Rédemption.

Au coeur des ténèbres.

Prologue :

Ce chapitre prends place la nuit qu'Edward, Alphonse et Winry passent la nuit dans les montagnes près de Rush Valley.

Chapitre Trois.

Plaisir et souffrance, les deux faces d'une même pièce.

Il en avait assez de bouffer du sable à chaque bourrasque. Ces montagnes pleines de ravines et de poussière n'en finissaient plus.

La lune guidait ses pas, donnant une teinte blafarde au monde qui l'entourait. Retrouver le gosse n'avait pas été facile. Mais ils ne pouvaient pas en rester là. Ça ne pouvait pas se terminer ainsi. Et pas maintenant. Il avait toujours besoin de lui. Même s'il le savait condamné. Peut-être se dresserait-il contre la volonté de Père pour lui ? Après tout, c'était censé être ça l'amour, non ? Et puis quel idiot il pouvait faire, à traverser la moitié du pays pour aller essayer de se faire pardonner, aller quémander une caresse tel un bon petit chien chien à son maî-maître...!

Retrouver sa trace avait été assez simple, le plus ennuyeux ayant été d'avoir à changer de forme à chaque fois et de réussir à orienter discrètement la conversation sur la boîte de conserve géante et son minuscule frangin sans avoir l'air trop intéressé... Il détestait perdre son temps en vaines palabres, mais agir autrement n'aurait que trop attiré l'attention sur lui, ce qu'il devait éviter à tout prix. Père et les autres ignoraient qu'il avait déserté son poste... Enfin, Père devait surement le savoir... Il savait toujours tout, même quand il ne faisait que le penser...

Shootant dans quelques cailloux qui émaillaient la roche sablonneuse, il se remit à pester intérieurement sur son comportement stupide d'amoureux transi, se trouvant vraiment trop bête. Mais ne disais t'on pas quand plus de rendre aveugle, l'amour rendait idiot ? Pour une fois il était parfaitement d'accord avec ces stupides insectes qu'étaient les humains. Et puis comment diable allait-il bien pouvoir s'introduire à l'intérieure de la maison dans laquelle Edward et son frère logeaient ? Aucune des formes qu'il avait en tête ne pouvait convenir, surtout ici, au milieu de nulle part...

« Mais merde, bordel ! » Jura-t-il tout haut. Et il était inimaginable de simplement toquer à la porte principale... Il avait vu les dessins que le gamin avait faits de lui et de l'autre garce sur sa table de chevet à l'hôpital... L'armure ambulante le reconnaitrait instantanément. Et il était venu jusqu'ici, dans ce coin paumé, pour pouvoir se faire pardonner, pas pour se battre ou créer des problèmes...

La brise nocturne lui apporta soudain l'odeur tant attendue, même si son odorat était très loin d'égaler celui de Gluttony, ça suffirait à le mettre sur la bonne voie. Il pressa donc le pas, accéléra l'allure, se mettant peu à peu à s'invectiver mentalement, utilisant toute les termes grossiers qu'il connaissait, et son répertoire était plus que complet ! Chaque nouvelle insulte lui faisait l'effet d'un coup de fouet, mais elle le motivait à continuer, plutôt que de le faire s'en retourner. Maintenant qu'il pouvait sentir le parfum de son cher Chibi-san, plus rien n'aurait pu le détourner de son objectif final : le creux des ses bras, le visage enfoui dans le soleil de sa longue chevelure, les lèvres posées sur la veine battant doucement sous la peau fine et douce de son cou... Les lumières des quelques habitations perdues encaissées au pied d'une nouvelle montagne lui apparurent enfin, faisant bondir son coeur d'impatience tout en le broyant dans sa cage thoracique. Qu'elle drôle de sensations que l'appréhension...

