Voici enfin, après un moment d'attente, la dernière partie du cycle de l'éternité.

Je vous laisse découvrir, en espérant de tout mon coeur qu'elle vous plaise !

Bonne lecture !


Le cycle de l'éternité - Dernière partie

Une tombe

Tout son corps était douloureux. Il venait de se réveiller, et pourtant, il lui fallu un grand effort pour ouvrir les paupières. Que s'était-il passé ? Il se rappelait avoir chuté... et après ? Tout était si confus dans son esprit brumeux. Il avait l'impression de s'être fait piétiner par une armée de chameau... au moins mille têtes !

En entre-ouvrant les yeux, il constata qu'il était dans une pièce sombre, et vu la sensation moelleuse sous lui, il était allongé sur un tas de tapis, une couverture posée sur lui jusqu'au ventre. Il voulait se relever, tourner la tête, mais il n'y parvenait pas. Chaque mouvement qu'il envisageait électrisait tout son corps d'une vive douleur. Douleur ?

Soudainement, il se rendit compte qu'il était en vie ! Mais comment ? Il se rappelait pourtant avoir sauté de la tour, avoir sentit le sol l'attirer, et avoir ressentit une horrible douleur au moment de l'impacte, puis d'avoir sombré dans l'inconscience. Mais alors, que c'était-il passé ensuite ? Comment s'était-il retrouvé là ? Qui l'y avait conduit ? Et lui... que lui était-il arrivé ? Il était là aussi au moment du choc, il s'en souvenait parfaitement maintenant.

A ce moment, une porte s'ouvrit et la lumière qui s'engouffrait dans la pièce lui brula les yeux, le forçant à les refermer. Il poussa un grognement. Quelqu'un s'approcha de lui, il l'entendait. Une main se posa sur son front, une main douce et chaleureuse. Une voix parvint à ses oreilles, une voix douce de femme, une voix qu'il connaissait. Elle vibrait d'émotion, du soulagement, du bonheur, et tant d'autres choses en même temps.

- Vous êtes enfin réveillé, seigneur Altaïr, je suis si soulagée.

- Assia ?...

Il tenta à nouveau d'ouvrir les yeux, et parvint à distinguer les traits de la jeune servante. Penchée au-dessus de lui, des larmes coulaient de ses yeux brillants. Sans somation, elle se jeta à son cou, le saisissant dans ses bras. Il eut mal, mais il était content de la voir et ne s'en plaignit pas. Elle resta un long moment à sangloter de joie. Avec un effort considérable, il leva le bras et lui caressa la tête de la main.

- Vous êtes en vie... sanglotait-elle.

- Mais dans quel état... plaisanta-t-il.

Elle se releva et le regarda avec un sourire ravis. S'il faisait de l'humour, c'était qu'il allait vraiment mieux.

- Ne vous en faites pas, la douleur devrait rapidement se dissiper. C'est à cause des drogues. Bon, je ne vous cache pas que le choc que vous avez pris était particulièrement violent et vos muscles doivent en avoir pâti, mais vous n'avez apparemment rien de casser.

- Combiens de temps... ?

- Vous avez été inconscient durant trois jours.

Trois jours ! Que c'était-il passé durant ce temps ? Les questions se bousculaient dans son esprit, mais une lui semblait plus importante. Il demanda :

- Et lui ?


Malik était assis sur le bord du toit, les jambes dans le vide. Le soleil déclinait vers l'horizon et le ciel se teintait d'orangé. Il gardait les yeux rivé sur la ville qui s'étendait tout autour, admirant la vie qui s'écoulait paisiblement dans ces artères grouillantes. Des enfants jouaient à ce courir après, riant à gorges déployées.

Son esprit s'égarait dans les souvenirs de sa bêtise. Il avait sauté, près à accueillir la mort à bras ouvert. Mais voilà que pendant la chute, Altaïr l'avait rattrapé. A cet instant, le sang du Daï s'était glacé dans ses veines. Il ne voulait pas voir celui qu'il aimait mourir avec lui, non ! Mais l'Assassin avait calculé son coup et avait rectifié le point de chute, visant le chariot de foin. L'impact fut plus violent que ce à quoi Malik s'attendait, mais ils étaient en vie. Enfin, lui était en vie... Altaïr continuait de perdre du sang et était tombé dans les vapes. Assia était ensuite arrivée et les avait ramenés au bureau.

