Chapitre 2 : Amitié Naissante ?

Quelques jours plus tard, tandis que tous les nouveaux élèves s'étaient peu à peu faits à la vie de Poudlard et des cours, la pleine lune approchait à grands pas. En effet, ce soir, elle se ferait ronde et plus rayonnante que jamais au plus grand malheur de Remus qui en ressentait déjà les effets. Il était exténué : entre les cours, la fatigue, l'énervement, le stress dû à l'astre, il n'avait qu'une seule envie, c'était de dormir et tout oublier. Malheureusement, il ne pouvait pas se le permettre, il avait encore des devoirs à faire qu'il lui fallait rendre après sa transformation. Il soupira profondément, les épaules basses, marchant en direction de la bibliothèque afin d'y travailler dans le silence, au contraire de la salle commune qui était trop bruyante pour lui. D'autant plus qu'il ne supportait plus les regards de Black et Potter sur lui comme s'il allait s'écrouler à tout moment. Certes, il avait une sale tête, mais il n'était pas en sucre non plus ! Même s'il devait avouer qu'il était touché de leur attention. Sirius insistait souvent pour qu'il vienne manger avec eux, parfois ses trois camarades venaient à s'installer avec lui pour faire leurs devoirs. Il se sentait toujours mal à l'aise dans ces instants-là ; il n'était pas habitué qu'on puisse vouloir être avec lui, les gens l'avaient tellement fui que Remus avait un peu de mal à s'y faire. À croire que Black avait contaminé Potter dans sa quête de l'approcher et devenir amis.

D'un battement cil, il chassa ses idées de la tête et entra dans la bibliothèque qui était pleine à craquée. Il n'y avait plus aucune place. Il devait être maudit sans aucun doute ! Comment allait-il faire ses devoirs dans ces conditions-là ? Alors qu'il allait repartir, il vit une place de libre tout au fond de la pièce. Seulement, il y avait déjà quelqu'un d'installer à cette table : Fauve Grey. Il grimaça légèrement tout en avançant vers la table en question. Tout le monde savait que Grey n'était pas sociable avec son entourage, d'où le fait que personne n'osait s'installer à sa table. Debout, face à elle, Remus se racla la gorge tout en gigotant, quelque peu mal à l'aise. Il demanda alors :

« Puis-je m'asseoir avec toi ?

-Ai-je seulement le choix, répondit-elle sans même lever la tête de son livre. La bibliothèque est bondée, ajouta-t-elle. Je suppose que tu ne vas pas faire tes devoirs à même le sol, je doute que Mme Pince apprécie. »

Un léger sourire effleura les lèvres de Remus devant son ironie et son ton sarcastique. Il prit place sans hésitation en face de Fauve qui continua d'écrire sur son parchemin. Les minutes s'écoulèrent dans le plus profond des silences. La petite fille ne cessait d'observer son camarade de maison qui paraissait épuisé. Elle aimait bien Lupin, il ne s'était jamais moqué d'elle ou n'était associé aux rires des élèves quand il lui arrivait d'être en retard en cours, voire maladroite. Elle tourna la tête vers la fenêtre ; le temps était gris et il ne cessait de pleuvoir depuis ce matin. Les feuilles tombaient tandis que le froid s'installait doucement, annonçant l'automne.

« Tu devrais aller à l'infirmerie, tu es fatigué, dit-elle en le regardant droit dans les yeux.

-Je dois finir mes devoirs, répondit Remus en fronçant les sourcils, déstabilisé par son inquiétude.

-Je sais, déclara Fauve en fouillant dans ses parchemins pour finalement lui tendre un papier. Ce sont mes notes pour le devoir de Métamorphose et Potion. Prends-les, cela t'évitera de rechercher l'information, tu n'auras plus qu'à rédiger. »

Remus ouvrit grand les yeux tout en prenant le parchemin avec ses annotations. Pourquoi faisait-elle ça pour lui ? Se doutait-elle de quelque chose ? Non, impossible !

« Pourquoi fais-tu ça ? interrogea-t-il, curieux. »

Pour seule réponse, elle haussa des épaules et rangea peu à peu ses affaires.

« Prends ça comme un remerciement de ma part, ajouta Grey en mettant sa besace sur son épaule, prête à partir.

-Un remerciement ? répéta le jeune Lupin de plus en plus étonné. »

La Gryffondor se retourna vers lui quelques secondes puis s'en alla sans un mot. Décidément, cette fille était de plus en plus insaisissable, mais à cet instant, Remus sut que Fauve était loin d'être une personne désagréable. Il se promit de tout faire pour lui parler et apprendre à la connaître. Après tout, ça ne pouvait pas lui faire de mal ! Il se plongea dans les notes de Fauve qui étaient décrites à la perfection ; il allait pouvoir faire ses deux dissertations sans problème et très rapidement. Sans plus attendre, il prit sa plume et écrivit pendant plus d'une bonne heure avant de clôturer ses devoirs et se rendre vers sa salle commune. Ce fut sans surprise qu'il vit Sirius, James et Peter assis près de la cheminée en train de discuter et rire.

« Eh ! Interpella le jeune Potter. Viens nous rejoindre Remus, on se demandait justement où tu pouvais être ? »

Décidément, il ne pourrait jamais se reposer tranquillement. Il s'avança vers le groupe des garçons et prit place dans un fauteuil que lui désigna Sirius.

« Je me trouvais être à la bibliothèque pour faire mes devoirs, répondit d'une voix lasse Remus.

-Encore ! Mais tu y es tout le temps, déclara Black. Il faut profiter du temps libre qu'on peut avoir, rire, se détendre, s'amuser à faire des farces ! »

Sirius crut alors défaillir, ainsi que Potter et Pettigrow, en voyant le regard que Lupin lui lança. Un regard dur, noir, un regard qui ne correspondait pas au doux et patient Remus. Il semblait à bout de nerfs. Il se leva sous les yeux surpris de ses camarades et déclara abruptement :

« Je ne suis pas comme toi Sirius ou encore James ! Je n'ai pas envie de m'amuser, ni de faire des farces idiotes ou de rigoler des élèves comme Grey qui ne le mérite pas ! C'est totalement puéril et gamin ! Je ne veux pas décevoir les professeurs !

-Mais tu es un gosse, nous sommes des gamins ! répliqua Peter en fronçant les sourcils. Et je ne vois pas pourquoi tu décevrais les professeurs, tu as de très bonnes notes !

