Chapitre 27 : X comme Xenophilius a raison (partie 2)

Pour fêter ce reconfinement, je vous propose la suite du chapitre X.

Plus que 2 et on a fini. Snif snif.

Bonne lecture !

Momographie : J'ai essayé de finir le chapitre au plus vite mais j'ai eu du mal à trouver une fin. ^^ Je suis très émue de voir que tu aimes autant mon histoire. J'espère que ce chapitre sera à la hauteur de ton attente !

Florely : Contente que le POV Pétunia t'ait plu. J'ai adoré l'écrire ! Ca lui donne un peu de crédibilité. Bonne lecture !

Aya31 : Merci pour cet excellent commentaire !

Bon chapitre à tous, je vais profiter de mon dimanche pour commencer le Y, j'ai déjà des idées. A la prochaine, et j'espère que cette suite vous plaira.

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POV REMUS :

La voiture est arrivée ce matin. Cadeau du ministère. C'est Tonks, Kingsley et Fol Œil qui nous l'ont amenée, certifiée sans risques, sans sorts, sans maléfices, juste une voiture. Magique, certes, mais juste une voiture. Elle est passe-partout, au grand soulagement de Sirius. Nos trois amis ont accepté de ne pas visiter la maison, de laisser l'honneur à Harry, et d'attendre la crémaillère pour entrer.

Maintenant, il faut aller chercher Harry à la gare. Mais pour ça, il faut d'abord…

_ Sirius ! Laisse cet oreiller tranquille ! Le lit d'Harry est très bien comme ça.

_ Oui, je sais, je voulais juste…

_ On va finir par arriver en retard !

Il est intenable depuis ce matin, il regarde l'heure toutes les dix minutes, il a réarrangé les chaises quatre fois, il a changé de sens le bureau d'Harry, il a mis la coupe de fruit sur la table, puis sur le buffet, puis sur la table… Heureusement qu'on avait le ménage à continuer sinon j'aurais fini par l'assommer.

_ Sirius ! Nom d'un chien !... Si tu réponds « c'est le cas de le dire » je te mords… Si tu réponds « c'est déjà fait » je te frappe !

Sirius, qui souriait de plus en plus fort, finit par rire. Ca ne dure que quelques secondes avant qu'il ne se remette à stresser.

_ Ca va aller Sirius. Harry va adorer la maison. Oui il manque plein de choses, et oui le ménage est loin d'être fini, mais Harry veut juste être avec toi… avec nous ! Je corrige sous le regard posé de Sirius. Et on lui a promis qu'on serait à la gare pour l'accueillir, alors il faut qu'on parte !

_ Je sais.

_ On retrouvera Molly et Arthur.

_ Je sais.

_ Les jumeaux seront là aussi.

_ Je sais !

Cette fois c'est moi qui me pince les lèvres, avec la soudaine impression que l'état de la maison n'est pas ce qui inquiète le plus Sirius. Je me pose à côté de lui, près de la baie, et attend qu'il soupire.

_ Patmol. Honnêteté et franchise, tu te souviens ?

_ Il y aura tellement de gens. Il finit par avouer à voix basse. Tout le monde va me regarder et murmurer dans son coin. Je ne veux pas imposer ça à Harry.

On a déjà eu cette conversation plein de fois depuis hier.

_ Je ne suis pas sûr de pouvoir l'assumer moi-même.

_ Sirius…

Je le prends alors par les épaules, et joue avec quelques mèches de ses cheveux.

_ Ne les laisse pas plus longtemps t'empêcher de vivre.

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POV SIRIUS :

Je m'étais promis de ne pas paniquer, d'être plus fort qu'eux, de marcher la tête droite avec un « je m'en fous » gravé sur le visage. Mais plus Remus se rapproche de la gare, plus je sens l'appréhension monter. Et c'est d'autant plus frustrant que j'ai passé des mois à rêver de ça. Les rues défilent par la fenêtre de la voiture. Je regarde chaque piéton, chaque devanture de magasin j'ai vu plus de paysages en deux heures de voiture qu'en six mois au quartier général. Je m'extasie devant des détails, des choses que j'avais oubliées.

Comme la conduite souple de Remus. Il a préféré prendre le volant et c'est mieux comme ça ! Me laisser conduire, c'aurait été du suicide.

Encore un virage et je la vois Remus rigole en voyant ma tête ébahie, et moi penché vers le pare-brise de la voiture.

_ Elle est immense !

_ C'est King's Cross.

_ J'avais oublié.

_ Tu l'as vue en septembre.

_ C'est pas pareil. Elle est magnifique.

Et Remus rigole en allant vers le parking. Je regarde encore la gare, là où tout a commencé, pour nous, les Maraudeurs, pour Harry, et pour tous les jeunes sorciers.

_ Patmol ?

Je sursaute. Ma main tremble sur sa cuisse. On est garé.

_ Ca va ?

Je hoche la tête sans pouvoir parler. Il va y avoir tant de monde. Au milieu des moldus, c'est pas un problème, personne ne me connaît. Mais sur le quai…

_ Sirius ? On a encore du temps, mais…

_ Oui je sais. Je réponds trop vite.

L'ironie est belle. Pendant sept années j'ai vu cette gare comme une libération, et aujourd'hui c'est en homme libre que je m'y rends, et je n'ai jamais eu aussi peur.

_ Mais qu'est ce qui m'a pris ? Je demande en plantant mon visage dans mes mains.

_ De quoi ? Qu'il me demande, une main dans mon dos.

_ TOUT ! Promettre à Harry, venir ici, croire que ce serait facile, que j'en serai capable…

_ Tu en es capable !

_ Tu as vu le monde Remus ? La foule ! Je ne peux pas. Ca va faire une émeute, je vais…

_ Sirius. Sirius ! Respire, écoute moi, calme toi, respire !

Putain, ça faisait longtemps : les mains qui tremblent, la respiration cassée, le corps crispé.

Saleté de crise d'angoisse.

_ Sirius écoute moi. Ils te regarderont de toutes manières ! Aujourd'hui, demain, dans un mois, tu devras y passer. Mais je suis là, et les Weasley aussi, et c'est juste pour une demi-heure. Personne ne t'approchera, je les en empêcherai.