Et si Edward ne voulait plus de lui ? Et s'il le rejetait ? Après tout, ça aurait été parfaitement compréhensible, il s'était montré ignoble la dernière fois, et même s'il s'était précipité à l'hôpital le lendemain pour s'en excuser, ç'avait été trop tard. Le jeune alchimiste n'avait rien fait pour mériter ce qu'il lui avait infligé, tant de brutalité que de méchanceté... Et même ses pleurs n'avaient pas réussi à l'attendrir... Pas avant qu'il ne soit déjà trop tard... Il se souvenait parfaitement de la façon dont son coeur s'était fermé aux suppliques et aux larmes de l'enfant, devenant comme sourd, ne ressentant plus rien d'autre que le délicieux ensserrement du fin boyau de chair autour de son sexe, comme avec ses proies... Sauf qu'avec lui, tout était si différent... Tout était tellement plus intense... Un peu comme... Non, il s'était promis de ne plus jamais évoquer cette période maudite. Et voilà que rien que de penser à cette après-midi avec le gosse, il bandait déjà, sa queue aussi dure que la roche qui l'entourait, et cela rendit sa marche encore plus éprouvante. Non pas qu'il se sente fatigué, juste qu'il n'en pouvait plus de devoir encore parcourir une telle distance, qui lui semblait être devenu des milles et des milles alors même qu'il n'était plus qu'à une petite centaine de mètres de la maison dont s'échappait la délicieuse fragrance de son petit amant.

Atteignant enfin la vieille bâtisse, il jeta un rapide coup d'oeil par une des vitres poussiéreuses, ne voyant qu'un drôle de vieux penché sur un établit, travaillant visiblement sur quelques automails... Prendre cette apparence-là aurait été stupide. Il fit alors le tour, longeant le mur par la droite, guettant la silhouette tant espérée. Quand il fut sûr d'avoir trouvé la bonne pièce, il se figea.

Que faire maintenant ? Toquer ? Et si c'était l'autre qui ouvrait ? Pour les avoir déjà observés pendant que le blondinet dormait et que la conserve lisait ou, le plus souvent, semblait veiller son grand-frère, comme s'il admirait son beau visage enfin apaisé, il savait qu'il y avait de grandes chances pour que même ici il partage, la même chambre. Et il ne comprenait que trop bien pourquoi l'armure souhaitait rester le plus possible près du jeune alchimiste, et pourquoi il aimait tant le regarder dormir... Envy aurait voulu pouvoir être à sa place, être celui assit à ses côtés. Mais penser à tout cela ne l'aiderait pas à trouver un moyen de le rejoindre... Prenant son courage à deux mains, il se baissa pour ramasser une poignée de minuscules gravillons et, après avoir inspiré un grand coup, en lança un.

Un tintement sec contre le carreau fit sursauter Edward, lui faisant promptement ouvrir les yeux.

« Al ? »

Mais son frère n'était pas là. Il était encore au salon à gazouiller devant le bébé avec Winry et les autres. Un deuxième tintement se fit entendre, suivit presque immédiatement d'un troisième...

« Merde, mais qui ça peut bien être à une heure pareil ? Et ici en plus ? Surement pour Paninya... » pensa-t-il tout haut. Se levant rageusement il alla ouvrir la fenêtre, prête à crier son mécontentement, peu importe qui se trouverait là. Il tomba alors nez à nez avec la dernière personne qu'il se serait attendu à voir ici...

« TOI ! » Évidemment... C'était rêver que de croire que ce salopard laisserait tomber aussi facilement, même s'il ne s'était effectivement pas attendu à ce qu'il le suive jusqu'ici...

« Dégage, tu n'obtiendras plus jamais quoi que ce soit de moi ! » lui cracha-t-il au visage, tentant de claquer la fenêtre. Mais Envy fut plus rapide, rattrapant le battant droit et le maintenant fermement ouvert.

« Attend Edward, je ne suis ne pas venu ici pour ce que tu crois ! »

« Tu me prends pour un con ou quoi ? Je sais exactement ce que tu veux, et pourquoi tu es là ! Alors, tire-toi vite fait avant que je ne te brise les dents et ne te les fasse bouffer ! »

« Ouh... Des menaces ! Je suis mort de peur, nabot... » Il se pencha à l'intérieur, mais recula en fronçant le nez : « Mais ça pue la femelle et le sang dans cette baraque ! Aurais-je raté un heureux événement ? " demanda-t-il avec son sourire le plus candide.

« N'essaye pas de changer de sujet connard ! Dis ce que t'as à dire, et tire-toi ! » Mieux valait écouter ce qu'il avait à dire pour en finir au plus vite.

« Sors alors, ça pue trop là dedans. »

« Tu rêves ! J'suis pas complètement débile non plus ! »

« Je n'ai jamais dit ça... » Le visage d'Envy se métamorphosa pendant un bref instant. Ed put lire dans ses yeux ce qui ressemblait à toute la tristesse du monde. Puis le masque dur qu'il essayait d'arborer en toute circonstance reprit le dessus. Sentant sa résolution vaciller, il enjamba le rebord de la fenêtre tout en se traitant d'idiot, et atterrit avec grâce sur le semblant de pelouse caillouteuse et sèche qui constituait le « jardin » arrière. Envy lui prit la main avec délicatesse et il faillit bien se laisser faire lorsque les images et sensations douloureuses de ce que ce monstre lui avait fait lui revinrent en mémoire, arrachant sa main de la sienne. Si son bourreau en fut blessé, il n'en montra rien.

