Bonjour tout le monde !

Je vous présente ma fic AC rating T, dont les deux personnages principaux sont Altaïr et Malik !

L'univers et les perso (à l'exception de la servante) appartiennent à UBISOFT

Bonne lecture !


Le cycle de l'éternité - partie 1

La graine de la haine

- Maître ! cria le garde en interrompant la discussion qui se tenait dans le bureau d'Al-Mualim, grand maître des Assassins.

Le vieille homme borgne se tourna et fixa l'intrus de son seul œil valide.

- Nous sommes attaqués, poursuivit-il affolé, Robert de Sablé fait le siège du village !

Les traits d'Al-Mualim se crispèrent, il déclara d'une voix pourtant calme :

- Il cherche l'affrontement, bien, ne le décevons pas. Prépare la forteresse !

- J'y coure Maître.

Le garde repartit en courant. Le vieil homme se tourna vers Altaïr.

- Quant à toi, descend au village et repousse l'envahisseur ! Cette discussion est close pour l'instant.

- Oui, Maître, répondit froidement l'assassin d'élite en se détournant.

Al-Mualim, ainsi que Malik le regardèrent sauté dans l'escalier et disparaître. Le jeune Assassin blessé haletait, son sang coulant toujours de son bras lacéré, couvert de sable et de caillot de sang coagulé. Il avait parcouru la distance qui séparait Jérusalem de Masyaf en seulement une journée et demie et avait perdue beaucoup de sang.

Al-Mualim lui tournait toujours le dos lorsque sa vision se brouilla. Son corps le brûlait et la douleur irradiait de son bras, une douleur comme il n'en avait encore jamais connue. Il s'effondra sur le sol dallé.

Le vieillard se retourna et, prenant conscience de se qui se passait, se précipita vers le jeune homme, s'agenouillant à côté de lui.

- Garde ! Garde, appelé un médecin ! appela-t-il, sans toutefois s'affolé.

Malik n'était pas le premier de ses hommes à rentré mal en point et à tomber dans les vapes - voir à trépasser - dans son bureau.

Rapidement, des hommes arrivèrent et, suivant les instructions du vieil homme, portèrent Malik jusqu'à une pièce sombre, l'allongeant sur une table de bois.


Au village, Altaïr jouait de sa lame contre les hommes de Robert de Sablé. Il s'attendait à mieux de la part des hommes du Templier, mais il n'opposait qu'il bien piètre résistance. Tant mieux ! Altaïr n'avait pas l'esprit à ce qu'il faisait. Ses pensées étaient tournées vers Malik. La joie qu'il avait ressentie en voyant son camarade entrer dans la pièce, puis la terreur ! La blessure qui striait le bras du jeune Assassin semblait profonde, qu'allait-il lui arriver maintenant ?


La fièvre qui embrasait son corps le faisait terriblement souffrir, mais pas autant que la blessure elle-même. Il brûlait vif, mais gelait en même temps, sa vision était trouble. Des gens s'affairaient autour de lui, parlait fort, mais tout n'était qu'ombres et bruits indistincts.

Ont avait retiré sa tunique, son corps était maculé de sang et de sueur. Sa respiration était forte et rapide, comme celle d'un mourant. Allait-il mourir ? Peu importait, du moment que la douleur disparaisse !

Un homme vêtu d'une toge blanche et d'un tablier sale s'approcha et tira son bras sur le côté. La vive douleur arracha un cri à Malik. Une jeune femme lui attachait l'autre bras, ainsi que les jambes à la table, pour qu'il ne se débatte pas. Le médecin passa un garrot au bras blessé et serra de toutes ses forces autours du biceps, arrachant un nouveau cri au blessé.

La jeune femme lui tamponnait le front avec de l'eau fraîche pendant qu'un homme lui passait un bol d'encens sous le nez pour l'apaiser, mais cela ne marchait pas. La voix du médecin se fit entendre :

- On ne peut plus attendre, sinon l'infection gagnera tout son corps !

En effet, sous l'épaisse couche de sang et de sable mélangé, la plaie s'était déjà infectée. La chaleur de Syrie n'y avait pas aidé. Le bras gauche de Malik se gangrénait d'heure en heure et la septicémie guettait.

