Voilà le chapitre 2 du cycle de l'éternité, j'espère qu'il vous plaira ! Toujours en rating T, et je ne pense pas que ça changera.

Pour information (des fois que ça en interesserait certain/e/s, le nom de la servante, Assia, signifie "celle qui veille sur" en araméen.)

Bonne lecture


Le cycle de l'éternité - partie 2

Rancœur

Cela faisait maintenant un bon mois que Malik avait perdu son frère et son bras gauche. Par moment la douleur le reprenait et il devait alors consommer des drogues pour la calmer. Mais il n'avait pas l'intention de se laisser abattre par cette ennemie traitreuse. Il commençait à être habitué à elle. Bien sûr, il lui restait encore beaucoup à réapprendre. Désormais, il ne pouvait plus faire les choses qu'avec une main et cela l'agaçait énormément.

Al-Mualim, lorsqu'il l'avait vu rentrer dans son bureau à peine une semaine après l'accident avait été fort surpris de l'incroyable volonté dont il faisait preuve. L'Assassin avait alors supplié son Maître de le faire quitter la forteresse de Masyaf. Quand le vieux borgne lui avait demandé les raisons de cette requête, Malik lui avait expliqué la haine qu'il éprouvait pour son ancien meilleur ami. Avec un soupçon de regret dans le regard, le vieillard lui avait répété que la haine menait à la destruction et qu'il devait s'en défaire au plus vite. Après une longue réflexion, il avait finalement consenti à éloigner son Assassin le plus sage de la source de sa colère, espérant qu'elle s'estomperait avec le temps.

Malik était partit des le lendemain pour la ville sainte de Jérusalem. Al-Mualim avait estimé que se trouver dans la ville où sa vie avait basculé l'aiderait. Le Maître de la confrérie lui avait accordé la fonction de Daï, le rend supérieur des Rafik. Son travail serait désormais celui d'érudit. Il devrait passer son temps à glaner des informations dans la ville via ses espions et étudier attentivement différents ouvrages afin de pouvoir renseigner les Assassins en mission dans la cité.

Pour l'aider dans les premiers temps, Al-Mualim lui avait donné Assia - la jeune femme qui l'avait soigné - comme assistante. Malik avait d'abord refusé, mais le vieux maître avait insisté, et l'avait convaincu après lui avoir rappelé qu'il ne parvenait même pas à boutonner lui même sa chemise d'une main.

Finalement, le Daï ne regrettait pas d'avoir accepté la jeune femme. Elle s'était montrée très patiente, malgré les plaintes et la sale humeur de son protégé. Elle l'avait assisté durant le début de sa rééducation et encouragé dans ses progrès constants. Elle refaisait également ses bandages, soignait la blessure, et s'occupait de tenir la maison attenante au bureau des assassins. Malik devait reconnaitre qu'elle lui était d'un grand réconfort, elle écoutait ses plaintes et le rassurait. De plus, bien qu'omniprésente, elle se faisait le plus discret possible et tâchait de le laisser faire seul le plus de chose possible afin qu'il garde une impression d'indépendance.

Oui, tout allait bien. Le jeune homme commençait à reprendre un peu goût à la vie et se forçait d'oublier cette triste histoire.

Pourtant, tout bascula en quelque secondes.

La journée avait été chaude comme d'habitude, mais aucun "frère" n'était passé au bureau. Il en avait profité pour aller se promener et se sentait d'humeur presque joyeuse. Cependant, le soir venu, alors qu'il s'apprêtait à fermer la trappe donnant accès à la cour intérieur, un pigeon pénétra dans le bureau. Il vint se loger directement dans l'une des cases du pigeonnier, attendant que l'on prenne le message attaché à sa patte. Malik le détacha et blêmit en lisant les mots d'Al-Mualim.

Altaïr allait venir à Jérusalem. Le vieux Maître lui avait confié une mission d'assassina et demandait au Daï de tout faire pour l'aider à réussir dans l'accomplissement de sa tâche. Il lui demandait de mettre sa rancœur de côté pour le bien de la Confrérie.

A nouveau, il sentit les chaines de ronces s'enfoncer dans son âme, un peu plus, toujours plus...