-C'est vrai ce que dit Peter, assura Sirius qui ne comprenait vraiment pas la réaction de Remus et ses yeux, ses yeux exprimaient trop de choses. James a reçu une retenue et ce n'est pas pour ça que McGo le déteste ou qu'elle est déçue par lui ! Ta réaction est exagérée Remus et…

-Vous ne pouvez pas comprendre, déclara le concerné tout en se mordant les lèvres. Il en avait beaucoup trop dit, il était à fleur de peau ce soir.

-Attends Remus, où vas-tu ? S'enquit James soucieux en voyant Lupin s'en aller.

-À l'infirmerie, j'ai mal à la tête, répondit-il en leur faisant un signe de main. »

Sous les yeux de ses trois camarades, il sortit de la salle commune aussi vite qu'il était arrivé. James ne comprenait pas Remus. Pourquoi était-il monté sur ses grands chevaux ? Il n'y avait pas de quoi en faire tout un plat ! C'était de leur âge de s'amuser et profiter de la vie. Lupin était trop mâture pour son propre bien, trop mâture pour son âge, comme s'il avait vécu des choses qui l'avaient fait grandir trop rapidement. Cependant, ses yeux avaient exprimé de la colère, de la résignation, mais aussi de la peur. Peur de quoi ? De décevoir ses professeurs ? Pourquoi ? Le jeune Potter soupira profondément. À quoi bon réfléchir au cas Lupin, il avait l'impression qu'ils leur manquaient quelque chose de primordial pour mieux comprendre leur ami.

« Je ne suis qu'un imbécile, c'est de ma faute si j'ai fait fuir Remus, murmura Sirius en fixant inlassablement la porte de sortie.

-Ne dis pas ça Sirius, il n'avait pas l'air d'aller bien depuis hier, tenta de consoler James. Il doit couver un mauvais rhume et demain, on pourra se faire pardonner, même si je trouve sa réaction très surprenante.

-J'espère que tu as raison, déclara Black. On a déjà assez de mal à l'approcher alors ce serait dommage d'avoir réduit tous nos efforts à néant.

-Ce soir, c'est la pleine lune. Peut-être a-t-elle des effets sur lui comme certaines personnes. Par exemple, ma mère, elle n'arrive pas à bien dormir ou elle est de très mauvaise humeur, expliqua Peter en rigolant.

-Bah, ça doit être la pleine lune tous les soirs pour Sirius, vu sa très bonne humeur le matin, remarqua James en se recevant un cousin.

-La ferme Potter sinon je te fais bouffer tes lunettes, déclara Black avec un sourire en coin. »

James posta alors ses mains devant lui en signe d'abandon tout en lui renvoyant son cousin à une vitesse fulgurante, enclenchant ainsi une bataille entre eux dans les rires et la bonne humeur. S'ils avaient su comme Peter était proche de la vérité, s'ils avaient su que, quelques heures plus tard, Remus allait se transformer en bête féroce, peut-être ne seraient-ils pas aussi insouciants à l'heure qu'il est.

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La nuit tomba rapidement sur Poudlard. La lune allait apparaître dans quelques secondes ; Remus était assis dans la cabane hurlante, attendant l'heure fatidique. Il tremblait, ne cessant de jeter des coups d'œil vers le ciel que la fenêtre laissait transparaître. Il avait peur, peur de tout son être. Mme Pomfresh avait été gentille de l'accompagner jusqu'ici, elle avait tenté de le rassurer tout en lui souhaitant bon courage. Il avait été surpris quand elle l'avait enlacé tendrement, il avait hâte d'être à demain pour qu'elle revienne le chercher et retrouver ainsi la chaleur du château, mais aussi humaine. À cet instant-là, Remus ne s'était jamais senti aussi monstrueux. Merlin qu'il haïssait cette lune à la beauté funeste.

Les premiers rayons apparurent dans le ciel étoilé et la douleur s'influa en lui tel un venin parcourant ses veines. Il poussa un gémissement tout en se tordant de douleur. Des larmes de souffrance perlèrent au coin de ses yeux, roulant sur ses joues puis tombèrent sur ses mains qui craquèrent comme si ses os se cassaient. Il releva la tête en sentant une brûlure remonter dans toute sa colonne vertébrale qui lui arracha un cri sans précédent.

Peu à peu, sa vision se brouilla par le calvaire qu'il endurait, ses mains se firent plus grandes et poilues. Ses vêtements se déchirèrent tandis qu'il grandissait de plus en plus. Ses jambes se transformèrent en pattes velues, ses oreilles se firent pointues et ses yeux plus jaunes que jamais.

Remus n'était plus un humain, mais un loup-garou qui gémit plusieurs minutes, puis remua les oreilles tout en observant l'endroit où il était. Sans plus attendre, comme énervé d'être enfermé, il se jeta sur les parois de la cabane hurlante, hurlant à la mort, se déchaînant sur les meubles et sur lui. Il se griffa, se mordit, encore et encore, comme pour exprimer sa frustration. Ses sens étaient plus aiguisés que jamais, entendant les chouettes ou la forêt qui paraissait vivante. Il tourna en boucle dans sa prison sous le regard mélancolique de la lune. Il avait faim et soif ; il voulait manger, sentir la chair fraîche sous ses crocs acérés, sentir le sang et rien qu'à cette simple idée, le loup se lécha les moustaches.

Alors, le loup se mit à fureter dans la cabane à la recherche d'un petit rongeur sur quoi il pourrait abreuver sa faim et sa soif, même s'il aurait bien envie de plus. La nuit fut mouvementée et tous les habitants de Pré-au-Lard frissonnèrent de terreur en entendant le bruit infernal et les cris dans la cabane hurlante. Une cabane qui fut rapidement présumée hantée. Comment pouvait-il en être autrement après les hurlements stridents.