« Allé viens, Fullmetal na..., suis moi. » Il avait retenu l'insulte in extrémiste visiblement. Mais déjà Envy s'élança dans la nuit. Pendant une seconde Ed fut tenté de rentrer et de retourner se coucher en laissant ce connard se débrouiller tout seul. Mais la curiosité l'emporta. Puis ses blessures étaient pratiquement guéries, il saurait se défendre si le besoin s'en faisait sentir cette fois.

Envy fut soulagé d'entendre le bruit rapide et régulier des pas du gamin derrière lui. Vu l'accueil glacé qu'il avait reçu il s'était attendu à se faire clairement rembarré ou pire, de recevoir une putain de raclée de la part de la crevette et de la boîte de conserve vide qui lui tenait lieu de petit frère.

Ce n'était pas qu'il n'aurait pas pu les battre, mais il n'avait pas fait tout ce chemin pour ce genre d'explication là, bien qu'il fut sûr que rien n'aurait pu faire plus plaisir à Edward après ce qui s'était passé à l'hôpital... Quel idiot il avait été. Faire ça à la première personne prête à se laisser réellement aimer par lui, et presque en toute connaissance de cause ! Arrivant enfin au sommet de la petite montagne, il se laissa tomber au sol, mains sous la tête et genoux légèrement pliés. Le gosse s'arrêta, les mains dans les poches, ne sachant visiblement pas quelle attitude adopter.

« Assieds-toi, viens admirer les étoiles. Elles sont si belles quand aucune lumière de ville ne leur dispute la nuit, non ? » Il espérait naïvement pouvoir ainsi détendre quelque peu l'atmosphère, ne sachant pas par où commencer ses excuses, mal à l'aise. Mais Ed ne bougea pas.

« Si c'est pour regarder les étoiles que tu m'as amené jusqu'ici tu perds ton temps. Je n'ai aucune envie de partager quoi que ce soit avec toi. Le peu qu'il s'est passé entre nous n'a été qu'un putain d'échange qui aurait dû être équivalent, et ce juste la première fois ! Mais tu m'as littéralement baisé dans tous les sens du terme ! T'as putain de liste, je l'avais déjà ! »

« Et comment aurais-je foutrement pu le savoir moi ? Je change juste d'apparence, je suis pas voyant, crevette ! »

Edward lui décocha un monumental coup de pied en pleine tête, faisant carillonner ses oreilles et voir de nouvelles étoiles, en double, non en triple !

« Connard ! Tu vas regretter ce geste, nabot ! »

Envy sauta sur ses pieds, sentant la roche dure sous leur peau à moitié nue. La tête lui tourna un instant, puis il bondit sur le gamin qui l'esquiva comme un chat, d'un petit saut de côté, et lui retourna un autre coup de pied dans les reins au passage. Suite à ce nouveau choc, toutes ses bonnes résolutions s'envolèrent, cédant la place à son instinct de tueur, bien que trop en colère pour se rendre compte qu'il ne prenait plus garde à rien de ce qu'il voyait arriver bien assez tôt pour pouvoir contrer d'habitude. Il se retourna prestement, évitant un autre coup et lui lança son poing en pleine figure. C'est qu'il avait beau être minuscule, il était rapide et cognait fort le gosse ! Il sentit un léger craquement lorsque son poing s'écrasa sur son beau visage, mais il ne l'avait pas frappé assez violemment que pour lui casser le nez. Il n'abimait jamais trop ses proies habituelles non plus. Lust lui avait toujours reproché de jouer avec ses pauvres créatures dès qu'elles étaient hors combat. Un visage défiguré n'était pas vraiment l'idéal pour prendre son pied...

Et voilà qu'il considérait Ed comme l'une d'entre elles... Qu'elles étaient belles ses excuses ! Le blondinet essuya le sang qui lui coulait sur la lèvre, en cracha un peu par terre puis l'invita d'un geste de la main à reprendre le combat :

« Allé viens, que j'te règle enfin ton compte ! » Mais c'est qu'il croyait avoir l'avantage l'idiot !

