Bonjour, bonsoir à tous ! Et non, vous ne rêvez pas, c'est bien Riza M. qui reprend du poil de la bête. Quatre mois sans poster... Oui, c'est long, mais bon, j'ai une vie privée, et lorsque ça devient le bordel, c'est pas évident de trouver le temps ( voire l'envie ) d'écrire ;)

Voici tout de même le 7ème chapitre de mon histoire. J'ai eu énormément de mal à le rédiger, dans le sens où l'action n'est pas très présente dans ce chapitre, ce n'est le début de la deuxième partie de ma fic, après tout. Il faut bien commencer quelque part :)

Bonne lecture !


Attaque terroriste ?

Le quartier général de l'armée était baigné de couleurs plus chatoyantes les unes que les autres. Mais malgré ces magnifiques lumières, l'ensemble dégageait une grande froideur. Était-ce dû aux murs grisâtres des bâtiments, aux drapeaux bien trop formels ou tout simplement à l'ambiance générée par les humeurs maussades de ses occupants ? Nul ne le savait.

Toujours est-il que le ressenti stagnait, tandis que les années passaient sans que cela ébranle la moindre parcelle des façades du bâtiment. Représentation brutale d'un pouvoir conservatif, que la population examinait du coin de l'œil, certains avec une admiration non dissimulée, d'autres, avec effroi. Les avis à son sujet étaient partagés, bien que la majorité soit située dans un contexte de crainte majorité que l'armée avait largement les moyens de faire taire… Aussi, ne tentaient-ils même pas de se rebeller, se contentant de leur petite vie et supportant l'injustice qui les entourait.

Riza Hawkeye s'était forgé sa propre opinion au fil des ans, se fiant à son expérience. Chaque jour, elle avançait calmement, les dossiers qu'elle avait finis la veille chez elle sous les bras. On ne pouvait pas vraiment décrire son expression à l'aide du mot « blasée ». Certes, le regard neutre qu'elle avait porté à l'armée en s'engageant avait bien changé, mais elle ne restait jamais de marbre face à leurs agissements.

Il y avait toujours une partie de son corps pour la trahir, que ce soient ses lèvres légèrement pincées, ses joues laissant deviner ses mâchoires serrées, ses mains anormalement crispées sur ses papiers, ou encore, la raideur de ses enjambées.

Néanmoins, ce matin, son chemin vers le QG ne fut accompagné d'aucun de ces tocs. Le regard vague de la blonde était complètement perdu au milieu de souvenirs si souvent assombris. Elle avait pourtant tout tenté pour les oublier, pour les effacer de sa mémoire. Ses stratagèmes avaient d'ailleurs très bien fonctionné. Jusqu'à maintenant…

Jusqu'à ce que ces douloureuses images viennent hanter sa nuit.

S'appuyant soudainement contre un muret bordant le parc municipal, elle s'y assit convulsivement puis se cacha les yeux parmi les replis de ses mains. Quelques passants curieux la regardèrent avec insistance.

- Yume, murmura la militaire, un nœud dans la gorge.

Bien qu'elle n'ait plus vu son visage depuis quatre ans, ses traits étaient toujours aussi familiers à sa mémoire elle pouvait encore entendre sa voix, crier, supplier, rire…

Riza ramena rapidement ses documents contre sa poitrine, essayant de calmer sa respiration chevrotante. Lorsqu'elle y parvint, le lieutenant quitta la crasse sur laquelle elle s'était posée et épousseta son uniforme. Parée d'un nouveau regard impénétrable, une pensée futile traversa néanmoins le brouillard de son esprit :

« Pardon. »

C'était stupide. Sa meilleure amie était dans l'autre monde à présent. Elle ne pourrait plus jamais lui répondre. La militaire ne pourrait plus jamais s'excuser auprès d'elle. Pour tout…

Pour Roy…

Riza se sentit soudainement particulièrement pathétique. Si seulement elle possédait le pouvoir de recommencer sa vie. Premièrement, elle ne se serait déjà pas engagé dans l'armée. La jeune femme avait souvent pensé à quitter sa profession. Mais pourrait-elle réellement refaire sa vie ailleurs ? Il y avait également son colonel… Lui, il avait un but dans la vie. Peut-être que lorsque le ténébreux l'aurait atteint, elle se contenterait de se retirer progressivement.

