Titre: Avec toute la fierté d'un homme

Auteur: Lenaleskapouet

Genre: Romance/Humour/Surnaturel - AU -

Pairing: Squallipoo/Cloudinouchet

Rating: Miaou

Disclaimer: Quand je pense que je rajoute cette ligne chaque fois pour écrire des conneries dedans. Toutes, en fait. Mais comme je suis en manque d'imagination, je balancerais un simple 'SquareSoft'. Comme ça. Eh ouais. Et puis je me fais pas de fric non plus sur ça. Parce que j'aime autant vous dire que je serais alors constamment à découvert, avec une irrégularité pareille.

Notes: Moi je dis qu'à raison d'un chapitre tous les 4 mois, cette fic sera intemporelle. Vous pourriez même dire à vos petits-enfants que vous suivez toujours une fic yaoi, si vous êtes pas mort d'ennui avant. Si c'est pas la grande classe. 8D Merci de tout cœur pour vos reviews les filles, ainsi que de vôtre attention, lectrices anonymes :3 Bonne lecture !


Chapitre II - Entre Chat et Lion

" Relax, take it easy, for there is nothing that we can do
Relax, take it easy, blame it on me or blame it on you."
(Mika - Relax)

Prunie fermait les yeux de contentement, menton tendu, désormais dans les bras de cet individu qui n'avait visiblement pas l'air de vouloir continuer la causette après s'être présenté -dit son nom, plus précisément. En temps normal, cette attitude aurait été fabuleuse à recevoir d'un point de vue squallien. Mais à l'instant présent, fallait pas pousser Prunie dans les orties non plus. Un détail lui revint subitement en mémoire, comme un rapprochement fait soudain dans son cerveau. Et alors, pour la deuxième fois en une soirée, Squall réengagea la conversation. Ce qui annonçait au moins de la grêle pour demain.

"Ce n'est pas la première fois que tu viens dans ma chambre, n'est-ce pas…?" prononça-t-il perplexe, comprenant peu à peu.

Bien joué. Ça ne sonne pas plan drague pour un sou.

L'interpellé l'examina distraitement, les yeux dans le vague comme en proie à une quelconque réflexion, puis retourna son attention sur la petite chatte, songeur.

"Ah, ça expliquerait un détail ou deux, oui…"

L'étudiant réprima un grognement. Est-ce que ses amis avaient autant envie de le secouer lorsqu'il répondait aussi brièvement, qu'il en avait envie là, maintenant, avec ce drôle de blondinet ? Parce que c'était foutrement tentant. Quoique cet homme était si peu moche que n'importe qui pourrait avoir envie de lui sauter dessus, pour cette raison ou pour une autre. Hum. Non mais… c'est vrai, quoi. Objectivement. Enfin.

La différence, c'était que Squall ne s'invitait par surprise dans la chambre d'autrui la nuit. Déjà qu'en plein jour et cordialement invité, c'était pas gagné…

Aussi, devant l'air profondément dubitatif (et limite assassin) du jeune homme en bas de pyjama, Cloud se releva, le félin toujours dans les bras -ce qui n'allait décidément pas pour plaire au propriétaire de ce dernier- dans l'intention de s'expliquer, un peu. Sur ses lèvres pleines, un léger sourire un peu trop narquois mit Squall sur ses gardes quant au ton de la réponse.

"Tu dois être le seul à des kilomètres à la ronde dont les chambres sentent le cuir et le marshmallow."

Mais je t'emmerde.

"Hmpf."

Les deux hommes se jaugèrent du regard un bref instant, puis le blond détourna son regard vers la fenêtre, où la pluie, indiscernable pour des yeux humains par cette obscurité, continuait de tomber, pensif.

"Tu ne fermes jamais les volets ?"

Le Lion haussa un sourcil. Sa voix était plus douce, presque ingénue. La réflexion aurait pu s'interpréter comme un reproche, mais sonnait plutôt comme une invitation à la discussion.

"Non. Peut-être en hiver. On ne sait jamais. Des fois qu'un type moitié-chat veuille se taper l'incruste chez moi."

Le blond étouffa un rire d'auto-dérision et Squall crut voir une expression d'excuse se peindre sur son pâle visage.

"Hm, le moins que je puisse faire serait de te fournir des explications. Et des excuses, je l'admet."