« P'tit con, tu vas voir, j'vais te faire regretter cette demande stupide ! » Envy était hors de lui, ce geste et cette phrase désinvolte ayant attisé encore plus sa rage contre... contre qui ? Son amour ? Ou lui-même ? Il décida en une seconde qu'il s'en moquait royalement au point où il en était et s'élança.

Mais sa fureur l'avait aveuglée et ce n'est quand entendant le clap sonore du claquement des mains de l'alchimiste qu'il comprit son erreur. La lame qu'Edward venait de transmuter à partit de son bras droit le transperça de part en part, lui arrachant le peu d'air qui lui restait dans les poumons. Il ouvrit de grands yeux ronds sur l'épée fichée en lui, n'arrivant pas à y croire. L'amour rend effectivement aveugle et idiot, maintenant il en avait la confirmation... Alors son petit homme voulait vraiment sa mort ? Il le haïssait donc à ce point ? Il se laissa tomber à genoux, baissant la tête et attendant le coup de grâce qui, bien qu'il ne le tuerait pas, ferait tout comme...

Mais rien ne vint. Il releva les yeux vers le vainqueur et son expression était méconnaissable. Toute trace de hargne et de rage avait déserté son joli visage. Il avait l'air terrifié. N'avait-il jamais tué qui que ce soit ? Ou regrettait-il plutôt ce qui venait de se produire ?

« Pourquoi, Ed... » une quinte de toux le plia en deux, lui arrachant un cri de douleur tandis qu'il tentait d'expulser le sang qui l'empêchait de respirer. Comme le blond ne faisait toujours aucun geste pour retirer la lame Envy se laissa doucement glisser, millimètre par millimètre, en bas du sabre.

« Je... je ne sais pas... » souffla Ed qui ne se rendit compte de ce que sa victime faisait que lorsque le blessé se détacha finalement de l'excroissance métallique de son bras avec un dernier coup sec. Que ça faisait mal ! pensa-t-il. Mais il souffrait encore plus au fond de son coeur qui, bien que physiquement intact, avait été tout autant blesser. Edward le détestait donc bien au point de vouloir le tuer. Il se mit à rire, pensant à Greed... Et à toutes ces pauvres choses qu'il avait battues, rendues inapte à quoi que ce soit, mais gardées bien vivantes jusqu'à ce qu'il ai fini de jouir d'elles... En général il leur ouvrait la gorge au moment où il atteignait l'orgasme, ou leur brisait la nuque s'il avait été trop absorbé par la violence du plaisir finale. Mais si au lieu de les avoir prise par derrière leur visage était face au sien alors, là, il les étranglait lentement, sentant sa queue se faire enserrée de plus en plus au fur et à mesure qu'il serait lui même leur petit cou fragile, jouissant souvent au moment même où ils laissaient échappé leur dernier souffle entre leurs lèvres mauves... Et c'était un orgasme à nul autre pareil, le faisant se sentir tellement vivant, tellement puissant en prenant leurs misérables vies inutiles tandis que coulait dans leur corps déjà mort sa semence censée donner la vie...

Le visage d'Edward entrain de bleuir lui apparut, ses mains autour de sa gorge... vision qui pour la première fois lui inspira l'horreur la plus complète... Et il fut heureux d'avoir été terrassé, faute de pouvoir réellement en mourir. Mais ça, le gamin ne le savait pas. Et devrait continuer à l'ignorer si possible.

« Tu...tu as bien fait... Je...je n'aurais pas supporté de t'avoir tué. » Chaque mot était un véritable supplice. Mais il devait le lui dire :

« Edward... »

« Oui ? »

« Je... je t'aime. » Voilà, c'était dit. Advienne que pourra...

Son superbe amour se laissa choir devant lui. La pluie se remit à tomber, doucement cette fois, les trempant petit à petit tandis qu'ils restaient tous deux parfaitement silencieux. Au bout d'un moment Envy surprit un spasme involontaire des épaules du petit. Même s'il avait le visage baissé, caché par le rideau de sa délicate chevelure blonde tout humide, il savait. Son amour pleurait.

« C'est pour moi ces jolies larmes ? " hasarda-t-il en lui soulevant le menton.

« Pour qui d'autre veux tu que ce soit, idiot ! » Ces paroles lui redonnèrent un second souffle. Il sentait ses forces lui revenir peu à peu.

« Arrête, je n'en vaux pas la peine. Je ne suis qu'un monstre, et si tu savais... »

« Mais je m'en moque moi ! » Gémis-t-il en lui martelant le torse de ses petits poings.

