Bonsoir mes petits choux!

J'espère que vous allez bien, depuis tout ce temps. J'ai survécu à mes partiels, so, j'ai pu écrire ce nouveau chapitre. Pas vraiment celui qui était prévu, mais j'ai dû finalement rajouter plusieurs chapitres à cette histoire, pour que les évènements ne paraissent pas aller trop vite. Sinon, j'espère que vous serez toujours là, chers lecteurs, parce que j'attends avec impatience vos impressions. Bisous bisous, et à la semaine prochaine pour un nouveau chapitre (cette fois, ce sera la bonne, I swear!)

Réponse aux reviews:

Tulusito: Merci pour tes commentaires! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira autant que les autres.

Roman 2005: Merci pour ta review! Tu appréhendes un peu la suite pour Hermione? Normal. Il va lui arriver des bricoles. Mais par contre, je ne dis pas dans quel chapitre ce sera. Le prochain chapitre sera purement décadent, puisque ce sera la virée en France. Débauche powaaa! J'espère que ce nouveau chapitre te plaira autant que les précédents =)

Meg-la-cacahuète: Merci beaucoup pour ta review. Encore désolée d'avoir été aussi longue pour publier celui-là, ça fait tout de même presque un autre mois sans update, shame on me! Désolée pour ceux qui attendaient la virée en France, mais ça ne sera pas pour maintenant :/ Pour le prochain chapitre, juré! Tu ne t'attendais pas à l'histoire de l'adoption de Théodore? Tu vas continuer à aller de surprise en surprise, parce que j'ai bien l'intention de fouiller son passé de fond en comble. D'autres surprises sont à prévoir, notamment pour le prochain chapitre, parce que je compte shipper Théodore avec des personnages improbables (a) Bonne lecture!

Skouare Enix: Merci pour ta review, et d'être fidèle au poste, je ne le dirai jamais assez! Tu en avais marre de la relation parfaite entre Hermione & Théodore? Je pense alors que ce chapitre va particulièrement te plaire. C'était de toute manière prévu que tôt ou tard, ça allait se dégrader, je n'en dis pas plus, niéhéhé. Daphnée et Ron, ça bouge aussi pas mal de ce côté-là, bien que les choses ne se passent pas exactement comme prévu. On en saura plus sur Pucey et compagnie dans le chapitre 12, je crois, si je m'en réfère à mon plan. J'espère que ce chapitre te plaira autant que les précédents! Et désolée de t'avoir foutue la pression, c'était involontaire uu'


[PARVATI]

La douleur était toujours aussi insupportable. Elle naissait au creux de sa poitrine pour lui vriller insidieusement les côtes. Parfois, Parvati suffoquait. Sa gorge était bien trop nouée pour qu'elle se risque à parler, alors, elle ne parlait pas. Depuis qu'Harry était dans le coma, elle s'était enfermée dans une sorte de mutisme sans précédent. Elle qui ne pleurait jamais avait déjà usagé une quantité industrielle de mouchoirs. Du matin au soir, elle faisait le pied de grue à l'hôpital, parce qu'elle savait qu'Harry pouvait se réveiller à tout moment, bien qu'elle n'ignorait pas qu'il ne pouvait jamais se réveiller.

Parvati trouvait cela profondément injuste. La police n'avait pas retrouvé ses agresseurs, qui étaient donc en fuite. Ils pouvaient entre temps agresser d'autres personnes. Aussi, l'indienne avait su que son petit-ami avait reçu un coup de couteau à l'abdomen, et qu'il avait été presque tabassé à mort. S'il venait à se réveiller, Harry mettrait des semaines à s'en remettre, et il se pourrait qu'il développe des symptômes consécutifs à une agression, à commencer par la peur des foules, et une volonté d'isolement permanente. Parvati porta le gobelet en plastique à ses lèvres, et but une gorgée de potage, complètement exténuée. Ron et Hermione venaient parfois à l'hôpital pour s'enquérir de l'état de leur ami. Hermione était mortifiée, et Ron n'avait jamais été aussi sombre.