Lorsque la blonde franchit la porte du QG, ce fut à peine si elle entendit le garde lui faire d'amicales remontrances sur son retard. A vrai dire, Riza était pile à l'heure, un fait rarissime que peu de personnes avaient eu l'occasion de constater dans l'enceinte de cette institution. Elle traversa les couloirs sans plus de réactions envers les personnes qui la saluaient.

Lorsque le regard qui la pourchassait croisa le sien, Riza crut d'abord avoir à faire à un fantôme du passé. Aussi sursauta-t-elle sous les yeux étonnés de son colonel.

- Quelque chose ne va pas lieutenant ? demanda-t-il, légèrement inquiet.

Bien qu'elle fasse tout son possible pour arborer jour après jour un visage détaché, elle n'y arrivait jamais. Ou du moins, n'y avait-il que Roy pour le remarquer. A l'instant, il avait détecté tant de peur chez la jeune femme, qu'il s'était senti sous la peau d'un monstre durant la fraction de seconde où elle l'avait regardé.

- Non, tout va bien, répondit-elle du ton le plus maîtrisé dont elle pouvait se servir à l'heure actuelle, les yeux sagement baissés.

Il fit semblant de la croire, tandis qu'elle déposait ses documents sur son bureau et sortait un stylo. Ce qu'il avait devant lui n'était qu'un reflet de son propre état. Les horreurs qui avaient atrophié ses yeux caramel, avaient également détruit les siens avant son réveil. Ils étaient les seuls membres restant de la Flame Team, Maes étant mort il y a peu. Était-ce à cause du décès prématuré de leur camarade que ces vieux souvenirs revenaient pourrir leurs rêves ?

Le regard de Riza encore plaqué sur sa propre rétine, Roy s'assit derrière son bureau, sur lequel sévissait une immense pile papetière. Le travail administratif avait toujours possédé l'extraordinaire capacité de le mettre hors de lui. Signer papier après papier, vérifier des rapports, des dates, des heures, lire toutes les conneries qu'inscrivaient parfois leurs supérieurs, et se demander quand il pourrait enfin se tenir au dessus d'eux pour leur remettre les idées en place,…

Habituellement c'était déjà tout bonnement insupportable. Aujourd'hui, ce serait inhumain. Il ne comprenait d'ailleurs pas où Riza puisait la détermination avec laquelle elle remplissait tous ces documents jour après jour. Le colonel était un homme d'action, pas de paperasse !

Lorgnant son stylo d'un regard noir, il sentit l'agacement bouillir en lui. Que ne donnerait-il pas pour tout envoyer valser ! Tant de papiers à remplir et si peu de temps. Il n'avait pas non plus que ça à faire de sa journée ! Surtout que ce soir, il avait un rendez-vous. Avec Livia… Peut-être ? Non, c'était le nom de sa précédente conquête.

« J'aurais quand même pu me souvenir de son prénom… » pensa-t-il en se laissant aller contre son bureau.

Il l'avait rencontrée la veille. En voyant ses yeux si joyeux, il n'avait pas pu s'empêcher de croire que cette fois-ci, cela fonctionnerait ! Que celle-la pourrait enfin lui apporter le sentiment de bien-être et de stabilité dont il rêvait depuis sa mort.

Mais de toute évidence, cette entrevue allait encore tomber dans l'impasse, avant même un baiser.

« Il faut croire que je n'arrive toujours pas à l'oublier… »

C'était toujours pareil. A chaque fois qu'il tentait un flirt avec une femme, Son visage apparaissait toujours. Mais malgré cela, le sentiment de trahison ne venait jamais s'infiltrer dans ses veines, certainement parce qu'il n'avait plus jamais été amoureux depuis ce jour. Seul un vide pesant le martyrisait un peu plus à chaque seconde. Et tenter de s'affranchir de ce vide n'était qu'une de ses lubies supplémentaires. Le passé était une entrave bien trop lourde, avec laquelle il ne se sentait pas encore capable de marcher.