La lune laissa alors place au soleil rendant ainsi toute l'humanité que Remus possédait. La transformation fut de nouveau douloureuse, laissant ainsi apercevoir toutes les blessures qu'il avait pu s'infliger. Il frissonna de froid et d'horreur devant les nouvelles cicatrices sur son corps et le sang séché. Il tenta de se lever, mais retomba lourdement comme une masse sans force. Il se mordit les lèvres jusqu'au sang face au tiraillement qui régnait en lui. Il avait si mal, si mal; tout son corps hurlait sa peine et sa souffrance. Il se traîna comme il le put jusqu'à la couverture qu'il avait déposée dans un coin de la pièce puis s'enroula dedans. Le jeune Lupin se recroquevilla et attendit que l'infirmière fasse son apparition pour qu'elle le soigne. Il se sentait plus que jamais honteux et sale. Pendant tout le trajet et le moment où elle prit soin de guérir ou refermer ses plaies, il n'osa rencontrer son regard de peur d'y voir de la pitié ou du dégout. Malheureusement, Remus ne put continuer très longtemps ce petit jeu puisque Pompom se pencha vers son visage pour prendre sa température. Elle dit alors :

« Tu as été très courageux Remus, tu n'as pas à détourner le regard devant moi. Nous allons venir à nous rencontrer très souvent pendant tes sept années à Poudlard. Alors, je ne veux voir aucune gêne ou embarras de ta part ! le sermonna-t-elle gentiment, mais d'un ton qui se voulait ferme. Tu vas rester ici durant trois jours, le temps que tu te rétablisses, confia-t-elle en lui faisant boire une potion de sommeil sans rêve. Repose-toi bien Remus et si tu as besoin de quoi que ce soit, tu m'appelles, d'accord ?

-Merci beaucoup Mme Pomfresh, souffla le jeune Lupin en sentant ses yeux devenir lourds, pour s'endormir comme un gros bébé. »

L'infirmière l'observa quelques minutes puis s'en alla vers son bureau. Elle était contente de pouvoir aider un jeune garçon comme Remus qui le méritait amplement. C'est ce qu'elle aimait le plus dans son travail : aider ses patients dans leurs tourments.

Quelques heures plus tard, tandis que Remus se réveillait, l'esprit embrumé, il se releva difficilement dans son lit et vit de suite l'infirmière arriver dans sa direction pour l'ausculter. Elle lui donna alors un plateau garni de nourriture qu'il entreprit d'avaler avec grand plaisir sous les yeux amusés de Pompom qui l'informa :

« Tes amis sont venus te voir, un groupe de trois garnements qui ont fait du tapage pas croyable. Ils voulaient absolument te voir et s'inquiétaient de ne pas t'avoir vu revenir hier soir. Je leur ai dit que tu avais un mauvais rhume et que tu avais besoin de repos.

-Merci, mais ils risquent de voir les marques, murmura Remus inquiet.

-Aucun souci, je leur ai dit de repasser seulement demain, annonça l'infirmière. D'ici là, les pommades et potions auront fait leur effet en atténuant les plaies. »

Remus la remercia d'un sourire puis termina son plateau repas pour finalement se recoucher. Mme Pomfresh était certes gentille, mais aussi très stricte avec la santé de ses patients. Lupin se sentit étrangement léger en sachant que ses amis étaient venus le voir. Il avait eu peur qu'ils soient en colère après la conversation d'avant hier soir. Pourtant, n'est-ce pas lui qui avait décrété qu'il ne voulait pas se faire d'amis ? Seulement, peu à peu, il finissait par s'habituer à leur présence. Parfois, ils venaient même à le faire rire, lui faisant oublier ses soucis. Peut-être qu'avoir des amis n'avait rien de si terrible. Après tout, que risquait-il ? Il n'y avait aucun danger qu'ils ne découvrent son secret. Non, aucun danger… Et sur cette dernière pensée, il se laissa emporter dans les bras de Morphée.

Le lendemain soir, le trio arriva dans l'infirmerie chargé de paquets de bonbons en tout genre afin de les partager avec leur ami et prendre de ses nouvelles par la même occasion. Remus en fut surpris. Ses camarades l'assaillirent de mille questions tout en s'excusant pour l'autre soir, au plus grand étonnement du loup-garou.

« Vous n'avez pas à vous excuser, dit-il. C'est moi qui me suis un peu trop emporté et énervé, vous n'avez rien à vous reprocher, rassura Remus. »

Ils hochèrent tous les trois la tête tandis que Sirius fouilla dans sa sacoche et lui tendit plusieurs parchemins :

« Ce sont les notes des cours. On s'est dit que tu voudrais sûrement rattraper ton retard, et voici les devoirs à faire, expliqua Black. »

Remus se sentit très mal soudainement. Il s'était énervé sur eux, les avait évités de nombreuses fois, les traitait de gamins puérils, leur mentait et malgré ça, ils lui avaient pris ses cours et ses devoirs tout en continuant de lui parler. Etait-ce ça des vrais amis ? Toujours là pour vous dans n'importe quel moment ? Lupin eut très envie de pleurer sans trop savoir pourquoi, alors pour se retenir, il serra fortement les draps et mordit ses lèvres, mais cela n'échappa pas aux regards des garçons.

« Quelque chose ne va pas Remus ? demanda Peter.

-C'est rien, souffla le concerné la voix enrouée par l'émotion. Je vous remercie beaucoup pour tout ce que vous faites pour moi.

-Eh ! Qu'est-ce que tu dis là ! Tu n'as pas à nous remercier, on est des amis, c'est normal non ? déclara Sirius en le regardant droit dans les yeux.

-Oui, oui, on est ami, répondit Remus, quelque peu déconcerté par le regard de Black.

-Parfait, alors tu accepteras de partager tes Chocogrenouilles avec nous, supplia James en faisant des yeux de cocker. On partage tout entre amis, hein Black ?

-Arrête de m'appeler par mon nom, tu es sourd ou quoi ? grogna le Gryffondor.

-Pourquoi, tu aimerais que je t'appelle comment ? Sirinouchet ? fit Potter en faisant les yeux de biche. »

Ledit Sirinouchet sauta sur James sous les rires hystériques de Remus et Peter qui virent le jeune Potter échapper aux griffes de Sirius. Les cheveux de James étaient totalement ébouriffés et le faisait ressembler à un épouvantail tandis qu'il était poursuivi par Black dans toute l'infirmerie, tout en le menaçant de toutes sortes de tortures ou de malédictions prochaines, quand soudain :

« POTTER ! BLACK ! cria l'infirmière les mains sur les hanches. NOUS SOMMES DANS UNE INFIRMERIE ET NON DANS UN CIRQUE ! VEUILLEZ VOUS CALMER ET CESSEZ CE TAPAGE !

-Mais, mais, madame… Il ne faut pas crier ainsi voyons, c'est une infirmerie ici ! Ce serait dommage de réveiller tous les patients avec ce tapage, répliqua Sirius d'un ton espiègle.

-Oh toi ! DEHORS ! hurla-t-elle à en arracher les tympans. »

Les trois garçons rirent à grand éclat tout en sortant à toute vitesse de l'infirmière. James dit :

« On se revoit demain Remus, rétablis-toi vite !