Une porte s'ouvrit, le faisant sortir de ses pensées. Il y eut ensuite un bruit de pas et de béquille s'approchant dans son dos. Il ne bougea pas, sachant pertinemment de qui il s'agissait. Qu'allait-il lui dire ? Il s'était posé la question un grand nombre de fois depuis deux jours, mais n'avait toujours pas de réponse convenable. Les pas s'arrêtèrent dans son dos, puis avec un grognement de douleur, le nouvel arrivant s'assis à côté de lui, fixant à son tout l'horizon sans rien dire. Un long silence s'étala, durant lequel ils contemplèrent tous deux le jeu joyeux des enfants. Enfin, Malik tourna la tête vers Altaïr et son cœur se pinça. Il avait beau l'avoir contemplé à de nombreuse reprise ainsi couvert de bandages, cette fois le remplissait de tristesse. C'était de sa faute s'il était dans cet état. Il ouvrit la bouche, mais l'Assassin lui intima le silence d'un geste calme de la main.

- Je ne veux pas de tes remerciements... ni de tes excuses, Malik...

Sa voix était calme et posée. Cela fit peur au Daï, était-il en colère ? En y pensant, il y avait de quoi. Il l'avait querellé des semaines durant, l'avait menacé de mort et l'avait forcé à sauter de façon irréfléchie du haut de la tour... oui, il y avait de quoi être en colère.

Altaïr continuait de fixer les enfants d'un air impassible. Trop s'était trop ! La culpabilité qui rongeait Malik était insoutenable.

- Altaïr, je sais que je t'ai fais du mal, beaucoup de mal... et je comprends si tu n'acceptais pas mes excuses, mais je te les présente quant même.

Un nouveau silence. Le Daï continua :

- Sans doute ne me pardonneras-tu jamais pour tous ses mensonges, pour t'avoir haï pour me sentir mieux et pour t'avoir entrainé dans ce délirium l'autre nuit mais...

L'Assassin lui intima pour la seconde fois le silence, posant cette fois son indexe sur les lèvres de son camarade. Lentement, il tourna la tête vers son voisin et le regarda droit dans les yeux.

- Ce qui m'énerve, Malik, c'est que tu arrives encore à penser que je puisse t'en vouloir. En disant cela, ses yeux brillèrent d'une lueur étrange, entre la tristesse et la joie. Avec lenteur, mais toutefois dans un mouvement d'une extrême fluidité, il approcha son visage de celui du Daï et déposa ses lèvres contre les siennes. Il savoura ce moment. Malik fut si surpris qu'il ne réagit même pas. Quand son cerveau eut enregistre l'information, il ferma les yeux et se laissa aller à cette étreinte. Après un moment, l'Assassin rompit le contacte et regarda à nouveau son ami droit dans les yeux, lui demandant d'une voix extrêmement sérieuse.

- Ce qui c'est passé l'autre soir m'a permis de mettre de l'ordre dans mes pensées. Je sais aujourd'hui exactement à quoi j'en suis... mais qu'en est-il de toi ?

Pardon ? Est-ce qu'il se passait ce que le Daï croyait qu'il se passait ? Altaïr venait-il de lui faire une déclaration détournée ? Et venait-il de lui demander une réponse ? Mais comment voulait-il qu'il réagisse ? Tout était tellement confus dans la tête du jeune homme, il ne savait vraiment pas quoi dire.

Un long moment s'écoula. Rien ne voulait sortir de la bouche de Malik. Altaïr le fixait toujours droit dans les yeux, attendant sa réponse. Après quelques instants encore, ce dernier soupira profondément et repris sa béquille. Avec un nouveau grognement, il se releva, déclarant d'un ton sans réplique :

- Voilà au moins qui est clair...

