Chapitre 2: « Génétique et Mathématiques »

30 ans plus tard, à la terrasse d'un café à New York.

Amita Ramanujan se laissa tomber sur sa chaise en soupirant:

« Ouf ! Je ne suis pas fâchée de faire une pause ! Ce congrès est très intéressant, mais c'est un vrai marathon intellectuel ! Heureusement qu'il y a quelques cafés dans le secteur de l'hôtel, j'avais besoin de me trouver dans un autre cadre pour vraiment me changer les idées !

- Moi aussi Amita, répondit son compagnon, Charlie Eppes, en prenant place en face de la jeune femme. Et je crois qu'une heure de pause ne sera pas un luxe après tout ce que nous venons de voir et d'entendre !

- Non mais tu imagines, Charlie, reprit la physicienne, qui aurait cru que de nos jours les maths pourraient avoir des applications en... biologie ! Incroyable, non ?

- Peut-être pas si surprenant que ça, dans le fond... J'ai bien aidé Don une fois, sur une affaire où la filiation jouait un grand rôle: tu te rappelles cette mystérieuse carte, qui était en réalité l'arbre généalogique du gourou ?(*)

- Oui ! Et nous l'avions déchiffrée avec... des formules mathématiques ! Mais si je me souviens bien, les résultats étaient... « spéciaux »...

- Effectivement, admit Charlie, nos calculs ont révélé que beaucoup des personnes mentionnées dans la généalogie avaient trop de liens de parenté entre elles... Mais bon, tout ça c'est du passé maintenant !

- Tu as raison ! Mais quand même... Dire que l'homme, voire l'humanité dans son ensemble, est encore appelé à évoluer et qu'il ne serait pas impossible que d'ici plusieurs siècles, certaines personnes puissent développer des capacités hors du commun, comme voler dans les airs, ou déplacer des objets par la pensée !

- Oh, pour ce qui est de la télékinésie, Amita, cela existe déjà chez l'humain... Depuis la nuit des temps, il y a toujours eu des personnes qui étaient plus évoluées, avec un esprit plus fertile... Pense un peu à Léonard de Vinci, ou encore à Jules Verne ! Au 16e siècle, le premier imaginait déjà des machines pour faire voler l'homme, et ses dessins ressemblaient à peu de choses près aux hélicoptères d'aujourd'hui ! Quant au second, il a imaginé le Nautilus dans son roman « Vingt milles lieux sous les mers », alors qu'aucun bâtiment de ce type n'existait encore à l'époque !

- Oui, tout comme il y a des mathématiciens brillants très tôt, capables d'élaborer des théories surprenantes mais vraies, comme la « convergence de Eppes », ajouta Amita avec un grand sourire.

- Vraiment ?, reprit Charlie, d'un air faussement surpris. Mais dis-moi, en parlant de théories surprenantes, je suis en train de repenser à un article que j'avais lu il y a déjà quelques temps, à propos des « bonds d'évolution de l'humanité ». L'auteur, un généticien indien, y avançait l'hypothèse que tous les mille ans environ, l'humanité – ou tout au moins quelques centaines de personnes à travers le monde – évoluait spontanément parce que certains gènes ne se « réveillaient » qu'à certains moments donnés... Je ne me rappelle plus les détails de l'article, mais contrairement à nos confrères, je n'avais pas trouvé cette hypothèse si farfelue que cela...

- Un généticien indien tu dis ? Qui parlait d'évolution spontanée de l'humanité ? Maintenant que tu en parles, c'est vrai que ça me dit quelque chose... Attends un peu... C'était le professeur Rish... non... resh... non plus...Suresh ! Le professeur Chandra Suresh !

- Oui, c'était bien ce nom-là, Amita ! J'aimerais bien le rencontrer un jour pour discuter de ses théories..., ajouta Charlie, l'air songeur.

- J'ai bien peur que cela ne soit impossible..., répondit lentement la jeune femme.