-DEHORS ! cria Pompom le visage aussi rouge qu'une tomate. »

Remus dut se retenir de rigoler avec la plus grande peine du monde. Ils étaient intenables ces trois-là. Mais qu'est-ce que cela faisait du bien de rire ! Oui, énormément de bien et à partir de ce jour-là, Lupin devint un des leurs ; ils étaient inséparables, toujours fourrés ensemble, amis et cela pour la vie.

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Quelques mois étaient passés depuis la première pleine lune de Remus. D'ailleurs, plus les jours et les semaines s'écoulaient, plus leur amitié devenait forte. Ils étaient tout le temps ensemble. James et Sirius adoraient faire tourner en bourrique les professeurs avec espièglerie et amusement. Remus et Peter étaient, quant à eux, un peu plus sérieux que les deux garçons, se contentant de rire face aux bêtises de leurs deux amis.

Malheureusement, toutes les bonnes choses avaient une fin et nos quatre amis devaient retourner chez eux pour la fin d'année. Dans le train en partance pour la gare King Cross, l'humeur de Sirius était plus que jamais morose et taciturne, sous les regards interrogatifs de ses amis. Il savait que ses vacances allaient être exécrables et que sa mère allait le punir sévèrement. Noël ne se prévoyait pas chaleureux et familial contrairement à James, Remus et Peter. Rien qu'à cette simple idée, le jeune Black en frissonna. Il n'avait pas envie de retourner chez lui ; tout ce qu'il voulait, c'était de rester à Poudlard avec ses amis et oublier ses parents. La seule chose qui le rendait plus ou moins de bonne humeur, c'était de revoir son petit frère Regulus qui rentrerait l'année prochaine à Poudlard. Peut-être se retrouveraient-ils ensemble ? Seulement, Sirius avait un mauvais pressentiment. Il espérait que ses parents ne l'avaient pas trop réprimandé et qu'ils ne lui avaient pas fait un lavage de cerveau durant son absence. Avant, il pouvait se permettre de protéger Regulus de toutes ces idioties et de l'autorité parentale, mais maintenant qu'il était à Poudlard, loin de son cadet, ses parents pouvaient exercer leur influence sur lui. Regulus était un gentil garçon, mais un peu naïf et il était en adoration devant son frère. Cependant, si l'aîné était aussi rebelle et insolent, le second était tout son contraire et Sirius craignait le pire. Il soupira profondément, provoquant un nuage de buée sur la vitre. Vivement la fin des vacances.

Quelques heures plus tard, le train s'arrêta en gare et les quatre garçons descendirent du wagon pour rejoindre leur famille respective tout en se disant au revoir, promettant de s'écrire afin de prendre des nouvelles. Sirius s'en alla à contrecœur vers sa mère qui l'attendait et vu son air pincé, voire revêche, les vacances allaient être très longues. James se dirigea vers ses parents qui l'assommèrent de questions tout en se dirigeant vers la sortie. Ce fut pareil pour Peter ou ses parents qui lui montrèrent toute la fierté qu'ils avaient pour lui. Remus, quant à lui, se fit accueillir par sa mère qui l'enlaça tendrement tout en l'observant attentivement pour voir s'il se portait aussi bien qu'il le disait dans son courrier. Espérance était heureuse de voir son fils s'intégrer au sein de Poudlard et se faire des amis. Elle le trouvait beaucoup plus épanoui qu'avant et tandis que Lupin raconta ses dernières semaines à sa mère, il vit du coin de l'œil Fauve Grey. Il n'avait pas eu l'occasion de lui reparler depuis son séjour à la bibliothèque. À vrai dire, il avait eu la nette impression qu'elle le fuyait depuis qu'il était constamment avec James et compagnie. D'autant plus qu'il était difficile de la croiser à Poudlard, il ne la voyait jamais aux repas et personne ne semblait s'en inquiéter outre mesure. À croire que tout le monde paraissait l'avoir oubliée, qu'elle faisait partie du décor et qu'on ne s'intéressait pas à elle. Peut-être était-ce le cas. Sur cette unique pensée, il rentra chez lui, heureux d'être avec sa mère.

Au 12 Square Grimauld, à peine le jeune Black fut rentré qu'une gifle le projeta à même le sol. Il releva la tête fougueusement, regardant avec dédain sa mère, la main sur sa joue rouge vif. Il n'y avait pas d'amour, juste de la haine, une profonde amertume et dégoût entre eux. Il n'y avait rien de maternel entre elle et son fils, juste les liens du sang. Le sang, un sang pur qu'il ne fallait pas salir, ni trahir, et plus que jamais Sirius haïssait les valeurs et les traditions familiales. Il se releva et regarda effrontément Walburga.

« Baisse le regard devant moi Sirius ! Siffla sa mère en s'apprêtant à relever la main.

-Je vous regarde comme je veux mère, répliqua-t-il avec un sourire narquois. »

Une gifle plus forte que la précédente s'abattit sur lui, mais cette fois-ci, il ne tomba pas : il resta debout, la tête ayant juste tourné sous la force et la douleur. Un filet de sang s'échappa de sa bouche. Il s'essuya du revers de sa main et reporta son attention sur sa mère qui semblait enragée. Jamais, il ne se soumettrait jamais ! Plus jamais !

« Non seulement tu as placé la honte sur notre famille par ton intégration à Gryffondor, mais en plus, tu te comportes de manière odieuse ! s'exclama Mme Black.

-Je me comporte comme vous m'avez éduqué mère, dit Sirius en sachant très bien que cela allait l'outrer.

-Espèce de petit impertinent, tu oses dire que c'est de ma faute !

-Exactement mère, assura Black le sourire en coin. Je ne vous savais pas aussi dure d'oreille, je me conduis comme vous m'avez éduqué et je continuerai à me conduire ainsi.

-Alors nous allons revoir sérieusement ton éducation, claqua sèchement la voix de son père se trouvant derrière sa mère. »

Sirius croisa le regard gris de son père, ce même regard qu'il possédait. Il frissonna de peur, mais resta impassible comme on avait pu lui apprendre : ne pas montrer ses émotions, surtout devant ses ennemis. Il resta droit et fier tel un lion, même s'il était quelque peu effrayé par les punitions à venir. Cependant, il n'était pas et ne serait jamais comme eux ! Il monta alors dans sa chambre comme le lui avaient ordonné ses parents. En passant devant la chambre de son frère, il tourna la tête vers la pièce où résidait Regulus. Il croisa le regard de son cadet, mais au lieu d'obtenir son sourire enfantin et espiègle, il n'eut qu'à un regard froid et dénué d'émotion. Du froid, un froid qui enveloppa Sirius et qui le projeta dans un gouffre insondable. Il serra fortement ses poings, son cœur se serra douloureusement. Regulus, son propre frère, sa propre erreur, sa propre défaite ; il n'avait pas réussi à le protéger, pas suffisamment. Il marcha lentement vers son cadet, mais ce fut encore pire que ce qu'il avait prévu :

« Mère et père sont furieux à cause de toi ! Tu as sali notre famille et notre sang. Tu nous as trahis, tu m'as trahi ! déclara Regulus comme un discours qu'on lui aurait appris.