Il s'avança de quelques pas et se pencha pour déposer Prunie sur le lit. Sans avoir trop l'air de comprendre ce qu'il lui arrivait, elle finit néanmoins par remonter le long du drap afin d'y chercher la main de son protecteur. Mais l'égo de celui-ci avait pris un tel coup qu'à peine elle fut à portée de main, elle se retrouva aussitôt posée sur le sol, négligemment prise sous le ventre. Boudeuse, elle alla regagner son panier sans jeter le moindre regard derrière elle. L'invité fit son possible pour ne pas paraître amusé par la situation alors que deux orbes d'acier étaient rivées sur lui, comme l'air de dire "Rien de tout cela ne serait arrivé si tu n'avais pas été là."

"Et donc ?" rappela le brun d'un ton fort réprobateur.

"Err. Je ne sais pas pourquoi, j'aime beaucoup sortir quand il pleut à verse. Ça rend la ville très jolie, vue d'en haut. Mais les poils trempés, c'est pire que du cuir qui ne respire pas."

"J'imagine vaguement…"

Cloud lui sourit légèrement, d'une façon très affable ceci dit, compatissant. Squall se sentit déstabilisé quelques secondes.

"Je finis par m'arrêter sous l'embrasure d'une fenêtre dans ce genre de cas. Je ne rentre jamais. Ou presque. Les gens sensés se servent de leurs volets, la nuit tombée. Désolé."

Squall s'apprêtait à réagir caustiquement, mais il n'y avait aucune moquerie dans sa voix, comme s'il était satisfait que le jeune étudiant ne fasse pas parti de ces gens épouvantablement normaux. Le brunet rengaina donc à contrecœur son regard noir. Cet homme l'intriguait de plus en plus, et ce fait-même l'intriguait au plus haut point. Il n'avait jamais ressenti autant de curiosité, de désir d'en connaître davantage sur une personne, encore moins en un si court laps de temps. Certes, il était impossible de se mentir, ses formes inhabituelles pour un corps humain devaient y jouer pour quelque chose. Mais il y avait plus, tellement plus encore sur quoi il ne pouvait mettre de mots. Une véritable attraction naissait en lui sans qu'il n'y prenne garde. Ils avaient l'air si semblables l'un l'autre…

Et pour la première fois depuis son intrusion, l'homme félin le regarda pleinement dans les yeux, sans plus fuir. Le brun déglutit, fronça les sourcils. Il se sentait subitement passer aux rayons x, comme mis à nu -ce qui était pourtant assez loin d'être le cas, outre le fait qu'il ne portait rien en haut. Si bien que malgré tout, un instant, il hésita même stupidement à ramener ses draps sur lui avant de se reprendre. Le manque d'animosité ou de sentiments désagréables dans son regard d'azur le secouait d'autant plus. C'était comme si Cloud se rendait enfin entièrement compte de sa personne, de son entité humaine. En y réfléchissant davantage, c'était peut-être ces yeux profondément bleus qui le déshabillaient sans effort. Ses pensées divaguèrent un instant, dérivant sur deux formes qui se distinguaient parmi ces cheveux fous et platinés.

Des oreilles de chat. C'était pour le moins… insolite. Il n'y avait rien à faire, un tel détail, une fois fixé, ne le rendait que définitivement mignon, point. Elles trahissaient par ailleurs très bien la perplexité et l'état d'hésitation de leur propriétaire, à en juger l'orientation qu'elles avaient prises à l'instant présent. Le jeune adulte descendit son regard sur la queue animale qui remuait dans un balancement à peu près régulier sous la cape sombre. C'était injuste, qu'un humain puisse avoir les attributs des félins qu'il chérissait tant. Absolument pas fair-play. Une menace à la misanthropie, ni plus ni moins.

Toujours était-il que Cloud eut l'air de comprendre ce qui captivait les prunelles orageuses puisque celles-ci lui lancèrent presque un regard de reproche lorsqu'il cessa de la remuer, ce qui le fit sourire avec une expression de victoire peu contenue. Qui était véritablement à moitié chat dans l'histoire, pensa-t-il…

Et merde, grillé.

Quelque peu gêné, Squall dévia sa tête sur le côté, peu enclin à laisser gagner une fois de plus ce bellâtre embotté, mais loin de savoir hélas qu'il n'était pas au bout de ses peines. Un bruit de plastique défroissé retentit à ses oreilles et il sut que le mal était déjà fait. Une guimauve qu'il ne pourra jamais manger. Ce type décidément se plaisait à enfreindre tout ce qui le concernait. Son studio. Son paquet.

"Pourquoi ma chambre, à deux reprises ?"

"Pourquoi pas" répondit son vis-à-vis en se léchant les doigts.

Il allait vraiment le tuer.

