus resta pétrifié quelques secondes, comme s'il calculait les nouveaux paramètres de la situation.

Sirius s'écarta d'un pas et Remus se leva.

- On va manger ! annonça Sirius à la cantonnade sans quitter Remus des yeux.

Plus il l'observait, plus le garçon était tendu, sur le qui-vive. Sirius aurait voulu ne jamais le quitter des yeux. Remus fourra son livre dans son sac et ils sortirent de la salle commune sans attendre James et Peter, qui fourraient à la hâte les baveboules dans un sac.

En approchant de la Grande Salle, Sirius reconnut la silhouette malingre et la chevelure de Severus Snape à quelques mètres devant lui. Attrapant machinalement le poignet de Remus, il fit glisser à demi sa baguette hors de sa manche et il l'agita discrètement. Remus et lui dépassèrent Snape pour entrer dans la Grande Salle alors qu'il se baissait pour ramasser ses affaires soudain éparpillées sur le sol. Sirius marcha sur son manuel de potions au passage.

Sirius pouvait se montrer patient, mais il n'était pas Merlin pour autant.

XXX

Severus leva les yeux de ses notes éparpillées et vit Sirius Black disparaître derrière les portes de la Grande Salle, traînant Lupin derrière lui comme s'il s'était agi d'un petit chien désobéissant tenu en laisse. Il ne cachait même plus la façon dont il le traitait, à présent, mais personne n'osait intervenir, même pas les professeurs qui jetaient parfois de leur côté des regards inquiets. Severus ignorait si c'était dû à l'aura persistante des Black autour du garçon ou à une sorte de malaise compatissant regardant son nouveau statut de réprouvé.

Severus n'avait cure ni de l'un ni de l'autre de ces facteurs. Cependant, il devait admettre que Black était devenu nettement plus offensif ces derniers temps. Severus avait d'abord pensé comme les autres qu'il exprimait ainsi le désarroi causé par la perte de sa famille - pour autant qu'on puisse qualifier ainsi ce ramassi de fous et de maniaques aux gènes pourris par un arbre généalogique aujourd'hui si replié sur lui-même que le tronc en surpassait les branches. Cependant, il était devenu rapidement évident que Sirius s'attaquait à certaines personnes en particulier. Ce n'était pas l'agression aveugle d'un être dévoré par le chagrin, c'était presque... comme de la vengeance, pensait parfois Severus.

Il n'était jamais aussi vindicatif que quand Severus avait approché Remus. Pour une raison ou une autre, il savait toujours quand il avait essayé de parler à l'autre garçon.

Severus referma son sac et le garda à ses pieds un instant, songeur.

Les autres voulaient tous atteindre l'héritier déchu des Black. Le traître, comme disait Bellatrix avec un sourire qui en disait plus long que des mots. Mais c'était impossible, rien ne provoquait de réaction, ni les sorts, ni les remarques sur son nouveau statut de réprouvé.

Il n'y avait qu'un seul moyen de l'atteindre et il refusait de coopérer. Par peur, sans doute : Lupin ne pouvait pas respirer sans que Black ne soit penché vers lui, à l'affût du souffle suivant.

Severus remit son sac sur son épaule et entra dans la Grande Salle. Il jeta un regard vers Lupin, qui s'absorbait dans ses petits pois et sa purée tandis que Black se pressait bien trop près de son côté droit, l'observant comme un aigle prêt à fondre sur sa proie tout en parlant avec Potter et en mâchonnant une côtelette d'agneau comme si de rien n'était. Nul ne pouvait reprocher au garçon de ne pas savoir faire plusieurs choses à la fois.

Severus s'installa à la table des Slytherins et reçut quelques hochements de tête de ses camarades pour sa peine avant qu'ils ne retournent à leurs conversations respectives.

Severus remplit son assiette. La froideur de ses condisciples à son égard ne le dérangeait pas. Etant donné le caractère et la position de la plupart d'entre eux, mieux valait garder ses distances. ils n'étaient pas tous déplaisants, mais Severus songeait que la maxime selon laquelle il fallait davantage se méfier de ses amis que de ses ennemis ne s'était jamais mieux appliquer qu'à ceux qui peuplaient sa propre maison.

Il mâcha pensivement une bouchée de viande et vit Lupin tressaillir quand Black se pencha devant lui pour attraper une saucière.

Oui, si on voulait atteindre Black, il n'y avait qu'un seul moyen possible. Le tout restait de prouver à Lupin qu'il était dans son meilleur intérêt de coopérer.


N/A : ça a pris un moment, hein... En fait, j'ai joué d'une incroyable malchance depuis mon arrivée au Japon (oui, c'est là que je suis). D'abord, l'adaptateur que j'avais acheté en France pour mon ordinateur ne marchait pas, alors je ne pouvais pas brancher mon ordinateur. J'en ai cherché un cinq jours avant d'en trouver un. Ensuite, mon ordinateur a marché deux jours avant de ne plus marcher du tout. Eh bien, croyez-le ou pas, les japonais ne réparent aucun ordinateur qui n'est pas vendu sur leur sol. Du coup, plus d'ordi. J'ai dû écrire ce chapitre sur un cahier et là je viens de le taper sur un ordinateur de la salle informatique de ma fac (à laquelle je n'avais jusqu'ici pas accès parce que je n'avais pas encore ma carte d'étudiant). Il y a sûrement pas mal de fautes parce que j'utilise du coup un ordinateur avec un clavier japonais ce qui est plutôt déroutant (et rend difficile voire impossible l'accès à certains caractères).

Je veux un ordinateur qui marche... TT_TT