-Non, non Regulus, souffla Sirius, je ne t'ai pas trahi ! Je ne te trahirais jamais ! Je suis toujours le même et…

-Alors pourquoi n'étais-tu pas là quand mère m'a frappé et a déversé toute sa colère sur moi par ta seule et unique faute ! Elle dit que tu m'as contaminé avec ta stupidité, elle-elle m'a dit que tu étais quelqu'un de mauvais et moi, moi je ne veux pas être mauvais… »

Sirius ouvrit grand les yeux et posa ses mains sur les épaules de son frère qu'il secoua comme un prunier.

« Mais réagis bon sang Regulus ! Elle t'a fait un lavage de cerveau avec ses débilités ! Je ne suis pas mauvais et toi non plus ! Je suis à Gryffondor, mais ce n'est pas pour ça que c'est mal ! Tu verras à Poudlard que les enfants des Moldus sont aussi intelligents que nous, qu'ils ne sont pas inférieurs, bien au contraire ! assura son aîné avec une sincérité à toute épreuve.

-Alors, alors je ne serais pas mauvais si-si je ne vais pas à Serpentard, murmura Regulus en se retenant de pleurer.

-Bien sûr que non, Reg, décréta Sirius en s'agenouillant à sa hauteur. Je suis désolé de ne pas avoir été présent pour toi, mais tu dois te montrer fort Regulus, ne pas croire ce que disent père et mère. Ce sont eux les imbéciles. Tu dois me croire, aie confiance en moi, supplia le jeune Black.

-C'est dur sans toi Sirius, avoua son cadet en se mordant les lèvres. Je me sens seul et tu n'es pas là pour-pour me consoler quand ça ne va pas ou me protéger face à mère. Elle passe toutes ses journées avec moi pour m'apprendre toutes sortes de choses, confia-t-il.

-Quelles sortes de choses ? S'enquit le concerné.

-La théorie de-de la magie noire, balbutia Regulus.

-Tu ne dois pas apprendre la magie noire Reg, c'est mauvais. Ça ne sert à rien à part faire du mal et tu ne veux pas être mauvais non ?

-Non, non, mais, mais mère me pose des questions pour savoir si j'ai bien appris et retenu la leçon. Si je ne réponds pas bien, elle m'envoie un sortilège et ça me fait mal Sirius ! Je ne veux pas avoir mal, je me sens pas bien pendant plusieurs jours après et mère me fait peur. Père aussi… »

Sirius se mordit les lèvres à son tour face au problème qui se posait à lui : que faire pour protéger et aider son frère ? À cette vitesse, sa mère réussirait à le convertir en parfait petit Black. Si seulement Regulus avait plus de force de caractère ! Si seulement il était plus âgé, il aurait pu fuir avec son petit frère loin de cet enfer sordide. Regulus n'était pas un enfant mauvais, il était même certain qu'il aurait sa place dans une autre maison que Serpentard, comme Poufsouffle. Cependant, ses parents se chargeaient trop bien de son éducation, sûrement à cause de sa propre intégration à Gryffondor : ils ne voulaient pas reproduire la même erreur deux fois de suite. Il avait envoyé son frère cadet dans la fosse aux serpents et il ne pouvait rien faire pour le sauver, tout dépendait de lui. L'aîné prit alors Regulus dans ses bras et le serra maladroitement, les deux frères n'étant pas habitués aux marques d'affection. Son cadet sauta littéralement sur Sirius et s'accrocha à lui comme une bouée de sauvetage. Il en était persuadé, convaincu, qu'il allait perdre Regulus et cela à jamais. Il eut envie de pleurer, pleurer de laisser son petit frère face à lui-même et ses parents, mais que pouvait-il faire d'autre ? Il se recula légèrement de Reg et effaça ses grosses larmes qui roulaient sur ses joues toutes rouges. Il aimait beaucoup son frère ; c'était la seule personne de sa famille qu'il aimait, en omettant oncle Alphard et sa cousine Andromeda.

« Tu me promets alors de ne plus penser que le sang et les origines des sorciers sont importants ? Ainsi que de ne plus croire en les propos de mère ou père ?

-Je te le promets Sirius ! approuva son cadet en hochant de la tête. »

Le dénommé Sirius sourit tout en emmêlant ses doigts dans les cheveux ébène de son frère, qu'il ébouriffa. Il savait que Regulus ne tiendrait pas sa promesse, mais il ne lui en voulait pas. Comment le pourrait-il ? Il n'était qu'un enfant et même si lui-même avait la force de se dresser face à ses parents, cela lui était aussi très difficile chaque jour de sa vie. Une vie qui ne leur souriait pas tous les jours, mais ils faisaient tout pour apprécier les bons moments qu'ils partageaient ensemble. Sirius se mit alors à s'amuser avec son frère, en profitant tant qu'il le pouvait encore, oubliant les soucis et la souffrance qui se glissaient lentement en lui.

Les jours suivants ne furent que violence entre lui et ses parents. Plus il affirmait ses pensées et plus les gifles, les coups, les sortilèges se faisaient douloureux. Sa seule consolation était de voir Regulus lui apporter une bassine d'eau fraîche pour le soigner avec ses petites mains. Apparemment, Kreattur ne voulait pas s'occuper de Sirius. Noël fut bien triste au 12 Square Grimauld : aucun cadeau, aucun sapin, aucune illumination ou décoration, seul dans sa chambre et sa noirceur. Allongé sur son lit, les yeux rivés sur le plafond, une unique larme roula sur sa joue pour tomber mollement sur l'oreiller qui l'absorba.