Seulement, en deux temps trois mouvements, le blond s'assit gracieusement sur le rebord du lit tout près de lui, en moins de temps qu'il ne lui aurait fallu pour dire "Moomba". Les bras tendus, les mains posées sur ses poignets, Cloud lui faisait maintenant entièrement face, de beaucoup trop près à son goût. Fidèle à lui-même, Leonhart releva le défi et ne plissa pas des yeux, fixant sombrement son assaillant dans l'attente d'une réponse, et ce quelque soit la légère situation d'infériorité (trois fois rien) dans laquelle il se trouvait et qui ne lui plaisait… finalement quand même à moitié, et c'était déjà une moitié de trop à son goût.

Son lit.

"Et si je te dis que tu m'intéresses ?" l'interrogea Cloud d'un ton détaché.

"… Haha. C'est une blague ?"

Pour toute réponse, Squall cru se voir dans un miroir tant l'expression de son vis-à-vis ressemblait à la sienne les trois quart du temps. Impassible, grave, et bien loin du ton de la plaisanterie. Le pied, quoi. Alors le brun soupira, et se pinça l'arrête du nez tout en fermant les yeux. Cette histoire ne rimait à rien. Et dire qu'une heure plus tôt il était encore en train de dormir.

"Tu ne connais rien de moi c'est stu— "

"Assez pour affirmer que tu étais en terminale littéraire au lycée Rufus Shinra, que tu aimes les marshmallows et les jeux vidéos, que tu fais un parfait sociopathe, que tu aimes malgré tout les boules de poil qui ronronnent, et que tu n'es très probablement pas hétéro", le coupa tranquillement le demi-félin.

"Que… quoi ?"

Ces quoi ces clichés sur le cuir encore…

"Le drapeau arc-en-ciel. Accroché en haut de ton bureau. 'I can't think straight '."

Qu'on me rappelle de ne plus jamais sympathiser avec une communauté…

"Reste que je ne connais rien de toi…"

Les oreilles animales de Cloud se redressèrent soudain avec enthousiasme. Son visage s'adoucit et ses yeux se rétrécirent, brillants.

La double-personnalité de ce type est effrayante.

"Alors ça peut s'arranger."

Ce disant, il se pencha davantage et sans effort, ses lèvres se posèrent sur celles du plus jeune, les épousant parfaitement. Un baiser farouche et léger, un goût délicieusement sucré sur les lèvres. Celles-ci se mouvaient doucement sur celles du brunet, bien trop surpris d'abord pour réagir. Ses mains se calèrent sur les hanches nues, les caressant du bout des doigts, provoquant des frissons qui n'étaient pas dû au froid. Ses paupières étaient closes, révélant ses longs cils immaculés, et Squall consentit à l'imiter, définitivement bien dans l'ambiance. Ce fut lorsque le post-adolescent, plus ou moins à jour dans les évènements, commença à son tour à bouger ses lèvres par instinct que Cloud se retira alors, non sans avoir avant dardé sa langue et lapé gentiment les lippes du lion. Frustration, bonsoir.

Squall ne savait pas quoi penser. Il se demandait même s'il n'en avait pas perdu la capacité. Il tenta de se résumer la situation; ce qui s'était introduit une fois dans sa chambre un jour de pluie s'avérait être un jeune homme aux gènes de chat bougrement canon et lequel venait tout juste de l'embrasser.

… absolument surréaliste. Même son père n'en inventait pas des comme ça.

Entretemps le blondin, de sous sa grande cape, avait déjà sorti un petit portefeuille de sa poche, duquel il en retira une petite carte de visite pour enfin la lui tendre. Toujours un peu sonné, Squall hésita un bref moment, puis accepta par la prendre. Dessus, on pouvait lire "Animalerie du Chat peau de paille, 78 rue de la Forêt Endormie".

"Je travaille là-bas. Passe quand tu veux", expliqua le plus âgé.

Rêve.

Mais le brun n'eut de toute façon pas le temps de lui répondre que Cloud s'était déjà levé du lit et avait bondi vers le rebord de la fenêtre, se métamorphosant au passage. Le jeune homme, dont il ne restait plus qu'un agile et fin chat d'un beige clair, fixa Leonhart de ses yeux éclatants. Ses moustaches se redressèrent un peu pour dessiner un timide sourire sur ses babines. Trois secondes après, il avait déjà disparu. Et le balafré en bas de pyjama, toujours en plantage intensif, n'éteignit sa lampe de chevet que bien après. Le lendemain, Prunie lui faisait toujours la tête.

\ \ \

"Squall ! Tu es en retard, tío. Lin a déjà eu le temps d'arriver."

"Linoa ?"

