Eh oui, encore une fic... Je les entame en moins de temps qu'il ne faut pour en écrire le synopsis en ce moment, c'est effrayant...

Enfin, ce petit crossover tout mignon ne comportera que trois ou quatre chapitres, je peux donc le poster sans la crainte de ne jamais y mettre le point final.

Ni vraiment UA, ni vraiment d'OOC pour cette petite histoire et ses personnages, disons que je joue sur les épisodes de leur vie qu'on ignore et les particularités de chacun. Et, bien que l'on puisse trouver des différence entre ces protagonistes-là et leurs originaux (à commencer par le fait qu'ils soient bien plus jeunes!), j'ai tenté de garder le plus de choses d'eux, qu'ils soient reconnaissables~

Sur ce...

Disclamer: Le dingue des marshmallows et le voleur de pâtisseries dans l'assiette du voisin appartiennent respectivement à maître Amano et à maître Mochizuki; l'usage d'un bazooka des dix ans modifié a été nécessaire le temps du tournage et nous remercions M. Kawahira pour sa participation bénévole (contre une semaine de nouilles gratuites). Aucun rat n'a été maltraité pour ce chapitre, et le carton est issu du recyclage~


... Encore fallait-il qu'il se souvienne de ce qu'il faisait là. Et qu'il bouge, vite.

Pour l'heure, échoué sur son morceau de carton humide et rongé par les rats, démarcation dérisoire d'un ridicule territoire, il était comme aveugle. Ses yeux, tout juste bons à cligner bêtement ou se remplir de larmes, incapables de se tenir convenablement ouverts, ne connaissaient que la texture torturée du pavé crasseux sur lequel sa tête reposait. Parfois, un pied nu aux ongles fendus et à la corne noire lui passait devant, une chute de tissu rêche, pourrie, sans couleur identifiable voletant non-loin au-dessus. Souvent ça venait lui chatouiller le visage, emplissant son nez d'une odeur nauséabonde dont il avait du mal à se défaire ensuite. Pourtant, personne ne semblait le voir. Cela tenait d'ailleurs du miracle qu'il ne se soit pas encore fait écraser la face au passage d'un énième manant. Il était là, mais, jamais, personne ne réagissait à sa présence. Les ivrognes renversaient parfois le contenu de leur bouteille sur lui sans d'en rendre compte, les filles ne se souciaient pas de ce regard qui accédait facilement au dessous de leurs guenilles. Même les chiens ne le reniflaient pas. Il était aveugle dans un monde de sourd.

Or, il se doutait que ce genre de monde n'était pas fait pour les aveugles. Et qu'à force d'être pris pour un fantôme, il en deviendrait véritablement un. Voilà pourquoi il devait bouger. Et savoir. Voir, et se faire voir.

Mais il était incapable du moindre mouvement et il ne savait rien.

Ah, Mais si. Il savait que ça faisait une éternité qu'il était là. A peu près. Son estomac, qui se manifestait avec une régularité implacable l'avertissait chaque fois qu'une nouvelle dizaine de minutes était passée, constituant ainsi son dernier pont avec la réalité. Cela dit, comme il avait arrêté de compter il y a longtemps, il devait à présent s'aider du bruit croissant des gargouillement et de l'intensité des crampes que récoltait son abdomen pour mesurer le temps. Son estimation s'élevait environ à une longue, pénible, douloureuse, ennuyeuse éternité.

- Hé, toi. Ca fait un moment que t'es ici, non? C'est quoi ton nom?

Aucun doute, Xerxes Break était bel et bien le stéréotype de ce que l'on appelle "esprit frappeur".

Certains disent de lui qu'il est possédé par le diable, ou quelque chose de similaire, d'autres que son goût de la farce et son espièglerie n'ont pas d'égal. D'autres enfin disent en riant qu'il s'agit tout bêtement d'un enfant. Sa silhouette pas plus haute que trois pommes et sa frimousse angélique en témoignent. Et si ses cheveux sont blancs ils sont toujours bien coiffés, ou juste emmêlés par le vent qui accompagne les jeux innocents. Et si ses yeux sont rouges il s'applique à toujours leur donner une expression affable, une lueur rieuse. Même s'il est menteur, égoïste, manipulateur, sans scrupules et mauvais à n'en plus finir...