Il y a quatre ans, il avait tout perdu. Son équipe, sa petite-amie… même son rêve avait perdu de son éclat. Il était plus devenu un devoir qu'autre chose, comme s'il cherchait désespérément à se faire pardonner de tous ses péchés.

Il n'y avait que son lieutenant qui avait survécu à toutes ces atrocités. Mais le prix à payer avait été lourd de conséquences. Combien de fois n'avait-il pas souhaité la revoir sourire comme au bon vieux temps ? Lorsqu'ils fuguaient ensemble la nuit, pour échapper à la vigilance de son père, qu'ils couraient dans les rues vides à peine éclairée par les réverbères vers l'immense forêt qui seyait leur village. Dire qu'à cette époque, il ne connaissait encore rien des choses de la vie, de la guerre, de l'avilité des humains, de l'amour…

Quelle chance il avait eue. Celle-ci était tout de même restée seize courtes années. Elle ne pouvait certainement pas posséder de bonne volonté pour persister un peu plus !

De plus en plus fréquemment, Roy se plaisait à imaginer la vie qu'il aurait menée aux côtés de ses parents s'ils n'étaient actuellement pas couchés six pieds sous terre. Chris avait laissé échapper jadis à mi mots que son père avait exercé le métier de médecin. Il lui aurait certainement succédé. Peut-être même aurait-il eu une petite sœur avec le temps… A l'image de Riza. Une existence presque parfaite en somme.

Le colonel avait beau retracer le chemin qu'il avait suivi durant ces dernières décennies, il n'arrivait toujours pas à comprendre comment il avait fait pour en arriver à aujourd'hui. Tous ces évènements, ces drames qu'il avait subis avant même de pouvoir les comprendre… Avec toute l'objectivité qu'il était capable d'exercer, il trouvait que cela n'avait tout simplement pas la moindre logique.

Tout en resserrant ses mains sur les plis de sa veste, il se mit à penser sa bien-aimée. L'avoir revue, même en rêve, avait réveillé chez lui de très anciens sentiments… Qui ne l'avaient jamais réellement quitté. Resserrant sa prise sur sa veste, il pensa en adéquation avec Riza :

« Aujourd'hui sera décidément une très mauvaise journée. »

La pause déjeuner arriva. Roy n'avait encore « consulté » qu'un seul dossier.

Lorsque le reste de l'équipe s'étira en soupirant de contentement, avant de se diriger vers le réfectoire, il n'amorça pas un geste, à l'instar du lieutenant.

Ce fut dans de bruyantes discussions, incluant la nouvelle petite amie de Havoc, que Fuery, Breda et celui-ci sortirent du bureau. Les couloirs s'animèrent, puis redevinrent silencieux, en à peine une dizaine de minutes.

Depuis qu'elle avait penché son nez sur ses dossiers, Hawkeye ne l'y avait plus retiré. Ils étaient pour elle une sorte d'échelle, de corde qui la connectait au monde réel, mais qui lui remontraient également la cruauté dévorant ce monde. Cela avait pour effet de la maintenir dans une sorte de stabilité instable. Grand paradoxe qu'était la souffrance.

Ses yeux s'accrochaient avec toute la force dont ils étaient capables aux mots inscrits sur le papier frais, imprimés le matin même essayant de leur trouver une signification cachée.

N'importe quoi qui pourrait occuper son esprit rebelle.

N'importe quoi qui pourrait lui ôter ces foutues images de ce sale cauchemar.

N'importe quoi qui enlèverait le sourire de Yume gravé sur sa rétine.