« Ouille... » Bordel que ça faisait mal malgré tout ! Son jeune alchimiste essuya le sang qui coulait des ses lèvres, provenant surement de son poumon perforé.

« Pardon... Je suis tellement désolé. Je ne veux pas que tu meures ! » Ce cri du coeur aurait pu le faire jouir à lui tout seul... L'attirant à lui, il changea d'avis et le rassura, refusant de le voir continuer de pleurer pour la sale créature inhumaine qu'il était, même si c'était encore un secret...

« Je ne vais pas mourir mon petit prince... Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement ! »

Il voulut lui plaquer un baiser sanglant sur le front, mais Ed se déroba :

« Promis ? »

« Promis, petit homme ! »

« J'suis pas petit ! » Mais il jeta quand même ses bras autour de son cou, s'y suspendant littéralement. Envy accueillit sa langue toujours aussi douce et chaude et qu'il avait tant attendu dans sa bouche, faisant taire la douleur que le gosse lui infligeait en le serrant si fort malgré ses blessures.

Il restèrent là, enlacés, leurs lèvres scellées à celle de l'autre, sous la pluie battante qui après avoir semblé symboliser leur tristesse donnait l'impression de les purifier de toute la haine et la colère qu'ils avaient osée se porter un peu plus tôt...

Edward ne savait plus quoi faire. Il se sentait horriblement mal d'avoir fait ça à Envy. Et en même temps... Ne l'avait-il pas bien cherché ? D'où lui venait cette soudaine sympathie tendre et inquiète pour son bourreau ?

« Allé viens, idiot, on va finir trempé... enfin encore plus ! » Il lui glissa son bras mécanique sous l'épaule et le releva. Tant bien que mal, ils amorcèrent la descente, se guidant uniquement grâce aux éclairs qui zébraient la nuit noire.

À mi-chemin Ed découvrit un renfoncement dans la paroi et s'y coula, soutenant toujours son précieux blessé. Le boyau de roche donnait dans une immense salle souterraine où luisaient d'immenses champignons, éclairant faiblement un bassin d'eau fumante et donnant à la grotte un air féérique.

Ouaw... Regarde, Envy, regarde ! »

« Mmmmh... », il leva faiblement la tête. « Mouais, superbe... »

Ed le laissa tomber sans ménagement :

« T'es lourd, dans tous les sens du terme gars ! Il te faut quoi pour t'émerveiller un peu bordel ? »

« Que tu me fasses un beau sourire rien que pour moi pour commencer... et peut-être aussi... »

« Imbécile ! » Il lui donna une claque sur le haut du crâne, mais sans grande conviction.

« Aïeuh ! Ça ne vas pas de maltraiter un mourant, minus ? »

« C'est toi qui oses te plaindre ? Je dois te rappeler ce que TOI tu m'as fait ? »

« Non... » il baissa les yeux, gêné, et rougissant de honte à ce souvenir qui pour lui aussi était devenu douloureux, remerciant le ciel du manque de lumière qui rendait son expression invisible :

« Je suis désolé... Oh, Edward, si tu savais combien je m'en veux... »

« C'est ça... » Il shoota dans les gravillons, les mains à nouveau dans les poches, l'air un peu perdu. « Toute façon, t'es qu'un monstre, une aberration ! »

« Tu crois pas si bien dire gamin ! » Sa blessure avait enfin terminé de se cicatriser. Il avait cru devenir fou, à devoir attendre ainsi, totalement impuissant.

Sautant sur ses pieds, il décocha au blondinet son plus beau sourire, mi-carnassier mi-joueur, passant sa main dans ses longs cheveux noirs complètement détrempés, et l'autre sur l'endroit où le sang qui n'avait pas été emporté par la pluie avait séché, dernier vestige de leur combat.

« T'as vu, j'suis comme neuf ! » L'alchimiste recula d'un pas, puis d'un autre, les yeux grands ouverts :

« Mais c'est quoi ce bordel ? » Il semblait sur le point de prendre ses jambes à son cou, se retournant déjà. Envy le rattrapa par sa natte, et le tira en arrière :

« Où tu crois aller comme ça gamin ? »

Edward hurla, se débâtit, tenta de taper dans ses mains, mais le monstre fut plus rapide que lui, lui prenant les poignets juste à temps. Faisant claquer sa langue contre son palais, il l'avertit :

« Tu voudrais quand même pas que je te brise tout nouveau bras tout neuf , si ? » Le blondinet secoua la tête.