Il commença à retourner vers la porte en claudiquant. Le cœur de Malik se mit à battre plus vite et il avait de la peine à respirer. Que devait-il faire ? Il se releva d'un bond, il ne voulait pas le laisser partir comme ça. Il devait trouver quelque chose à dire, absolument, mais quoi ? Et-ce qu'il était seulement sûr de se qu'il ressentait ?

Altaïr s'apprêtait à prendre la porte lorsqu'il sentit que quelqu'un tirait la manche de sa chemise. Il se tourna lentement. Malik se tenait là, les yeux brillants d'émotion. Il était comme un enfant qui aurait peur d'avouer une bêtise.

- Je... Je... je ne sais plus où j'en suis, Altaïr... tout est allé si vite, et c'est tellement confus dans ma tête...

Soupirant longuement, l'Assassin se dégagea de l'emprise de celui qu'il aimait d'un geste un peu brusque.

- Il n'y a rien que je puisse faire pour toi...

Il lança un dernier regard vers le ciel qui virait lentement au violacé, et soupira à nouveau. Il n'aimait pas ce qu'il allait faire, mais il le devait.

- Je repars demain pour Masyaf...

Malik lui lança un regard hébété. Altaïr retourna à l'intérieur, refermant la porte derrière lui, laissant l'autre seul avec ses doutes et ses questions.


Assia attendait, debout derrière le comptoir, que les deux hommes aient fini de discuter. Elle avait entendue une partie de leur conversation par la porte restée ouverte. Quand Altaïr pénétra dans la pièce, elle le regarda avec un sourire triste et soupira. Les yeux de l'Assassin brillaient, humides de larmes contenues. Son expression était celle d'une personne à bout de force.

La jeune femme souleva la partie articulée du comptoir et vint prendre l'homme dans ses bras, espérant lui apporter un peu de réconfort. Les sentiments qu'elle éprouvait étaient étranges et s'entremêlaient. Elle était malheureuse de savoir l'homme qu'elle aimait à jamais perdue pour elle, heureuse de le voir avouer ses sentiments, déçu de son manque de réactivité à l'instant, énervée contre Altaïr qui lui volait son Malik, et en même temps tellement triste pour l'Assassin. Elle lui en voulait, mais elle savait que ce sentiment était réciproque de son côté, et elle ne pouvait pas le haïr, elle n'y arriverait jamais. Ils partageaient tous deux quelque chose. Ils aimaient tous deux la même personne.

- Je suis désolé, Assia...

Ca n'avait été qu'un murmure, mais la jeune femme l'avait entendu. Avec douceur, elle répondit :

- Ne vous excusé pas... Il avait déjà fait son choix depuis longtemps. Et puis... être à ses côté me suffit déjà amplement. Voir son sourire et pouvoir le servir me comble déjà de bonheur.

En disant cela, elle se sentit envahie d'une immense tristesse, mais elle s'était résolue. Les choses étaient faites, et elle se contenterait de rester une simple amie. Elle eut une légère convulsion en voulant retenir ses larmes, Altaïr la prit donc à son tour dans ses bras pour la réconforté. Ils restèrent un instant comme ça, puis l'Assassin brisa le silence.

- Merci pour tout.

Assia renifla en brisant l'étreinte, puis regarda l'homme en essuyant ses yeux d'un revers de la main.

- Ne partez pas...

- Il le faut, Assia...

- Il a encore besoin de vous. Il est perdu...

- Je sais, et c'est pour ça que je dois partir. Temps que je serais là, il ne pourra pas prendre de décision.

Il laissa s'écouler un court silence, puis continua.

- J'ai un dernier service à te demander...


La nuit était maintenant bien entamée, mais Malik restait dehors, assis sur le toit du bureau, observant l'astre sélène décroissant s'élevant dans le ciel nocturne. Sa pâle lumière argentée nimbait les collines au delà des repart. Dans la tête du Daï, tout se bousculait. Il ne savait vraiment plus où il en était. Une certitude, il aimait Altaïr, depuis longtemps déjà. Il avait envie d'être auprès de lui, avec lui, contre lui... mais il avait peur ! Peur du regard des autres, peur des méchancetés qu'ils pouvaient leur infliger, qu'ils pouvaient lui infliger. Bien sûr, il savait pouvoir faire abstraction de ce détail, mais un autre élément entrait en compte.

