Disclamer: Le dingue des marshmallows et le voleur de pâtisseries dans l'assiette du voisin appartiennent respectivement à maître Amano et à maître Mochizuki; l'usage d'un bazooka des dix ans modifié a été nécessaire le temps du tournage et nous nous excusons auprès de pour la calmonie à laquelle se sont livrés les deux petites énergumènes de ce chapitre. Les bonbons extorqués aux enfants de la ville seront également indemnisés en temps et en heure.


- Dépêche-toi! Ou j'te laisse ici!

Trop occupé à faire étinceler ses yeux sous les couleurs chatoyantes des sucreries qui s'étalaient au creux de ses paumes, le petit garçon ne prêta qu'une attention relative à son complice. Jamais, pas même là où il était né - Ô lointain passé! - il avait déjà vu autant de bonbons et autres chocolats réunis au même endroit. Un petit trésor.

Seulement, lorsqu'on avait l'infâme Xerces Break comme complice, on ne se permettait pas de reluquer ainsi le butin et d'ignorer le grand chef des opérations. Certes, c'était grâce à son joli petit minois qu'ils avaient pu duper tous les gamins du coin et leur extorquer toutes sortes de merveilles contre un "nouveau genre de sucreries de chez Karisawa", en avant-première entre les mains de nos bons fripons. Evidemment, ces nouveautés n'étaient que de vieux cailloux ramassés ça et là, et rendus un peu plus présentables. Mais, contrairement à son compagnon, Byakuran n'avait pas encore frappé assez fort pour inspirer la méfiance à ses "clients". Cela dit, Break restait le cerveau du petit groupe... Et, accessoirement, celui qui savait comment sortir vivants des raccourcis obscurs qu'il leur faisait toujours prendre, par soucis de discrétion, ou bien juste pour le titiller.

L'albinos aux yeux violets ajouta donc leurs dernières prises au reste du trésor, tout un sac de friandises, qu'il cala comme il put sur son épaule avant d'emboîter le pas à son acolyte, déjà parti. Oh qu'ils étaient loin ces jours où il se laissait mourir dans sa ruelle, n'ayant même plus la force de cligner des yeux. Ses jambes tremblaient un peu sous le poids qu'il portait, mais il trouva encore l'énergie de rattraper son guide. Leur relation ne s'était pas tant améliorée que ça depuis l'épisode du fraisier, mais ils pouvaient au moins se voir sans avoir envie de se sauter à la gorge. Cependant rien ne les unissait sinon un certain goût pour le malheur des autres... Et les sucreries. Les deux troubles-fête avaient conclu la trêve, s'alliant pour mener la vie dure à leurs paires et aux habitants de la ville, qui contenait à présent non plus un diablotin joueur, mais un duo de malins démons.

Démons, ce qui se confirmait lorsqu'on les croisait dans les rues, ou, plus souvent, dans les ruelles, arborant les mêmes mèches immaculées. Dans l'ombre des quartiers miséreux, on ne voyait que ça: cette couleur innocente portée par les deux âmes les plus nocives du coin. Du moins de réputation. Après tout, ils ne faisaient que voler quelques bonbons, pour leur consommation personnelle. Même la légende du cruel Break s'était quelque peu adoucie, il en était revenu à des méfaits à la morale moins douteuse.

En attendant, ils rentraient tranquillement au bercail, leur butin avec eux, se faisant dévisager comme une paire de frères parias.
Côte à côte, Break jeta un coup d'oeil à Byakuran, percevant un mouvement suspect à la périphérie de son regard.

- Hé... Ca sert à quoi qu'on se tue à avoir tout ça si c'est pour tout manger en route? râla-t-il alors.

En effet, son compagnon était en train de mâchonner quelque chose.

- Quoi, s'étonna le concerné, c'est ceux que t'aimes pas, tu t'en fiches.
- Eh bah... Dire qu'il y a pas si longtemps que ça rien que l'idée d'avaler quelque chose te donnait des crampes d'estomac...

Le petit diablotin soupirait, levait les yeux au ciel, s'exaspérait, raillait et taquinait, mais les choses s'étaient bel et bien passées comme ça. Preuve: les enfants arrièrent bientôt à la boulangerie qui les hébergeait, on était proches du goûter. Et si la table les attendait toujours aussi garnie, le spectacle qui s'y jouait n'était pas du tout le même; une véritable bataille s'y jouait chaque jour. La bataille des pâtisseries. Encore un peu hésitant, juste après sa guérison miraculeuse par ce fraisier pas si exceptionnel que ça au goût, l'ancien affamé avait peu à peu reconquis du terrain face au gouffre nommé Break qui, tout en ayant l'air de prendre son temps pour déguster chaque part, vidait un nombre incroyable d'assiettes en un temps record.