Alors, Parvati priait le dieu dont le portrait trônait au milieu du salon des Patil pour qu'il leur rende Harry. Certes, il n'était pas de la même ethnie qu'elle, et il n'avait pas non plus la même religion, mais le dieu pouvait bien faire un effort, non? Souvent, on trouvait Parvati assise sur sa chaise, les mains jointes et la tête baissée en signe de recueillement. Ce matin là, elle fut cependant interrompue par une main qui se posait sur son épaule. L'indienne leva ses yeux noirs sur la personne qui lui avait pressé gentiment l'épaule, et avait failli tomber de sa chaise en reconnaissant son père. Mr Patil la regardait avec gravité et compatissait à la douleur de sa fille, sans réellement savoir pour qui elle était en train de pleurer. Mais, au vu du visage baigné de larmes de l'indienne, ce devait être quelqu'un d'extrêmement important.

-C…Co…Comment tu…tu savais que j'étais là? Demanda Parvati, dans sa langue maternelle, une fois le choc passé.

-C'est Padma qui nous a dit. Répondit Mr Patil avec la gravité qui le caractérisait.

Le cœur de Parvati manqua un battement. Si Padma leur avait dit, alors, ça voulait dire qu'ils savaient qu'elle s'était entichée d'un anglais. Pourtant, dans le regard du père, il n'y avait ni honte, ni consternation. Alors, il se pouvait tout aussi bien que Padma n'ait rien dit de plus que le lieu où elle passait des jours entier.

-Vous dire quoi? Coassa Parvati, la voix rauque d'avoir tant pleuré, alors qu'elle se mouchait bruyamment dans un énième mouchoir usagé.

-Que tu passais tes journées à l'hôpital, ma chérie. Nous ne savons pas qui de ton entourage s'y trouve, mais nous sommes une famille, et par conséquent, on doit se soutenir les uns les autres, même dans l'adversité.

-Alors, vous n'êtes pas en colère contre moi? S'enquit Parvati avec appréhension.

-Pourquoi nous le serions? Contra Mr Patil d'un ton jovial. Nous avons été jeunes bien avant toi, Parvati. Nous aussi on a déjà fait le mur, ou des bêtises plus ou moins graves.

Parvati laissa échapper un long soupir, plutôt soulagée. Elle se souvenait très bien de cette fois où le fiancé de Padma venait dîner à la maison. Elle avait l'impression que c'était hier, et pourtant, près de quinze jours se sont passés depuis. Quelques jours plus tard, il y a une semaine à peine, Harry se faisait agresser dans la rue. D'ailleurs, Parvati s'était promis d'aller remercier la vieille dame qui l'avait retrouvé aussi vite que possible.

-Papa, osa demander Parvati d'une toute petite voix, tu te fâcherais si je te disais que celui que j'allais retrouver en douce était mon petit-ami?

Il était le temps de leur parler, Parvati ne se sentait plus capable de garder ça pour elle. Parvati ressentait le besoin de se confier, de vider son sac pour mieux apaiser la douleur qui la consumait. L'indienne tripota nerveusement sa longue tresse, en se mordillant anxieusement la lèvre inférieure. Elle avait besoin de pleurer un bon coup, et de se libérer des doutes qui la rongeaient de l'intérieur.

-Ton petit-ami? S'enquit Mr Patil, en s'asseyant à côté de sa fille cadette. Oui, nous savions que tu avais quelqu'un, même si nos doutes n'ont jamais été clairement confirmés. Je sais tout de même reconnaître quand une de mes filles est amoureuse. Tu n'avais pas besoin de nous le dire explicitement, ton attitude parlait pour toi.

-Peut-être. Concéda Parvati, qui avait enfin réussi à se calmer. Mais…Tu ne serais pas déçu d'apprendre qu'il n'est pas comme nous? Je…je sais que Maman et toi vous préfériez que j'épouse un indien, comme Padma, mais…ce n'est pas ce que je veux.

-Tu sais chérie, dans la mesure où nous sommes en Angleterre, où tu fréquentes un lycée anglais, il y avait de fortes probabilités pour que ton petit ami soit anglais lui aussi.

-Le copain de Padma est aussi anglais. Objecta Parvati, toujours recroquevillée sur son siège en plastique trop dur.

