I'm... baaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaack !

Je vous fais toutes mes plus plates excuses de vous avoir fait poireauter aussi longtemps, je n'arrive pas à réaliser que ça fait aussi longtemps que je n'ai pas publié. On devrait retrouver un rythme un chapitre/semaine, normalement, maintenant que jai réussi à enchaîner la suite. Oui, je disgresse un peu, mais j'explique, je suis en prépa maintenant, et c'est méga dur de trouver une inspiration construite avec tout ce stress. Alors, bonne ou mauvaise nouvelle, je ne sais pas comment vous voyez les choses, mais en fait cette suite va être longue. Très longue. J'ai déjà le plan détaillé, quelques chapitres plus tardifs de rédigés; et en fait, je crois bien qu'il y aura deux « volumes » (trente-deux chapitres déjà pour le premier :) ). Lola, Ka-cendres (j'adore ton pseudo au fait), Endless : merci, merci, merci de nous avoir rejoint (oui, nous, j'estime que Vys, Aeris et myli participent autant de cette fic que moi ), j'espère que ça va continuer à vous plaire !

Vys, Aeris, myli, justement : un gros bisou à toutes les trois pour continuer à suivre et être aussi encourageantes. :D

Rien : je suis flattée. Vraiment. Et oui, oui, mille fois oui, le titre a à voir avec ça. Clap, clap !

Bonne lecture !


Le soleil se levait lentement sur les collines de Karn (j'étais assez épaté par l'extrême originalité des nains en ce qui concernait les noms; KarnAcier, Karnegie, plaines Karn... Karn-age, oui), jaunissant peu à peu un ciel déjà embourbé de nuages. Très lentement. Trop lentement

-Pour l'amour du ciel, Christopher, cesse de ronchonner.

J'ai pesté une dernière fois pour la forme, et je me suis relevé péniblement. Contrairement au soleil, nous étions levés depuis déjà un sacré bout de temps.

Et cheminer dans le noir sur des sentiers bien boueux, bien détrempés par le climat du mer-veil-leux pays nanique, ça ne se fait pas sans incidents.

-Aussi, si les autochtones prenaient un peu plus soin de ces foutus chemins, au lieu de glander toute la journée bien au chaud, à l'intérieur, à l'abri de la pluie...

April a soupiré et m'a ignoré. Pas David.

-Arrête de faire ton petit con, Chris. C'est pas le moment, tu vois. On a une longue journée de route à tenir, et on peut pas vraiment se permettre de s'afficher devant eux.

Il a pointé du menton les « eux » en question. Thor et Balder menaient notre petite équipée, devisant gaiement; Loki venait après eux, un peu à l'écart-comme souvent. Derrière nous, Merlin et Odin fermaient la marche.

April et moi, pour mon malheur, avions à peu près la même cadence. Par fierté bêtement masculine, je m'étais interdit de ralentir, de sorte que j'étais obligé de subir ses remontrances, dès que mes maugréments devenaient un peu trop salés pour ses chastes oreilles.

Jalil avançait à un rythme infernal au côté des deux dieux de tête, au grand dam de David, qui, épuisé, s'était résolu à rester avec nous deux.

Je l'ai dévisagé pendant un moment. Pas évident à faire quand on grimpe une côte et que regarder devant soi est une condition sine qua none pour éviter le rétamage.

-Et de cinq ! a fait April hilare, quand un raidillon un peu sec me fit de nouveau basculer les quatre fers en l'air.

-Va te faire, lui ai-je élégamment répondu. Ah non, c'est vrai, j'oubliais, jamais avant le mariage, hein ?

Je lui ai décoché une odieuse grimace, qu'elle a ignoré d'un air méprisant. David a semblé vouloir prendre sa défense, mais elle l'en a dissuadé d'un signe de main las.

Intérieurement, je l'ai admis. J'étais ronchon.

