*Regarde moi… ma douce et tendre…*

Cette fois ci encore, le noble au visage de porcelaine espérait de toutes ses forces que la demoiselle trouve en elle le courage de relever la tête, osant enfin encrer son regard dans le sien. Peut être alors y décèlerait elle cette folle étincelle qu'il dissimulait tant bien que mal derrière ses airs hautains et distants qu'il avait pris depuis trop longtemps l'habitude d'afficher face au monde l'entourant, aussi bien pour s'en éloigner que pour s'en protéger... Hélas, aujourd'hui encore, la jeune femme ne lui adressa que de furtives œillades autant timides qu'intimidées, une légère rougeur s'épanouissant sur ses pommettes délicates, causant un léger pincement au cœur du premier siège de la 6ème division plongé dans un trouble doux amer.

Et cette mèche de cheveux s'échappant du chignon qu'elle arborait en cette chaude journée… Elle le narguait presque en se glissant ainsi, indisciplinée, contre sa joue. Il aurait tant aimé pouvoir la remettre en place, faisant glisser délicatement ses doigts contre sa peau d'albâtre qu'il imaginait plus douce qu'un pétale de rose… Mais il se serait sans nul doute ouvertement trahit par ce geste, ce qu'il ne désirait pas encore faire. Du moins pas de cette façon… Pas au milieu de tous ces rustres les entourant, étrangers indésirables à cette idylle tant rêvée qu'il voulait voir éclore…

Ces sentiments lui étaient apparus il y avait de cela déjà des semaines, voir des mois. Ils s'étaient glissés en son âme comme le parfum d'une fleur s'épanouissant, d'abord discret, prenant peu à peu de l'ampleur jusqu'à devenir enivrant… A départ il n'y avait pas cru, décidant avec pragmatisme de les ignorer, certain que cela n'était qu'un frémissement insensé dans son cœur meurtri… Mais le murmure devint un grondement chaque jour plus puissant, plus envahissant, mettant plus qu'à mal ses pensées presque utilitaires devenues obsolètes. Il avait du se rendre à l'évidence que de fous espoirs l'habitaient à nouveau, ne demandant qu'à prendre leur envol en se concrétisant. Pourtant il ne parvenait pas à se décider à passer le pas séparant encore le rêve de la réalité. Il n'arrivait à deviner s'il allait se bruler les ailes en allant vers elle…

C'était pour cela que, chaque jour, il ne cessait de l'observer, à l'affut d'indices, de détails pouvant plaider en sa faveur... Trouvant de multiples prétextes afin de lui parler, Byakuya cherchait à capter son regard, ne parvenant, jusqu'à ce jour, qu'à des résultats mitigés. Le fait de toujours se placer en tant que noble supérieur intouchable ne facilitait certainement pas les choses, mais comment aurait il pu s'y prendre autrement ?

Une fois de plus hélas, le superbe brun avait échoué, se retrouvant obligé de laisser une nouvelle fois s'échapper la shinigami hors de sa portée. Il la regarda s'éloigner à regret, se délectant autant de possible de sa silhouette disparaissant dans les couloirs de la division, se demandant s'il n'allait pas devoir adopter une autre tactique afin d'arriver à ses fins. A contre cœur il se retourna, forcé et contraint de s'en aller vers son bureau où l'attendait une quantité inavouable de dossiers délaissés à causes de ses nouvelles préoccupations, tentant, en vain, de se concentrer sur ses tâches officielles.

Il devait être un petit peu fou décidemment… Laissant échapper un faible soupire, le jeune homme s'arrêta, essayant d'enrayer l'habitude qu'il avait prise à chaque fois qu'il la perdait des yeux. Durant quelques secondes il résista, se contentant de fixer les bâtiments familiers lui faisant face, mais il céda finalement, ne pouvant s'empêcher de se retourner afin de la chercher une dernière fois des yeux. En temps normal, il ne la distinguait déjà plus, la percevant, au mieux, de loin, en train de discuter avec un subalterne qu'il jalousait violemment de pouvoir s'entretenir avec elle aussi naturellement…

Aujourd'hui, cependant, se fut différent.

A sa grande surprise, en regardant en arrière, il découvrit, de l'autre coté du couloir, la demoiselle qui le fixait à son tour, l'observant de dos comme lui-même faisait tant de fois. Quand leurs regards se croisèrent, une légère décharge électrique le parcourut tout entier. Il la vit sursauter, prise le fait, remettant instinctivement sa mèche de cheveux rebelles en place avant se s'incliner rapidement et de partir quelque peu précipitamment dans le sens opposé. Un léger sourire se dessina sur les fines lèvres du chef de clan qui demeura encore une poignée de secondes immobile, sentant son cœur bondir d'une joie parfaitement irraisonnée.

Finalement, elle l'avait regardé…