Kadar. Il était mort en défendant le secret de son frère. Est-ce que succomber à cet amour ne représentait pas une forme de trahison vis-à-vis de son cadet ? Qu'en aurait-il pensé ? Toutes ces questions se bousculaient dans l'esprit fatigué du jeune homme. Lentement, ses yeux commençaient à se fermer tous seuls. Sans doute sombra-t-il dans un demi-sommeil, car en les rouvrant, une couverture était posée sur ses épaules et il devinait une présence auprès de lui. Il tourna la tête de côté et vit sa jeune servante, assise à ses côtés, les pieds dans le vide.

Lorsqu'elle remarqua le réveil de son amour, elle tourna son visage vers lui et lui sourit tendrement.

- Je suis navrée de vous avoir réveillé.

- Ne t'excuse pas, je t'en prie.

Un court silence s'abattit sur le toi. Mali se sentait mal à l'aise. Il connaissait les sentiments de sa servante, et ça aussi constituait une torture pour lui. Elle représentait tout ce qu'il s'était toujours imaginé de la femme idéale. Belle, vive, intelligente, gentille comme tout ! La future mère de ses enfants peut être. Mais il avait beau le vouloir de tout son cœur, souhaiter le plus fort possible, il n'arrivait pas à ressentir d'attirance pour elle.

Ayant senti la gêne et perçu le regard fuyant du Daï, Assia attrapa tendrement les mains de son maître. Elle lui sourit tristement. Elle savait... Même en priant de toutes ses forces, jamais elle n'aurait l'amour du jeune homme. Son cœur appartenait à Altaïr, depuis le début des temps, et pour l'éternité.

Malik ouvrit la bouche, les yeux brillants, prêt à dire quelque chose. Elle secoua légèrement la tête et le coupa avant qu'il n'ait parlé. Sa voix n'était qu'un murmure

- Je sais ce que vous allez dire. Alors de grâce, écoutez-moi avant...

Malik hocha la tête en signe de consentement.

- Je vous aime, Malik. Je vous ai aimé dès notre rencontre et sans doute vous aimerai-je jusqu'à la mort. Mais je sais vos sentiments pour le seigneur Ibn-La'ahad.

- Assia, non...

Les larmes montaient aux yeux du Daï, mais il se retint de pleurer. Un Assassin ne pleurait pas, il avait déjà transgressé cette règle bien des fois ces derniers temps.

- Et je ne me mettrai jamais en travers de votre amour, continua la jeune femme. Si être avec lui constitue votre bonheur, alors je ne m'y opposerai pas et je redeviendrai une simple amie.

A nouveau, le jeune homme voulu parler, mais fut interrompu par l'indexe de la servante sur ses lèvres. S'était la seconde fois aujourd'hui qu'on lui intimait ainsi le silence. Assia le regardait dans les yeux, les siens brillants d'un éclat résolu.

- Je suis heureuse de pouvoir être simplement à vos côtés. Alors ne vous en faites pas pour moi et n'ayez plus de crainte. Vous avez quelqu'un à aimer, alors foncez !

Dans un élan de compassion mêlée de gratitude et d'une profonde tristesse, le Daï prit la jeune femme dans ses bras et l'embrassa sur le front.

- Merci, Assia...

Il rompit l'étreinte et elle lui sourit, mais joyeusement cette fois. Elle se leva et lui intima en tirant sur ses main d'en faire autant. Il obéit.

- Maintenant, il me faut vous montrer quelque chose.

Intrigué, Malik se laissa entrainer lorsqu'elle le tira vers l'intérieur, puis au travers des rues nocturne de la Ville Sainte.