Laissant échapper un long soupir, il rentra dans le bureau et se plaça derrière son comptoir, glissant la lettre d'Al-Mualim dans le journal qu'il tenait quotidiennement. Ses pensées s'égaraient et la colère grondait dans sa chère. Le souvenir de cette mission échouée qui avait couté la vie à son frère et lui avait fait perdre un bras ressurgi, aussi vivant qu'au premier jour. Et le pire, c'est qu'il n'avait même pas retrouvé le corps de Kadar (lorsqu'il était retourné au Temple de Salomon) et ne pouvait donc pas lui offrir une sépulture descente.

Il eut envie de pleurer, mais s'en abstint. Le Maître leur avait autrefois instruit qu'un Assassin ne pleurait jamais. Quel Assassin ? Il n'était plus que Daï, un rang tout à fait honorable, mais très loin de ce qu'il avait toujours appris à être.

Enfin, il devrait faire avec. Altaïr avait une mission et son devoir en tant que chef du bureau de Jérusalem était de l'aider à la mener à bien. Soit, il l'attendait de pied ferme.


Altaïr su dès qu'il pénétra dans le bureau qu'il n'était pas le bienvenu, il lâcha pourtant l'habituel salut :

- Paix et sérénité, Malik.

- Être serein avec toi dans les parages, pas facile, répondit froidement son frère.

L'Assassin ferma les yeux une seconde, prenant contenance pour ne pas riposter à cette pic. A près tout, il le méritait, il le savait. Il s'approcha du comptoir et expliqua calmement ce qu'il devait faire en ville. Malik lui donna à contrecœur les informations dont il avait besoin. Altaïr remercia son ancien ami et, au moment où il allait s'en aller, s'arrêta sur le pas de porte sans se retourner.

- Qu'y a-t-il encore ? s'énerva Malik, qui avait hâte de voir partir ce gêneur.

L'Assassin jeta un rapide coup d'œil en arrière, souhaitant trouver quelque chose à lui dire. Un mot gentil, une excuse valable, un repentir sincère. Mais il ne trouva rien. Soupirant, il quitta la pièce, laissant le Daï perplexe.

En sautant de toit en toit, Altaïr se répéta que les choses finiraient sans doute par s'arranger. Bien sûr, pour le moment Malik était encore en colère contre lui, mais le temps finirait par le calmer, et c'est à ce moment qu'il pourrait lui faire ses excuses. C'est du moins ce qu'il espérait du plus profond de son être. Il ne supportait pas de se disputer avec son ami. Enfin... son ancien ami, apparemment. Ils avaient toujours été en symbiose, toujours collé ensemble, l'un pensant la même chose que l'autre, finissant la phrase commencée par l'autre, l'un veillant sur l'autre... Sauf cette fois, cette malheureuse et unique fois.

- Pardonne-moi, murmura l'Assassin pour lui-même en se glissant au cœur d'une procession de savant.


Dans son bureau, Malik tentait de se calmer, il n'avait pas envie de se laisser dévorer par cette haine qui se répandait tel un poison dans son corps. Il en avait vu tant succomber à elle à Masyaf, et les rares qui lui survivaient finissaient complètement fous.

Il essaya encore de la repousser, tout le reste de la journée, tâchant de se concentré sur ses cartes et ses livres. Mais il n'y parvint pas. Elle continuait de gagner du terrain, et le souvenir de son frère ressurgissait au milieu de ce fouillis de sentiments. Oui, il en voulait à Altaïr. Pas pour son bras, pas pour la mort de son frère. Lui et Kadar s'étaient laissé prendre de manière stupide, et leur vocation impliquait le risque d'une mort subite.

Non, rien de cela. Il existait une raison encore plus profonde à cette haine qui le rongeait. Une chose qui lui avait brisé le cœur, l'empêchant d'esquiver le coup qui lui avait coûté un bras. Mais jamais il ne raconterait ça, il le garderait pour lui. Mais en effet, Altaïr lui avait tout pris, vraiment tout !

Fermant les yeux pour prendre contenance, il ne se rendit même pas compte qu'il s'était assoupi.


Altaïr déambulait dans la ville sainte, cherchant les renseignements dont il avait besoin. Il exécutait son travail avec autant d'habileté qu'à l'accoutumée, mais son esprit était ailleurs. Ses pensées étaient focalisées sur son meilleur ami... enfin, ex-meilleur ami. Les retrouvailles n'avaient pas été comme ils si attendait. Bien sûr, il n'imaginait pas que Malik l'accueil avec le tapis rouge et un bouquet de fleurs, mais il avait espéré qu'après un mois, sa peine se soit un peu atténuée.

