« Etoile, étoile, ma petite étoile, toi qui trône au firmament, dis moi… dis moi que dois-je faire à présent ? »

Au milieu de l'obscurité écrasante, seuls les bruits de la vie nocturne lui répondirent dans un râle faible et sinistre, bruits de train et de voitures s'enfuyant au loin, entre coupant le silence assourdissant durant de brefs instants… La jeune femme demeura immobile quelques secondes, fixant de son regard perçant le ciel faussement étoilé, telle une statue figée au milieu des corps amoncelés sans vie à ses pieds. Au bout d'un moment, elle laissa échapper un soupire, s'avouant une nouvelle fois vaincue, fermant ses paupières aux longs cils en signe de reddition. Elle s'avança parmi les cadavres, les enjambant avec élégance et désinvolture, se dirigeant vers son sac qu'elle avait abandonné négligemment par terre au début de l'affrontement. Le froid d'hiver mordait sans ménagement sa peau au travers de ses vêtements souillés par le sang de feu ses adversaires, la dérangeant légèrement. Arrivée près de l'énorme besace noire, elle s'agenouilla, un peu las, rejetant ses longs cheveux châtains en arrière, avant de défaire le lien maintenant la poche centrale fermée de gestes vifs trop souvent répétés dans ce même empressement teinté de nervosité, comme si les secondes allaient venir à manquer… Une fois cela fait, elle plongea sa main dans le ventre de l'objet, en ressortant une bouteille d'eau minérale qu'elle ouvrit d'un geste sec, le bruit de la sécurité en plastique assurant son herméticité se déchirant résonant désagréablement à ses oreilles. Elle porta ensuite le goulot à ses lèvres délicatement dessinées, avalant de longues gorgées sans reprendre son souffle jusqu'à avoir englouti la moitié du contenu transparent. Elle reposa alors la bouteille au sol, reprenant son souffle, les paupières closes, soulagée.

De nouveau pleinement maitre de son corps, elle jeta un regard navré dans son dos, admirant le spectacle désolant qui lui était offert. La jeune femme repris une gorgée d'eau, fixant toujours la scène qui aurait paru à tout humain surréaliste, mais qui, pour elle, comme pour ses semblables, était, hélas, d'une banalité affligeante. Comme à chaque fois après qu'elle ait utilisé une grande quantité de ses pouvoirs pour tuer, deux sentiments grandissant l'envahissaient irrémédiablement. D'un coté elle sentait une sorte de torpeur envahir son esprit, une sorte de détachement lui permettant de supporter les actes qu'elle venait de commettre sans en souffrir. De l'autre, un besoin urgent de se jeter à corps perdu dans la foule anonyme d'humains, de voir des personnes possédant encore un cœur palpitant, d'entendre des brides de conversations diverses, de parler même, à n'importe qui… bref de se raccrocher à une « réalité » n'étant pas imprégnée de rouge…

Sans plus attendre elle reboucha sa bouteille d'eau, la fourrant sans ménagement dans son énorme sac, avant d'extraire une longue tunique sombre. Elle retira ses vêtements souillés sans réfléchir, demeurant quelques instants en simple lingerie sombre au milieu de ce lieu déserté par la vie. Elle enfila la tunique moulante avec aisance, la réajustant précautionneusement, retrouvant ainsi une apparence plus présentable. Elle rangea ses anciens habit dans le sac, le jetant sur son épaule avant de se redresser, tournant le dos au passé immédiat et sanglant qu'elle venait d'écrire. Elle s'élança en courant dans la direction opposée, chacun de ses pas laissant échapper un léger bruit sous, comme des pulsations. Elle ne courait pas pour fuir. Au fond, elle pouvait parfaitement se défendre face à de nouveaux ennemis. Elle allait juste retrouver les sensations humaines qui menaçaient de disparaitre quand elle agissait comme une machine à tuer…

Bientôt elle allait retrouver les rues commerçantes de Tokyo, endroits ne dormant jamais. Et, alors qu'elle apercevait déjà quelques jeunes gens au degré d'ébriété certains déambulant en entamant des chansons dont ils ne connaissaient plus les paroles, elle décida de ne pas prêter garde au veilleur la fixant dans une flaque d'eau alors qu'elle passait non loin. Il serait toujours temps d'y penser le lendemain…