De toute façon, me tirer du lit à quatre heures du mat' pour partir varapper sous un crachin continuel dans des chemins plus sinueux qu'une traînée de bave d'escargot, ça n'a jamais été un bon moyen de me mettre d'humeur joviale. Même si m'éloigner au plus vite du pays des nains ne me déplaisait pas et que la perspective de vacances diplomatiques en Inde était assez réjouissante. Salut, on est avec « eux ». Cool, pourquoi n'iriez-vous pas vous offrir un bon p'tit dej' et un massage pendant qu'on parle des détails barbants avec « eux » ?

Je rêvais éveillé, me suis-je quand même dit. Comme si le général Davidos, l'expert géopolitique et Miss Féministe allaient accepter de laisser le flambeau aux gens qualifiés.

C'était de la mauvaise foi pure et dure, je m'en rendais bien compte -on avait choisi ce pays de dingues, ce n'était pas pour rester à l'écart des trucs intéressants... et puis doués comme ils étaient, les dieux, on n'était pas sortis de l'auberge, si on leur refilait complètement le bébé.

Mais bon, j'étais ronchon. Alors je ronchonnais.

Et en plus, j'avais mal aux pieds.

Nous nous sommes arrêtés un moment lorsque nous avons atteint le sommet de la Colline Grise, ainsi nommée parce que -étonnant- des plaques de roche y font des tâches grises. Supra-original, comme je l'ai déjà dit. J'ai cru un moment que nous allions faire une pause, et je me suis senti soulagé; malgré tout, la fatigue due à un réveil très matinal, combinée à cette rando effrénée et humide, commençait à se faire sentir. J'y ai cru.

Mais c'était juste le temps nécessaire à Odin d'indiquer à Thor, Balder et Jalil, qui gambadaient toujours joyeusement devant, l'itinéraire à travers les plaines qui s'étendaient devant nous. J'ai failli grommeler quelque chose de pas très poli au sujet des contremaîtres d'esclaves, des nuits courtes et des ampoules aux pieds, puis je me suis souvenu, d'une, que j'étais censé être un homme, et de deux, que ce type était capable de me transformer en paire de chaussures d'un semi-claquement de doigts.

Je me suis donc tu. (Ô miracle.)

April et David sont restés un moment en arrière, discutant de je-ne-sais-quoi avec Merlin et Odin. Toujours boudeur, je les ai donc semés, et me suis retrouvé à cheminer à côté de Loki. J'ai hésité à engager la conversation, mais je me suis abstenu. Le silence n'avait pas l'air de le déranger, et pour être honnête, le mutisme me convenait très bien à moi aussi.

Au fil de la route, j'ai commencé à m'ennuyer ferme. Je n'avais plus beaucoup d'idées de rouspétance, et à cause de la fatigue, je ne me sentais plus de dénigrer tout ce qui pouvait me venir en tête, à fortiori au sujet du pays des nains. J'ai essayé de m'intéresser au paysage, mais j'avais du mal à me passionner pour les collines régulières et mitées qui formaient l'essentiel de l'environnement. Parler ne me disait rien. Chanter, encore moins. Je me suis mis à rêvasser tranquillement, pensant au début aux Hindous, à l'Olympe et aux Indiens, puis à l'Ancien Monde. Et soudain éclair de génie.

Neuf compagnons cheminant avec peines à travers mains obstacles pour chasser des terres bénies un grand Vilain pas beau. On était en plein remake du seigneur des Anneaux, pardi. Et je jouais dedans ! Mais quel rôle ?

Merlin, pour des raisons évidentes, était le vieux Gandalf. La barbe, les pouvoirs, les tours de prestidigitateur, la sagesse inhérente aux vieux croûtons...

J'ai hésité un instant, mais j'ai fini par associer Odin et Aragorn. Même sang plus ou moins royal, même souci de sauver leur peuple, et puis les épreuves traversées avant de (re)trouver le trône. Restait à savoir si le vieux dieu s'était lui aussi dégoté une copine elfique. J'ai souri à cette pensée.

Balder et Thor, les inséparables, étaient Legolas et Gimli, bien qu'ils n'aient somme toute que peu de caractères communs avec le nain et l'elfe. Leur amour du combat, leur compétition guerrière, leur amitié. Restait donc Boromir pour Loki. Solitaire, un peu marginal, avide de pouvoir mais pas forcément mauvais. Je me suis demandé ce qu'aurait pensé le dieu s'il avait lu mes pensées à ce moment-là.