-Tu as parfaitement compris ce que je voulais dire. Coupa Mr Patil en posant ses mains sur ses genoux cagneux. Et moi aussi j'ai parfaitement compris quel était le problème. Bien sûr, ta mère et moi sommes plutôt réticents à ce que tu fréquentes un blanc, parce qu'il est important pour nous de préserver notre culture, mais si c'est de lui que tu es amoureuse, alors nous ne nous y opposerons pas.

Pour le coup, Parvati était scotchée. Elle ne savait plus trop quoi répondre. Elle n'aurait jamais cru que ses parents puissent accepter cet état de fait aussi facilement. Il fallait dire que Padma comblait leurs attentes, et qu'elle avait donné l'exemple. Parvati, à tort, avait cru qu'il lui serait impossible de s'en détacher pour mener sa propre existence. Padma ambitionnait de devenir avocate, Parvati, elle, souhaitait être photographe de mode. Elle rêvait que ses clichés paraissent un jour dans des magazines mondialement connus tels que Vogue.

Cela dit, mieux valait ne pas brusquer Mr Patil alors qu'il venait à peine d'accepter le fait qu'elle avait un petit-ami anglais. Parvati ne se sentait pas de révéler tout de suite ses ambitions à ses parents -chaque chose en son temps, après tout. Et Parvati, en soi, pouvait s'estimer heureuse que ses parents avaient accepté sa situation. Même que Parvati soupçonnait Padma d'y être pour quelque chose. Certes, c'était elle qui avait balancé aux parents Patil que Parvati était à longueur de temps à l'hôpital. Mais qui sait si Padma n'avait pas essayé d'arrondir les angles en présentant la situation aussi calmement et posément qu'elle savait le faire.

Il fallait dire que Parvati n'était pas la reine de la patience. Elle était plutôt rentre-dedans, du genre à ne pas prendre de gants. Ses amis appréciaient sa franchise, et ils savaient qu'elle était de bon conseil. Ce n'était pas comme Lavande, qui maniait parfaitement l'hypocrisie. D'ailleurs, l'indienne se demandait ce que fabriquait Lavande. Elle devait probablement être en train de batifoler avec Drago. Depuis qu'ils s'étaient trouvés, ils ne se quittaient plus. En même temps, Lavande attendait son enfant, alors forcément, ça créait des liens. Ce qui faisait que Parvati avait le cul entre deux chaises, comme d'habitude.

D'une part, il y avait Lavande. Parvati avait écouté sa meilleure amie sans ciller. Elle avait réagi un peu trop vivement à l'annonce de la grossesse de Lavande, mais avec son flegme habituel, Parvati avait fini par admettre que c'était sa vie et qu'elle faisait ce qu'elle voulait. L'indienne avait écouté les doutes et les appréhensions de Lavande, mais aussi quand cette dernière passait son temps à se plaindre. Puis, de l'autre côté, il y avait Hermione. Hermione qui ne savait pas que Lavande était enceinte parce que cette dernière ignorait comment la brune allait prendre la nouvelle, surtout lorsque l'on savait que le père de l'enfant en question était aussi son ex. Parvati s'en voulait de ne rien dire à Hermione, d'être complice malgré elle, mais Lavande lui avait fait promettre de garder le secret, alors, Parvati se taisait. Pas le choix.

-Que s'est-il passé? Demanda finalement Mr Patil, après ces quelques minutes de silence, faisant sursauter sa fille qui renoua brusquement avec la réalité.

-Harry a été agressé. Gémit-elle en se blottissant contre son père. D'après les médecins, il aurait reçu un coup de couteau et il aurait été roué de coups. Je…je ne comprends pas pourquoi ils s'en sont pris à lui comme ça, Harry n'a jamais voulu de mal à personne. Même la police pense qu'il s'agit d'un règlement de comptes. Oh, Papa, j'aimerais tellement remonter quelques jours en arrière pour pouvoir éviter ça.

-La police fait tout le nécessaire pour retrouver les coupables, tu sais. Même si ça te paraît long, il faut attendre.

-Le pire, couina Parvati en laissant couler quelques larmes supplémentaires, c'est que je ne sais même pas qui aurait pu lui faire ça. À ma connaissance, Harry n'a pas d'ennemis. Harry, c'est plutôt celui que tout le monde veut comme ami. Ça fait si mal, Papa. C'est tellement injuste.

