Une étape cruciale venait d'être franchie : ils avaient retrouvé Laurianna. Cependant, un problème de taille se dressait à présent devant eux… Comment diable allaient-ils faire pour ressortir ?

« Certainement pas en restant ici… »

Knives avait une nouvelle fois répondu à sa pensée et cela de la façon la plus cassante qu'il fut. Vash commençait à saisir que cette façon de procéder était une sorte de défense, un moyen de garder les autres à une distance que son frère jugeait comme respectable, cachant le fait qu'en réalité il était bien plus appliqué qu'il ne voulait bien le laisser penser… La preuve en était sa présence en ces lieux reculés, ainsi que tous les moyens qu'il avait mise en œuvre afin d'arriver jusqu'ici. Même sa relative 'patiente' quant aux quelques minutes venant de s'écouler sans qu'ils n'agissent était, à ses yeux, une preuve supplémentaire. L'espoir demeurait donc intacte…

Laurianna, toujours assise à même le sol près de lui, terminait de manger une des barres de céréales qu'ils lui avaient amenées, les fixant tour à tour, hésitant à prendre la parole. A force de cogitations, elle finit par avaler de travers, saisit par là même d'une violente quinte de toux. Immédiatement, le pistolero lui tendit une gourde d'eau, lui tapotant doucement le dos, lui parlant avec douceur afin d'apaiser ses craintes qu'il devinait aisément.

« Ne t'inquiète pas, Laurianna. Tu peux dire ce qui te passe par la tête, il n'y a aucun souci… »

Reprenant peu à peu son souffle, l'ancienne captive prit une légère inspiration avant de se lancer.

« Je sais mais… Je n'ai plus tellement l'habitude va-t-on dire… Et je suis tellement désolée de vous causer tant de traquas… »

« Se n'est pas toi qui est à l'origine du problème. Se sont les bêtes humaines t'ayant enfermée ici. Nous ne faisons que corriger cette injustice. »

Elle dirigea son regard cerné vers Knives, ne sachant comment répondre face à son ton sans appel. L'homme aux yeux turquoise intervint alors, ne voulant pas le laisser aller sur cette pente glissante. Laurianna venait tout juste de sortir d'un néant absolu ayant duré plus de cent ans… Elle n'avait nullement besoin d'entendre de tels propos.

« Knives, se n'est assurément pas le moment pour parler de cela. »

« Et pourquoi donc ? N'est ce pas la vérité ? Qui plus est quand on sait qu'elle va se retrouver confrontée à tous ces dégénérés une fois sortie d'ici. Autant qu'elle s'y prépare dès maintenant, vu qu'elle n'aura pas d'autres choix que de les côtoyer, et ça, par ta faute… »

« Ne cesseras tu donc jamais ? »

« Et toi, Vash, quand arrêteras tu d'être auss… »

« Attendez ! »

Les deux frères se turent, coupés dans cette querelle récurrente par la faible voix de la demoiselle. Sous leurs deux regards venant se braquer sur elle, elle hésita quelques instants avant de reprendre la parole, désireuse de ne pas laisser s'envenimer la situation.

« Ne vous disputez pas, je vous en prie... Je… Je ne comprends pas tout ce dont vous parlez mais… à mon humble niveau… je ne hais pas l'humanité… Knives, concernant l'équipage de ce navire, tous n'était emplis d'antipathie envers moi. Le souci a été que ceux en ayant pris la tête étaient ceux me détestant… Pour eux… Je n'étais qu'un monstre… une anomalie infâme responsable de tous leurs maux… Mais pas pour tous. J'ai été seule pendant si longtemps… Peut être serai je jugée de la sorte à nouveau une fois dehors- et dieu seul sait combien cette idée me terrifie- mais je refuse à m'y résoudre. Je préfère miser sur cette partie d'humanité capable de m'accepter. Tout en sachant parfaitement, hélas, que se n'en est pas la totalité… »

Elle reprit un peu son souffle avant de reprendre, laissant couler ces paroles qu'elle avait du tant pensé durant toutes ces années, rêvant à la folle possibilité qu'elle pourrait sortir un jour de sa prison de métal. A ce moment précis, elle s'adressait particulièrement à Knives, ayant certainement sentit son animosité envers la race humaine et tentant de l'apaiser quelque peu par ses mots.