La nuit était bien entamée lorsqu'ils arrivèrent dans les collines, éclairées par le clair de lune. Assia, tira sur les brides de sa monture et celle-ci stoppa sa course. Malik l'imita quand elle descendit de cheval et la suivit entre les roches abruptes. Le chemin était difficile à pratiquer et le jeune homme admira l'incroyable facilité avec laquelle sa servante se mouvait malgré sa robe. Décidément, les femmes de la Confrérie n'étaient pas reconnues à leur juste valeur. Certaine se montraient bien plus douées que les maîtres Assassins. Malheureusement, les lois leur interdisaient d'endosser la fonction d'Ashasheyun.

Après quelques minutes de marche pénible, ils atteignirent une sorte de "clairière", un cirque de pierre au centre duquel se dressait un petit monticule de rochers entassés. Lentement, Malik s'en approcha, ne comprenant pas tout de suite de quoi il s'agissait. Puis, son regard tomba sur la grosse roche plantée debout, au bout du tertre. Gravé dans la roche, de façon assez grossière, des lettre arabes, formant un nom. Le Daï s'approcha encore et lut.

KADAR AL-SAYF

Une vive émotion le traversa et il porta une main à sa bouche.

- Kadar... murmura-t-il.

Il tomba à genoux sous la surprise. Assia s'approcha et lui posa une main sur l'épaule.

- Le seigneur Altaïr m'a demandé de vous emmener ici. Il aurait voulu vous y amener lui même, mais il a finalement trouvé préférable que je m'en charge.

- Comment ?

- Il m'a raconté qu'après l'accident, il est revenu pour lui offrir une sépulture, sachant que les Templiers ne tarderaient pas à retourner dans le Temple de Salomon. Il avait peur qu'ils ne profanent son enveloppe charnelle et est venu l'enterrer ici.

Elle se tut un instant, tâchant de se rappeler ce que l'Assassin lui avait confié. Enfin, elle reprit :

- Il voulait vous y emmener en espérant que cela diminuer un peu la colère que vous éprouviez, mais voyant votre rage, il n'a jamais osé.

Les larmes commençaient à monter aux yeux du jeune homme. Enfin, il retrouvait son frère, lui qui craignait ne jamais pouvoir se recueillir sur sa tombe. Enfin, il allait pouvoir lui parler, et s'excuser...

- Je vais vous laisser seul, dit calmement la jeune femme en lâchant son compagnon. Je ne serais pas loin.

- Merci...

Elle sourit et s'éloigna, rejoignant les chevaux et le emmenant un peu plus loin, de l'autre côté de la but. Elle s'assit contre un gros rocher et s'installa confortablement, allumant une bougie pour pouvoir lire. Elle espérait qu'en se recueillant, Malik pourrait prendre sa décision.


La nuit était avancée à présent et la lune déclinait dans le ciel. L'aube n'était plus très loin. Malik se tenait toujours assis devant le tertre, plongé dans une contemplation silencieuse, il ne savait par que dire, par quoi commencer. Et franchement, n'était-ce pas insensé de parler à une tombe. Les morts entendaient-ils vraiment les paroles des vivants ? Il l'espérait de tout son cœur. Enfin, après un long moment encore, il se décida.

- Kadar, petit-frère...

Il hésitait, mais continua quant même.

- Je ne sais pas si tu m'entends, j'ignore s'il y a vraiment une vie après la mort, si tu n'es pas bêtement perdu à jamais...

Les larmes lui montaient à nouveau aux yeux et se mirent à couler le long de ses joues. Il avait la gorge serrée et ne trouvait pas ses mots.

- Petit-frère... je suis désolé. Je suis tellement désolé ! Toi qui était le seul à savoir, j'ai souhaité ta mort, et voilà le résultat. Pardon, j'ai été un parfait égoïste, je n'étais même pas près de toi quand tu es descendu en terre...

C'était difficile de refouler les sanglots, mais il se maîtrisa du mieux qu'il le pouvait.

- Tu es mort en protégeant mon secret, et je ne pourrai jamais te remercier directement. Kadar, si seulement tu savais comme je me sens perdu sans toi... Il s'est passé tellement de choses ces derniers temps, et je me suis rendu compte que quoi que je fasse, j'aime Altaïr ! Et le pire, c'est qu'il partage mes sentiments. C'est à crever de rire, non ? J'ai mis tant d'énergie à cacher ce côté de moi, à tes dépends, pour finalement découvrir que tout cela était inutile...