L'assistante se pencha à son oreille et, d'une voix douce et rassurante, lui murmura en tamponnant toujours son front brûlant :

- Seigneur Malik, je sais que vous soufrez énormément.

Malik ne répondit pas, se contentant de gémir, un flot de larmes ininterrompues coulant de ses yeux rougis.

- Nous allons devoir vous amputer, je suis désolée. Mais si nous ne le faisons pas, vous mourrez, emporté par la fièvre.

Etait-ce sensé le rassuré ? Au moins, elle était honnête. Elle tira un objet du guéridon à côté d'elle et le mis sous ses yeux, le pressant légèrement contre ses lèvres.

- J'aimerais que vous mordiez ce morceau de bois, sinon, vous risquez de vous sectionner la langue pendant l'opération.

Fermant les yeux, Malik consentit à ouvrir la bouche et mordit le bâtonnet entouré de cuire que lui tendait la jeune femme dont il n'arrivait à percevoir qu'une vague ombre. Une ombre avec une voix d'ange, se dit-il.

Il sentit une main douce prendre la sienne, du côté encore valide, puis la voix de la jeune femme.

- Allez-y !

Le chirurgien pris une scie sur le guéridon et, la plaçant sous le Garreau, entama l'opération.

La douleur embrasa Malik, il poussa un hurlement qui se répandit en écho dans toute la forteresse. Puis les ténèbres s'abattirent sur lui et il sombra dans l'inconscience.

Il ne vit pas son bras se détacher de son corps lorsque le dernier coup de scie fut donné, il ne vit pas non plus lorsque l'on appliqua le fer brûlant contre la plaie pour la cautérisé - bien que son corps fut pris de spasmes à cet instant. On lava son corps et on lui enfila des vêtements de convalescence : un pantalon de lin et une chemise fine que l'on laissa volontairement dégrafée pour éponger plus aisément les sueurs de la fièvre. Car la fièvre demeurerait, aussi longtemps que le corps ne serait pas habitué à la disparition d'un membre. Les prochains jours s'annonçaient bien difficiles pour Malik, s'il survivait à la pénible épreuve de la fièvre, il devrait réapprendre à vivre.

On le transporta dans une pièce plus calme, une chambre de convalescence composée de murs blancs, d'un lit aux draps propres, d'un guéridon et d'une chaise pour celui qui veillerait sur lui.


Altaïr avait réussi, les troupes de Robert de Sablé étaient en fuite. Une pluie de troncs d'arbres les avait mis en cavale et l'Assassin s'en était réjoui. Mais la suite ne s'était pas déroulée comme il le souhaitait.

Al-Mualim l'avait dans un premier temps félicité d'avoir brillement repoussé l'ennemi, puis son ton s'était raffermi et il en était revenu au sujet de leur précédente discussion. Il lui avait à nouveau reproché sa vanité et son manque de discernement. Son impulsivité et son orgueil avait manqué de provoqué la chute de la fraternité. A l'en croire, tout était de sa faute.

A la fin de l'entretien, qui s'était déroulé sur le parvis de la forteresse des Assassins, Al-Mualim l'avait poignardé, et il avait sombré, persuadé de mourir.

La mort aurait été moins pénible que le réveil. Al-Mualim l'avait frappé au ventre, en prenant soin de ne toucher aucun organe. La lame enduite de drogue l'avait plongé dans une profonde torpeur, le temps qu'un médecin pense la blessure et le transporte dans une chambre. Puis le jugement s'était abattu.

Dégradé, réduit au rang de novice ! Son humiliation était totale. Il avait serré les poings durant tout le sermon du maître. Il s'était fait mal à la mâchoire à force de serrer les dents.

- Tu partiras dès l'aube pour Damas, ordonna Al-Mualim, maintenant, vas te reposer !

- Oui, Maître, avait répondu froidement l'Assassin en se tournant pour partir.

Il descendit rapidement l'escalier et sortit dans le jardin à l'arrière de la forteresse. Là-bas, dans la partie la plus reculée, se trouvait son lieu préféré. Ici, près de la barrière donnant sur la falaise qui plongeait abruptement vers la rivière, ce trouvait le lieu de repos favori d'Altaïr.