-Je sais mon ange, je sais. Mais essaie quand même de te rappeler, ça aiderait peut-être la police. Une telle popularité, ça a pu attirer les convoitises. Il n'y a pas eu une histoire, dans le passé, qui aurait pu…

-non. Coupa Parvati, le visage enfoui dans le cou de son père. Je ne sais pas. Je…je ne sais pas bien tout ce qui se passe autour d'Harry, tout le monde gravite autour de lui, en même temps. Je suis la dernière à avoir intégré la bande, je te rappelle que je suis arrivée à Roundview au début de l'année de première.

Somme toute, seuls Harry, Ron, Hermione et Drago se connaissaient depuis le collège. Pansy était la meilleure amie d'Hermione, et n'était pas scolarisée dans le même collège qu'eux. En fait, Pansy et Hermione étaient voisines, avant que Pansy ne déménage dans un bloc d'immeubles dans la banlieue de Bristol. Lavande est arrivée en seconde, et Parvati en première. Avant, Parvati habitait à Londres, dans le quartier de Lewisham.

Parvati se souvenait qu'elle avait eu du mal à s'intégrer à sa nouvelle classe, elle était trop différente d'eux. Elle essuyait parfois les remarques racistes de ses fachos de camarades, qui l'appelaient la bronzée. Une fois, en plein match de football, Eloïse Midgen l'avait insultée, et Parvati lui avait volé dans les plumes. Lorsque Madame Bibine, leur professeur, est intervenue, les deux filles étaient en train de se gifler et de se tirer les cheveux. Parvati avait été satisfaite parce qu'elle avait arraché des poignées entières de cheveux à cette fille qu'elle détestait.

Puis, Parvati s'était liée à Dean Thomas et à Seamus Finnigan, qui, à l'époque, était les meilleurs amis du monde. C'est par leur intermédiaire que l'indienne avait connu Lavande, avec laquelle elle a rapidement sympathisé, pour finir inséparables. Puis, de fil en aiguille, Lavande l'avait présentée au reste de la bande, qui l'avaient sitôt adoptée. C'était également à cette époque qu'elle était tombée amoureuse d'Harry, même si à l'époque il sortait avec une terminale, une certaine Cho Chang. Au grand déplaisir de l'indienne, Harry avait toujours eu un certain succès auprès de la gente féminine. Seulement, il était loin d'être doué avec les filles, et souvent, ses relations amoureuses tournaient au carnage.

-Je…balbutia Parvati, une fois qu'elle eut fini d'explorer ses souvenirs. Je ne me souviens de rien qui puisse avoir un lien avec tout ça. Ça a dû se passer avant, sinon…je m'en rappellerais. Ce n'est pas pour rien que j'ai une réputation de commère au lycée.

-ça viendra quand ça viendra. La rassura Mr Patil, en posant un baiser sur le front de sa fille cadette. Ne te force pas si tu ne te rappelles de rien, c'est le meilleur moyen pour empêcher les souvenirs de remonter à la surface. En attendant, tu as besoin de dévorer les bons petits plats de ta mère et de dormir un peu, tu as l'air épuisée.

En effet, Parvati avait des petits yeux. Ses paupières se fermaient toutes seules, et elle avait réprimé un bâillement plus d'une fois. Il fallait dire qu'en ce moment, les nuits de Parvati étaient plutôt courtes. Elle passait son temps à pleurer et à s'inquiéter. Le matin venu, l'oreiller était trempé des larmes qu'elle avait versées, et des cernes immenses soulignaient son regard d'un noir d'ébène. Mrs Patil lui a reproché à plusieurs reprises d'être toute pâlichonne, et Parvati n'avait jamais osé démentir quoi que ce soit, elle savait que ses arguments ne feraient pas le poids.

-D'accord. Marmotta Parvati, en essuyant ses yeux noirs. Je…je reviendrai plus tard.

Alors, père et fille quittèrent le service et descendirent les étages. Parvati marchait à côté de son père, en silence. En arrivant dans le hall, Parvati vit deux personnes qu'elle connaissait assises sur l'une des chaises en plastique. La fille était blottie dans les bras de son petit-ami, qui lisait une des revues laissée à disposition des personnes qui étaient en salle d'attente. L'indienne eut un sourire en reconnaissant la tignasse désordonnée de Théodore. Hermione était en train de lui chuchoter quelque chose à l'oreille, et le français se mit à rire.

