Bonjour tout le monde et bienvenue !

Voici donc la première fic que je poste sur ce site. J'espère qu'elle plaira. Je vous avertis tout de suite, elle sera certainement assez longue, une vingtaine de chapitres, au moins ! Elle sera également divisée en plusieurs parties. La première comptera cinq ou six chapitres, et ne relatera que des souvenirs de Riza. C'est pourquoi je les ai écrit à la première personne du singulier, mais le reste de l'histoire sera écrit à la troisième.

Il est important de lire ces chapitres, car ils posent une base de données très importantes pour la suite.

Mes chapitres compteront généralement entre 4000 et 5000 mots. Si vous voulez que je les fasse plus longs, il suffit de demander, mais je ne les raccourcirai pas.

Voilà, je pense que c'est tout, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une agréable lecture ! :D


Rêve et souvenirs

Un point noir. Une forme aux contours indistincts. Une silhouette recroquevillée au milieu de vieilleries. Celles-ci, éparpillées dans la pièce, constituaient d'importants souvenirs. Seuls héritages de ma mère, j'adorais les contempler pendant des heures durant.

Or, cette chose gisant au sol m'intriguait, aussi, ignorant superbement les objets pourtant si chers à mes yeux, je mus mes jambes vers elle. Au fur et à mesure que je me rapprochais, les lignes qui la délimitaient se firent plus précises. Un corps put bientôt être distingué. Il était tremblant, comme parcouru de secousses plus violentes les unes que les autres. Sans savoir pourquoi, quand je fus à la hauteur de cette masse sanglotante, je m'allongeai à ses côtés. La chaleur dégagée par cette personne dont j'étais si proche, m'enveloppa, tels les rayons du soleil. Lorsque je me décidai à la consoler, elle tourna finalement sa tête. Le visage de Roy à quelques centimètres du mien, fit rater un battement à un coeur. Il était si beau je l'aimais tellement…

Nous restâmes un moment dans cette position, fixant les yeux de l'autre. Nous étions dans notre univers, dont nous seuls possédions les clés. Un havre de bonheur, éloigné des souffrances terrestres. Nous n'avions pas besoin de mots pour nous comprendre, les regards suffisaient.

Je me mis à jouer avec les cheveux d'ébène de l'alchimiste, emmêlant, démêlants mes doigts fins. Un sourire béat éclairait mon visage, tout comme le sien. Il se mit à chuchoter mon prénom, puis colla son front au mien.

Je devais être au paradis.

Bientôt, ses lèvres cherchèrent les miennes. Lorsque le contact tant attendu se fit, j'eus l'impression qu'un feu d'artifice explosait en moi. Mon corps réagit instinctivement, et se cambra contre le sien. Mes bras vinrent entourer son cou, dans le but d'approfondir l'échange. Quand il resserra sa prise sur ma taille, un immense frisson me parcourut. J'appréciais tellement son contact, son être, tout. Je n'en avais jamais assez de ses lèvres chaudes, qui ne cessaient de me prouver qu'il m'aimait. Toutes mes années de doute s'envolaient au gré du vent des sentiments. J'étais si heureuse.


Soudain, un bruit désagréable vint crever leur bulle. Une jeune femme blonde souleva difficilement ses paupières, encore engourdies après ce merveilleux songe. Les premières pensées qui vinrent effleurer son esprit furent : des contours flous, plus de chaleur. Cette dernière lui manquait soudain terriblement. Riza s'était sentie si protégée en sa présence.

Soudain, son cœur se serra, dès la vue de son réveil, origine du vacarme emplissant sa chambre. Tout cela n'avait été qu'un rêve, dont les images s'éloignaient déjà. Par contre, les sensations éprouvées étaient toujours bien présentes en elle. Les scènes chaudes de son songe se répétaient sans cesse dans son esprit.

A la seconde où la militaire avait compris que rien n'était réel, tous ses espoirs s'étaient écroulés. Elle l'aurait pourtant tellement souhaité ! Malheureusement, ce n'était pas sa faute si l'homme possédant son cœur lui était inaccessible. Jamais elle n'avait pu l'atteindre, même dans sa jeunesse. Ce n'était néanmoins pas faute d'efforts ! En outre, elle avait eu beau essayer de l'oublier, jamais cela n'avait totalement fonctionné. Et la nuit, tel le fruit interdit, il venait la narguer, dans ses rêves les plus fous, dans ses cauchemars les plus fous.