Il marqua une pause, tachant de respirer, s'essuyant le visage d'un revers de la manche.

- Je me sens si fatigué, mon frère... et si partagé. Je l'aime et il m'aime aussi, alors je pourrais simplement accepter ça et être avec lui, non ? Mais toi... tu as porté le poids du secret sur tes épaules si jeunes et fragiles... est-ce que ce n'est pas te trahir si je succombe à ces pulsions ? Si seulement tu pouvais me répondre...

Il se laissa choir, face contre terre, pleurant sa culpabilité. Le silence s'abattit sur la colline, enveloppant le Daï. Combien de temps resta-t-il ainsi, sans bouger ? Il n'en avait pas la moindre idée.

Au bout d'un moment, qui lui parut long, il lui parut entendre un murmure, léger, porter par une brise légère.

Je...te...pardonne...

Surpris, il releva précipitamment la tête, regardant partout autour de lui. Avait-il rêvé ? Non, il avait bien entendu "je te pardonne", et c'était le timbre de la voix de Kadar ! Affolé, apeuré même, il se remit debout et regarda la tombe. Non, ce ne devait être que son imagination, ce n'était que le vent et la fatigue. Il s'immobilisa et retint son souffle. Pas de bruit.

Je te pardonne... grand-frère...

Ô Seigneur ! Cette fois, il n'avait pas rêvé ! Enfin peut être si, mais il était sûr d'avoir clairement entendu. Il contempla le sépulcre, le cœur battant. Ce qu'il venait d'entendre l'avait d'abord effrayé, mais à présent il se sentait étrangement rempli d'allégresse. Il ne croyait pas aux fantômes, mais il était sûr d'avoir bien entendu la voix de son frère. Et il lui pardonnait.

Il s'approcha de la tombe et embrassa la pierre gravée.

- Merci, Kadar...

Puis il se précipita hors de la clairière. Le soleil allait se lever, et il savait exactement ce qu'il devait faire à présent.


Altaïr, s'installa sur le dos de son monture. Malik et Assia n'étaient pas encore revenus des collines et l'aube se levait. Le ciel à l'est se tintait déjà de rose. Sans doute n'avait-il pas réussi à se trouver lui-même. Il soupira profondément. Avec un léger pincement au cœur, il fit claquer les rênes et sa jument se lança au trot. Il atteignit rapidement le sommet de la bute, passant sous l'arche délimitant l'entrée du territoire. Il s'arrêta et lança un dernier regard en arrière, espérant voir le Daï arriver, mais il n'en fut rien. Il reprit son chemin, faisant avancer sa monture le plus lentement possible, avec un espoir fou.


Malik entra en trombe dans le bureau, le soleil s'était déjà levé et il craignait que l'Assassin ait déjà pris la route. Fouillant rapidement mais méthodiquement chaque pièce, il ne fit que confirmer ses craintes. Il jeta un regard atterré à Assia. Celle-ci lui offrit un sourire emplit de compassion et le rassura.

- Ne vous en faites pas, le jour n'est levé que depuis peu. Vous pouvez encore le rattraper.

Il s'approcha d'elle, voulant la prendre dans ses bras pour la remercier de tout, mais elle le repoussa.

- Pas de ça, je vous prie. C'est encore trop tôt pour mon cœur.

En se dirigeant vers la porte donnant sur la rue, il lui sourit à son tour et la remercia verbalement. Puis il se précipita à travers les venelles de la cité, rejoignant la porte principale. Les gardes le regardèrent passer sans avoir le temps de réagir. Il sauta en scelle, choisissant un cheval au hasard, lui donna un petit coup de pied dans les flancs et partit au galop.

Il ne lui fallu pas plus de vingt minutes pour le rattraper. Il le vit au bout du chemin, sa monture marchant au pas. Il avait les épaules tombantes de quelqu'un qui avait perdu espoir.

- Altaïr !


Les oreilles de l'Assassin frémirent. Avait-il bien entendu ? Son cœur bondit dans sa poitrine. Il tourna la tête et aperçu le Daï arrivant au galop. Avec allégresse, il stoppa sa monture, descendant de scelle avec un large sourire.