J'ai ensuite fait la grimace. Pour les quatre immigrés que nous faisions avec April, Jalil et David, restaient les quatre Hobbits. Ça collait peu. Quoique. Un peu crétins, venant d'un pays sans grand chose à voir avec la guerre dans laquelle ils se retrouvent impliqués, et ceci par accident... Hmm, si, ça marchait, en fin de compte.

David, le sérieux David, obsédé par l'honneur et le sens du devoir, faisait un Frodon convaincant.

J'ai prié très fort pour que l'on n'ait jamais à lui mettre un anneau maléfique dans les pattes, parce que vu la rapidité avec laquelle il s'était entiché de sa sorcière, on le retrouverait à susurrer des mots doux à sa bague en moins de trois minutes.

Il y avait donc encore à répartir le duo de comiques et le fidèle jardinier. Difficile à établir. Je me plaçais sans problème dans le rôle d'Effet Comique numéro 1, mais pour départager April et Jalil...

Quoique. April étant végétarienne, le rôle de jardinier lui collait à merveille. Ce qui signifiait que c'était elle, la suiveuse loyale de David. Seigneur, ai-je songé, fais que jamais elle ne découvre quel rôle je lui ai attribué. Elle me tuerait. C'est plutôt un rôle de méchante qu'il lui aurait fallu, en fait. April en Orque, ou en Nazgûl.

J'ai ricané silencieusement.

C'était mesquin, mais qu'est-ce que ça défoulait.

Ce jeu m'a ramené à des souvenirs de l'Ancien Monde. J'avais l'impression que cela faisait une éternité que je l'avais quitté. Il nous était arrivé à de nombreuses reprises, à des amis et à moi, de comparer les filles de la classe aux actrices des séries que nous regardions. Oui, Clarence a un faux air de Monica, je trouve aussi. Tu crois qu'elle porte aussi des jarretières léopard ? Hé, Clarence !

Les années de lycée.

Je comprenais pourquoi beaucoup de gens disaient que ces beaux moments semblaient loin derrière. Très, très loin, dans mon cas. Une autre dimension. Je me suis brièvement demandé, toujours dans mon petit jeu mental, qui auraient été nos nouveaux compagnons dans mon lycée.

Odin avait la classe, la prestance et la voix profonde d'un proviseur. Il aurait été à l'écoute de ses élèves, prêt à les aider s'ils avaient eu des problèmes, mais pas naïf non plus. Merlin aurait fait un parfait prof de chimie, type savant fou tout excité à l'idée de faire des expériences et des mélanges bizarres.

Étrangement, je voyais plus Thor comme un pion qu'un élève. Le genre sympa, avec qui on put rigoler, mais capable de faire réaliser un vol plané à quiconque le chercherait. Balder aurait été l'étudiant modèle au sourire craquant, celui à qui on va demander un coup de main en maths et qui n'aura jamais l'ai ridicule en offrant une fleur à une fille. Loki, enfin, aurait été le bad boy énervant qu'on trouve dans tous les lycées, au négligé terriblement classe et impossible à imiter, hautain, haï de tous les mecs et adulé de toutes les filles. J'aurais bien aimé les connaître dans une autre dimension, en fait. Ils auraient certainement changé ma vie de lycéen.

J'en étais là de rêveries nostalgiques lorsque, porté par le vent, nous est parvenu un son de cloche. Je me suis figé sur place. Les autres se sont tournés vers moi, l'air plus ou moins gênés ou compatissants.

J'ai serré les dents, et je me suis remis en marche, l'esprit vide de toute autre préoccupation que le martèlement régulier de mes pieds sur le sol.

Longtemps après que le carillon nuptial ait fini de retentir, sa mélodie funèbrement joviale a continué de vibrer en moi, rythmant les battements de mon cœur ainsi que mes pas, hymne douloureusement éclatant de ma souffrance, et de ma solitude.