- Pourquoi ?, demanda le mathématicien, surpris par la mine contrariée de sa compagne.

- Parce que le professeur Suresh est décédé il y a environ 8 mois de cela... Un accident de la route je crois... Ma mère m'en avait parlé à l'époque, le professeur Suresh était très connu en Inde...

- Oh... Tu m'en vois désolé, Amita. Et il avait de la famille ?

- Oui, une femme et un fils, Mohinder je crois...

- Jeune, le fils ?

- Oui, mais ce n'était plus un enfant... La trentaine, d'après ce que m'a dit ma mère...A peu près ton âge, quoi... Et aussi un scientifique...

- Ah oui ? Et dans quelle discipline ?

- La génétique, comme son père... D'ailleurs, il paraît qu'il s'intéresserait à ses travaux... »

Appartement de Peter Petrelli, New York.

Peter Petrelli prit la cafetière et en versa dans les deux tasses posées sur le plateau devant lui. Il ouvrit le placard derrière lui et en sortit un sucrier, puis prit deux petites cuillères dans le tiroir. Il se saisit du plateau et se dirigea vers son salon, où se trouvait le professeur Mohinder Suresh, généticien de son état. Les deux hommes s'étaient rencontrés pour ainsi dire par hasard, du moins c'était ce qu'ils croyaient à l'époque, mais la suite des événements leur avait montré que leur rencontre avait peut-être été « planifiée »...hypothèse que chacun des deux hommes avait fini par envisager...

Peter s'était un beau jour persuadé qu'il était capable de voler comme un oiseau, et pour confirmer ce qu'il avançait, il n'avait pas hésité à sauter du toit d'un immeuble, sous les yeux de son frère aîné, Nathan...Cela avait valu au jeune homme un séjour en soins intensifs, puis la découverte de sa capacité, qui n'était pas comme il le pensait sincèrement la lévitation – don échu en réalité à son frère - , mais l'assimilation des pouvoirs des personnes qui étaient « spéciales » comme lui ! Le professeur Mohinder Suresh avait fini lui aussi par comprendre, et les deux hommes étaient devenus amis. Le généticien avait expliqué à Peter que son père était parvenu à établir une liste de personnes dotées de capacités, mais que la recherche de ces gens hors normes l'avait mené à sa perte, en la personne d'un certain « Sylar »...

Parvenu devant l'entrée de son salon, l'infirmier regarda son ami, penché depuis déjà plusieurs heures sur son écran d'ordinateur, calculant et examinant sans relâche la liste de son père et les échantillons d'ADN collectés auprès des personnes « spéciales » qui avaient bien voulu accepter le prélèvement... Mohinder n'avait lâché ses recherches que pour le déjeuner, puis s'était replongé dedans aussi vite qu'il en était sorti... Peter posa son plateau près de l'ordinateur du généticien puis s'assit à côté de son ami :

« C'est la pause café, Mohinder ! Tu es sur ton ordi depuis huit heures du matin, là il est 17h, si on enlève l'heure prise pour déjeuner, tu as donc passé 8 heures dessus ! Tu ne crois pas que tu as fait ta journée là ? »

Le généticien se frotta les yeux, se redressa et dit en étouffant un bâillement :

« Tu as raison, Peter, cela fait longtemps que je travaille... Mais c'est tellement prenant... et si important aussi... J'aimerais tellement parvenir à identifier et à localiser toutes les personnes « spéciales » comme toi, avant que Sylar ne puisse le faire... Ah... Si seulement je réussissais à isoler ne serait-ce qu'un gène parmi tous ceux qui font que certaines personnes sont comme toi...

- Dis-moi Mohinder, en parlant de gènes... tu as fait un prélèvement sur mon frère je crois, non ?

- Oui, et ?

- Et alors, les enfants issus du même père ou de la même mère ou des deux à la fois ont forcément des gènes communs, non ?