Au même moment, les cris de joies et de festivités résonnaient dans le manoir des Potter et la maison des Pettigrow où les cadeaux furent distribués à volonté après un repas copieux. Les rires et les chants emplissaient les demeures tandis que le sapin resplendissait de toute sa beauté, étincelant de mille feux. À quelques kilomètres de là, Remus courrait sous la neige avec des courses en main que sa mère lui avait demandé de ramener pour faire le repas de ce soir. Il n'était plus qu'à quelques pas de chez lui avant de rentrer au chaud et pouvoir manger. C'est alors qu'il passa devant le parc du quartier et quelle ne fut pas sa surprise d'entendre un rire et voir une silhouette danser sous la neige qui tombait. Il s'arrêta net, étonné que quelqu'un puisse se trouver là à cette heure du soir et par ce froid glacial. Il plissa des yeux et avança un peu pour finalement reconnaître que c'était une fille et qui ne devait pas être plus âgée que lui. Était-elle inconsciente de rester ici et seule ? Cela pouvait être dangereux ! Il se dirigea vers elle sans aucune hésitation pour lui dire gentiment de rentrer chez elle quand Remus croisa son regard. Un regard qu'il ne pouvait ne pas reconnaître. Ses longs cheveux auburn valsaient au gré de sa danse qu'elle effectuait. Elle riait, encore et encore, mais son rire sonnait trop faux à ses oreilles. Il ne l'avait jamais vue aussi détendue et naturelle. Que faisait-elle ici ? Habitait-elle dans le coin ?

« Fauve, murmura Remus. »

La concernée s'arrêta aussitôt, mais son sourire ne s'effaça pas. Elle semblait totalement ailleurs, ses joues étaient rouges ainsi que son nez. Elle paraissait transie par le froid.

« Remus, souffla-t-elle d'une voix douce. »

Il frissonna ; c'était la première qu'elle prononçait son prénom. Sa voix était cristalline, voire enfantine. Cette fois-ci, ses cheveux n'étaient pas attachés, mais libres, cascadant sur ses épaules recouvertes d'une cape. Elle était mignonne, oh oui très mignonne, et rien qu'à cette simple pensée, le jeune Lupin piqua un fard.

« Que fais-tu ici ?

-Je te retourne la question Remus, dit-elle en éclatant de rire. »

Non, décidément, elle n'était pas dans son état normal : son rire était forcé. Il remarqua alors que ses yeux paraissaient plus rouges qu'à la normale. Aurait-elle pleuré ?

« J'habite à quelques pas d'ici, au 8 rue Middle Lodge, et toi ? Comment connais-tu ce parc ?

-Étrange qu'on ne se soit jamais vu, murmura-t-elle en fixant le ciel. J'habite le quartier Marie Lodge, le numéro 12. »

Le loup-garou fut en effet étonné ; ce n'était qu'à quelques minutes de sa maison. Comment était-ce possible qu'ils ne se soient jamais croisés ? Il était donc normal qu'elle connaisse ce parc, mais cela n'expliquait pas ce qu'elle faisait ici. C'était Noël aujourd'hui, ne fêtait-elle pas cette journée de fête avec sa famille ?

« Tu devrais rentrer Fauve, c'est dangereux de rester ici, seule. Quelqu'un pourrait te vouloir du mal, déclara Remus soucieux.

-Comme toi ? murmura-t-elle.

-Non pas moi, bien au contraire, je ne veux que ton bien. Tes parents doivent s'inquiéter de ne pas te voir... »

Elle éclata alors d'un rire guttural et amer : ses parents inquiets de ne pas la voir rentrer ?! Dans une autre dimension ! Ses parents se moquaient bien d'elle. Il n'y avait qu'Eileen qui comptait à leurs yeux. Eileen qui était la plus belle, la plus gentille, la plus parfaite, la plus intelligente. Eileen était leur rayon de soleil et elle n'était qu'une ombre à qui on accordait que peu d'attention. C'était encore sa sœur qui allait avoir les plus beaux cadeaux pour Noël, encore elle qui piquait ses crises de jalousie quand Fauve avait un cadeau qui lui plaisait et sans remord, ses parents lui arrachaient pour contenter leur fille. Peut-être que ses parents ne l'avaient jamais réellement aimée, du moins pas autant que sa sœur aînée qui avait tout leur mérite et leur fierté. Elle n'était qu'une tache sur le tableau de famille, elle était le vilain petit canard. Pourquoi était-elle née ? Pourquoi est-ce que ses parents l'avaient eue alors qu'ils ne se préoccupaient pas autant d'elle que de sa sœur ? Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ? Pourquoi est-ce que les gens se moquaient toujours d'elle ? C'est vrai qu'elle n'était pas jolie – tu es laide – qu'elle n'était pas particulièrement mince – tu es grosse – qu'elle n'était pas intelligente – tu es nulle, inutile ! La fillette ferma douloureusement les yeux pour oublier ses paroles qui résonnaient dans son esprit tel un disque qu'on avait oublié d'arrêter. Toujours à la comparer à sa sœur, encore et encore ! Elle n'était pas Eileen et ne le serait jamais ! Elle était juste Fauve, mais on ne pouvait pas l'aimer ainsi. Qui pourrait bien apprécier une fille comme elle ? Personne…

« C'est toi Remus qui ferait mieux de rentrer, ta mère t'attend, dit-elle en observant la neige tomber et fondre au contact de sa peau.

-Comment sais-tu pour ma mère ?

-J'observe, répondit-elle tout simplement en se tournant vers lui, tandis que ses yeux brillaient étrangement.

-Je voudrais, je voudrais te remercier pour ton aide de la dernière fois et je voulais savoir, pourquoi est-ce que tu me fuyais ? demanda-t-il curieux.

-Tu as tes amis maintenant, dit-elle en haussant les épaules. Je doute qu'ils apprécient que je vienne te parler ou que je t'approche. Tu n'as tout de même pas oublié que je n'étais qu'une coincée et une idiote, répéta-t-elle froidement mot pour mot de ce qu'avait dit Sirius.

-S'ils sont vraiment mes amis, ils comprendront que je puisse vouloir discuter avec toi.

-Et pourquoi voudrais-tu discuter avec moi ? interrogea Fauve méfiante.

-Peut-être parce que j'apprécie ta compagnie, répondit tout simplement et honnêtement Remus en faisant rougir la petite fille. Tu devrais vraiment rentrer, insista-t-il. C'est un jour de fête aujourd'hui et je me sentirais plus rassuré que tu sois chez toi. »

Pour seule réponse, elle hocha la tête. Ils restèrent quelques minutes à se regarder dans les yeux. Remus y vit trop de choses qui le bouleversèrent : tristesse, mélancolie, espoir, doute, amitié ? La jeune Grey était hypnotisée par le regard de Lupin, un regard peu ordinaire, un regard qui apaisait, et elle sut qu'elle pouvait lui faire confiance, à lui et à personne d'autre. Sans plus attendre, elle se détourna et s'en alla, laissant les larmes couler sur son visage, touchée par les paroles de Remus. C'était la première fois qu'une personne se faisait du souci pour elle, la première fois qu'une personne tentait de la connaître. Elle l'avait eu son cadeau de Noël et ce fut le beau de toute sa vie.