Et Remus continue de me parler. Il me parle d'Harry. Mon fils à qui j'ai promis d'être là, qui va arriver par le train, qui m'attend, qui va être heureux de me voir, que je vais aller chercher, comme n'importe quel parent. Et je me concentre sur sa voix, profonde, posée, rassurante, que je connais par cœur, qui me guide quand je me perds. Et les tremblements cessent, je retrouve une respiration calme, je lâche un peu sa main que je ne me souviens pas avoir serré, je relève la tête et rouvre les yeux. J'aime la manière dont il me regarde, avec passion, inquiétude aussi… surtout avec confiance.

_ Tu restes auprès de moi ?

Son sourire doux me sert de réponse, mais histoire de me rassurer :

_ Je ne te quitte plus.

Sans le quitter des yeux, j'embrasse le dos de sa main, et avec une profonde respiration j'ouvre la porte.

_ Allons chercher Harry.

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Ainsi se font mes premiers pas dans la foule. De la voiture jusqu'aux grandes portes de la gare, personne ne me regarde. Moi, tous mes sens sont grands ouverts : j'entends et je vois tout ! Chaque détail me fait sursauter, réagir trop violemment. Quand on devient animagus, nos sens se développent. Pour James ça a été l'ouïe, Peter avait l'odorat, moi j'ai eu l'ouïe et l'odorat en même temps. Ils étaient jaloux. Aujourd'hui je reprends part à la civilisation et tout semble beaucoup plus fort : Dieu que le monde est bruyant ! La femme à droite fait claquer ses talons sur le pavé, la petite fille hurle sur la gauche en courant rejoindre son père, les klaxons derrière nous, les trains au loin, les discussions tout autour, les noms criés à la volée, les roues des valises… Tout ça m'avait tellement manqué.

Si habitué au silence du quartier général, je suis assourdi par cette cacophonie urbaine. C'est si bon !

Les odeurs aussi sont surprenantes ! Je me passerais bien des pots d'échappements, mais il y a les parfums des femmes qui passent, le stand de hot dog pas loin, le café à quelques mètres…

Un « Patmol » au milieu de la foule me fait tourner la tête vers Remus, bras croisés contre le mur.

Toutes peurs disparues, je le rejoins en courant.

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Quand je fais mes premiers pas sur la voie 9 3/4, l'ambiance est totalement différente. J'essaie de ne pas faire attention aux regards, mais le « C'est Sirius Black » d'une femme blonde est tout sauf discret, pareil pour cet homme qui sort sa baguette pendant que sa femme protège un petit garçon de son corps. Bref, je fais toujours aussi peur.

_ Sirius, ne stresse pas, ça va aller.

_ T'imagines si j'éternue ?

Remus éclate de rire et les regards deviennent perplexes. On est restés quelques secondes immobiles quand on est arrivés, mais il est hors de question que je rate l'arrivée du train juste à cause de tous ces gens qui m'épient. Donc on avance sur le quai, les têtes se tournent et les silences s'installent sur notre passage pour autant, je remarque que les visages ne sont pas tous effrayés ou méfiants, mais aussi désolés, limite honteux.

Apparemment je ne suis pas que un fou dangereux.

_ Ils sont là.

Remus me montre du doigt un groupe avec Molly et Arthur, les jumeaux, un couple inconnu, sûrement les parents d'Hermione, une vieille dame que je reconnais comme Augusta Longdubat et un homme aux cheveux limite blancs, le père de la jeune Luna.

Arthur nous capte et fait signe aux autres tandis qu'on s'approche, je reconnais alors le sourire malsain des jumeaux.

_ Oh non… je grogne.

_ Qu…

_ SIRIUS BLAAACK !

Trop tard… Fred et George font un esclandre et les rares parents qui ne m'avaient pas vus font des sauts de cabris, hurlent et sortent leurs baguettes. On s'approche encore et je vois Molly les frapper et Arthur leur faire des reproches.

_ Mais c'est pas vrai, ils étaient obligés ?… Ce n'est pas drôle Sirius ! Réplique Remus alors que j'éclate de rire.

Je n'en attendais pas moins de leur part à tous les deux et je les remercie silencieusement. Autour de nous il y a des rires nerveux et un léger mouvement de foule. Bien fait ! Ils savent maintenant ce que ça fait que d'avoir peur des gens.

_ Si, c'est drôle. Tu avais raison, je ne vais pas marcher sur des œufs pour eux, j'ai autant le droit qu'eux d'être là, et s'ils se permettent de me regarder de travers, alors je me permettrai de les remettre à leur place… Quoi ? Je demande sous son regard surpris.

_ J'ai envie de t'embrasser.

J'allais répondre « c'est pas un scoop » mais on arrive trop près du groupe. Ca attendra ce soir.

_ Sirius, je suis déso…

_ Pas d'excuses Molly, c'était parfait. Bonjour tout le monde.

La moitié du groupe me regarde, un peu mal à l'aise. Après un dernier coup d'œil incendiaire sur ses enfants, Molly reprend son rôle préféré.

_ Sirius, Remus, je vous présente Mr et Mme Granger, les parents d'Hermione. Augusta que vous devez sûrement connaître, et Xenophilius le papa de Luna. Voici Remus Lupin et Sirius Black, ils viennent chercher Harry.

C'est alors que les visages polis des parents d'Hermione se greffent d'un grand sourire.

_ Remus Lupin ! Vous étiez professeur, notre fille nous a parlé de vous, elle a beaucoup regretté votre départ, elle adorait vos cours.

_ Il faudra que je pense à la remercier. Il répond alors que je ricane avec un « professeur » moqueur.

La mère d'Hermione ressemble beaucoup à sa fille, elle a le même sourire.

_ Je m'excuse mais… je ne souviens pas qu'Hermione vous ais mentionné…

_ Il faudra que je pense à la remercier. Je réponds, et Remus me tape le bras.

_ Et vous êtes ?

_ Je suis le père d'Harry. J'annonce en serrant sa main.

C'est la première fois que je me présente comme tel de manière officielle. Quand Harry s'est mis à m'appeler papa à Noël, l'Ordre du Phoenix a pris la nouvelle sur le tas, sans qu'on l'explique clairement. Et franchement, franchement, de m'entendre le dire, c'est gratifiant comme jamais, et je suis sûr que j'ai l'air d'un paon en train de faire la roue. Du moins d'après le sourire de Remus.