A sa porte d'entrée, Irvine paraissait véritablement partagé entre la gêne et la satisfaction. Une main sur un coin de sa bouche, laquelle un sourire espiègle s'était déjà dessiné dessus, il se rapprocha et se pencha vers son meilleur ami comme le ferait une colporteuse de ragot en quête d'intimité auditive.

"Elle m'a dit qu'on lui manquait beaucoup, nous et ce temps qu'on passait fourrés ensemble au lycée, ce que je comprend bien sûr, je sais qu'on arrive difficilement à se passer de moi, regarde-toi -non mais je veux dire, sérieusement. Et puis ta gueule d'ange mettrait n'importe qui en cure de désintox pour peu qu'on ne soit pas mort avant, bien entendu. Mais, entre nous, elle m'avait l'air bien plus excitée à l'idée de te revoir toi en ce beau mercredi après-midi, muchacho."

"Arrête un peu ton cirque" soupira Squall en levant les yeux au ciel. Il le poussa vers l'arrière d'une main sur sa poitrine. "C'était en cinquième, ça. Elle est comme une petite sœur depuis. Et tu le sais."

"L'inceste ne dérange pas tout le monde" proposa le cow-boy en intense réflexion, la main plaquée sur sa bouche désormais. "Ah-ah-ah, pas taper !"

Le brun était sur le point de riposter d'une phrase cinglante mais une voix en arrière-fond le coupa.

"Irvy ! Fais-le rentrer, qu'est-ce que tu attends ? L'étrenne des facteurs ?"

L'interpellé jeta un regard malicieux à son invité.

"Qu'est-ce que je te disais ? …Dis, tu me vends un calendrier ? Une pose différente à chaque mois, Squall en bikini pour Août, Squall en— "

"Elle a raison. Je suis à deux doigts de partir, si tu me laisses sur le perron, cabrón." interrompit le Lion d'un ton menaçant.

Mais cela n'eut pour effet que de renforcer le sourire de Kinnéas, devenu bien plus sincère. Et comme à leur habitude, ses yeux le regardèrent une fois encore de cette façon qu'Irvine ne réservait qu'à lui. De sa mémoire, jamais Squall n'avait vu Irvine se comporter d'une telle façon avec une moindre fille, en supposant qu'il ait toujours été présent quand le châtain bouclé jouait de ses charmes, ce qui était sûrement loin d'être le cas. Cela l'avait toujours un peu intrigué d'ailleurs, car il était forcé de reconnaître que ça aurait de quoi fonctionner avec elles, pourtant. Depuis quand Irvine n'était-il pas sorti avec quelqu'un, au fait ? Pas très loin de quatre ans, à sa connaissance. Il perdait son temps à rester avec un type comme lui, meilleur ami ou pas, pensa t-il réellement. Cet idiot, qui avait bien du charme et de l'attention à revendre, n'en démordait toujours pas, depuis le temps que cela durait. Un peu plus de quatre ans.

Soudainement, Leonhart regarda ailleurs, les joues tout à coup rosies. Cet idiot…

Un tel changement d'attitude ne put échapper à son vis-à-vis. Pour tout dire, le cow-boy se retrouva entièrement désarçonné. Simultanément, il lui en voulut de lui offrir un tel visage à un si mauvais moment. Car dans la maisonnée, une jeune fille aux cheveux corbeaux devait sérieusement s'impatienter.

"Hé bien ? Tu connais le chemin, pourtant !" se hâta d'ajouter Irvine en se mettant dans son dos pour le pousser vers l'intérieur, le faisant grogner au passage. "Oh, on ne me le fait plus à moi, le coup du grunyuh."

"Squall ! Je suis tellement contente de te revoir !" l'accueillit Linoa dans la cuisine en se jetant à son cou.

"Ca ne fait pas plus de trois semaines" taquina le maître des lieux.

"Pfuh, parle pour toi. Et j'avais envie de te voir toi aussi, qu'est-ce que tu crois, ingrat" lui tira t-elle la langue, pas pour très longtemps puisqu'elle le gratifia d'un sourire avenant ensuite. Enfin, elle réagit et desserra sa prise. "Oups, je suis désolée Squally, j'y suis peut-être allée trop fort. Pardon."

"Non, non…" assura le-dit Squally en se massant la gorge cela-dit.

"Hun, je suis désolée de m'incruster comme ça dans votre réunion de garçon… mais ces trois derniers jours, j'ai vraiment été prise de nostalgie et d'un grand sentiment de manque, c'était… "

La jeune Heartilly semblait désormais presque effrayée de quelque chose, mais aussi terriblement peinée. Ce qui acheva l'incompréhension grandissante des deux hommes fut son subit grand sourire adorablement embarrassé qui succéda, et toute trace de tristesse fut aussitôt balayée. Ou plutôt enterrée.