Et il s'était tellement bien remis que, aujourd'hui, les deux piles d'assiettes vides étaient identiques.
Ne restait plus que l'ultime; la dernière. Comme un clin d'oeil de la boulangère, qui leur permettait de se départager avec le gâteau fétiche. Ses fraises luisant à la lumière et sa pâte, bien plus stable que celle qu'ils avaient confectionnée l'autre jour, laissèrent planer un instant de flottement au-dessus de la tablée. Les adversaires étaient presque étonnés de se retrouver en finale, dans ce dernier round, ce fraisier comme gage de victoire et trophée.

Et puis ce fut le coup d'envoi.

Duel.
De regards, et de rapidité.

Pour la énième fois consécutive, le champion conserva son titre.
Cependant, au moment d'achever le match, il se figea. Dévisageant sa récompense. Et puis, sans crier gare, il l'envoya valser.

- Cadeau!

Sans avoir le temps de rien voir venir, son vis-à-vis se trouva recouvert des restes du gâteau. Et s'il en resta un moment bouche-bée, sous le choc, il fut incapable de s'en fâcher.
Incapable parce que le fou rire les avait pris, tous les deux.
Parce qu'un moment de complicité, ça ne se brise pas. Même quand le complice en question est un ennemi déclaré.
Il y a toujours une différence entre ce qu'on dit et ce qu'on fait.

Byakuran se sentit tomber.
Comme ça, sans plus s'en rendre compte qu'il n'avait vu voler le fraisier en sa direction.

Tomber... Il s'en rappelait, maintenant.
Il était tombé aussi, lorsqu'il avait atterri dans sa ruelle, sur son morceau de carton rongé, la faim au ventre et le vide en tête.
Il s'était relevé; il retombait.


Le petit Byakuran ouvrit les yeux et croisa le soleil à sa fenêtre. Etrange, alors qu'il n'avait rien avalé, il sentait un goût doux et sucré sur sa langue. Et un peu amer aussi.
Il venait d'oublier quelque chose de très important. Il le savait, et ça l'énervait.

Quoique... S'il l'avait oublié, ça devait être moins important que l'ardente réflexion sur ses petites victimes du jour. Le démon albinos se leva donc en dressant son tableau de chasse, et sans plus s'occuper du vague sentiment de malaise qui l'avait envahi au réveil.


Dure vie que celle du boss de la famille la plus puissante de la pègre.

Pourtant, en cet instant précis, le parrain de cette énorme puissance qu'étaient les Millefiore n'avait aucune raison de se plaindre de son sort.
Parce qu'il s'avérait que, parfois, ce poste si contraignant comprenne quelques avantages.

Comme celui d'accumuler les éloges et les marques de respect de la part de ses subordonnés.

Aujourd'hui, il prenait l'allure d'un pâtissier en livraison et d'une boîte de ses meilleures créations. Bien sûr, on ne donnait jamais n'importe quoi à manger à quelque chose de son rang. D'autant plus sachant qu'il était Byakuran et qu'on lui faisait là la promesse indéfectible de la sucrerie dont se délecterait son palais. Ne pas respecter cette promesse serait sacrilège... Et mauvais présage.

Mais Byakuran était confiant. Rien qu'à voir la tête du livreur, familière. Il l'avait déjà vue, même s'il ne connaissait cet homme ni d'Eve ni d'Adam. D'aucuns auraient été encore plus méfiants à sa place, lui au contraire se sentait tout à fait confiant. Et puis, l'oeil unique, rouge, de l'inconnu lui souriait. Ses lèvres aussi d'ailleurs, sans aucune retenue. Il devait pourtant savoir à qui il faisait face...

Se prêtant au jeu du civil, qui semblait attendre quelque chose, le boss Millefiore ouvrit la boîte qu'on lui présentait. Son propre sourire s'élargit.

Un énorme fraisier. Particulièrement inspirant, tout comme la face de l'homme qui le tenait.
Pour la peine, il en oublierait son paquet de marshmallows éventré sur la table basse pour un instant.


Bidou~

Plus un petit bonus qu'un véritable chapitre, voilà la fin de cette petite histoire.

L'écriture en a été assez fluide dans l'ensemble, même si par moments je tombe dans une guimauve trop molle pour moi (remarque, avec le dingue des marshmallows en ligne de mire, ça n'est pas totalement hors de propos /PAN/)

Sur ce~ A la prochaine pour de nouvelles aventures! (plus palpitantes que celle-ci, promis~)