Chapitre 15: «… et conséquences»

Voyant que son frère biologique les observait, Charlie le regarda et lui demanda:

« Oui, Nathan ? Qu'y a-t-il ?

- Oh, rien de spécial, j'étais simplement plongé dans mes pensées... J'étais en train de me dire que Don et toi... non, rien...

- Don et moi ?, fit Charlie, étonné.

- Non, ce n'est rien, continua Nathan, oublie ce que j'ai dit...

- Pourquoi ? A quoi pensais-tu ?, demanda le mathématicien.

- Eh bien... Je... C'est un peu gênant à dire, je suis même étonné d'y avoir songé...

- Songé à quoi ?, interrogea Don à son tour.

- Je..., commença l'avocat. Je suis là, avec Peter assis près de moi, comme il nous arrive assez souvent de le faire, et quand je vous vois tous les deux, debouts l'un en face de l'autre, je ne peux m'empêcher d'être surpris... A vous entendre, il est évident que vous vous entendez bien, les regards que vous avez l'un pour l'autre indiquent de l'affection entre vous, toutefois... Quand on vous observe, on a l'impression que vous êtes distants...

- Parce que je ne prends pas Charlie dans mes bras comme toi tu le fais avec Peter ?, demanda Don. On en a déjà parlé, Nathan, je t'ai dit que ce n'était pas dans mes habitudes d'être démonstratif...

- Oui, je sais bien, mais quel mal y a-t-il à produire des marques d'affection envers son frère? Quand Peter ne va pas bien, ou tout simplement quand on est bien ensemble, il m'arrive très souvent de le prendre dans mes bras ou encore de l'embrasser, je n'ai pas honte de le dire...

- C'est peut-être votre façon d'être à tous les deux, déclara l'agent du FBI un peu sur la défensive, mais avec Charlie il nous arrive d'avoir de très bons moments ensemble ! Et dans ces cas-là, on se serre la main, on se fait une petite accolade... Simplement, on n'est pas aussi démonstratifs que vous !

- Toi c'est ta manière de fonctionner, Don, murmura le mathématicien, mais moi ça ne l'a jamais été...

- Que... Que veux-tu dire, Charlie ? »

L'aîné des Eppes sentit son coeur s'emballer, et s'interrogea immédiatement sur cette réaction physique. Pourquoi ? Pourquoi se sentait-il soudainement mal à l'aise devant l'aveu de celui qui avait été son frère jusqu'à présent ? Don n'eut pas le loisir de poursuivre plus loin son introspection, car la voix du mathématicien lui répondit:

« Tu me connais, Don, j'ai toujours eu un caractère plutôt sensible... Enfant, j'étais très timide, et les chiffres étaient un refuge pour moi... Avec le temps, j'ai appris à m'endurcir un peu, les maths seront toujours un échappatoire, mais moins... Néanmoins, une chose n'a jamais changé chez moi: j'ai toujours eu besoin de me sentir entouré, soutenu... aimé... Quand nous étions jeunes, tu n'hésitais pas à me prendre par la main, ou dans tes bras... Puis nous avons grandi, nous sommes devenus adolescents, et là... tu t'es éloigné...

- Je ne me suis pas éloigné, Charlie !, s'exclama l'intéressé. Comme tu viens de le dire, tu as appris à t'endurcir, et puis... tu étais un adolescent quand j'ai intégré l'école du FBI, tu n'étais donc plus un enfant ! De mon côté, il a bien fallu que j'apprenne à garder la tête froide... et à contrôler mes émotions par conséquent !

- Je ne te reproche pas ça, Don, poursuivit le mathématicien, je ne te reproche même rien du tout ! Simplement je dis que les marques d'affection qui se produisent entre nous ne sont pas celles que j'aurais aimé... »

Tout à leur conversation, les deux Eppes n'avaient plus conscience de la présence de leurs invités, lesquels, les voyant engagés dans une discussion qui devenait animée, se regardèrent un peu gênés, jusqu'à ce que Peter chuchote à l'oreille de son compagnon:

« Je me demande si c'était une bonne idée de lancer la conversation sur ce sujet, Nat... Maintenant ils sont partis dans une analyse de leur relation, et j'ai comme une envie subite de les laisser discuter tranquillement tous les deux...

- Moi aussi, pour tout te dire..., murmura l'avocat. Mais je... je ne sais pas, je sentais que je voulais savoir comment ils fonctionnaient tous les deux...