"Flippant", souffla Irvine.

Vous l'êtes tous les deux, si tu veux mon avis.

"Aw, Lin-chérie" reprit-il d'un ton bien plus jovial et compatissant, "Cesse de te faire du mouron comme ça, je t'ai déjà dit que tu ne dérangeais pas. Tu ne t'excusais pas pour si peu, l'an dernier, hé ?" fit-il en lui pinçant gentiment les joues. "Ca n'était pas une question" s'empressa-t-il d'ajouter en la voyant sur le point de continuer dans sa lancée.

"Je vais faire du thé, proposa-t-elle alors. "Squall, café ?"

"Du thé ira. Ne t'en fais pas pour moi."

"Quoi ?" faillit s'étrangler Irvine, les yeux ronds. "Tu dérailles, loco… Tu es fiévreux ? Tu veux que je vérifie si tu vas bien ?" chuchota-t-il à l'adresse de l'habituel consommateur de café.

Mais Linoa avait déjà acquiescé d'un grand sourire et elle alla vers la bouilloire d'un pas allègre, tandis que Squall ne put entièrement étouffer un pouffement de rire face à l'état choqué de son meilleur ami. Juste pour ça, il remerciait son esprit de contradiction. Ça payait bien trop pour pouvoir s'en passer.

"Euh… Lin… J'ai pas de sachet de plante à eau chaude."

"Tu crois que je suis venue non-équipée ? Je sais que tu as une faiblesse pour le parfum Andalousie, sinon j'ai pris de l'orange-cannelle."

"Diabolique. Flippante et diabolique" en conclut l'étudiant hispanique dans un souffle en allant chercher des tasses et des biscuits.

Les trois amis passèrent ainsi tout leur mercredi après-midi dans un goût de bon vieux temps qu'ils prenaient plaisir à retrouver bien qu'il n'ai pas été si ancien. Les deux garçons purent mieux comprendre ce que Linoa voulait dire par "avoir l'impression que rien n'avait changé". Cela avait quelque chose de réconfortant. Et pour tout dire, Irvine n'aurait jamais pu admettre combien il avait pu avoir peur de perdre contact avec son plus proche ami. Pas qu'il ne doutait de son amitié, mais c'était de Squall dont il s'agissait malgré tout et si le jeune Kinnéas pouvait se montrer très sûr de lui, il était en revanche parfois en proie à de sérieux accès de sous-estime lorsqu'il était question de ce sujet. Ces derniers temps plus qu'auparavant. Les choses restaient ineffables mais cela ne pourrait pas durer encore très longtemps…

"D'ailleurs, comment vont les autres ?" s'enquit une Linoa à moitié affalée sur le bras gauche de Squall.

"Selphie mourait d'envie de venir mais elle était déjà prise pour un rendez-vous avec son groupe de projet artistique, tu connais sa sociabilité. Zell, je t'avoue ne pas en entendre beaucoup parler, j'en conclus que les calculs scientifiques l'ont dévoré" commenta Irvine, confortablement calé dans son pouf. "Quant à Quistis, je dois avouer que je n'en sais trop rien…"

"Elle va bien. Un peu à cran, mais on a prévu de déjeuner ensemble demain" compléta d'un ton vague mais positif le brun aux yeux cobalt.

"Oh, c'est une bonne nouvelle alors. La pauvre, je sais bien qu'elle est studieuse, mais le Droit, ça n'a pas l'air de tout repos…"

Vous ne comprenez pas que vous avez si peur de la déranger dans son travail qu'elle s'en sent esseulée…

"On devrait s'organiser un truc tous ensemble d'ici les vacances d'automne", proposa songeusement le châtain. "On est jeunes bordel, on va pas se terrer dans notre coin sous prétexte qu'on a un avenir plus ou moins loin à se forger. … bon, forcément dit comme ça, ça fait irresponsable."

"Non, non, tu dois avoir raison" hocha la brunette de la tête. Elle bâilla poliment d'une main, étirant néanmoins son autre bras qui rentra en contact avec le torse de Squall. "En attendant, moi je ferais mieux d'y aller, il me reste encore un texte à analyser. Et mon père le sait. L'inconvénient de ne pas vivre seul, héhé."

Elle se redressa, se leva de la petite ottomane à deux places et frotta sa longue jupe pour la débarrasser de ses mauvais plis. En relevant les yeux sur la place où elle était précédemment assise -comprendre élégamment vautrée-, elle distingua un petit rectangle de papier qui était en équilibre plus que précaire entre le bord de la poche de Leonhart et le siège de la causeuse.