Il s'approcha de la balustrade et posa ses mains sur la bordure de pierre blanche, se penchant en avant pour visualiser les eaux calmes de la rivière, celles par lesquelles tout avait commencé. Il y avait si longtemps de cela.


A l'époque, il était encore un enfant solitaire, personne ne voulait sympathiser avec un enfant au sale caractère. A cette époque, Altaïr était encore empli d'une profonde colère. Comme tout enfant destiné à devenir un jour Assassin, on l'avait retiré à la garde de ses parents dès le plus jeune âge. Une rupture qu'il avait du mal à supporter. Comme il était encore en bas âge, on le laissait parfois vagabonder dans Masyaf, en dehors des heures d'entraînement. Mais il n'avait aucun ami, jusqu'à ce jour...

Alors qu'il jouait près de la rivière, il était tombé à l'eau. Il n'avait bien sûr pas pied dans le méandre, et le contre courant l'empêchait de regagner la rive. De plus, il ne savait pas nager. Il s'était débattu et avait hurlé à l'aide, absorbant de grande gorgée d'eau au passage. Il s'était cru perdu, près à abandonner, lorsque qu'il était arrivé.

Un jeune garçon de son âge, qui avait courut et avait sauté à l'eau pour le secourir. Il l'avait aidé à regagner la rive, puis l'avait consolé de la terrible peur qu'il venait de vivre. Son nom était Malik, et ce jour là, ils étaient devenus amis.

Par la suite, ils étaient tous deux entrés en formation pour devenir Assassins, suivit deux ans plus tard par Kadar, le cadet de Malik. Puis était venu la promesse.

C'était ici, dans la partie la plus reculée du jardin, au-dessus de cette rivière qui les avait rapprochés. Ils s'étaient jurés de toujours veiller l'un sur l'autre. Mais ce n'était plus qu'un souvenir lointain.


Debout, immobile, Altaïr sentit des larmes monter. Il ne devait pas pleurer ! Le Maître leur avait toujours répété qu'un Assassin ne pleurait pas ! Pourtant, le sentiment horrible qui l'envahissait à présent manqua de le faire céder. Il avait brisé cette promesse qui lui était si précieuse. Al-Mualim, les autres "frères", Malik, tous lui avaient dit que son orgueil le ferait tomber, et ils avaient tous eu raison ! C'était une double blessure qui entravait désormais son cœur. Son amour-propre était blessé, mais plus grave encore, il avait failli perdre son meilleur ami...

Soudain, un éclair de lucidité le ramena à la réalité. Et Malik ? Que lui était-il arrivé pendant l'assaut de Robert de Sablé ? Où l'avait-on emmené ? Et son bras ?

Ô mon dieu, son bras ! Altaïr se rappela, pris d'un profond malaise. Il avait bien vu le bras, sous le tissu déchiré et gorgé de sang, pendant de façon désarticulée, gonflé. Avait-on pu le soigner, ou alors ? Il devait savoir, absolument !

Se retournant, il commença à se presser en direction de la demeure de la Confrérie. Dans une partie légèrement en retrait de l'aile droite se trouvait la salle de médecine et les chambres de convalescences, on y avait sans doute amené le jeune homme.

L'Assassin se fraya un chemin le long du couloir, slalomant entre les guérisseuses. Leur travail était de prodiguer les soins nécessaires aux malades et aux blessés, ainsi que de leur tenir compagnie. Le moral était très important pour le rétablissement, une pratique que seul Al-Mualim avait instaurée. Ses prédécesseurs à la tête de la Confrérie étant beaucoup moins à l'écoute de leurs protégés. Le vieil homme borgne était un géni révolutionnaire. Sous son autorité, la Confrérie avait grandement avancé et pris en assurance. Mais là n'était pas le sujet.

Altaïr interpela une des jeunes filles qui passait à côté de lui. Elle n'avait visiblement que vingt printemps, un visage radieux, de beaux et longs cheveux de couleur corbeau, une peau claire, et un regard intense, avec des yeux couleur olive.