« Je suis pleine d'incertitudes et de craintes, tu sais. J'ai encore tellement de mal à croire que tout ceci n'est pas un rêve. Mais si la confrontation à mes inquiétudes, mes souvenirs et mes démons est le prix à payer afin de pouvoir commencer enfin à vivre, alors il n'y a pas d'hésitations à avoir, quitte à souffrir de nouveau… Je veux tenter ma chance, et tout miser sur la possibilité que, cette fois ci, les choses se passeront différemment… Je veux y croire… Comprends-tu ? »

Elle se tut finalement, un peu essoufflée par sa tirade, fixant avec intensité l'homme aux cheveux couleur neige la dévisageant toujours, une expression indéchiffrable encré sur son visage. Vash, lui, n'osait pas bouger, scrutant la réaction de son jumeau avec une pointe d'appréhension, lui-même troublé par la parole de leur nouvelle congénère qui venait de faire preuve, à son sens, d'une force de caractère somme toute admirable, compte tenu de ce qu'elle avait vécu. Il émanait de son être malmené une détermination chancelante mais bien présente, un optimiste timide ayant survécu envers et contre tout aux ténèbres l'ayant pourtant si longtemps étreint… Au bout de quelques secondes qui lui parurent comme interminables, alourdies par une attente inquiète, Knives laissa échapper un bref soupire, fronçant légèrement les sourcils, saisit par une sorte d'exaspération perplexe. Il haussa légèrement les épaules, faisant quelques pas jusqu'à son sac qu'il avait laissé choir au sol plus tôt, leur tournant légèrement le dos.

« Comprendre, comprendre… Je comprends surtout que vous êtes aveugles, tous les deux. Il n'y a rien à espérer des humains. Se ne sont que des animaux, des bêtes inférieures dont le cerveau ne fonctionne qu'à peine. Ils ne sont bons qu'à détruire tout ce qu'ils touchent, à souiller ce qui est pure, à haïr ce qui est différent ou à l'assouvir. Il n'y a qu'à voir ce qu'ils font endurer à nos sœurs. Combien d'entres elles sont mortes à cause de leur négligence ? »

Un éclat d'incompréhension traversa le regard de Laurianna. Bien qu'ayant enfermée tout ce temps, elle n'en demeurait pas moins un membre d'un équipage colon. Par ce fait, elle devait être au courant, au moins dans une proportion raisonnable, du mode de fonctionnement des vaisseaux et du plan d'implantation des colonies.

« Leur négligence ? Pourquoi négligeraient-ils au point de les laisser mourir les êtres leur permettant de survivre ? Par haine envers leur nature ? »

Un ricanement méprisant échappa à Knives qui se retourna vers la demoiselle, fier des arguments irréfutables dont il allait pouvoir user afin de lui montrer la véritable nature humaine à ses yeux.

« Pourquoi ? Ils ne savent même pas comment fonctionnent réellement les centrales ! Ils ignorent ne serait ce que le fait qu'ils survivent misérablement grâce à l'exploitation qu'ils font de nos sœurs captives ! »

« Ils… ignorent leur existence dis tu ? Comment est ce possible ?»

« Mais parce qu'ils ont oublié voyons ! Ces primates n'ont pas mis longtemps à retomber dans leur état de sauvagerie qu'ils n'ont jamais réellement quitté d'ailleurs. Toute la technologie du monde ne sera jamais qu'un fragile vernis posé par-dessus la véritable nature humaine ! »

« Mais… et vous ? »

Le jumeau machiavélique s'arrêta dans son discours, surpris par la question de la jeune femme.

« Nous ? »

« Oui… Vous n'avez pas oublié, si ? »

« Bien sure que non, ne nous confond pas avec ces êtres pitoyables ! »

« Pourquoi… Pourquoi ne pas avoir tenté de préserver ce savoir alors ? S'ils avaient su quoi faire, peut être auraient ils pu préserver les installations et permettre à nos sœurs de survivre… »

Une nouvelle fois, l'être hors du temps se trouva quelque peu prit de court, fixant sa semblable, légèrement déstabilisé. Le pistolero demeurait obstinément en retrait, n'osant pas interférer, lui-même légèrement décontenancé par cette conversation. Les questions posaient par Laurianna étaient d'une simplicité effrayante, suivant un fil logique implacable, pointant malencontreusement des anomalies bien flagrantes…