- Effectivement, chaque individu possède 50 % de son père et autant de sa mère, ainsi que 25 % de chacun de ses grands-parents... Pourrais-je savoir où tu veux en venir ?

- Eh bien, puisque tu as référencé nos ADN à Nathan et à moi, tu pourrais peut-être essayer de les comparer pour voir si les gènes responsables de nos capacités ne se trouveraient pas parmi nos gènes communs... Tu vois ce que je veux dire ?

- Oui, je crois que je comprends... Mais si pour chaque faculté il y a un gène spécifique, je risque de ne pas trouver la même chose chez Nathan et chez toi... Ce dont je suis à peu près sûr à ce jour, c'est que vos facultés vous viennent forcément d'un ancêtre... Nathan sait peut-être voler comme votre arrière-grand-père du côté paternel, et toi absorber les capacités comme une grand-tante du côté maternel ! A moins que vous ne teniez vos dons directement de vos parents !

- Alors ça tu vois, ça m'étonnerait ! Mon père était un homme tout ce qu'il y avait de plus ordinaire, quant à ma mère, je l'imagine mal avec une capacité comme la mienne ou celle de Nathan ! Et si elle en avait eu une, je pense qu'elle nous l'aurait dit !

- Pas forcément, Peter, déclara Mohinder d'un air songeur. Pas forcément...

- Attends, tu ne vas quand même pas soupçonner ma mère de nous avoir caché un truc pareil à Nathan et à moi !

- Peut-être a-t-elle voulu vous protéger en se taisant, elle s'est peut-être dit que si elle n'évoquait jamais le sujet devant vous, vous ne seriez pas tentés de découvrir si vous possédiez vous aussi des capacités !

- Non, je ne vois vraiment pas ma mère nous cacher un truc pareil... Ou alors, il faudrait qu'elle ait eu une sacrée bonne raison de le faire... »

Les deux hommes avalèrent tranquillement leur café, puis Mohinder reprit ses travaux:

« Curieux, ce nom-là me dit quelque chose..., déclara-t-il en désignant du doigt un endroit de sa liste.

- Lequel ?, demanda Peter

- Ici, Eppes... Et quatre personnes en plus ! Alan, Margaret, Donald et Charles... C'est bizarre... Charles Eppes, c'est un nom qui me parle... Charles Eppes, Charles Eppes...

- Un confrère à toi, peut-être ?, suggéra l'infirmier.

- Possible... En tout cas, j'ai déjà vu ce nom ailleurs que sur l'écran de mon portable ! Mais où ?

- Dans le journal ? Dans un magazine scientifique ?

- Oui... ça se pourrait bien..., dit Mohinder, toujours songeur. Et si... Dis-moi Peter, tu as une connexion Internet ici ?

-Euh... oui, pourquoi ?

- Parce que je crois que je trouverai des infos sur cette personne sur le Web. »

Le généticien s'assura qu'il avait bien accès à ce dernier puis lança sa recherche. Il ne lui fallut pas longtemps pour obtenir des réponses:

«Charles Eppes, mathématicien de renommée internationale, lauréat de nombreux prix... Fils de Margaret et Alan Eppes, un frère prénommé Donald... J'y suis ! C'est l'auteur de la « convergence de Eppes »!, s'écria Mohinder. Un don incroyable pour les mathématiques, puisqu'à l'âge de trois ans il manifestait déjà des capacités hors du commun !

- Tu crois que son don pour les maths pourrait être une faculté comme la mienne ?

- Pourquoi pas ? En tout cas, si mon père l'a mis lui et toute sa famille sur sa liste, c'est qu'il y a une raison...Ne reste plus maintenant qu'à trouver un moyen d'entrer en contact avec eux, surtout que si j'en crois sa fiche biographique, il réside à Los Angeles, c'est-à-dire à l'autre bout du pays... »

(*) cf saison 3 de Numbers « Le Prophète »