- Paix et sérénité ma sœur, pourriez-vous me dire si Malik Al-Sayf se trouve ici ?

- Paix et sérénité mon frère. C'est moi qui suis en charge de Malik Al-Sayf, que désirez-vous savoir de lui.

- Où est-il ? Que lui est-il arrivé ?

Sa voix vibrait d'une inquiétude contenue. La jeune fille lui sourit tristement.

- Lorsqu'on nous l'a amené, il était déjà trop tard...

- Comment ça, trop tard ? s'exclama Altaïr, affolé.

- Moins fort... trop tard pour son bras. Nous avons dû amputer, sans quoi l'infection aurait gagné tout son corps.

L'Assassin soupira, il ne savait pas s'il devait se réjouir que son ami soit en vie ou pleurer pour son bras.

- Est-ce que je peux le voir ?

- Si vous voulez, mais je vous préviens, il est encore mal en point. Vous ne pourrez pas lui parler si c'était là votre idée.

A nouveau, elle lui adressa un sourire triste, puis l'invita à la suivre. Ils prirent un escalier et passèrent à l'étage, dans un couloir similaire. Après quelques mètres, elle se tourna vers une porte et l'ouvrit doucement. Ils pénétrèrent dans la pièce baignée de lumière dans un silence presque palpable, puis elle referma le panneau de bois.

Malik était là, allongé sur le lit, les draps couvrant uniquement ses jambes, la chemise défaite. Son corps luisait de transpiration et il haletait, les yeux fermés, visiblement en proie à une lutte contre la fièvre.

Les yeux d'Altaïr s'attardèrent sur le visage de son ami, puis glissèrent sur le moignon de son bras gauche, et l'horreur le saisit. Il ne restait plus qu'un court bout d'avant bras, enveloppé dans des bandages déjà imbibé de sang et de lymphe.

La jeune fille s'approcha du lit, déposa le pot d'eau qu'elle transportait sur le guéridon, puis tira à elle la chaise pour s'assoir près de son patient. Elle posa sa main sur le front de Malik - qui semblait souffrir atrocement, puis lança un regard à Altaïr en déclarant.

- Il est encore brulant de fièvre. Tout se joue maintenant pour votre ami.

- Que voulez-vous dire ?

Il le savait très bien mais était trop choqué pour penser logiquement.

- L'amputation à été pratiquée de manière très propre, la coupe est nette et la cautérisation a été parfaitement réalisée. Il s'en remettra et pourra vivre presque normalement... s'il survit à la fièvre. Il est désormais seul. Nous pouvons bien sûr le soulager et aider son corps à rejeter le mal par des drogues, mais c'est à lui de lutter à présent.

Il y eut un court silence, puis elle se demanda à haute voix, pour elle même.

- Tout de même, je me demande ce qui a bien pu lui arriver...

- Moi, je le sais.

Elle lui lança un regard interrogateur, s'arrêtant un instant de tamponner avec un linge humide le torse de Malik.

L'Assassin s'approcha d'elle et, s'agenouillant auprès du lit, lui prit doucement le linge des mains pour rafraîchir son ami. Tout en faisant cela, il se confia. Alors qu'il déballait toute l'histoire, avouant ouvertement ses tors et sa culpabilité, les larmes coulèrent le long de ses joues, sans qu'il ne puisse les contenir. Honteux, il se cacha le visage d'une main, et la charmante jeune fille lui prit l'autre, pressant doucement cette main rugueuse de façon compatissante. Elle le fixait avec des yeux qui se voulaient, et était sincèrement, réconfortant.

- Je dois aller m'occuper des autres. Vous pouvez rester ici aussi longtemps que vous le voudrez.

Elle lâcha lentement la main en se relevant, puis se dirigea d'un pas calme vers la porte. Ajoutant avec un sourire avant de sortir :

- Continuez de le rafraichir. S'il reprend conscience, donnez lui à boire, il doit s'hydrater.

Puis elle sortit, laissant Altaïr seul avec sa culpabilité avouée. Il se sentait un peu mieux de s'être confié, mais ce qui lui importait était de savoir si Malik allait s'en sortir, et s'il lui pardonnerait un jour.