Riza se rapprochait progressivement de ses limites mentales. Elle jouait avec le feu, s'avançant vers cette frontière si attractive entre la folie et la raison, pour s'en éloigner presqu'aussitôt. Ses pieds, similaires à des aimants la reconduisaient alors vers le chemin du rêve. Le chemin de Yume.

Roy, lui, contemplait tout le savoir-faire de sa subordonnée. Elle enchaînait paperasse, sur paperasse, sans fatiguer, malgré les réminiscences de son cauchemar.

Lui, il ne pourrait pas.

Dès que le ténébreux avait croisé son regard, il avait su qu'elle était forte. Bien plus que lui. Ses iris caramel l'avaient tout de suite fasciné, il y avait trouvé quelque chose qui manquait à son bonheur. Or, la seule chose qui lui manquait à cette époque – et lui manquait toujours – était une famille, chaleureuse et aimante.

Ils avaient été comme frère et sœur, maîtres d'une complicité difficilement égalée. Or, depuis la guerre d'Ishbal, quelque chose s'était brisé ; leur lien s'était grandement fragilisé. Il ne savait pas si la fissure étant à l'origine de cette déchirure s'était dessinée à la naissance même de leur relation, ou si elle s'était tracée avec le temps. Mais, même en ayant appartenu à la même équipe, ils avaient agi comme deux étrangers…

Depuis quand avaient-ils perdu ce qui avait fait la richesse de leur entente ? Depuis quand Riza lui mentait-elle…

Il ne pouvait pas l'expliquer, mais il savait que sa subordonnée avait également rêvé de cette époque où la Flame Team était encore opérationnelle. Il l'avait lu dans son regard. Ou était-ce simplement son propre reflet qui l'avait hypnotisé quelques instants ?

Soudain, le lieutenant fut pris de circonvulsions. Elle déposait son bic sur la surface immaculée du chêne de son bureau. Elle reprenait son bic, le triturait entre ses fins doigts. Elle écrivait quelques mots. Elle le reposait, le reprenait.

Quand ce manège se fut répété une bonne dizaine de fois, Roy crut bon d'intervenir. Il imposa sa main sur les dossiers de sa subordonnée, tranchant sa vision d'un éclair bleu marine. Elle releva ses yeux intransigeants, mais également empreints de vide, comme si ce qu'elle voyait ne correspondait pas avec ce que son colonel pouvait observer.

- Quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle d'une vois contrôlée, presque artificielle. Pourquoi n'allez-vous pas manger ?

- Je pourrais vous retourner la question, contra Roy, laissant ses coudes errer sur le bureau.

Riza, ne se laissant pas déstabiliser, répondit du tact au tact :

- Si je ne veux pas reprendre une quantité de travail trop importante, étant donné que de toute évidence, aujourd'hui n'est pas le jour où la paperasse vous aura le plus marqué, je ferais mieux de ne pas trop lambiner.

Le militaire, pas ébranlé pour deux sous par sa remarque, sentit une colère sourde grimper en lui. Pourquoi lui parlait-elle avec cet air indifférent ? La Flame Team représentait donc si peu à ses yeux ? Elle et Yume avaient été meilleures amies, alors pourquoi ce drame ne l'affectait-elle pas comme il l'affectait Lui ?

- Lieutenant, ne tournons pas autour du pot. Vous savez parfaitement que j'ai horreur de ça, commença-t-il d'une voix ou transperçait sa mauvaise humeur. Je ne me répéterai qu'une fois : quelque chose ne va pas ?

Cette fois-ci, ce fut au tour de Riza d'être possédée une rage impalpable. Il se moquait d'elle ou quoi ? Toutes ces années, c'était à peine s'il lui avait adressé un seul regard, prenant le fait comme acquis qu'elle le suivrait jusqu'à ce qu'il atteigne le poste de généralissime, la considérant presque comme un simple pion ! Alors que maintenant il se souciait de son petit bien-être personnel… La blonde dût retenir un rire jaune.