"Oh, qu'est-ce que c'est ?" s'exclama-t-elle d'une question rhétorique puisqu'elle se saisit de la carte au même moment. "Animalerie ?"

Hahaha. "Tu ne devineras jamais, écoute, l'autre soir…". Bien sûr. Entièrement envisageable.

"Hn. Prunie boude. Et ce depuis cinq jours. La faute à qui. J'ai eu ça je ne sais plus où. Après m'être fait embrassé… Je pensais lui trouver quelque chose qui puisse lui faire plaisir. Tout cela m'a l'air d'une gigantesque manipulation."

Irvine se manifesta tout à coup.

"Squall, tes orei…" dit-il sur un air d'appréhension.

"AAAHW, c'est trop migno-ooon !" le coupa déjà la jeune Heartilly avec un enthousiasme démesuré. "Dis-lui bonjour de ma part, ça suffira peut-être, qui sait" pouffa-t-elle. "Ouch, il est déjà six heures passées, flûte. Irvy, merci encore, c'était très gentil de ta part. Ca m'a vraiment fait plaisir de vous revoir -où est mon foulard ? Ah, merci !"

Les deux garçons l'accompagnèrent jusqu'à la porte d'entrée dans la cuisine.

"Ah, vous êtes trop adorables. A très bientôt j'espère, et bon courage pour la fin de la semaine !" les salua-t-elle d'un beau et grand sourire en faisant au-revoir de la main d'une façon mignonne.

"Hasta luego, Lin", répondit chaleureusement Irvine en la regardant partir jusqu'à ce qu'elle soit hors de vue.

Enfin alors, il ferma sa porte et se tourna vers son dernier invité, lequel s'était appuyé contre son plan de travail. Il n'avait pas l'air de se rendre compte de la pose dans laquelle il s'était mise, apparemment. Mais elle le torturait tant elle le rendait attirant. Il toussa un peu pour se remettre les esprits en ordre.

"Prunie te fait la tête ? Qué demonios ? Aurais-tu confondu ses Friskies avec des Breekies ? Ou bien Linie serait tombée dans le subterfuge du rencard déguisé ?" le charria-t-il allégrement en passant une main dans sa queue de cheval.

Euh…

"Je crois qu'elle s'est sentie négligée ces derniers temps…" fut la seule chose éclair que trouva à dire le brunet.

"Moi aussi je me sens négligé" joua le cowboy sur un ton plaintif, croisant les bras alors que son visage avait pris une moue enfantine.

"Et qu'est-ce qu'il te faudrait à toi, pour remédier à cela ?" dérida le Lion comme rarement cela lui prenait, un sourire faible mais charmant aux lèvres.

Il s'en voulut sur le champs. La façon mystérieuse avec laquelle le regardait Irvine n'avait plus rien de la plaisanterie et fit installer un silence bien incommode. Squall ne sut ni quoi dire, ni quoi faire. Le jeune Kinnéas dut s'en douter, puisqu'au bout d'une vingtaine de secondes, il soupira sur un petit rire nerveux et finit par reprendre sa contenance, son rôle de meilleur pote taquin. Et le brunet tenta de reprendre le sien, qu'il ne saurait décrire.

"Je… crois que je vais y aller aussi" déclara-t-il sur un ton assuré malgré son état quelque peu troublé, tout en enfilant sa veste à col en fourrure qui reposait sur le dossier d'une chaise.

"Entendu… On se revoit vite, hein ? Qu'on se fasse une partie virile, ou n'importe quoi d'autre, je m'en fiche. Parce que sinon, je vais devoir me retrouver à squatter chez ton père pour un adversaire potable aux manettes…"

Pour faire n'importe quoi d'autre chez mon père aussi ?

"Comme tu veux", accepta Squall, avenant.

Son vis-à-vis lui ouvrit la porte et lui adressa un de ses plus chaleureux sourires lorsqu'il fut dans le couloir.

"Tiens, tu oublies ça" dit Irvine en lui tendant la carte de visite. "Quoiqu'il se soit passé, j'espère que ton petit bout de femme cessera de te faire la tête !" fit-il dans un clin d'œil complice.

Arrivé au bas de l'immeuble, Squall examina distraitement le bout de papier un peu froissé qu'il tenait encore dans la main.

Il est absolument hors de question que j'y mette les pieds.