Mais là n'est pas la question. Esprit, enfant ou démon, qu'importe ce qu'il était puisqu'il ne se souciait présentement plus que de son nouveau trésor. Et là, il était la figure même du bonheur.

Oui, ce sucre d'orge en bouche, plus rien pour lui n'avait d'importance.

Il ne l'avait pas volé, celui-là. Il avait travaillé pour l'avoir. Une livraison, une petite course de rien du tout et pof! son salaire lui était tombé dans les mains. C'était aussi simple que ça. Parce que tout était facile et automatique pour les malins. Par exemple, son généreux donataire, le bon vieux Kawahira de la grand'rue, c'était l'un des investissement les moins coûteux et les plus fructueux qu'on pourrait trouver. Il suffisait de montrer qu'on était un bon petit garçon, de lui dire bonjour en passant et de lui rendre quelques services - et ceux-ci n'étaient jamais dangereux ou compliqués. Et au final, c'était pour la vie.

Le petit Xerxes, lui, avait comme une carte de fidelité chez ce type. La grande sucrerie multicolore, il la visait depuis un moment, parce qu'il n'en avait jamais goûté. Et, que le vieux ait été dupe ou non quant à ses manigances, il n'était certainement pas avare de douceurs et la lui avait cédé avant même qu'il n'ait eu l'impression d'y mettre beaucoup d'efforts.

C'est pourquoi il était là à se pavaner, savourant son trophée, devant tous les passants.

- Byakuran.

Suite à sa fière parade dans les rues de la ville, Xerxes Break s'était finalement décidé à rentrer chez lui. Mâchonnant toujours le bâtonnet sucré avec avidité, son pas nochalant s'était aussitôt engagé dans une ruelle plus sombre. Plus sale, moins animée, moins bien peuplée aussi. Une ruelle de mendiants et de débauchés. Mais l'enfant aimait passer par là. Observer, toiser ou sourire aux mines qu'il croisait, effleurer les corps qui passaient à côté de lui. En un mot: se faire un jeu de la misère des autres. Son amusement ne trouvait pas sa finalité là-dedans, mais chaque regard qu'il croisait était une rencontre et les regards croisés des recoins sombres étaient les rencontres les plus amusantes. Et s'il pouvait en prime s'accorder une petite taquinerie à l'égard de ces pauvres gens...

Celui-ci, d'ailleurs, allait être quitte pour subir la bonne humeur du passant.

- Tiens, tu le veux?

Jamais geste n'aurait eu l'air plus déplacé venant de l'adorable démon. Même son vis-à-vis, qui pourtant ne le connaissait ni d'Eve ni d'Adam, fut parcouru d'un imperceptible frisson en se rendant compte de ce qu'il était en train de lui proposer. Ah, ou peut-être était-ce le simple fait que son horloge gastrique avait effectué une nouvelle révolution et le lui rappelait avec d'autant plus d'intensité que ce qu'il désirait ardemment depuis son éternité d'attente voletait tranquillement devant son nez.

- Je l'ai à peine entamé, et j'ai pas de maladie bizarre à te refiler, promis.

Non, c'était juste absolument invraisemblable qu'après des jours, des jours et des gargouillements tonitruants la solution lui tombe dans les mains, aussi facilement. Contrairement à Break, Byakuran, qui avait été superbement ignoré par ses voisins d'infortune de la ruelle, était convaincu qu'en aucune façon le jeu pouvait se terminer comme ça. D'ailleurs, quel était ce garçon qui pouvait le voir, lui qui s'était rendu compte que, mourant sur son carton, il était était transparent, ectoplasme avant même d'avoir quitté son corps?