Bien plus tard, alors que la nuit était déjà tombée et que la chambre était éclairée uniquement par le clair de lune, Altaïr se réveilla d'un court assoupissement, tiré de sa torpeur par des murmures. Il se demanda un instant s'il rêvait, puis identifia la source du bruit. Malik semblait parler dans son délire fiévreux. L'Assassin s'approcha donc de la couche et tendit l'oreille. Le jeune homme semblait cauchemardé, mais une phrase revint trois fois, et Altaïr la grava dans son esprit avec une profonde tristesse.

- Laissez-moi... Laissez-moi l'enterré... Laissez-moi enterrer mon frère...

Profondément bouleversé, le cœur et la gorge sérés, l'Assassin caressa la joue de son ami du bout des doigts, puis sortit de la pièce.

Il descendit rapidement l'escalier et alla trouver la jeune fille qui était de garde dans les couloirs pour veiller au bien être des convalescents. En le voyant arriver, elle lui demanda ce qui se passait.

- Je pars en mission à Damas, mais je dois d'abord faire quelque chose à Jérusalem. Je vous confie Malik, veillez sur lui.

- J'y veillerai, seigneur Altaïr.

Et l'Assassin partit en silence dans la nuit e Syrie, galopant sous une lune presque pleine.


Trois jours plus tard, Altaïr pénétra dans la salle secrète du Temple de Salomon. Les corps des templiers étaient toujours lé, pourrissant lentement. Sans peine, l'homme repéra le cadavre qui l'intéressait. Vêtu de ses habits de novice, Kadar Al-Sayf gisait toujours dans une marre de sang séché. Le bras droit tendu vers 'avant, il était allongé face contre terre, dans la position où il était mort. Le trou dans sa nuque indiquait qu'il avait été achevé au sol, transpercé par la lame d'un templier.

Ses yeux encore ouverts s'étaient desséchés, sa peau s'était flétrie et une forte odeur de décomposition infestait la pièce. Les mouches étaient légion autour des cadavres, mais Altaïr avait déjà eu vu des choses bien pires.

Il s'approcha lentement, sentant un poids tomber sur lui. Il affrontait sa propre erreur en ce moment. Il s'agenouilla auprès de la dépouille et lui ferma les paupières, psalmodiant une prière en arabe pour le repos de l'âme du défunt. Puis, tirant d'une sacoche un linceul blanc et des essences, il entreprit d'embaumer le corps du novice. Après l'avoir enduit des parfums et des onguents, il l'enveloppa avec respect dans le linceul, veillant à le ficeler correctement.

Se relevant enfin, Altaïr chargea le corps de Kadar sur ses épaules, puis remonta vers la surface. Il sortit discrètement de la ville, puis emmena la dépouille jusque dans les collines. Là, il creusa un trou profond, cherchant à expier à chaque pelletée, sentant la frustration, la colère, la peine monter en lui.

En déposant dans la tombe le frère de son ami, Altaïr ne pu s'empêcher de verser des larmes. Elles avaient un goût amer, ces larmes si longtemps refoulées. Avant de commencer à reboucher le trou, l'Assassin se pencha sur la momie et murmura en pleurant :

- Pardonne-moi Kadar... Pardonne-nous de la bêtise dont nous avons fait preuve, tous.

Puis il remit la terre en place, et déposa des rochers en cercle au-dessus de la sépulture.

Il resta assis près d'elle jusqu'au levé du soleil. Il avait du agir de nuit pour que personne ne le surprenne. Après quoi, il reprit la route de Damas, décidé à changer.


Combien de temps était-il resté inconscient, se demanda Malik en ouvrant péniblement les yeux. La fièvre était retombée, mais il était resté dans un semi-coma presque six jours. Il voulu se relever en s'appuyant sur son bras gauche, mais n'y parvint pas. Son membre semblait ne plus lui répondre. C'est alors qu'il se disait ça que son regard tomba sur la terrible vérité. A la place de son bras gauche se trouvait un moignon enrobé de bandelettes.