A quelques mètres, Malik stoppa net la cavalcade de son étalon, sauta à terre et s'approcha à pas rapides de lui. Il se planta devant lui et fixa son regard dans le sien. Etrangement, le Daï avait un air féroce et vif. Mal à l'aise, inquiet même, Altaïr se risqua à demander :

- Alors ?

Malik l'attrapa de sa main valide par le col et attira son visage contre le sien, collant ses lèvres aux siennes. Altaïr en fut très surpris et ne sut pas quoi faire. Après quelque seconde, le contact fut rompu et son vis-à-vis plongea à nouveau son regard dans le sien.

- Je sais maintenant à quoi j'en suis !

Altaïr lui sourit et le prit dans ses bras. Il allait exploser de joie. Malik le repoussa cependant.

- Je suis sûr de moi, Altaïr. Je t'aime depuis longtemps et je suis prêt à assumer jusqu'au bout ce sentiment !

- Moi aussi Malik, je t'aime depuis toujours.

Cette fois, ce fut lui qui fut coupé par le doigt du Daï.

- Altaïr, avant d'aller plus loin je veux que tu me confirme quelque chose.

- Quoi ? demanda l'autre, inquiété par le soudain sérieux de celui qu'il aimait.

- Tu sais que les gens ont une tendance naturelle à l'homophobie ? Alors je te le redemande, Altaïr Ibn-La'ahad, es-tu prêt à assumer jusqu'au bout tes actes et ton amour pour moi ?

L'Assassin ne répondit. Il avait envie de laisser planer le mystère afin d'énerver son "ami". Mais devant l'air sérieux de ce dernier, il ne put s'empêcher de lui sourire. Il attrapa son menton et attira une nouvelle fois ses lèvres à lui. Ils échangèrent un nouveau baiser, puis il se décida enfin à répondre.

- Oui, Malik Al-Sayf, j'assumerai entièrement ce choix !

- Quoi qu'il arrive ?

- Quoi qu'il advienne !

Malik sourit et se jeta dans les bras de son Assassin. Le baiser qu'ils échangèrent cette fois-ci fut plus passionné et ils furent surpris tous deux de se découvrir ainsi. L'émotion qu'ils en éprouvèrent était unique, plus forte que tout ce qu'ils avaient connu jusque là. Ils avaient tous deux déjà fait cela avec des femmes, mais jamais cela n'avait été aussi vrai qu'en cet instant.

Quand ils se séparèrent, leurs cœurs battait fort, mais dans un même rythme.

Ce sentiment qu'ils éprouvaient était vrai, unique, immortel.

Il était éternel...

FIN


Ce chapitre final m'a pris plus de temps que les autres, beaucoup d'émotion m'ayant submergé en la rédigeant. Je ne voulais innitialement pas d'un happy end, mais je n'avais aucune envie de les voir souffrir. J'ai aimer ces personnages. Même s'il ne m'appartiennent pas, j'ai partager ce récit de leurs vies (même s'il se place dans une dimenssion parallèle sans rapport avec le jeu). J'aurais pu continuer, les idées de rebondissement ne me manquant pas, mais je préfère les laisser ici. Ils ont tous grandi et je pense qu'ils sauront construire leur bonheur seul à présent. J'ignore si l'avenir sera facile pour eux et je préfère ne pas y penser. Je leur souhaite tous le bonheur du monde.

Voilà quoi. Etre auteur, c'est aussi être capable d'aimer les personnages que l'on anime, de vibrer avec eux, de prendre plaisir à être à leur côté, tout au long du récit. Et la récompense ultime est lorsque l'histoire fait vibrer également le lecteur...

C'est pourquoi j'espère ne pas vous avoir déçu avec ce dernier chapitre, avec aucun autre d'ailleurs. ^_^ Je souhaite que vous ayez vibrer avec les personnages, et resentit leur peine, leur joie, leur peur, leur éclats de rire (même s'il n'y en à quasi pas...)

Merci beaucoup de m'avoir lu, et à bientôt !