- ...Et puis, tu fais tellement pitié.

Ca y est. Le ton sarcastique que le petit tenait en sourdine dans ses précédentes phrases venait d'exploser sur sa dernière réplique. Son auditoire ne sembla pourtant pas s'en émouvoir, trop occupé, depuis le début de la scène, à écarquiller les yeux. Qu'est-ce qu'il ne comprenait pas là-dedans, qu'on puisse tout bêtement se pencher sur sa carcasse maigrichonne et son joli petit minois de martyr pour lui donner ce qui lui manquait? N'habitait-il pas dans cette rue, au milieu des mendiants, pour lui aussi se mettre à demander l'aumône? Il n'avait pas non plus l'air d'un idiot fini qui s'abaisserait à conserver ce genre d'expression ahurie sur son visage plus d'une seconde, d'après ce qu'il avait entendu. Une voix faible, mais ferme, grave, assurée. Le petit farceur aurait presque, dans une autre vie, le considérer comme un égal. Ce qui était le summum de toute la considération qu'il pouvait avoir pour autrui.

Alors qu'il s'attendait à réentendre cet éclat si prometteur dans le timbre de son interlocuteur, celui-ci quittant peu à peu sa stupéfaction pour reprendre une mine plus neutre, quoiqu'il conservait encore une lueur d'abruti au fond des yeux, il n'en fit rien. Sa bouche n'était plus figée, mais ses lèvres ne se rouvrirent pas pour autant. Seule sa main bougea, cette main inerte qui aurait tout aussi bien pu être contrôlée par le fil d'un marionnettiste tant elle semblait être indifférente à son propriétaire.

Sa main, à l'instar de son regard d'idiot qui découvrait l'espoir, comme attirée par le Saint-Graal qu'on lui tendait à présent négligemment, un geste suspendu le temps que la surprise change de camp.

Alors comme ça il l'avait pris au sérieux. Ben voyons...

Avant que les petits doigts avides n'aient pu se refermer sur son précieux bien, Xerxes Break retira son masque. Dévoila ses pupilles remplies de mauvaises intentions, son sourire le moins innocent et leva le bâton de sucre en l'air. Comme une épée de Damoclès au-dessus de sa victime, tombée à genoux devant lui dans son élan. Puis, reculant d'un pas, il pointa son arme sur la nuque, encore baissée, de l'affamé.

- Tss, qu'est-ce que tu me fais là, "Byakuran"? Tu as cru avoir les mêmes chances que ceux qui sont malins? Les bonbons ne tombent pas du ciel, idiot.

Et sur cette leçon d'humilité, l'esprit frappeur mit les voiles.

Byakuran, lui, demeura un moment comme ça, la tête basse, à quatre pattes sur le pavé. Puis, lentement, il sortit de sa torpeur. Il remarqua que, pour la première fois depuis une éternité, il avait quitté son carton humide et rongé par les rats. Quitté cette position faible et résignée qui lui faisait boire les fonds de bouteille des ivrognes et voir sous les jupes des filles de joie. Lorsqu'il tenta de bouger encore, ce fut pour se relever, et pour retomber lourdement sur son carton. Mais, ô miracle, les rares muscles et les réserves dérisoires d'énergie qui répondaient encore à l'appel lui permettaient de se mouvoir.

Et puis il se rendit compte que ses pensées filaient à toute vitesse, de nouveau. Qu'une rage sans précédent lui fournissait la volonté de s'extirper de ce cloaque miséreux.

Haha. On l'avait bien eu.
Soit, ça ne se passerait pas comme ça.


Une fin un peu insipide à mon goût, mais un chapitre qui devait s'achever à ce moment précis, sous peine de changer la fic en one shot (ce qui n'aurait pas été très grave non plus, cela dit °°)

La suite devrait voir un Byakuran plus proche de son caractère originel, ainsi qu'un plan de vengeance qui aboutira... Ou pas.

So... See you next time?