Parvati s'approcha. De ce qu'elle pouvait voir, Théodore avait meilleure mine que dernièrement. Elle avait eu connaissance par l'intermédiaire d'Hermione du décès de sa mère, et il n'était revenu au lycée que récemment. Il avait dû s'absenter quelques jours le temps qu'ils enterrent Meredith, et qu'il s'en remette un tant soit peu. Mais Parvati ne se faisait pas de soucis pour lui. Il avait Hermione à ses côtés, et Ron également. Parvati était d'ailleurs surprise que ces deux là s'entendent comme cul et chemise, elle n'avait pas parié sur leur amitié au départ.

-Papa? Appela Parvati, distraitement. Ça ne te dérange pas que je reste parler avec Hermione un petit moment?

-Pas de soucis. Répondit Mr Patil. Je t'attends dans la voiture.

L'indienne adressa un sourire filiforme à son père, puis à pas de loup, se rapprocha du jeune couple. Elle posa ses mains sur les paupières d'Hermione, qui sursauta et se retourna vivement. La brunette adressa un sourire à l'indienne, avant de se lever de son siège, bientôt imitée par Théodore qui reposa le magazine sur la pile. Ils étaient en train de regarder un magazine écolo, comme Géo ou Ushuaia, Parvati n'avait pas eu le temps de voir la une. De toute manière, la seconde d'après, Théodore et Hermione faisaient rempart entre la pile de magazines et Parvati.

Hermione s'était avancée la première vers son amie, pour l'étreindre silencieusement. Théodore lui adressa un signe discret de la tête. Parvati nota mentalement que Théodore n'aimerait probablement pas subir le même traitement: il était réfractaire aux contacts, mais apparemment, Hermione y faisait exception. Alors, Parvati lui rendit son signe de tête, accompagné d'un sourire aimable. il lui adressa pour toute réponse un sourire reconnaissant.

-Comment il va? Interrogea Hermione, sans autre forme de préambule.

-Son état s'est stabilisé, l'informa Parvati, mais les médecins sont encore réservés sur son pronostic vital. Il ne montre aucun signe de réveil, ou de guérison, alors…

Hermione et Théodore échangèrent un regard entendu. Parvati fronça les sourcils, alors qu'elle vit que les prunelles ambrées d'Hermione s'étaient troublés. Théodore pressa l'épaule de sa petite amie, qui s'était soudainement raidie. Savaient-ils quelque chose?

-Si tu savais quelque chose, tu me le dirais n'est-ce pas? Demanda Parvati à Hermione, alors que celle-ci clignait inutilement des yeux.

-Bien sûr. Répondit la brune avec un sourire forcé.

L'indienne interrogea son amie, mais Hermione restait de marbre, apparemment pas disposée à révéler ses secrets. Parvati poussa un profond soupir de découragement, avant d'adresser un regard triste à la jeune Granger. Hermione remarqua ce regard puisqu'elle se mordilla la lèvre inférieure. Théodore capta ce jeu de regards, puisqu'il se pencha à l'oreille d'Hermione pour lui murmurer:

-Tu ne pourras pas garder tes secrets éternellement tu sais.

Hermione tressaillit, et planta ses prunelles ambrées dans le regard d'un bleu sombre de son amoureux. Il embrassa Hermione sur le front, et tourna les talons.

-où tu vas? Demanda-t-elle, d'une voix chevrotante.

-M'intoxiquer les poumons. Répondit Théodore, en amorçant un pas vers la sortie.

-Je viens avec toi. Murmura Hermione, bien trop heureuse de se soustraire au regard inquisiteur de son amie.

Parvati soupira longuement en voyant le couple s'éloigner. Voilà quelque chose qu'elle n'a jamais pu supporter chez Hermione: sa lâcheté. Pourtant, elle y gagnerait tellement à voir les choses en face. À la place, elle préférait se mettre des œillères, s'adonner à la politique de l'autruche. Hermione n'assumait en rien la portée de ses actes, simplement parce qu'il y a toujours eu quelqu'un derrière elle pour rattraper ses bêtises. Harry et Ron s'étaient toujours escrimés à la protéger coûte que coûte. Maintenant, Théodore montrait la garde, tel un brave Cerbère. C'était comme autant de remparts qui s'érigeaient autour d'elle, comme un cocon protecteur. La seule question était de savoir pourquoi. Et ça, Parvati était incapable d'y répondre, elle n'était pas là depuis bien longtemps pour seulement s'en rendre compte.