- Colonel, vous vous faites des idées, continua-t-elle à nier. Mon état n'est pas différent d'hier, ni d'avant-hier. Vous n'avez pas besoin de vous en faire pour moi. Si vous avez du temps pour vous préoccuper de telles idioties, je vous conseille de vous mettre au travail, pour une fois.

Elle avait prononcé ces mots sur un ton amer. Des mots détournés, mais qui, si on les fouillait contenaient une véritable douleur. Des mots pour des autres.

- Mais, lieutenant, si quelque chose ne va pas, s'obstina Roy, imperméable aux subtilités de sa subordonnée.

- Colonel, coupa-t-elle abruptement en faisant claquer le dessous de ses dossiers sur son plan de travail pour se donner une contenance, je ne vois pas en quoi mes états d'âme sont si importants, regagnez donc votre place.

Et merde.

Sa voix avait flanché. Sur les derniers mots… Aujourd'hui n'était pas sa journée.

Faisant comme si de rien n'était, Riza reprit possession de son stylo pour se replonger dans ses dossiers, tandis que Roy restait planté en face d'elle, droit comme un I. Travailler était la seule chose qui pouvait chasser ses mauvaises pensées. Elle s'y attelait, s'y emprisonnait chaque jour, jusqu'à finir exténuée. Mais aujourd'hui, sans qu'elle sache pourquoi, ce stratagème ne fonctionnait qu'à moitié. Ses pensées s'égaraient constamment entre deux mots qu'elle n'arrivait ensuite plus à relier. Et elle faisait preuve d'une maladresse peu habituelle.

Soudain, la porte s'ouvrit, provoquant un vacarme intempestif. Le ténébreux sursauta imperceptiblement et regagna hâtivement sa place, pendant que les bruyants membres de la Team Mustang se réinstallèrent dans la bonne humeur à leur bureau. Ils ne prêtèrent aucune attention au comportement étrange de leurs supérieurs, trop occupés à poursuivre leurs taquineries au sujet de la petite copine de Havoc.

La fière travailleuse était piégée entre les plus grands ennemis par nature : amour et travail. Ils se cherchaient, se croisaient, pour mieux se détruire l'un l'autre. Chacun constituait un antidote au poison qu'était l'autre. Mais un poison restant un poison, il ne fallait évidemment pas en abuser, sinon… overdose et ses conséquences. S'enraciner jusqu'à la pointe des cheveux dans l'un de ceux-ci ne faisait que nous isoler, jusqu'à nous détacher complètement du monde qui nous entoure.

Riza le savait.

Or il était impossible pour elle de lâcher le seul remède efficace face à son amour. Bien qu'aujourd'hui, cela ne fonctionnât pas du tout. Ses pieds s'agitaient sous son bureau, décrivant de minces cercles à partir de leur pointe, son stylo raturait plusieurs fois une même phrase,… Ces spasmes nerveux l'accompagnèrent le reste de la journée.

Seul Roy semblait se rendre compte que la tension inhabituelle qui régnait dans la pièce émanait du lieutenant, les autres membres de l'équipe se contentant de remplir leurs dossiers dans une atmosphère pesante. Aucune parole n'était échangée seuls les crissements des pointes encrées sur les feuilles siégeaient en maître sur l'espace sonore. Même Havoc, qui – alors qu'il avait enfin trouvé une petite amie – serait normalement le premier à raconter des imbécillités et autres sur sa merveilleuse vie sentimentale, ne pipait mot.

Ce silence oppressant fut soudainement rompu par un grondement, long, sonore et pesant. Tous les membres de la Team Mustang s'étaient figés comme un seul homme, fixant de leurs yeux surpris et inquiets la porte de leur bureau. Ce fut une tornade vivante qui la passa.

Un jeune militaire, le chapeau complètement décalé de sa place initiale, hurla alors à s'en tordre les poumons :

- Alerte ! Toutes les forces sont réquisitionnées sur l'aile est du QG. Alerte de première urgence de type 03 !