« Ils ne méritaient pas cette technologie ! A leur réveil, ils possédaient les connaissances nécessaires mais ont préférés se préserver eux même plutôt que de protéger ce qui leur avait été offert ! Tout cela n'aurait pas du être… L'humanité aurait mieux fait de disparaitre une bonne fois pour toute. »

« C'est ce qui a faillit se passer, non ? Ces pour empêcher cela que cette expédition a été mise sur pieds, pour empêcher leur extinction. Mais… Si ces navires n'avaient pas existé, nous n'aurions peut être jamais vu le jour. Je ne crois pas que tout ait forcément une raison valable d'avoir lieu… Mon incarcération était injuste et cruelle, par exemple… Mais, tout ce que nous pouvons faire, c'est tirer le meilleur parti de ce qui nous ait donné, je pense. S'il nous a été offert de vivre par delà les âges, de nous souvenir et d'évoluer parmi les humains comme étant leur semblable, peut être était ce pour… pour nous permettre de les préserver… de les protéger de leurs erreurs passées en leur servant de mémoire justement… Tu sembles ne les voir qu'à travers leurs défauts, qui peuvent être certes colossaux, je ne le nie pas… Cependant, ils ne sont pas forcément les ennemis à éradiquer que tu crois… pourquoi ne pas les voir comme un potentiel à faire fructifier, au contraire ?... C'est la peur et l'ignorance qui provoquent bon nombre de maux… »

Knives l'avait écouté, ne laissant rien paraitre de ses pensées, avant de soulever son sac, le rejetant quelque peu brusquement sur son épaule, tournant les talons sans plus attendre.

« Pour quelqu'un n'ayant pas parlé depuis plus d'un siècle, tu es décidemment bien bavarde… »

« Knives ! »

Laurianna fut un peu stupéfaite par la remarque cassante faite par l'homme commençant à s'éloigner dans le couloir, laissant retomber son regard au sol, mal à l'aise…

« Je n'ai aucune envie de prendre racine ici. Nous aurons tout le temps pour la 'parlotte' une fois la surface de nouveau atteinte. L'air de ce vaisseau est vicié et m'empêche de réfléchir correctement, c'est exaspérant. »

Vash jeta un coup d'œil vers son frère lui tournant le dos, trouvant qu'il agissait de façon plutôt inhabituelle. En temps normal, il se serait mis en colère, aurait continué sur sa lancée, trouvé milles synonymes insultants au mot 'humains'… Là il s'était simplement contenté de couper court à la conversation, sans pour autant en sortir 'victorieux'. En à peine une heure, elle avait réussi à fendiller l'épaisse armure du marionnettiste, ébranlant ses certitudes, chose que lui-même avait tant de mal à faire, pour un résultat encore fort incertain… décidemment, sa venue était bel et bien le commencement d'un nouvel espoir pour eux trois… Le typhon humanoïde s'approcha de la femme, lui parlant d'une voix douce cherchant à la rassurer.

« Laurianna, ne t'attarde pas sur ses humeurs. Malgré tous les airs qu'il essaie de se donner, je suis persuadé qu'il est bien meilleur qu'il ne veut l'avouer…. Cependant, cette tête de mule a raison sur un point. Nous devrions sortir d'ici. Je suppose que tu as hâte de découvrir le monde qui est à présent le tien, non ? »

Elle reporta son regard vers lui, lui adressant un léger sourire en réponse à celui qu'il lui offrait.

« Autant hâte que peur, pour tout avouer… Mais j'ai surtout hâte de me débarrasser de ma peur… »

« Alors allons-y ! Nous avons une longue vie, certes, mais se n'est pas une raison pour perdre inutilement de temps ! Surtout que notre sortie risque d'être quelque peu… mouvementée. »

Vash et Laurianna regardèrent Knives, tous deux intrigués, avant de s'échanger un regard, n'osant pas imaginer quel moyen il avait trouvé pour les faire sortir de ce monstre enseveli. Au bout de quelques secondes, la demoiselle reprit la parole, tentant d'afficher une certaine légèreté pour contre balancer ses appréhensions.

« On te suit, Knives. Essaie simplement de ne pas nous tuer, s'il te plait. Littéralement parlant, il me reste bien trop de choses à découvrir… à vos cotés… Et il me tarde assurément d'y être.