La sonnerie que la machine du diable émettait, commençait à l'agacer. Pour évacuer sa colère envers le sort, Riza envoya l'instrument s'écraser contre un mur. Le silence fut. Une masse sphérique vint bientôt s'écrouler contre un oreiller de plume. La blonde couvrit rapidement son corps de sa couverture bleue, que des anneaux clairs parsemaient. Comme si cela suffirait à lui faire oublier ce rêve, ces sensations, qui lui seraient à jamais défendues.

Aucune envie n'émanait d'elle, tout ce que cette dernière désirait était de rester dans son lit pour ruminer tranquillement ses pensées. Que ses subordonnés se débrouillent donc au QG, elle n'était pas indispensable. Marre de sans cesse jouer les gendarmes. Quant à Roy…

A l'approche de ce nom, son corps se recroquevilla sur lui-même. Ses mains serraient son oreiller contre son cœur. Celui-ci souffrait depuis si longtemps de l'amour à sens unique qu'il éprouvait. Par ailleurs, elle venait de goûter à un bonheur qui ne pourrait jamais se produire dans la réalité…

Complètement dégoûtée, elle ferma les yeux. Ce fut sans compter l'aboiement de son petit chien, réclamant ses croquettes. Restant un moment immobile, elle essaya de faire abstraction du fond sonore. Mais sa trop grande bonté finit par la vaincre, Riza ne pouvait tout de même pas le laisser mourir de faim. Elle leva difficilement son corps, encore lourd. Titubante, ses pieds passèrent le seuil de sa chambre, puis frissonnèrent au contact du sol carrelé de la cuisine.

Lorsqu'elle eut rempli la gamelle de Black Hayate, le canidé s'y rua avidement. L'adorable frimousse du chien, plongeant dans la nourriture, la captiva un instant. Elle aurait tellement désiré être comme lui, insouciant, ayant pour seul problème qu'on lui serve ses croquettes le matin. Malheureusement, ce n'était pas le cas. Elle se dirigea presque aussitôt vers la salle de bain. Retourner dans sa chambre n'était plus utile, elle ne pourrait plus se rendormir de toute manière. C'était une sorte de mécanisme installé dès la naissance chez elle: une fois levée, plus moyen de retomber dans le sommeil.

Après avoir franchi la porte en bois, elle décida de prendre un bon bain chaud. L'immense besoin de décompresser s'imposait à elle. Dès qu'il fut ouvert, le robinet déversa son eau en un débit rapide, dans le réceptacle blanc. Des volutes de fumée se diffusèrent dans la pièce, créant une condensation sur le carrelage brun foncé ornant les murs. Il se para de minuscules gouttelettes, brillant à l'éclat de la vieille lampe suspendue au plafond. Celle-ci grésillait en un bruit sourd. La buée prit également d'assaut le miroir circulaire, suspendu au-dessus d'un petit lavabo, dans lequel on pouvait apercevoir un visage fatigué, entouré d'une masse blonde ébouriffée. Le reflet, progressivement voilé, retira sa vieille chemise de nuit, sensée être d'une blancheur neige. Le tissu, presque jauni, fut jeté sur le couvercle de la corbeille au coin de la pièce. Ensuite, ce furent des hautes chaussettes et une culotte qui la rejoignirent.

Complètement absorbée par la buée, Riza ne se rendit pas tout de suite compte que l'eau déversée était largement suffisante. Heureusement, elle revint à elle juste à temps pour éteindre le robinet. Dans le but d'évaluer la température du liquide, la jeune femme voulut y tremper timidement l'extrémité de son pied. Or, elle effleura à peine sa surface translucide, que l'échevelée la retirai vivement. L'eau était brûlante.

Finalement, peu lui importait, son corps avait besoin d'un choc pour lui rappeler la réalité. Elle l'y plongea donc tout entier. Bien que la chaleur ait commencé par lui rôtir les membres, ceux-ci se détendirent peu à peu, s'habituant petit à petit à la température du liquide. Enfin, elle était complètement détendue. Comme décompresser de cette manière devenait de plus en plus rare ces derniers temps, elle immergea sa tête dans l'eau on ne peut plus limpide. Son fort dégagement thermique pénétrait chacun des pores de sa peau. C'était si agréable. Les paupières de Riza se fermèrent dans le but de profiter pleinement des sensations que lui apportait ce bain. Sa tête finit par se déposer délicatement contre le rebord légèrement tiède du grand bassin. Elle se sentait si sereine.