A peine fut-il sorti, continuant de scander son message, que Roy se leva, prompt à la situation. Il avait vivement ouvert ses tiroirs pour en retirer ses gants. Riza, quant à elle, avait bondi sur le placard le plus proche pour en retirer son fusil longue portée, après avoir rechargé ses armes de service. La situation devait être grave pour générer ce type d'alerte…

- Vous n'avez pas entendu ? demanda alors Roy, le ton saccadé, à ses subordonnés qui n'avaient toujours pas bougé. On nous attaque !

Comme si la voix de leur supérieur les avait sortis d'une transe, ils vérifièrent également leurs armes. Mais le temps les prenant de cours, Roy et Riza se dépêchèrent sans les attendre. Ce fut d'une démarche souple, mais rapide, qu'ils accédèrent à l'aile est.

Le QG était à présent ce qui s'apparentait le plus à un véritable foutoir. La majorité des militaires courraient en tout sens, sans savoir que faire, piétinaient quelques fois les novices qui tentaient tant bien que mal de se cacher dans un recoin. Les plus hauts gradés faisaient de leur mieux pour réquisitionner les soldats aguerris qui seraient capable de mener au front. Malheureusement, le chaos s'était installé, et ne semblait pas vouloir se désédentariser de sitôt.

Un véritable brouhaha régnait sur l'aile. Entre les courses bottées des militaires, les coups de feu, et les ordres ressemblant d'avantage à des hurlements excédés, il y en avait pour tous les goûts. Des balles sifflaient dans le capharnaüm le plus total, se perdant dans une masse de corps. Les cris de douleur résonnaient déjà.

" Premièrement, il faut stopper cette débandade, » pensèrent simultanément les deux militaires. Car si la situation continuait à dégénérer, cela perdrait le QG. D'un commun accord, le colonel rejoignit les lignes de front qui commençaient à se former, tandis que son lieutenant se dirigeait vers un groupe de novices, que tentait de cadrer un haut gradé à la lourde bedaine. Les soldats terrifiés de par leur inexpérience, voulaient fuir, alors que le gradé exigeait leur présence. L'attitude de ce dernier était ridicule. Les bons à rien ne faisaient que gêner les confirmés sur un champ de bataille. Voilà la triste loi des combats.

« Regardez-les trembler ! » songea la jeune femme. « A leur âge, j'avais déjà subi tellement à Ishbal… »

- Colonel Blinds ! appela-t-elle.

Le gros homme se retourna vivement, mais reprit rapidement contenance pour répondre hargneusement – il avait semblé effrayé à l'entente de sa voix - :

- Oui, lieutenant ?

Riza se rapprocha, et susurra de manière flatteuse :

- Un haut gradé comme vous ne devrait pas se charger d'aussi ingrats militaires.

La meilleure technique pour obtenir ce qu'elle voulait de ce dirigeant était la flagornerie. Il n'y avait rien de plus facile à orchestrer, surtout face à un homme de cette trempe.

- Mais lieutenant, rétorqua-t-il fièrement, il est de mon devoir d'apporter ma contribution lors d'une attaque d'une telle envergure.

La blonde se retint de lever les yeux au ciel. En voilà de belles phrases toutes faites tirées du manuel. Mais le terrain était un tout autre domaine que celui de la théorie.

- Laissez-moi donc me charger de ça. Elle désigna d'un geste expéditif le groupe de soldats. Vous devriez plutôt commander des bataillons confirmés.

Blinds, ragaillardi par ces propos, se contenta d'afficher un sourire supérieur avant de passer devant le nez de Riza, sans retenir sa moquerie évidente. Celle-ci ne se formalisa même pas du manque de respect évident qu'elle venait de subir et préféra expliquer aux jeunots terrifiés dès que le colonel fut hors de sa vue :

- Ecoutez-moi bien, ce terrain n'est pas encore fait pour vous. Vous ne ferez que nous gêner dans notre combat. Donc fuyez dans le calme et la discipline. N'utilisez pas les grands couloirs principaux pour cela, et si vous voulez réellement vous rendre utiles, appelez les secours, nous en aurons bien besoin.