_ Je pensais qu'Harry était… commence la maman d'Hermione.

C'est marrant comme le mot « orphelin » est dur à dire dans la société.

_ Père adoptif. Je réponds rapidement.

Et pour la première fois en 14 ans, un inconnu me fait un sourire poli et me tend la main sans que j'aie à prouver mon innocence.

_ Mais… vous vous êtes rencontré…

_ Elle a violé une bonne dizaine de lois et risqué sa vie pour sauver la mienne.

Cette fois, la tape de Remus est tout sauf discrète, et mon « aiillleeuuhh » fait rire tout le monde.

_ Compte tenu du message qu'on a reçu il y a quelques jours, je suis tentée de vous croire.

C'est ainsi que je rencontre les parents des amis d'Harry. Et en faisant ça, je deviens moi aussi un parent.

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POV HARRY :

« Attention jeunes élèves, le train arrivera en gare dans quelques minutes ».

Quelques minutes. Le début de ma nouvelle vie sera dans « quelques minutes ».

C'est la première fois que je suis aussi excité de quitter Poudlard.

Même le voyage en train a été meilleur que tous les autres. Entre les jeux de cartes, les sucreries, les blagues et les discussions sur absolument tous les domaines possibles…

Et pour la première fois, je sais que je vais voir mes amis – et ma copine – durant l'été, autrement qu'en étant recueilli par les Weasley.

On a rangé nos uniformes et bouclé nos valises. On aurait pu échanger nos adresses avec Neville et Luna, mais je ne connais toujours pas la mienne. Alors on a spéculé sur ma nouvelle maison.

« Un manoir pour ridiculiser Malefoy » selon Ron. Ce à quoi Ginny a rétorqué que « on l'a déjà assez humilié en envoyant son père en prison ».

C'est pas faux.

« Un appartement en plein cœur de Londres » a proposé Neville. « Un moulin réaménagé en loft » d'après Luna.

Hermione a opté pour « une maison à la campagne pour que Sirius puisse voir le ciel ». Et on a échangé un regard complice, c'était il y a si longtemps quand j'ai proposé ça, au bord d'un lagon au milieu d'une nuit.

Mais je me fiche de la maison. Je serai avec mes parents. Avec papa et Lunard, et peu importe la taille de la maison ou la couleur des murs, ce sera chez moi, un endroit où je suis voulu, et ce sera parfait.

J'ai eu hier soir une petite pensée pour les Dursley. Ils ont signé. Le fait de ne plus les revoir est comme une utopie. Ils ne vont clairement pas me manquer. Je n'aurais pas le temps pour ça.

Quand je pense que papa sera à la gare… Parce qu'il est libre, et qu'il en a le droit, parce qu'il peut et qu'il veut être là. Pour moi.

_ Harry ?

Mon nom me fait sursauter. Je lâche ma gourmette, que j'ai remise après le combat au ministère - que je ne compte plus enlever - et je me tourne vers les cinq autres personnes du compartiment. Leurs regards et sourires en coin en disent long j'ai l'air d'une puce enfermée dans son bocal.

_ Ouais… désolé, je…

_ Non vieux, t'excuses pas, on comprend.

_ On est super content.

_ Oui Harry, c'est génial.

_ Et tu le mérites.

Je ne pourrai jamais assez leur rendre tout ce qu'ils m'ont donné cette année. Ron a été l'épaule sur laquelle je pouvais m'appuyer sans crainte. Hermione a pris mes études à bras le corps pour que je suive le rythme. Luna dont j'ignorais même l'existence il y a quelques mois. Neville qui a grandi et mûri plus que nous tous. Et Ginny, avec qui j'ai découvert quelque chose de nouveau, beau et fort.

_ Je euh… Je ne sais pas comment j'aurais fait sans vous, toute cette année. Je n'aurais jamais réussi. Vous êtes les meilleurs. Les amis les plus incroyables qu'on puisse avoir. Et…

_ Et tu ne sais pas comment nous remercier, et tu nous seras éternellement reconnaissant, et bla bla bla… Sérieusement mec, arrêtes les violons, on a compris, pas besoin d'en venir aux larmes.

Ginny grogne d'un air désespéré en se cachant dans mon épaule, Neville ricane, et Hermione tend son bras vers Luna qui lui donne son journal avec un sourire. Et sitôt qu'Hermione l'a dans la main…

_ RONALD !

_ Aïe !

_ Tu es…

_ Ouille !

_ … le mec…

_ Mais…

_ … le plus…

_ Hermione !

_ … insensible…

_ Ca fait mal !

_ … du monde !

Puis Hermione se redresse et me regarde, un air outré dans les yeux, l'air de ne pas y croire. Ron regarde de travers si la voie est libre avant de rebaisser doucement ses bras. Les autres se retiennent de rire. Certes, ma minute émotion est passée, mais en les regardant tous, je pense qu'ils ont compris ce que j'essaie de leur dire. En attendant, je croise le regard de Ron. Je sais qu'il ne faut pas qu'on se regarde dans ces moments là, mais c'est trop tard… et on éclate de rire, tous les six.

C'est dans cette atmosphère que nous arrivons en gare.

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Je n'ai jamais cherché qui que ce soit sur le quai : Ron trouvait ses parents, je le suivais, et je retrouvais mes moldus de l'autre côté.

Mais en cet instant précis, je cherche avec encore plus d'impatience que les cinq autres réunis. J'ai le cœur qui palpite tellement j'ai hâte.

_ Bordel mais où ils sont ?

_ Là.

La voix de Ginny me fait tourner la tête vers un groupe d'adultes : quatre rouquins, deux bruns, une vieille dame, et un homme blond, vraiment très blond. Et Remus, et…

Il est là. Il est vraiment là ! Genre, pour de vrai ! Pas un chien, mais lui, avec ses cheveux longs, et son regard qui me fixe. Il a tenu sa promesse. Son sourire est plus éclatant que jamais et il hausse les épaules l'air de dire « me voilà, comme promis ».

_ Vas-y ! Me dis Ron me prenant mon chariot. On s'occupe de ça.

Je sais que j'attire tous les regards depuis la descente du train, autant ceux des élèves que ceux de leurs familles, mais je ne pourrais pas m'en foutre plus que maintenant alors que je cours vers le groupe.

_ Tu es venu ! Je lance une fois devant lui.