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En haut de sa tête, clouté sur le mur de brique, trônait la petite plaquette sur laquelle "Rue de la Forêt Endormie" était gravé. Il s'était passé une semaine et tout juste depuis que ce type qu'il-aille-se-faire-voir-lui-et-son-sex-appeal dont il n'arrêtait pas de penser (par pure appréhension, quoi d'autre) avait fait une violation de son domicile et tout le bazar qui s'était ensuit. Une semaine sonnait trop rond à son goût, aussi avait-il préféré venir un jour après, soit un samedi, et à dix minutes de l'heure de fermeture de surcroît. Non, Squall Leonhart n'aime pas faire chier son monde. C'est une illusion d'optique. La raison de cette décision tenait aussi de la réduction de foule qu'il supposait à une heure pareille. Et… c'était plus ou moins judicieux.

Le mois de Septembre offrait un été indien jusqu'à la fin, et il y avait plus de personnes dehors qu'il n'aurait cru, ce qui s'appliquait également à la rue plus tranquille que ses comparses dans laquelle il se trouvait. De loin, à une centaine de mètre, il distinguait l'échoppe qui affichait fièrement la silhouette d'un chat clair en guise d'enseigne. Avec plus ou moins de volonté dans ses pas, il s'en rapprocha lentement mais sûrement. Deux filles étaient agglutinées à la vitrine, gloussant et parlant tout bas. Elles n'avaient pas bougé d'un iota depuis qu'il avait mis les pieds dans cette rue, et visiblement, ce qu'il se trouvait derrière cette vitre avait l'air fort intéressant. Et mignon, à en juger leurs petits cris ravis.

Discrètement, il s'en rapprocha encore un peu plus, se collant à l'extrémité de la paroi de verre, jetant un coup d'œil à ce qui se trouvait exposé. Et, ahw. Un compartiment de taille moyenne et joliment agrémenté était disposé. Dedans, il y avait six tout petits moombas d'un roux vif, bien éveillés. L'un baillait allégrement tandis que trois de ses autres camarades cherchaient à mordiller la queue de l'autre. Un quatrième faisait le fou en sautant partout et enfin le dernier, assis bien de face, regardait les jeunes filles d'un air curieux. Il avait l'impression d'avoir six répliques animées de sa peluche préférée. Ne pas craquer.

Lorsqu'il se rendit compte de la présence du nouveau spectateur, le petit moomba inactif se leva, et se plaça devant lui, le fixant de ses yeux brillants en penchant sa tête sur le côté, intéressé. Puis il poussa de petits cris et Squall comprit qu'il prévenait ses semblables puisque deux autres le rejoignirent, posant leurs pattes avant sur la vitre, la frimousse joyeuse. Si sa bouche ne se rehaussa qu'à peine, ses yeux sourirent pleinement. Il craquait. Complètement.

"Ah, j'ai beau le regarder, je ne lui trouve aucun défaut. T'es difficile."

"Mais je n'ai jamais dit qu'il n'était pas mignon ! Il est même super canon."

"Maaais ?"

"Je sais pas, il lui manque un truc, une pointe de… un… un truc."

Squall releva la tête, interpellé par les messes basses qu'il entendait bien malgré lui. Il était en train de monopoliser l'attention de presque toutes les boules de fourrure, et maintenant qu'il y pensait, les adolescentes ne semblaient même pas avoir réagi.

"On le voit de loin, aussi…"

"Hmm, et puis c'est peut-être son travail de vendeur qui lui donne un air docile…"

"Quoi, tu veux qu'il te mette un de ses colliers en cuir, te tienne avec une laisse avec une cravache dans l'autre main ?"

"Oh oui !"

Elles éclatèrent de rire mais se calmèrent très vite, de crainte sûrement de se faire repérer.

Mon dieu. J'aurais presque envie de lui rapporter les fantasmes qu'il suscite. Presque.

"J'y peux rien si je préfère les mauvais gar— psst ! … Oh, il fait sa toilette regarde, il est trop chou !"

L'étudiant estima qu'il avait assez perdu de temps. A cause des grandes affiches colorées et des présentoirs, il ne pouvait pas voir grand-chose de l'intérieur du magasin de là où il se trouvait -mais il supposait que les filles avaient trouvé le bon angle pour mater avec plus ou moins de discrétion. Alors il était grand temps de prendre le taureau par les cornes, ou le chat par la queue, peu importe. Il dépassa les groupies, les entendant jaser sur son passage avec un agacement notable. Au moment où il posa la main sur la poignée d'entrée, celle-ci s'ouvrit et une dernière cliente se tint devant lui, un petit sachet en main. Elle baissa les yeux aussitôt, les joues déjà rouges.

"Oh, ah, pardon, je suis désolée !" s'excusa-t-elle précipitamment.