Peu à peu, une sorte de demi-sommeil l'emporta, englobant maints de ses souvenirs…


Couchée de tout mon long sur le lit, je lisais tranquillement un vieil ouvrage posé sur mon oreiller. Ses pages, froissées à force d'être manipulées, sur lesquelles reposait cette encre composant les mots, me captivaient. Mes yeux fixaient ces traces qui, formées de manière différente, auraient très bien pu être inintéressantes. Les extrémités de mes jambes se balançaient à rythme régulier, celui des phrases de l'histoire. Cette dernière permettait à mon esprit de s'éloigner loin, très loin. J'oubliais petit à petit la personne que j'étais, l'endroit où mon corps stagnait, la douceur du matelas moelleux, sur lequel je me complaisais. Seules les émotions des personnages me faisaient vibrer, seules leurs actions pouvaient modifier ou arrêter le mouvement de mes pieds.

Je n'étais plus la petite adolescente de treize ans nommée Riza j'étais la spectatrice du combat entre deux puissances ancestrales. La bataille du bien contre le mal : l'ultime affrontement.

Le héros, dont les amis gisaient inconscients mais vivants, était dans une sale posture : soit il sacrifiait la force vitale de ses compagnons pour gagner contre son ennemi et les tuait par la même occasion, soit, il se laissait mourir. Mais étant quelqu'un de bon par nature, il refusa ce choix cornélien et chercha une autre solution. Si il possédait ne serait-ce une infime quantité d'énergie supplémentaire ! Il pourrait l'ajouter à celle qu'il stockait depuis plusieurs années, dans les pierres pendues à sa ceinture, en vue de son affrontement contre le terrible Namidur.

Alors que tout semblait perdu, une ancienne connaissance du héros, ou plutôt mauvaise connaissance – il avait autrefois prétendu soutenir Stoït dans sa quête, or il se révéla être un espion pour le compte du roi des ténèbres – intervint. Il offrit le reste de son énergie au jeune homme. Ayant été empoisonné par ses propres alliés lors d'une bataille, juste après avoir clairement montré sa trahison envers ses soit-disant ''amis'', il n'avait plus longtemps à vivre. Aussi, avait-il souhaité accomplir au moins une bonne action durant sa misérable existence. Après avoir vu la loyauté indéfectible dont ses anciens compagnons avaient fait preuve, il ne pouvait plus douter de son souhait. Ils lui avaient fait vivre les meilleurs moments de son existence, Jacri avait le devoir de leur rendre la pareille.

Dès qu'il eut offert toute sa force au héros, l'ancien espion s'écrasa sur le sol, devenu rocailleux à force de combats et d'explosions. Stoït put alors libérer le terrible pouvoir des éternites. Ce fut de façon surpuissante qu'il écrasa d'un seul coup de poing son adversaire. Alors qu'il allait l'achever grâce à l'ultime attaque des cinq éléments…

Un coup fut frappé. Il résonna dans ma demeure, me sortant brutalement de ma douce léthargie. Je relevai vivement la tête, alerte. Lorsque les vibrations produites par un nouveau coup parvinrent à nouveau à mes oreilles, j'abandonnai mon livre pour descendre bruyamment les escaliers, mécontente d'être dérangée dans ma passionnante lecture.

Mon père travaillant dans son bureau, c'était mon rôle d'accueillir les visiteurs importuns. Une fois en bas, je me dirigeai, folle de rage, vers la porte. Ma main fit rageusement pivoter la poignée, ce qui provoqua l'ouverture du pan en bois. Ce dernier révéla un adolescent, certainement un peu plus âgé que moi.

La première chose qui me frappa, fut ses habits. Ils étaient déchirés à maints endroits, si bien qu'ils ressemblaient à des lambeaux. Ces bouts de tissus, à peine maintenus entre eux, laissaient apercevoir les contours d'un corps squelettique, creusé par la faim. Ses joues, devant être habituellement rebondies, s'étaient recroquevillées dans sa bouche. Quant à ses pieds boueux, laissé à l'air libre par des chaussures, brillant par leur absence, ils présentaient des ongles encrassés, au point de paraître noirs. L'inconnu possédait une sorte de sombre touffe désordonnée, tombant en vrac sur son front. Elle était rembourrée de poussières et crasses en tout genre. Même un rat n'oserait s'y réfugier.

Face à ce spectacle affligeant, la lueur de colère qui luisait dans mes pupilles s'éteignit subitement, remplacée par l'incompréhension. Que voulait cette personne, et pourquoi était-elle dans un tel état ? Après un nouvel examen minutieux de sa physionomie, j'avais observé une chose déstabilisante. Un contraste saisissant avec son apparence repoussante.

Bien plus qu'un simple reflet, dans ses iris noirs, régnait une étincelle flamboyante. Plus pure que le blanc, plus intense que n'importe quelle force. Elle renfermait ses moindres sentiments, son existence. Je n'avais jamais rencontré de personne ayant de tels yeux, si sincères, si beaux, si envoutants, si… vivants !