- Je crois que tu es fixé là, non ? Bon, on se lève et on va voir ailleurs ? »

Et joignant le geste à la parole, Peter se leva doucement du canapé, imité par Nathan. Les deux hommes avaient commencé à marcher en direction de la porte qui reliait le garage à la maison, lorsque Charlie, qui avait aperçu la manoeuvre, les interpella:

« Attendez ! Ne vous sauvez pas ! Oh je... désolé pour cette discussion, je ne pensais pas qu'avec Don

- Non, ce n'est rien, répondit Nathan, en fait ce serait plutôt à moi de m'excuser pour avoir posé une question sur un sujet qui ne me regardait en rien...

- Tu n'as rien dit de mal, l'assura Charlie, c'est juste que... ça m'a fait réagir un peu plus... passionnément que je ne le pensais, c'est tout...

- Oui, vous connaissez Charlie, continua Don, il a parfois tendance à s'emballer pour un rien...

- C'est vrai, tu as posé une question, et la réponse donnée m'a poussé à préciser certaines choses...

- Peut-être parce que vous avez besoin d'en parler..., hasarda Peter. Autrement vous ne seriez pas partis dans cette conversation, non ?

- Je ne sais pas, peut-être, oui, déclara Charlie.

- Ecoutez, reprit l'infirmier, Nathan et moi on va aller faire un tour, peut-être tout simplement aller dans le jardin, et vous, eh ben... on va vous laisser discuter entre vous, d'accord ? Je crois que vous avez des choses à vous dire et qui n'ont pas besoin de public !

- Je crois que Peter a raison, intervint Nathan, je vous ai observés et j'ai vraiment l'impression que vous avez besoin de mettre les choses à plat entre vous... Alors nous allons vous laisser discuter tranquillement... »

Les Petrelli firent un petit signe de tête aux Eppes, puis se dirigèrent vers la porte qui menait à la maison. Demeurés seuls, Don et Charlie se dévisagèrent pendant quelques secondes, puis le mathématicien rompit le silence:

« Don, si je te disais que là, maintenant, je me sens toujours perturbé par la révélation de nos véritables liens de parenté et que j'ai besoin d'être réconforté, que ferais-tu ? Te contenterais-tu de réagir comme tu le fais depuis que nous sommes adultes – c'est-à-dire en gardant une certaine distance-, ou laisserais-tu enfin tes émotions s'exprimer ? »

L'agent du FBI, dont les battements de coeur n'avaient pas encore tout à fait retrouvé un rythme normal, regarda longuement Charlie avant de s'avancer vers lui et de le prendre dans ses bras...

Au même moment, dans le salon.

« Tu crois vraiment qu'ils ont besoin de se parler ? Et si oui, de quoi exactement ?, demanda Peter en s'asseyant dans le canapé.

- De quoi exactement, je l'ignore, répondit Nathan en imitant l'infirmier. Mais ce dont je suis à peu près sûr, c'est qu'il y a entre eux beaucoup d'affection, mais une affection qui... « circule » mal, si je puis dire...

- Qui... « circule » mal ? C'est-à-dire ?

- Eh bien, comment dire... Charlie tient à Don et réciproquement, mais si Charlie n'hésite pas à montrer ce qu'il ressent, Don en revanche a tendance à tout garder à l'intérieur... L'un donne de l'affection sans quasiment rien recevoir, et l'autre reçoit sans quasiment rien donner, tu vois ce que je veux dire ?

- Je crois que oui..., souffla Peter. En fait, leur relation est « unilatérale » en quelque sorte, c'est ça que tu veux dire ?

- Oui... Je pense que leur relation est déséquilibrée du fait de cette affection entre eux qui ne circule que dans un seul sens...

- Cependant, tu oublies un détail, Nat...

- Lequel ?

- Je te rappelle que cette discussion que tu as lancée dans le garage est tombée au moment où nous venions d'apprendre tous les quatre que nos frères n'étaient pas ceux que nous pensions... Ainsi nous, nous avons toujours eu des marques d'affection entre nous alors que nous n'avons aucun lien de parenté... Tandis qu'en face, Don et Charlie ont toujours eu une relation...« unilatérale », maintenant ils savent qu'ils n'ont jamais été liés par le sang, alors moi je me demande pourquoi ils devraient essayer d'être plus démonstratifs l'un envers l'autre puisque...

- Puisqu'ils ne sont pas frères..., l'interrompit Nathan. Ton point de vue est intéressant Peter, mais les liens du sang et ceux du coeur sont deux choses différentes... Regarde-nous: aucun lien de parenté et pourtant si proches malgré nos caractères aux antipodes !

- Tu l'as dit, Nat ! », dit Peter tout en se serrant contre l'avocat, reprenant la position qu'ils avaient dans le garage...