Ayant à peine lâché ses directives, Riza se précipita vers un autre groupe qui tentait désespérément d'échapper à l'emprise de la foule. Tous ceux qui n'étaient pas capables de gérer le stress occasionné par une telle situation devaient partir en utilisant des voies peu usitées. Les coursiers ayant déjà été envoyés pour prévenir le quartier général entier, l'armée ne pourrait plus leur trouver aucune utilité, donc autant préserver leurs vies, au lieu de bêtement les gâcher.

De son côté, Roy s'était enquit de la situation avant de rejoindre son équipe. Il s'empressa d'exposer à ses subordonnés ce à quoi ils devraient faire face :

- Apparemment, nous sommes attaqués par une organisation terroriste inconnue. Ils ont l'air assez nombreux, certainement deux ou trois centaines. Ils ont cerné la majorité du QG, mais leurs principales forces se situent ici. Ils sont armés, généralement de fusils à longues portée. Mais certains se battent également à l'épée. Ce sont les plus dangereux, donc évitez de les affronter au corps à corps et privilégiez la frappe à distance. Ils ont barricadés toutes les sorties de l'aile est et nord et les gardent de pied ferme.

Ne tentez surtout pas de les attaquer à ces endroits, et abattez plutôt tout le superflu sans distinction, même si cela vous semble inutile. Il faut absolument que nous y voyions plus clair. Après, les gradés aviseront. Un groupe d'une trentaine de personnes essaie de les prendre à revers pour les coincer, mais ça m'étonnerait que ça fonctionne. Ne vous enrôlez pas dans une Team qui aurait ce but. C'est perdu d'avance.

Central n'est pas du tout fait pour résister à ce genre d'attaque. Ce bâtiment est tout sauf une forteresse, c'est un quartier général. Rappelez-vous bien que sur ce terrain, c'est eux qui ont l'avantage. Ils nous ont pris par surprise et profitent du chaos. Ne vous laissez pas avoir par lui et ne vous séparez surtout pas.

Fuery, qui tremblait, tentait vainement de contrôler son corps, tandis que Breda et Falman hochaient gravement la tête.

- Mais et vous, colonel, vous restez avec nous ? demanda Havoc, une cigarette à moitié entamée plantée dans la bouche.

Hésitant à leur dévoiler cette information prioritaire, le ténébreux détourna les yeux.

- Il ne reste que quatre alchimistes d'état – Armstrong étant en mission – et dans les rangs ennemis…

Roy se retint de faire un quelconque geste qui indiquerait à ses subordonnés son degré d'inquiétude et poursuivit sur un ton plus assuré :

- Ce n'est qu'une vague rumeur, mais on parle de personnes aux pouvoirs étranges. Mieux vaut que j'aille vérifier par moi-même. Si ces gens existent bel et bien, je suis le plus apte à les affronter avec mes collègues alchimistes.

A présent, le visage du cadet de la Team laissait totalement transparaître sa peur. C'était la première fois qu'il assistait à une bataille autre qu'une simulation. Mais il ne faiblirait pas. Il se l'interdisait. Le militaire n'était pas rentré dans l'armée pour ensuite jouer les chochottes aux moments critiques. Il devait absolument rejoindre les équipes de communication.

« Ne pas trembler, surtout. »

Roy, qui avait entraperçu l'état de son plus jeune subordonné ajouta, plus rudement qu'il l'aurait voulu :

- Et au fait, ne mourez pas.

Le colonel s'éloigna alors en direction des cris de souffrance.


Voilà donc l'introduction à la grande bataille, que l'intermède avait déjà légèrement dévoilée. Mais dans ce chapitre, j'ai également tenté de mettre un accent sur la relation qui a uni, et unit Roy et Riza. Cette relation, assez brisée avec le temps, n'est en fait que victime de la guerre. Et si l'on rajoute Yume à l'équation... On obtient un joli bordel pas du tout évident à décrire :)

J'espère que ça vous a tout de même plus, à la prochaine ! Qui, j'espère, viendra un peu plus vite.