_ Je te l'avais dit.

Je lui souris encore plus fort, jusqu'à en avoir mal aux joues et je l'étreins avec force. Oui, je sais que Ron, et tous les autres ados, évitent ce genre d'effusion en public, mais je ne pensais pas que Sirius Black pourrait un jour venir me chercher sur le quai de la gare, alors je ne vais pas me priver.

_ Je suis tellement content que tu sois là ! Je lui dis en le relâchant.

Je me tourne pour embrasser Lunard à son tour avant de me tourner vers le groupe. Mes amis finissent d'embrasser leurs parents et Ron s'extasie sur les nouvelles fringues des jumeaux.

_ Harry Potter, ravie de vous revoir.

_ Bonjour Mme Longdubat. Mme Granger, M. Granger.

Je serre les mains au fur et à mesure, le père de Luna est décidément à l'image de sa fille, je me laisse embrasser par la mère de Ron et doucement, les discussions reprennent.

Je sens alors une main sur mon épaule et je me laisse aller contre le bras de mon père, il me prend par les épaules et je glisse un bras autour de lui.

Il est ! Au milieu de la foule ! Je n'y crois toujours pas.

On continue à discuter quelques minutes et après plusieurs au revoir, chacun part de son côté. Il est temps que je découvre la maison !

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POV HERMIONE :

Sitôt qu'on a mis nos ceintures de sécurité, la question est tombée : « Qui est Sirius ? ».

C'est ça les parents : devant les autres, ça joue le jeu, ça fait bonne figure, et dès qu'il n'y a plus de témoins, les masques tombent et le ton monte.

Sans me laisser le temps de répondre, mon père m'a fixé droit dans les yeux, via le rétroviseur.

_ Chérie. Ecoute bien. On a toujours été patient. On sait qu'on n'est pas comme toi, et que donc on ne peut pas tout comprendre, mais nous sommes toujours tes parents, et il est temps que tu arrêtes. Une escapade illégale à ton ministère au milieu de tes examens, un combat, des blessures graves, un homme qu'on ne connait pas, un procès… Ca va trop loin. Des petits secrets d'ados, je veux bien, mais là c'est fini, je veux savoir. Tout savoir.

Je savais que ça arriverait. Ca fait des mois que j'y pense. Qu'un jour ce serait le truc de trop pour eux. Apparemment la coupe est pleine. Je pousse un gros soupir et leur promets de tout leur raconter une fois à la maison, il est plus que temps !

Sitôt qu'on arrive à la maison, mon père me porte mes affaires à ma chambre et on dine rapidement, sans trop parler. Puis on s'installe au salon. Je soupire encore, et leur fait promettre de me laisser parler jusqu'au bout sans m'interrompre.

Alors je parle, je leur raconte tout ce qui a rempli mes cinq dernières années, depuis que je suis devenue « Hermione la sorcière ». J'explique la survie d'Harry quand il était bébé, la mort de ses parents, sa popularité.

Je parle du Troll dans les toilettes, de Touffu, de la pierre philosophale et de notre combat contre Quirrell.

Je parle de la chambre des secrets, des enfants pétrifiés, du polynectar, du journal, de mon agression, de Ron et Harry, de Ginny possédée, du basilic et de mon réveil.

Je parle du retourneur de temps, de l'évasion de Sirius, de son histoire à lui, de cette nuit dans la cabane hurlante et d'Harry et moi trois heures dans le passé.

Je parle de la coupe de Quidditch, du Tournoi, du labyrinthe, de Cédric, d'Harry et du cimetière.

Je parle du retour de Voldemort, de ce que ça signifiait pour nous les sorciers, de l'Ordre du Phénix, de l'été dans le Quartier Général, de la menace sur Harry, d'Ombrage et ses décrets, du ministère qui s'en prenait à Harry, des retenues, de la brigade, de l'AD et sa rébellion, du département des mystères, du combat, du procès…

Je mets tout sur table, je raconte tous mes secrets, tout ce que j'ai gardé pour protéger Harry, mes parents, et moi aussi. Je regarde l'heure, ça fait plus d'une heure que je parle, mes parents sont assommés par tout ça.

_ Voilà, il manque surement quelques détails que j'ai oublié, mais vous avez le principal.

Le silence est interminable. Je me demande ce qui peut passer dans leurs têtes, en tout cas, ils ont largement dépassé le stade du choc. Alors, maman, la voix tremblante, l'air blessé, prend la parole.

_ Et nous alors ? On est quoi pour toi ? Dans ta vie ? Elle est où notre place ?

_ Vous êtes mes parents ! Je m'exclame surprise.

_ Ah bon ?!

Le ton sec de mon père me surprend. Je reste deux secondes immobile avec de comprendre. Malheureusement c'est trop tard, le mal est fait.

_ Tes parents ? A qui tu caches ta vie ? A qui tu mens ? Tes parents qui ne savent rien de toi ? En deux ans, on t'a vu trois semaines Hermione. TROIS SEMAINES ! Tu trouves ça normal ? Même Molly Weasley, que je respecte profondément, te connais mieux que nous. Même cet homme, Sirius Black, qu'on a rencontré il y a trois heures !

La chaleur me monte aux joues et je n'arrive plus à réfléchir. Je baisse les yeux en me taisant, et à mon tour j'écoute.

_ Tu sais ce que ça fait de ne pas voir grandir son unique enfant ? De ne rien pouvoir répondre quand tes grands parents demandent de tes nouvelles ? Si ce n'est des banalités, parce qu'on ne sait rien. Tu sais ce que ça fait de passer plusieurs semaines sans avoir de nouvelles de toi ? Alors oui on reçoit tes lettres, mais elles survolent tellement ta vie qu'elles pourraient être écrites par une totale étrangère. Et parlons en des étrangers ! Il y a cinq ans, une femme vient nous dire que tu vas partir dans un internat, du haut de tes onze ans. Et cet hiver, ce sont des étrangers qui sont venus nous voir à Noël, plutôt que toi. As-tu la moindre idée de comment on se sent ?

Je ne réponds rien, je me contente de me mordre la lèvre pendant que mes larmes coulent sans un bruit. Papa a fini de parler, mais maman a encore des choses à dire.