La voyant partir dans la direction opposée à la sienne, il reprit son chemin, ne cessant de penser à cet échange plus qu'étrange. Parfois, le destin pouvait surprendre. Qui aurait cru que Grey habitait à quelques rues de chez lui, qu'il l'aurait rencontrée ce soir et peut-être obtenu son amitié ? Il ne savait pas pourquoi, mais c'était la première fois qu'il voulait vraiment devenir ami avec une personne de par sa propre volonté. Il était intrigué par son comportement ; elle était si différente de Poudlard, plus accessible. Pourquoi était-elle si sarcastique avec les autres ? Apparemment, les paroles de Sirius l'avaient énormément blessée. Quoi de plus étonnant ! Seulement, il doutait que son ami change d'avis sur elle : il était têtu, d'autant plus que James le soutenait. Il rentra alors chez lui, la bonne odeur de la cuisine emplissait la maison tandis que sa mère lui souriait. Au même moment, Fauve revint chez elle, le dîner avait déjà commencé depuis longtemps. Sa mère la disputa pour gâcher les fêtes de fin d'année par sa disparition soudaine. Elle gâchait toujours tout !

Elle aurait fait mieux de rester à Poudlard ; c'est ce qu'elle ferait l'année prochaine. Elle détestait de plus en plus ses parents qui ne faisaient pas l'effort de la comprendre, la rabaissant constamment au point qu'elle en venait à se haïr elle-même. Elle détourna alors les yeux et s'en alla vers sa chambre sous les cris de ses parents :

« C'est ça ! Monte dans ta chambre. Tu ne sais faire que ça de toute manière, pleurnicher ! Prends exemple sur ta sœur pour une fois dans ta vie, tu n'es qu'une bonne à rien ! »

Seul le claquement d'une porte répondit à leurs exclamations. La jeune Grey sauta sur son lit et s'emmitoufla dans les couvertures comme pour disparaître et tout oublier. Elle prit sa peluche favorite et la serra fortement contre elle, tremblotante de froid. Elle allait sûrement avoir un mauvais rhume. Ses yeux se fermèrent peu à peu, espérant que demain serait un jour meilleur.

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Le retour à Poudlard se fit dans la joie et la bonne humeur, chacun racontant ses vacances. Black enjôla la réalité pour ne pas inquiéter ses amis. Ses blessures étaient guéries et il gardait seulement les souvenirs de ces derniers jours, souvenirs qu'il se verra revivre quelques années plus tard dans sa prison. Les mois défilèrent à toute vitesse, se rapprochant ainsi de la fin de l'année et des examens, au plus grand malheur de James et Sirius qui se voyaient obligés de réviser par Remus qui ne les lâchait pas. Assis à une table à la bibliothèque, les parchemins et les livres recouvraient l'ensemble du bureau tandis que Black et Potter ne cessaient de soupirer. James n'arrêtait pas de regarder le temps dehors ; il faisait beau et chaud et il n'avait qu'une seule envie, sortir de cet endroit pour prendre l'air et ne plus jamais entendre parler de révisions. Il soupira profondément tout en remontant ses manches jusqu'aux coudes. Il fut alors interpellé par Sirius qui lui fit un signe de tête vers les deux nouveaux arrivants : Evans et Rogue. Black ricana avec James sous l'œil foudroyant de Mme Pince qui leur intima le silence.

« Non, mais franchement ! Comment peut-elle traîner avec ce type, déclara Potter en faisant une moue de dégoût.

-C'est son meilleur ami, répondit Remus sans lever la tête de son livre.

-Et alors ? C'est un Serpentard, siffla Sirius en fronçant les sourcils. On sait tous que les Serpentards sont vils et fourbes. Il est son ami, mais il n'hésitera pas à la trahir s'il le faut.

-Je suis entièrement d'accord avec Sirius ! affirma James en regardant d'un mauvais œil le couple.

-Il n'y a pas que les Serpentards qui sont capables de trahir, répliqua Remus. Ce sont des préjugés stupides.

-N'empêche, comment fait-elle pour traîner avec Rogue ? Il est affreux ! dit James en se laissant choir sur sa chaise.

-Il n'y a pas que la beauté physique dans la vie James, mais la beauté intérieure aussi, prononça Lupin avec calme et dextérité.

-Et c'est quoi sa beauté intérieure à cet avorton ? Savoir maîtriser la magie noire ? ricana Black s'attirant le regard de Mme Pince qui trouvait le lieu beaucoup trop agité.

-C'est vrai qu'il fait peur par moment, avoua Peter. Il a des yeux à faire pâlir n'importe qui…

-Ah ! s'exclama Sirius sautant sur l'occasion. Tu vois bien que j'avais raison ! C'est un Serpentard et ils sont mauvais, c'est tout !

-BLACK ! POTTER ! Hors de la bibliothèque ! Vous dérangez les élèves avec vos élucubrations ! Ce n'est pas un salon de thé ici ! déclara Mme Pince en faisant sursauter les deux Gryffondors.

-Ah bon ? fit James avec une moue innocente. Je le croyais pourtant, dit-il en faisant un signe de tête vers la tasse de thé qui reposait sur le bureau de la gérante avec des gâteaux et un bon livre d'ouvert.

-Espèce de petit garnement ! DEHORS ! TOUS LES DEUX ! répliqua-t-elle sous les rires des élèves.

-Joie suprême ! s'écria Black. Nous vous remercions madame pour cette libération que vous nous offrez d'office. Non pas que votre compagnie nous déplaise, mais voyez-vous, votre bibliothèque sent le renfermé et nous n'aimerions pas dépérir comme ces pauvres ouvrages, ajouta Sirius en lui donnant le livre qu'il lisait où des dessins semblaient avoir été faits récemment.

-Mon, mon, mon, bégaya Mme Pince,

-Oui madame, votre livre, compléta Sirius un sourire arborant ses lèvres. J'avoue m'être ennuyé et cet ouvrage a tout de même réussi à me divertir quelque peu. Notez que cela lui donne une petite touche particulière et…

-JE NE VEUX PLUS VOUS VOIR DANS MA BIBLIOTHÈQUE ! DEHORS ! SORTEZ ! hurla la bibliothécaire à en faire trembler les murs.»