En le voyant, l'horreur se saisit de lui et il poussa un cri, qui ne franchi jamais sa gorge. Ses cordes vocales étaient tellement tendues qu'aucun son ne montait de sa gorge. Affolé, il chercha à se redresser, mais son corps était encore faible et il ne parvint à se mettre en position assise qu'à grand peine. Il fouilla la pièce du regard, comprenant immédiatement où il était.

Au même moment, une jeune femme entra dans la pièce et parut surprise en voyant son patient relevé. Elle s'approcha rapidement du lit et prit doucement Malik par les épaules.

- Seigneur Malik, du calme. Vous ne devriez pas vous relever tout de suite, vous êtes encore trop faible.

- Je ne suis pas faible, répondit-il dans un murmure étouffé.

Il avait beau dire cela, son corps suivit sans résistance la légère pression qu'elle appliquait sur ses épaules pour le faire se rallonger. Avec un sourire doux, elle contourna le lit et vint s'assoir sur la chaise auprès de lui. Elle prit le pichet sur le guéridon et versa un gobelet d'eau, le tendant à Malik et lui suggérant de se réhydrater. Il prit le verre d'une main tremblante, elle l'aida en la lui tenant serrée.

Après cela, elle lui expliqua ce qui s'était produit après son évanouissement, comment s'était déroulé l'opération et comment il avait eu à lutter contre la fièvre. Puis, elle lui coupa de petit bout de fruits et les lui donna à manger, ainsi que de la mie de pain. Ensuite, elle prit congé de lui et le laissa se reposer encore. Il ferma les yeux, cherchant le sommeil, mais ce furent les images du Temple qui ressurgirent dans sa mémoire.

Il revit très précisément son frère, à terre, tendant sa main implorante vers lui. Puis la lame s'abattant dans sa nuque... Malik se redressa brusquement dans son lit, manquant de lâcher un cri d'effroi. Il plongea son visage dans sa seule main et se laissa aller à sangloter. Son bras amputé le faisait souffrir encore, il avait l'impression que le moignon brûlait.

Dans sa tête et dans son cœur, des sentiments se mêlaient et s'entrechoquaient. Tout d'abord, la peine, la tristesse, la douleur. Puis vint la colère.

Tout était de la faute d'Altaïr ! Son bras, son frère... oui, il fallait bien un responsable, est seul Altaïr était fautif. Pourtant, il l'avait prévenu du danger qu'il prenait. Mais l'Assassin ne l'avait pas écouté, cela faisait longtemps qu'il ne le faisait plus. Dés le jour où son ami avait été promu maître assassin, son orgueil et sa vanité l'avait englouti tout entier, et Altaïr n'avait plus jamais été le même.

Il avait pris de gros risques dans le Temple de Salomon, bafoué le crédo et, pire, il avait rompu sa promesse d'autrefois. Ils étaient censés veiller l'un sur l'autre, toujours ! Mais ça aussi, il l'avait oublié ! Et ça, c'était impardonnable ! Altaïr l'avait trahi, lui qui était bien plus qu'un ami...

Un frère ?

Plus maintenant en tout cas !

Il serra les dents en pensant à tout cela. Quelque chose venait de se produire en lui. La colère qu'il ressentait abreuvait le germe de la haine, et cet graine grandissait et enserrait son âme. Tels des chaines de ronces, les boutures enserraient déjà son âme et son fruit - la vengeance - mûrirait inéluctablement s'il ne se calmait pas. Il en avait parfaitement conscience.

Malik se releva tant bien que mal, décidé à aller voir le Maître de suite pour lui demander de l'affecter ailleurs. Il se mit debout en titubant légèrement, s'appuyant contre le mur. Il essaya de refermer les boutons de la chemise, mais à une main, il n'y parvint pas. Sortant de la cellule de convalescence, il longea le couloir en se cramponnant aux pierres des murs. Rester debout l'épuisait, mais ce sentiment qui le rongeait le faisait tenir.

Al-Mualim leur avait toujours répété durant les leçons que la haine et la vengeance ne conduisaient à rien de bon, et que ces deux choses finissaient toujours par détruire la personne qui les éprouvait ainsi que tout ce en quoi il tenait.

Peu importait !

Il n'avait déjà plus rien...

A suivre ...