_ Est-ce qu'on va parler de ce courrier qu'on a reçu pour nous annoncer que tu étais gravement blessée, que tu vas participer et témoigner à un procès, que tu vas recevoir une médaille ? Et on doit acquiescer, sans savoir pourquoi, sans comprendre, et en plus on nous demande d'être fiers de toi, alors qu'on a juste la sensation amère que tu nous as abandonné ? On a l'impression qu'on ne t'est utile que pour avoir un toit sur la tête entre Poudlard et Le Terrier. A croire que « nous », avant c'était « nous trois », mais maintenant c'est « toi et eux ». A croire que maintenant, dans ta vie, c'est ton père et moi qui sommes devenus des étrangers.

Et maman arrête de parler, parce que elle aussi elle pleure, et ma honte est telle que je voudrais passer sous le canapé et mourir. J'essaye un « je », mais un hoquet me fait tressauter et referme la bouche.

_ Tu es très intelligente Hermione, tu es quelqu'un de bien, mais ce que tu nous as fait, je ne pensais pas qu'on le vivrait un jour. Et je ne t'en remercie pas.

Les mots de papa me frappent et me font relever la tête. Je cherche ses yeux, mais je n'ose pas les affronter. Je cherche maman du regard, elle me fuit.

_ Tu es fatiguée. Va dormir, nous parlerons de tes nouvelles règles demain.

J'ai réussi à sortir un « bonne nuit » avant de monter dans ma chambre, le cœur au bord des lèvres.

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POV SIRIUS :

Sitôt dans la voiture, Harry essaie d'avoir des informations sur la maison, mais on ne lâchera rien. Alors il nous raconte son retour à Poudlard, la réaction des élèves, et le festin de fin d'année. En ce qui me concerne, ça ravive des souvenirs.

L'avantage d'une voiture magique, c'est qu'il y a de la place à l'avant, ça fait comme une banquette coté passager, et Harry s'installe comme à son habitude contre moi, sans arrêter de parler. Remus réagit au bon moment, et entame avec lui une conversation animée. Les voir aussi proche tous les deux, ça me fait toujours chaud au cœur. D'une certaine manière, il est autant le père d'Harry que moi. On n'a pas besoin de la loi pour ça.

Pour le moment, je les laisse discuter sans intervenir, je ferme les yeux et déjà je me sens partir. Le stress, la tension, la peur de la foule retombent, et mon énergie s'en va avec. Je suis épuisé. J'ai l'impression que je n'ai pas eu le temps de dormir depuis trois vies. D'abord le combat, puis ma semaine enfermée, puis le procès, puis la fête, et la maison… mes journées sont bien remplies. Et soyons honnêtes, mes nuits avec Lunard le sont aussi. Je ne peux pas arrêter un sourire bête quand j'y pense.

Leurs deux voix deviennent un bruit lointain, la voiture devient un balancement doux, et je m'endors.

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_ Sirius… Sirius ? Patmol ?

_ Papa, réveille toi !

Il faut que je me batte pour émerger et oublier que je passais mes Buses pendant que Servilus surveillait la pièce et que Fred et George sous la table lui lançaient des bouts du gâteau que Molly avait raté, et je disais à Kreatture que c'était bizarre parce que Molly ne ratait jamais ses pâtisseries, et Remus débarquait par la fenêtre en chevauchant Buck pour me dire que j'avais déjà mes Buses…

Et les deux hommes de ma vie m'ont réveillé. Et ce n'est pas plus mal quand on pense à la stupidité de ce qui vient de se dérouler dans ma tête.

_ Patmol, tu reviens de loin. Ca va ?

_ Oui, oui, un rêve bizarre. J'ai dormi longtemps ?

_ Tout le trajet. On arrive.

Ca, ça me réveille rapidement. Je guette du coin de l'œil les réactions d'Harry alors que la voiture dépasse le panneau « Barnton – Northwich Cheshire ». Il fait comme j'ai fait à l'aller, il regarde tous les détails : les places, les monuments, les magasins…

En moins de dix minutes, on arrive dans notre rue.

_ Harry regarde, c'est celle-là.

J'allais m'excuser de l'état de la façade, qu'on n'a pas pris le temps de faire, c'était clairement pas la priorité, mais le sourire d'Harry et le regard appuyé de Remus me font garder le silence. Donc, au lieu de ça, je trouve quelque chose de plus optimiste à dire.

_ Bienvenue chez toi Bonhomme.

Ca fait des mois que je rêve de dire ces mots.

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POV HARRY :

Je sors de la voiture sans attendre, je regard fixé sur la maison. J'entends le grincement du portail et la voiture qui finit de se garer. J'entends les voix de mes parents, le bruit de mes pas, l'herbe haute qui frotte mes vêtements, le vent qui souffle dans les branches et les feuilles.

En toutes honnêtetés, je ne m'attendais à rien, mais je suis quand même soulagé de ne pas être dans une rue de banlieue où toutes les maisons se ressemblent, comme à Privet Drive. Ici toutes les maisons sont disparates, séparées par des haies de sapins. Un peu d'intimité ne nous fera pas de mal.

L'apparence de la maison me plait déjà, la devanture sur deux étages est recouverte de pierres, avec des volets en bois à chaque fenêtre, un toit en ardoise et une cheminée de briques.

J'hésite à abaisser la poignée de la porte quand un trousseau de clés apparait devant moi.

_ C'est pour toi. Me dit papa. La petite c'est la boîte aux lettres, la grosse ronde c'est celle des portails, et celle-là, c'est la maison.

J'ai mes propres clés. Pour la première fois de ma vie j'ai le droit d'avoir des clés.

Est-ce que je vais un jour arrêté de sourire comme un débile ?

_ Prêt pour la visite ? Me demande Remus.

_ Oh que oui !

Et j'ouvre la porte.

C'est bon, j'aime déjà. Clairement. J'adore. Quand je pousse la porte, je tombe sur une petite entrée avec des porte-manteaux et un petit banc sur le mur d'en face. A gauche on arrive directement sur une pièce recouverte d'un parquet, qui mélange le salon avec une cuisine ouverte. La baie, que je voyais déjà de dehors, illumine la pièce et j'ai une vue dégagée sur le côté gauche de la pièce avec le canapé en face de moi, les deux sofas qui me tourne le dos, la table basse et les étagères en bois brut sur le mur au dessus du canapé.