Nous étions tous les deux absorbés par le regard de l'autre, comme déconnectés du monde extérieur. Le temps, comme nos gestes, semblait suspendu. Plus rien n'avait d'importance.

J'étais tellement fascinée par l'éclat de cette mer noire, que je n'entendis ni mon père arriver, ni ses questions pleuvant sur le '' type rejeté par la société ici présent '' je cite. Car la seule chose réelle à mes yeux était cette étincelle de vie.

- Riza ! cria Berthold, le visage exprimant une fureur sans nom, ravivée par mon silence.

Je sursautai, terrifiée par le ton que le blond avait employé, et détachai enfin mes yeux de ceux de l'adolescent. Ce dernier se dépêcha de se présenter comme étant Roy Mustang. Il expliqua ensuite précipitamment qu'il voulait étudier l'alchimie de feu et supplia Berthold de le prendre en tant qu'élève. Ce dernier refusa net, il n'aimait pas la compagnie, même celle de sa propre fille, pensais-je amèrement.

- Dans ce cas, tant que vous n'accepterez pas, menaça le dénommé Roy, je dormirai sous le porche de votre maison.

La mine, d'abord surprise du savant, se transforma en un rictus déplaisant. Se détournant déjà de la porte, il marmonna calmement :

- Rentre chez toi, petit.

- Je n'ai plus de chez moi, se contenta de rétorquer l'adolescent sur un ton beaucoup plus dur. J'ai fui mon foyer.

Son visage renfermé nous dissuada de poser des questions. Berthold étant scotché sur place par ces paroles, je jugeai que le moment était opportun.

- Papa, tu pourrais… tentais-je timidement.

Son regard se tourna subitement vers moi, m'empêchant de continuer, tellement il était terrifiant. Jamais il ne m'avait fixée de cette manière. On aurait dit qu'il voulait me sonder.

Je soutins ce regard lourd, déterminée à ne pas fléchir devant lui. De plus, je ne voulais pas que Roy parte. Surtout pas.

Devant ma volonté inébranlable, le Flame finit par céder. Néanmoins, ce dernier imposa une condition : il lui apprendrait uniquement l'alchimie basique. Concernant celle du feu, ce serait pour plus tard.

A cette annonce, mon cœur bondit de joie. Sans le savoir, je venais de tomber dans le sentiment le plus irrationnel et incontrôlable du monde.


Incontrôlable, c'est ce que mon corps était devant cette porte. Voilà plusieurs dizaines de minutes que je passais à fixer ce morceau de bois. Il fallait que je le retienne, que je rentre dans sa chambre pour le dissuader de nous quitter. Malheureusement, venant de tomber pour la première fois dans le côté sombre de mon amour inconditionnel, j'étais perdue. L'hésitation avait alors facilement pu devenir maîtresse de mon corps, me faisant douter.

Roy était adulte et devait de ce fait, trouver un métier. Malheureusement, cette action rimait le plus souvent avec partir. J'avais été assez stupide pour croire que j'avais du temps devant moi, que l'élève de mon père resterait à jamais avec moi. Naïve petite fille que j'eusse été. A présent, je payais le prix de ce défaut.

Mon bras tremblant se leva, dans le but de donner un coup contre la porte. Je m'imaginais avouer mes sentiments à l'alchimiste. Lui, me dirait qu'il en était de même. Nous nous embrasserions et resterions ensemble, à jamais.

Sauf que c'était impossible, il ne m'aimait pas. J'aurais dû me faire une raison bien plus tôt la réalité était bien plus cruelle que mes doux rêves : elle nous laissait aimer à la folie un être qui n'éprouve et n'éprouvera jamais rien pour nous. Elle s'amusait à déchirer notre cœur, mais nous endurcissait également. Nous ne pouvions vivre sans souffrances. Elles nous permettaient d'avancer et d'apprendre, aussi stupide que cela puisse sembler être.

Au fur et à mesure que la raison s'emparait de moi, mon bras s'abaissait, renonçant ainsi à un espoir puéril. C'était trop tard. Rien ne pourrait l'arrêter, il n'était pas du genre à revenir sur ses décisions. Si Roy m'aimait, il ne me quitterait pas de la sorte. J'avais ma réponse avant même d'avoir franchi le seuil. Ce n'était plus utile que je sois là. Je n'étais plus utile tout court, pour personne. Ma bouche s'approcha lentement du bois rugueux constituant la porte, l'effleura, et murmura :

- Adieu, mon soleil maléfique.