Après tout, se dit-il, il méritait amplement le mépris que lui vouait le Daï. Mais cela le peinait néanmoins. Il n'avait jamais supporté de se disputer avec son compagnon d'arme. Mais le cas présent dépassait la simple dispute d'adolescent, comme il y en avait eu plein par le passé.

L'Assassin leva les yeux et plongea son regard dans le soleil de fin d'après-midi. L'astre du jour déclinait lentement vers les collines de l'ouest, là où se trouvait la tombe de Kadar...

Soupirant, Altaïr décida de s'y rendre afin de s'y recueillir. Les morts ne répondaient pas aux grandes questions qui leur étaient souvent posées, mais au moins, ils écoutaient sans critiquer, et sans interrompre. Des psychiatres gratuits en quelque sorte... bien que la psychanalyse n'exista pas encore en ces temps reculés.

Se dirigeant vers la sortie de la ville, il évita habilement les gardes, déroba un cheval à l'écurie devant les remparts, et partit pour les collines. Il ne rentrerait sans doute qu'à la nuit tombée.


- Seigneur Malik ?

L'interpelé se redressa brusquement sur son tabouret. Clignant plusieurs fois des yeux, il remarqua Assia, postée dans l'encadrement de la porte intérieur. Reprenant rapidement ses esprit, il lui adressa un sourire en lui demandant ce qui ce passait.

- Je me demandais, savez-vous si le Seigneur Altaïr partagera le repas avec nous ce soir ?

- Pas de "seigneur" pour ce novice ! répliqua hargneusement le Daï.

Il regretta immédiatement d'avoir usé de se ton contre sa si serviable assistante. Baisant les yeux au sol, gêné de s'être ainsi emporté, il répondit plus calmement.

- Je n'en sais rien. J'ignore même s'il va dormir ici.

Il peut bien crever la faim dans une ruelle sombre ! pensèrent pour lui les ronces.

Elle lui adressa un sourire triste et disparut dans la pièce de derrière. Il savait exactement ce qu'elle venait de penser. Plus d'une fois, depuis un mois, elle lui avait conseillé de calmer sa colère et de pardonner à Altaïr. A vrai dire, il aurait bien aimé dissiper cette hargne qui l'habitait nuit et jour, mais il n'y parvenait pas. Quant à pardonner à l'Assassin, il s'y refusait, ce novice ne le méritait pas.

Soupirant longuement, Malik alla tirer le grillage de la trappe, dans la cour intérieur. Après quoi, il alla rejoindre sa servante dans la pièce de vie pour déguster un ragoût d'agneau mijoté avec passion. La particularité du bâtiment était de ne posséder aucune porte donnant directement sur la rue. Une seule porte donnait, depuis la venelle, sur une pièce exiguë, parfaitement vide, à l'exception d'une bibliothèque couverte de poteries. Un passage était dissimulé derrière et donnait sur la cuisine de la demeure. Une échelle permettait d'accéder à l'étage supérieur où se trouvait une chambre pour le Daï. Mais Malik avait laissé cette pièce à Assia, jugeant qu'il serait plus à l'aise dans le bureau. Surtout qu'il avait de grande difficulté à escalader une échelle, à présent.


La nuit était parfaitement tombée à présent, mais Altaïr ne bougea pas. Il restait assis contre un rocher, tout près de la tombe de Kadar. Cela faisait plusieurs heures qu'il était là, immobile. L'air s'était rafraichi d'un coup dès la disparition de l'astre du jour et l'Assassin commençait à avoir un peu froid.

Il se demanda, les yeux fixés sur la tombe, si il devait rentrer, ou au contraire, laisser le plus de distance possible entre lui et son ex-ami. L'idée ne lui plaisait pas vraiment, mais avait-il vraiment le choix ? Il voyait le Daï le haïr et souffrir, alors, si son éloignement pouvait l'aider à oublier...