A droite du canapé, une ouverture mène à d'autres portes. Et à droite de cette ouverture, notre cuisine, séparée de la pièce par un petit bar fin en briques rouges, fini lui-même par une poutre qui monte jusqu'au plafond. La cuisine n'est ni très grande, ni trop petite, juste assez pour nous trois.

Devant la cuisine, au centre de la pièce, une table ronde, en bois, et ses chaises.

Je suis au milieu de la pièce à tourner sur moi-même. Mes parents dans l'entrée, la baie, le canapé, la cuisine, et dans la continuité de la cuisine, la pièce s'ouvre vers ce qui semble être une véranda avec encore des fauteuils et une table. Je vois à travers la grande baie sale et partiellement recouverte de feuilles, ce qui semble être un grand jardin abandonné. Je continue de tourner. Sur le mur face à la cuisine, mur qui rejoint l'entrée de la maison, un grand buffet en bois quasiment vide et une cheminée qui rappelle les pierres de dehors. Et je finis mon tour sur papa et Lunard qui attendent le verdict.

_ Qu'on soit clair, ce ne sera jamais aussi coloré qu'au Terrier.

Papa qui essaie subtilement de s'excuser parce que ça ne ressemble pas à ma maison sorcière préférée.

_ Tant mieux ! J'éclate de rire. Je préfère comme ça.

Et c'est vrai. Autant j'adore la particularité de la maison de Ron, autant j'aime l'atmosphère plus posée de cette pièce. C'est lumineux avec ces deux baies traversantes, et c'est harmonisé entre le bois et la pierre.

Remus nous emmène vers l'ouverture entre le canapé et la cuisine et je confirme la présence de plusieurs portes. Remus les énumère, de gauche à droite.

_ Toilettes, salle de bain, buanderie et garde-manger, et là c'est notre chambre.

Nota Bene, la chambre des parents c'est la porte de droite. Ok. Je note. Ca pourrait servir. Elle est toute simple, avec un grand lit, une grande armoire, des tables de chevets et…

_ Une baie avec… une terrasse ? Je vois qu'on s'est mis à l'aise.

_ Oui, à l'époque Sirius a insisté pour son petit confort.

_ Tu parles ! C'est toi qui y passais tout ton temps.

Je rigole alors que Remus roule les yeux et Sirius lui tire la langue et remarque une porte dans le coin opposé de la pièce. Lunard semble suivre mon regard parce que.

_ Autant tu peux venir dans notre chambre quand tu veux, autant j'aimerais que tu ne touches pas à cette porte.

_ Arrête, tu vas lui faire peur.

J'allais m'excuser d'avoir hypothétiquement fait une connerie mais papa me prend de vitesse.

_ On a installé notre petite cabane hurlante personnelle. Techniquement, de dehors, cette pièce n'existe pas. C'est plus pratique pour les pleines lunes.

_ Ooohh, et pourquoi je ne peux… ah oui. L'odeur.

Durant des vacances, celles d'octobre je crois, j'avais demandé si je pouvais voir les sous-sols du quartier général, où les membres de l'ordre avaient installé une salle pour Remus. Remus avait radicalement refusé, c'est rare qu'il soit aussi autoritaire, et papa m'avait alors expliqué que l'odeur d'un humain a tendance à exciter le loup et donc personne ne devait entrer dans la pièce, encore moins moi, pour qui le loup serait susceptible d'être encore plus sensible. Papa lui, il pouvait y entrer, parce que le loup confondait son odeur avec celle de Patmol.

_ Ok, d'accord, pas toucher porte. Compris… Et si un moldu vient, il ne se demandera pas pourquoi il y a une porte pour rien ?

_ Pourquoi un moldu viendrait dans notre chambre ?

_ Ouais… c'est pas faux…

.

Sur ces mots, on ressort de la chambre, on retraverse la cuisine et on s'arrête devant l'entrée de la véranda. Je n'ai pas besoin des explications de papa pour comprendre qu'elle n'est pas terminée. Les murs, pleins sur le bas et recouverts de fenêtres sur le haut, la baie, le plafond en verre, tout est recouvert de poussières, toiles d'araignées, et la végétation extérieure coupe partiellement la lumière du soleil. La table, les chaises, les étagères du fond de la pièce, les sofas sur la droite, ont eux aussi besoin d'un bon coup de baguette. Mais franchement, quand cette pièce sera retapée, elle sera tellement agréable !

On prend alors la porte à gauche du buffet. C'est un petit sas avec juste une porte en face et l'escalier sur la droite.

_ Là, ça donne sur la pièce dans laquelle on met toutes nos affaires sorcières, pour les cacher des moldus. On ne s'en est pas encore occupé. On monte ?

A l'étage, il y a une porte sur la gauche, Remus me propose de l'ouvrir.

_ Fait quand même attention, cette pièce n'est pas faite non plus.

Et il a raison. L'odeur de renfermé et de poussière est trop présente, mais je vois quand même, sous la poussière et encore plus de toiles d'araignées, une petite pièce plus longue de large, comme un grand couloir, dont les murs sont recouverts par des étagères. De part et d'autre de la pièce, des fenêtres fines qui prennent elles aussi la hauteur du mur. A droite toute, un petit bureau presque carré et une chaise en cuir, à gauche toute, un fauteuil qui devait être confortable à l'époque.

_ Si tu montres cette pièce à Hermione, elle ne va pas s'en remettre. Combien il y en a ?

_ Si je me souviens, environ 150. J'espère qu'ils sont encore en état, je déteste jeter des livres.

Je ferme la pièce en ricanant.

A droite de l'escalier, donc, je tombe sur un grand espace qui donne sur trois portes. Une à gauche et deux en face. L'espace n'est pas fini. Le sol est brut et abîmé, il devait y avoir une moquette tout est recouvert de poussière. Au fond à droite, près d'une grande fenêtre qui donne sur les arbres, un piano droit, dans lequel plusieurs araignées se sont surement installées.

Lunard ouvre la porte sur la gauche et me montre ce qui est donc ma salle de bain. Baignoire, douche, lavabo, toilette, meubles, tout y est, et tout est déjà propre, blanc, prêt pour moi.

On ne s'éternise pas, c'est une simple salle de bain après tout, et papa ouvre l'une des deux portes restantes. Celle sur la gauche.