Elle se déporta pour le laisser passer, mais il lui fit un signe galant de la main. Elle ne se fit pas prier deux fois et alla aussitôt rejoindre ses deux amies qui l'avaient attendues dehors. Les mêmes qui faisaient du lèche-vitrine vingt secondes auparavant. Les mêmes qui gloussaient en le regardant. Naturellement. Et merde…

Mais qu'à cela ne tienne. Ne se souciant plus du monde extérieur, il se décida à rentrer pour de bon, focalisé sur son objectif premier. Il n'entendait plus le caquètement des adolescentes, ne prêtait pas attention aux petits cris et piaillements d'animaux. Il faisait ça pour Prunie. Pas vrai ? … Bon, peut-être pas entièrement. Mais ce petit blondinet lui devait des explications, et il allait les avoir, foi de Leonhart.

A peine eut-il fermé la porte qu'une voix quelque peu familière s'éleva, d'abord nonchalante.

"Nous sommes désolés, mais le magasin est fermé."

Accoudé au comptoir, un jeune homme, tête penchée, était occupé à griffonner quelque chose près de la caisse enregistreuse. Il portait un long tablier vert pomme, un bandana de la même couleur dans ses cheveux fous et blonds, des pointes aplaties se hérissant sur le côté par-ci par-là. Cloud se redressa, une mèche rebelle affranchie du couvre-chef lui couvrant l'œil gauche, lui donnant involontairement un air délicieusement sauvageon.

"Mais je suppose que c'est ce que tu attendais", continua-t-il avec un petit sourire satisfait en coin, le fixant désormais.

Squall ne répondit rien, lui rendit néanmoins son sourire, le regard à la fois coquin et dangereux. Surtout dangereux. Le vendeur dut s'en apercevoir puisqu'il lâcha un petit soupir et se désintéressa de sa personne pour retirer ses gants. Simultanément, une longue queue animale se déroula dans son dos et les yeux du brunet perdirent de leur fougue. Le blondin relâcha le nœud de son tablier, se saisit d'une lavette et quitta son comptoir pour marcher en direction d'un rayonnage en arrière-boutique. Squall n'eut pas le temps de protester cependant contre le manque d'attention qu'on lui portait -un comble- car un éclair rouge attira son attention et un surprenant personnage haut en couleur fit son apparition.

C'était un vieil homme chauve mais doté d'une moustache fournie, drapé d'une sorte de long chiton pourpre sous lequel dépassait un haut orange. Il portait des lunettes un peu fumées, ce qui lui donnait un air de sage un peu fou mais qui n'atténuait rien de la sympathie naturelle de son visage. En revanche, ce qui contribuait à son excentricité et qui renforçait son aura mystérieuse fut ce drôle de ballon vert sur lequel il lévitait à une dizaine de centimètres du sol.

Il sourit très sincèrement lorsqu'il aperçut Squall. Derrière lui, une queue rousse et enflammée avait brillé un court instant avant de disparaitre dans le couloir qui se trouvait derrière.

"Tu dois être cette connaissance qui devait passer dont Cloud nous a parlé !" dit-il d'une voix claire et enjouée pour son âge. L'interpellé hocha la tête. "Entre mon garçon, suis-moi, il n'en aura pas pour long," invita-t-il chaleureusement.

Le brun lui emboîta le pas, n'ayant pas grand choix, mais avec la ferme intention d'avoir une franche discussion avec ce petit blond, blond qui ne le savait pas encore mais qui était déjà mort.


Admirez la dernière phrase écrite toute en rime quoi x').
Je n'ai pas réussi à écrire ce chapitre comme je l'aurais voulu, seulement j'ai l'impression que je n'aurais pas pu l'écrire autrement et en moins maladroit, c'est assez frustrant. J'espère que ça ira mieux après.
Non, je suis pas du tout frustrée de ne plus avoir de cours d'Espagnol, c'est faux. Archi-faux. ;_; Pour les non-hispaniques, tío et muchacho veulent tous les deux dire "mec, type", genre "mon gars". Et je me devais de sortir un "Qué demonios" a.k.a "What the hell", mon devoir est accompli u.u Et d'ailleurs... la réplique "Tu dérailles, loco"... c'est d'un humour de très mauvais goût. XD Mais ça me démangeait trop, tchou-tchou.

Squall fait tomber le monde entier à ses pieds. Mais que va t-il se passer dans la remise avec ce vieux barbu ? 8D (/tousse/ threesome ! /tousse/) Vous le saurez dans le prochain épisode, en avril prochain ! (... peut-être qu'avant, ce serait bien, quand même~~~). See ya!