James et Sirius prirent aussitôt leurs affaires et déguerpirent comme des lapins ayant à leur trousse un chasseur et tout en refermant la porte, lancèrent :

« Au plaisir de vous revoir Madame, dirent-ils en chœur. »

Ils virent alors un livre arriver droit sur eux, le même que Sirius lui avait redonné. Il rebondit sur la porte qui vint tout juste de se fermer sous les éclats de rire des deux adolescents. Mme Pince devint rouge de honte en s'étant laissée emporter ainsi par la colère, et ça, devant ses élèves. Elle passa une main dans ses cheveux tentant de se redonner un peu de contenance puis ramassa l'ouvrage. Elle grommela alors des choses inaudibles pour les occupants de la pièce qui se retenaient de rire. Remus haussa les yeux vers le ciel, quoiqu'un peu amusé, ainsi que Peter.

Au même moment, une personne entra dans le lieu rempli de plénitude, une personne que Lupin apprenait à connaître même s'il ne la voyait pas souvent à Poudlard. Elle se dirigea alors vers lui à sa plus grande surprise et celle de Peter qui ne put la lâcher du regard. Que venait-elle faire ici ? Pourquoi prenait-elle place avec eux ? Fauve croisa les yeux de Pettigrow qui gigotait, mal à l'aise, sur sa chaise :

« Tu as un problème Pettigrow ? Tu veux peut-être ma photo ? déclara froidement Fauve, les yeux glacials.

-Non, décréta t-il tout en rangeant précipitamment ses affaires. Je vais rejoindre James et Sirius, on se revoit plus tard Remus, ajouta t-il en lançant un regard méprisant à sa camarade de classe. »

Peter partit à toute vitesse de la bibliothèque sous le regard rieur de Remus et désespéré de Grey.

« Il n'a pas beaucoup de caractère, souffla-t-elle, sa tête reposant sur sa main. Il est trop peureux.

-Il faut dire que tu n'y vas pas de main morte, répondit Remus en lui souriant. Ton regard était à mourir sur place. Tout le monde à peur de quelque chose ou de quelqu'un, nous ne sommes pas faibles pour autant, murmura Lupin.

-Peut-être, dit Fauve, rêveuse.

-Tu ne révises pas ? demanda-t-il curieux qu'elle soit venue le voir.

-J'ai fini mes révisions et toi ? interrogea-t-elle en tournant la tête vers la fenêtre comme pour échapper au regard de son ami.

-Pratiquement, répondit Remus, mais j'ai besoin d'une bonne pause, confia-t-il en posant son bouquin tout en s'étirant. Pourquoi ne vas-tu pas profiter du soleil, si tu as fini tes révisions ?

-Pour quoi faire ? Questionna-t-elle sans lâcher la vision que lui offrait la fenêtre.

-Eh bien, je ne sais pas, te détendre ? proposa-t-il tout en penchant la tête.

-Les araignées, prononça la Gryffondor.

-Hein ? fit Remus ne comprenant réellement pas où elle voulait en venir. »

Fauve se retourna alors vers lui. Un léger sourire s'étira sur ses lèvres, un sourire que Remus n'avait jamais vu. Apparemment, elle semblait amusée de sa réaction. Son sourire illuminait tout son visage et elle n'en paraissait encore que plus jolie. Dommage qu'elle ne le fasse pas plus souvent. Elle répéta calmement :

« Les araignées, j'ai peur des araignées, avoua-t-elle en rougissant. Du noir aussi et de l'orage. »

Lupin fronça quelque peu les sourcils devant cette confidence peu ordinaire. Décidément, Grey était du genre à surprendre dans les moments les plus inattendus. Néanmoins, elle était très habile pour changer de sujet de conversation. Il s'aperçut alors qu'elle s'apprêtait à partir. Sans la moindre hésitation, il la retint et l'obligea à s'asseoir, de plus en plus curieux de son comportement :

« Pourquoi es-tu venue me voir et pourquoi me confies-tu ça ?

-On, on est ami ? Non ? murmura-t-elle nerveusement.

-Oui, répondit Remus, bien entendu.

-Alors me faut-il une raison pour vouloir te voir et me confier à toi ? »

La question prit au dépourvu Remus parce qu'elle était pleine de vérité et de sincérité. C'était dans ces moments-là qu'il appréciait au plus haut point Fauve. Il avait cette impression qu'elle possédait deux visages, deux facettes, et c'en était très déstabilisant, surtout quand il ne s'attendait pas à la voir aussi touchante et anxieuse. Merlin sait comme il avait envie de la connaître, de la protéger et la rassurer, parce que sous cette force de caractère, elle était aussi fragile que du cristal.

« Non aucune Fauve, aucune, la rassura-t-il, se traitant d'idiot pour ses questions. Alors pourquoi avait-il cette impression qu'elle lui avait menti et détourné une fois de plus la question à son avantage ?

-Je ne vais pas t'embêter plus longtemps et te laisser réviser. Bonne chance pour les examens, encouragea-t-elle tout en se levant de table pour partir.

-On pourra peut-être se voir durant les vacances d'été ? proposa Lupin en se replongeant soudainement dans son livre pour cacher la rougeur de ses joues.

-Euh, euh… Oui, sûrement, répondit Grey en se retournant vers lui.

-Alors on se revoit bientôt et bonne chance à toi aussi Fauve, prononça-t-il. »

Elle le gratifia d'un léger sourire et s'en alla de la bibliothèque sous le regard songeur et rêveur de Remus qui se sentait réellement idiot de rougir ainsi. Oui, décidément, vivement cet été et la fin des cours. Son regard tomba alors sur James, Sirius et Peter qui paraissaient bien s'amuser dehors. Finalement, cette année s'était annoncée enrichissante et pleine de surprises. Il ne s'était jamais senti aussi humain et heureux et cela grâce à ses amis qui le faisaient sourire et rire chaque jour avec leurs pitreries, ou encore grâce aux professeurs qui le traitaient avec respect malgré sa condition. Puis, il y avait Fauve, si particulière et intrigante, envahissant son esprit aux moments les plus inopportuns. Tout cela faisait que cette année fut sans aucun doute la meilleure de toute sa vie et tout au fond de son cœur, Remus espérait que cela puisse continuer jusqu'à la fin des temps.