_ Celle-ci, on ne s'en n'est pas occupé non plus… je… c'était… c'était ta chambre.

Oh.

J'avale ma salive, un peu de travers, et entre dans la pièce sous le regard de mes parents. J'ai un pincement au cœur quand je regarde la chambre d'enfant qui un jour était la mienne. Il y a un lit double, surement celui qu'utilisaient James et Lily à l'époque. Il y a un meuble à tiroir qui devait contenir des affaires de bébé. Il y a un grand tapis avec des peluches décolorées et un lit à barreau, bleu clair, avec d'autres peluches et une couverture aux couleurs pales, presque blanchies. Au dessus du lit, le mobile à musique attire mon attention.

Un cerf, un chien, un loup… un rat. Les quatre animaux qui berçaient mon enfance sont en cercle au dessus de mon petit lit, attendant encore aujourd'hui de danser pour me faire rêver. Je touche le cerf du bout du doigt, il se balance, la poussière vole, et je vois le marron de son pelage briller là où mon doigt était. Je regarde les murs aux tons pastel et la frise qui les traverse. Des petits animaux sont dessinés dessus. Il y a des jouets d'enfants sur une malle qui doit en contenir encore plus. Tout est figé dans la pièce, même les rares photos que je vois au loin semblent ne plus bouger. Seules quelques poussières, illuminées par le soleil, volent doucement dans l'espace. La boule que je ravale depuis plusieurs minutes remonte soudainement dans ma gorge et je dois me mordre la lèvre pour empêcher les larmes de couler.

J'avais une vie, une famille, un foyer, des gens qui m'aimaient. J'avais un endroit où grandir et m'épanouir. J'ai la preuve sous les yeux de l'enfance que j'aurais dû avoir, et tout m'a été arraché.

_ Ce… Je me racle la gorge. C'est une jolie chambre. Je devais m'y plaire.

_ On faisait tout pour. Me répond doucement Lunard.

_ Je ne m'en souviens pas.

En une nuit, en une trahison, j'ai perdu tout ce qui était ma vie. Et aujourd'hui je regarde ce qu'il en reste comme si j'étais un étranger.

« Ne penses pas à ça ! » Je me sermonne en luttant contre les larmes. « Ce n'est pas important, ce n'est plus important. Tu as ton futur devant toi. Avec ton père, et Lunard. Tu as toute ta vie à construire. Le passé est passé. Ne penses pas à ça ».

Un bon souffle plus tard, je me redresse, frappe dans mes mains, et lance à Lunard un « Tu avais raison » d'un ton décidé.

Sous leurs regards surpris, je rajoute :

_ Je ne rentre plus dans le lit.

Lunard me sourit et papa se redresse en prenant une grande inspiration.

_ C'est pour ça qu'on t'en a préparé un autre. Commence papa qui se racle la gorge comme je l'ai fait plus tôt. On a décidé de te mettre dans l'autre chambre. Elle est plus grande et plus…. Sérieusement tu y seras bien mieux !

Voilà. C'est à ça que je dois penser. Ils avaient tout fait à l'époque pour me donner une belle chambre alors même que je n'étais pas leur fils. Et aujourd'hui ils recommencent, ils veulent que je sois ici chez moi. Je m'accroche de toutes mes forces à cette idée et je les suis, je laisse cette petite chambre d'enfant derrière moi et je vais découvrir celle dans laquelle je vais finir de grandir.

_ Elle n'est pas finie. Commente Remus. Il manque…

_ Lunard ! Tu ne vas pas t'y mettre aussi ! Papa est déjà assez stressé pour vous deux.

« Je ne suis pas stressé » qu'il bougonne quand Lunard ouvre la porte en ricanant.

Et puis j'entre.

La pièce, claire et lumineuse, a une odeur fraîche et propre. Elle me plait déjà. La porte est proche du mur de gauche, qui est recouvert de plusieurs placards et étagères, assez pour toutes mes affaires. En face de la porte, un lit banquette en fer forgé sera parfait pour accueillir Ron.

A ma droite, contre le mur qui longe la porte, je découvre un lit double et je reconnais mes draps que j'avais au quartier général. Est-ce stupide d'être rassuré par la présence d'un objet familier ? De l'autre coté du lit, le mur de droite est coupé par une baie vitrée qui donne sur…

_ Euuuh… ? J'ai une terrasse ?

_ Ouep ! Répond papa, apparemment fier de lui. Je t'avais dit qu'elle était mieux ! Mais pour l'instant n'y vas pas. On n'a pas vérifié qu'elle tienne encore, on s'en occupera dans la semaine. Quand on l'aura retapé, on pourra te l'aménager, avec des chaises de jardin, une table, peut-être des plantes ?

Je ne peux que hocher la tête et lancer un « carrément ouais » qui les fait rire.

C'est trop la classe, sérieusement, une terrasse, total confort quoi, je m'y vois déjà avec les autres.

.

Je continue mon exploration, de chaque coté de la baie, des planches de bois cloutées au mur. Comment je vais faire pour remplir autant d'étagères ? Et alors que je m'imagine sur ma terrasse à siroter du jus de citrouille avec mes amis, je remarque dans le coin du fond, à gauche de la baie…

_ Est-ce que c'est un vrai arbre ? Je demande avec crainte.

Les deux compères éclatent de rire et je les regarde sans comprendre. Parce que oui, il y a un arbre dans le coin de ma chambre. Son tronc va du sol au plafond et je compte une bonne dizaine de branches, fines et courtes qui partent dans tous les sens, recouvertes de feuilles et de petits bourgeons.

_ C'est une blague !?

Non sérieusement, ils me font marcher. La chambre est trop parfaite.

_ C'est de la faute de ton père, tu te débrouilles avec lui !

_ Hey ! C'est super trop la classe !

_ C'est un vrai ? Je demande.

_ Oui… malheureusement.

_ Lunard ! Il est trop stylé !

_ Il perd des feuilles en automne !

_ Et alors ? De toute façon ce n'est pas toi qui les ramasse !

_ Encore heureux !

Je les regarde sans comprendre : Lunard se moque de papa qui se défend avec un air vexé.

_ Les gars ?

Ils me regardent deux secondes puis Lunard se remet à rire et papa se remet à grogner.