Après tout, il était vrai qu'ils ne se parlaient plus beaucoup les temps qui avaient précéder l'accident. Altaïr s'était monté la tête après sa promotion au rang de Maître Assassin, et l'arrogance dont il avait fait preuve, il s'en rendait enfin compte, avait grandement contribué à les séparer. Malik, qui l'avait autrefois sauvé, et qui jamais ne l'avait abandonné. Bien sûr, il y avait eut des coups de gueule dans leur amitié, à cause de l'un ou de l'autre. Leur caractères les opposait, ainsi que leurs convictions personnelles, mais cela n'avais jusqu'à présent jamais été un obstacle. Le Daï était un drogué du Crédo, calme et réfléchi, bien qu'il aima persifler à l'encontre de ceux qui l'entouraient. Altaïr était tout l'inverse, à toujours agir avant de réfléchir, très impulsif, avec un certain mépris des règles. Il était du genre plutôt vantard, à aimer les félicitations à l'inverse de son ami qui préférait ne pas écouter les remarques positives afin de ne pas s'enorgueillir. L'Assassin aurait peut être dû prendre exemple de son camarade.

Enfin, ce qui était fait ne pouvait être défait. Malik ne souhaitait visiblement pas encore lui pardonner. Aussi, Altaïr décida de se comporter comme il l'avait toujours fait. Bien que les récents évènements lui ait fait comprendre qu'il devait changer, il se montrerait de marbre. Il s'était autrefois construit cette carapace d'indifférence, pour se protéger des autres, mais aussi de la violence de ses propres sentiments. Bien qu'il ne l'ait plus montré depuis bien des années, il était émotif, un de ses défauts que le Maître n'appréciait pas et qu'il s'était efforcer de résoudre.

Prenant une longue respiration, il se releva, monta en selle et repartit vers la ville. Il avait récolté assez d'informations sur sa proie et pourrait demander la plume à Malik dès le lendemain. Plus vite il aurait fini, plus vite il serait reparti, et mieux ce serait.


Lorsque Malik alla se poster derrière son comptoir, le lendemain, Altaïr ne mit pas plus de cinq minutes à arriver. Le Daï se demanda où le novice avait bien pu passer la nuit, mais les ronces lui soufflèrent de ne pas s'en préoccuper.

- Paix et sérénité Malik.

- Que veux-tu de si bonne heure ? interrogea d'un ton glacial le maître des lieux.

Altaïr s'attendait à cet accueil, mais il ne se laissa pas déstabilisé par l'intonation employée. Sans montrer aucune émotion, il expliqua se qu'il avait appris. A contrecœur, Malik lui tendit la plume, son permis d'assassina. Après s'en être saisi, l'Assassin le salua et partit, sans prendre la peine de se préparer.

La matinée passa sans encombre, sans nouvelle non plus. En milieu d'après-midi, la clameur de l'agitation de la population se fit entendre. Le Daï demanda à son assistante d'aller se renseigner sur ce qui se passait. Bien sûr, il se doutait de ce qui se tramait. Altaïr avait accompli sa mission sans respecter la règle qui leur imposait la plus totale des discrétions. Une nouvelle fois, la colère le gagna, nourrissant un peu plus la haine qui s'enfonçait dans son âme.

Lorsque l'Assassin réapparut dans le bureau, au crépuscule, Malik s'emporta après lui.

- Oui je sais, comme toute la ville d'ailleurs ! Sombre idiot, as-tu oublié une fois de plus ton cerveau, où ignores-tu simplement le sens du mot discrétion ?

- J'ai rempli ma mission, le tyran est mort. Tu devrais pourtant t'en réjouir, sa mort te permet d'étendre ton réseau d'informateur, répondit stoïquement Altaïr en fixant son ami d'un regard vide.

Autrefois, tuer lui procurait énormément de satisfaction, mais la cible lui avait tenu un discourt étrange au moment de sa mort. Il en aurait bien référé à la sagesse de son "frère", mais son énervement prouvait qu'il n'était pas enclin à répondre à ses interrogations. Il devait en référer à Al-Mualim. Lui pourrait sans doute l'éclairer.

Il déposa la plume sur le comptoir, Malik lui tournait sciemment le dos. Lorsqu'il quitta la pièce, son ancien ami ne daigna même pas se retourner.

Ainsi, l'Assassin reprit la route de Masyaf. Il regrettait profondément cette brouille entre eux, mais il le méritait, il le savait. Il espérait du fond de son cœur que Malik finisse par lui pardonner.

Qui savait, avec le temps peut être.

Et si non ?

À suivre...