« T'es vraiment qu'un salopard. J'aurais dû t'achever là haut ! "

« Effectivement... Il aurait surement mieux valu... pour nous deux. Même si ça ne m'avait pas tué non plus, le temps que je me réveille tu aurais été parti. Tu m'aurais cru mort. Et j'aurais peut-être pu t'oublier... Ou peut-être pas. » Il se sentait si las... Il ne voulait pas lui faire de mal. Il l'aimait, bordel !

« Écoute-moi... » Ed se démenait furieusement, ne lui laissant d'autre choix que de lui tordre les poignets encore plus forts de chaque côté de son petit corps. « Calme-toi ! » Le corps chaud de son Chibi collé au sien, s'agitant contre lui, le faisait bander. Déplaçant une mèche blonde du bout du nez, il déposa un baiser dans sa nuque, le faisant frissonner.

« Je...ne..veux...pas... » il l'embrassait entre chaque mot : « me...battre...avec...toi ! T'as compris ? »

« Ça fallait y penser avant espèce de tordu ! » lui cracha-t-il par dessus son épaule de métal.

« Si tu veux tout savoir, j'étais venu pour m'excuser en fait... »

« Bein c'est raté ! »

« Je sais...mais s'il te plait, laisse-moi quand même réessayer... »

Il plongea son regard dans celui, pailleté d'or, de l'adolescent, le tournant doucement pour lui faire face, inspirant un grand coup en cherchant malgré tout à encore sauver les apparences.

« Je suis désolé Edward... Je n'aurais jamais dû agir comme... Ni à l'hôpital, ni ici... C'est juste que...avec toi je perds tous mes moyens... Tu me rends fou... C'est nouveau pour moi, tout ça... »

Edward l'écouta patiemment, fixant ses iris violettes, souhaitant se perdre dedans. Il aurait tellement voulu pouvoir le croire... Mais c'était hors de question. Alors il lui cracha au visage et, profitant de l'effet de surprise, se dégagea. Mais Envy fut une nouvelle fois trop rapide et lui retourna une gifle qui l'envoya rouler au sol.

« Mais PUTAIN ! Tant pis pour toi, nabot ! Si j'peux pas avoir ton coeur, je prendrais tout le reste ! Que tu le veuilles ou non ! »

Et il le bourra de coup. Ed cru crut sentir une côte se briser, sa bouche s'emplit de sang. Le salaud n'épargna pas un seul centimètre de son corps. Quand il s'arrêta enfin, couvert de sueur et hors d'haleine, il se mit à pleurer, se laissant aller sur ses genoux. Qu'est-ce qui lui prenait à ce fou furieux ? se demanda le blond. Ses pleurs finirent par se mêler à un rire hystérique, complètement dément. Rejetant la tête en arrière, il hurla « Mais pourquoi ? Bordel, POURQUOI ? » Et la caverne leur renvoya l'écho de sa question à l'infini...

Edward n'en avait aucune idée. Il aurait aimé que tout soit plus simple. Il aurait aimé pouvoir se laisser câliner, pouvoir le consoler... Et pouvoir connaitre l'amour. Et le plaisir. Sans souffrance. Mais Envy était l'ennemi. Et il avait déjà bien trop baissé sa garde. Il n'en avait récolté que des bleus et des bosses au coeur, et des blessures saignantes au corps. Il essaya de se redresser, s'appuyant sur son bras de chaire sans y faire attention, et la douleur le renvoya bouler pitoyablement au sol. Son bourreau tendit la main comme pour l'aider, mais la retira presque instantanément, comme s'il avait été brulé par quelque chose d'invisible. Sa honte, peut-être ? Il continuait de fixer le sol, triturant un des champignons phosphorescents, ne laissant échapper qu'un faible gémissement de temps en temps qu'il lui semblait impossible de contenir. Ses longs cheveux sombres empêchaient l'alchimiste de voir s'il s'était réellement calmé et il n'osa donc plus bouger. Puis, finissant par en avoir assez, il se leva difficilement, tout endolori. Heureusement toutes ses côtes étaient intactes, à première vue du moins. Il épousseta ses vêtements tout en tentant de cacher sa souffrance. Au moment de gagner la sortie, Envy l'interpella.

« Edward... Je suis désolé. »

« Je sais. » Et il sortit sous le ciel étoilé.

Fin du Chapitre Trois.

Par LadySade.