_ Quand on s'est installé il y a 15 ans, j'ai monté une plante dans le but de la mettre sur la terrasse. L'ombre de la plante faisait une magnifique déco sur le mur et Sirius voulait la… projeter ? Graver ? Imprimer ? Bref il voulait, avec un sort, garder la forme de l'ombre de ma plante sur le mur. Au départ ça partait d'une bonne idée… mais… ça n'a pas trop marché !

_ « Par trop marché » ? Lunard, c'est une œuvre d'art !

_ T'as raté ton sort et encore aujourd'hui tu ne peux pas expliquer comment tu as fait, ni même le refaire !

_ L'art est unique c'est bien connu !

Lunard le regarde l'air de dire « Tu te fous de moi ? » et je rigole devant l'air satisfait de mon père. Ils continuent à se disputer à coup de « tu ne savais même pas ce que tu faisais », « je m'en fous j'ai fait un truc de ouf », « Tu es fier d'avoir raté quelque chose ? », « Même Lily était jalouse de pas en avoir ! », « T'es irrécupérable ». Moi je m'approche de l'œuvre en question et je remarque en fin à son pied un bureau vide qui n'attend que mes moments d'étude. Je m'assois sur la chaise tournante et lance un regard circulaire à ma chambre. Il lui manque des détails, des rideaux, un tapis, et je pense accrocher des décorations sur les murs. ce que je n'ai jamais fait à Privet Drive.

Mes parents ont arrêté leur joute verbale et me regardent, attendant le verdict.

_ Elle te plait ? Me demande doucement papa.

_ Elle est géniale. Je réponds à voix basse en lui souriant.

Ils échangent un sourire ravi et je ne sais pas comment leur exprimer toute ma gratitude. Je vais les rejoindre et les prends tous les deux dans mes bras. Mon « merci » me met une boule dans la gorge tant je suis heureux, reconnaissant et soulagé.

_ Je vous aime tellement.

Je murmure ça, caché dans l'épaule de Lunard, sans oser les regarder. Papa me l'a déjà dit plusieurs fois, mais pour moi c'est une première et ça me met mal à l'aise. Ils m'embrassent les cheveux en me gardant contre eux et me répondent la même chose.

Je me recule avec un grand sourire et je vais ouvrir la fenêtre au dessus du sofa. Un sifflement plus tard, Hedwige se pose sur mon bras.

_ Alors ma belle ? C'est notre nouveau chez nous : tu en penses quoi ?

_ Si ça peut jouer en notre faveur, commence papa, ta cage sera toujours ouverte et tu as le jardin et toute la forêt à ta disposition.

Hedwige me quitte pour se poser sur une des branches de mon arbre, fait tourner sa tête avant de faire gonfler ses plumes dans un cri joyeux.

_ Ca lui plait !

D'un coup de baguette, Remus fait apparaître ma malle et la cage d'Hedwige. Je viderai ma valise plus tard. En attendant, je prends la cage et m'approche de l'arbre pour l'y accrocher. Je me rends compte que je suis trop petit quand la main de mon père se colle à la mienne.

_ Besoin d'aide bonhomme ?

_ Je voulais l'accrocher là-haut.

Alors que papa attache le crochet de la cage à un des nœuds de la haute branche, je prends du recul et regarde le résultat. C'est officiellement le premier aménagement de ma chambre. C'est parfait.

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POV SIRIUS :

Finalement, après quelques minutes, Remus propose de préparer le diner pendant qu'Harry se douche. Au fur et à mesure que je descends les marches, je ne peux plus m'empêcher de sourire.

_ Alors ? Heureux ?

Remus, adossé à la table, avec un sourire goguenard, me pose cette question tendancieuse. Je ne peux pas m'empêcher de l'embrasser et de le serrer contre moi.

_ Je vais me réveiller, c'est trop bien pour être vrai.

_ Je t'avais bien dit qu'il aimerait la maison !

_ Nia nia nia.

En rigolant, Remus me repousse et commence à ouvrir les placards. Il ne faut que quelques minutes pour mettre la table et réchauffer le plat envoyé par Molly ce matin parce que « vous avez déjà beaucoup à faire aujourd'hui sans avoir à cuisiner ». J'adore son gratin de légumes.

_ Ca lui plait. Je lance après un moment de silence.

Je m'adosse à la poutre de la cuisine et tire Remus vers moi. Je suis devenu dépendant de sa présence, ça en devient inquiétant. Remus répond un « hmm hmm ».

Harry finit par descendre, sans qu'on l'entende arriver.

_ Sérieusement les gars ? Encore ?

J'abandonne les lèvres de Remus qui s'excuse en rougissant et me tourne vers Harry qui nous toise avec les bras croisés.

_ Otez-moi d'un doute : qui de nous trois est l'adolescent dominé par ses hormones ?

_ Oooh, tu veux qu'on en parle bonhomme ?

Les joues d'Harry deviennent rouges, Remus éclate de rire et...

_ Ca sent super bon ! C'est quoi ?

_ C'est ça, change de sujet. Je ricane avec vengeance.

Harry me donne un coup de coude en s'installant à table pendant que Remus remplit les assiettes.

C'est la première fois qu'on mange tous les trois. En un an. Il y a toujours eu quelqu'un : les enfants, les membres de l'ordre. C'est la première fois qu'on mange en famille. On pourrait croire qu'un malaise s'installerait. Mais non. Harry lance tout de suite la question du réaménagement du reste de la maison, et Remus enchaîne sans attendre.

On prévoit une crémaillère avec tous les membres de l'Ordre, les amis d'Harry et leurs parents dimanche prochain. Ca nous laisse une semaine pour finir le ménage et préparer Harry à son discours.

J'entends Harry s'en plaindre à outrance et Remus lui répondre avec indulgence. J'entends le grognement de mon fils et le rire de Lunard. J'entends le feu qui crépite dans la cheminée. Qu'est ce qu'on est bien ici. Tous les trois.

On a rapidement expliqué ma situation aux parents d'Hermione. Ils étaient choqués et désolés, et comme pour leur remonter le moral, le père de Luna a conclue en disant que « des fois on doit subir de dures épreuves pour finalement vivre un seul moment joyeux. Et finalement, quand on y est, on se dit que tout ça valait le coup ».

Quand je nous vois tous les trois débarrasser la table et s'installer tranquillement dans les fauteuils, je me dis que Xenophilius a raison.

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A suivre.