[RON]

Aujourd'hui, plus que jamais, Ron s'était ennuyé en cours. C'était tout bonnement inhumain de terminer la semaine par deux heures de philosophie. Ron s'ennuyait tellement, qu'il avait cru mourir sur place. Ron en venait à regretter Trelawney. Son prof, un vieux schnock avoisinant la soixantaine, puait l'austérité et semblait tellement chiant qu'il ne devait avoir ni femme, ni enfant. Franchement, Ron regrettait Roundview. Au moins, pendant les cours chiants, il pouvait au moins faire un morpion avec quelqu'un de sa bande. Seule Hermione avait toujours refusé de se prêter au jeu, mais bon, c'était Hermione.

Et Ron se faisait d'autant plus chier que ce soir, il sortait en ville avec Théodore et Blaise. Les trois garçons avaient prévu de faire une dernière tournée des bars avant de partir en France. Le rouquin ignorait si c'était une bonne idée, d'autant plus que demain, ils allaient devoir se lever très tôt pour prendre l'autocar qui les mènerait à Londres, là où ils pourraient prendre l'Eurostar, alors…autant ne pas dormir tout court, cela vaudrait mieux. Ils avaient déposé leurs bagages chez Hermione pour ne pas les oublier à la dernière minute. Ron se connaissait, il risquait d'oublier sa valise. On lui disait même qu'un jour, il oublierait sa tête. Alors, il préférait prévenir que guérir.

Présentement, Ron était en train de communiquer à la fois avec Daphnée, et Parvati. Le rouquin était aux anges. Demain, ils partaient tous en France, et Daphnée allait évidemment être de la partie, il comptait bien la présenter au reste du groupe. D'accord, c'était son plan cul régulier, il n'y avait pas de sentiments entre eux, mais il y avait bien le droit de la présenter comme étant sienne, non? Surtout, Théodore et Blaise le tannaient depuis des jours pour savoir qui était la fille qui l'obligeait à découcher et à se tirer en douce de chez lui. Ron, dans ses réponses, se montrait plutôt laconique, ce qui ne plaisait évidemment pas aux deux garçons qui s'étaient ligués contre lui pour lui faire cracher le morceau.

Seule ombre au tableau, seuls Harry et Parvati n'allaient pas être de la partie. Harry, parce qu'il était toujours dans le coma, et Parvati, parce qu'elle voulait rester auprès d'Harry, ce qui était, en soi, compréhensible. Sur le moment, Ron avait ressenti une pointe de culpabilité en se disant qu'ils allaient tous s'amuser aux dépends de leurs deux amis, mais Parvati les avait tous rassurés, un à un: elle ne leur en voulait pas de partir sans eux, parce qu'ils en avaient bien besoin. Qui plus est, elle leur avait demandé de faire le plus de bêtises possible pour pouvoir les raconter à Harry lorsqu'ils reviendront de France, ce à quoi Ron avait répondu qu'elle pouvait compter sur eux. Parvati lui avait répondu avec un grand sourire, qui avait réchauffé le cœur du jeune Weasley. En fait, Parvati, elle était vachement sympathique.

Le portable de Ron vibra trop fort, posé sur sa table. Forcément, ça s'entendait, puisque dans la salle régnait un silence de mort. Son voisin de gauche avait bien essayé de tousser pour cacher le bruit, mais la manœuvre avait été inutile: le professeur l'avait tout de même entendu, et à présent, il fusillait Ron du regard, qui se fit tout petit sur sa chaise. Il n'était pas là depuis bien longtemps qu'il se faisait déjà prendre en flagrant délit de bêtises. Décidément, il était incorrigible. Le rouquin avait beau faire, le professeur était tout de même décidé à lui faire quelques remontrances. On avait la poisse, ou on ne l'avait pas.

-Le cours ne vous intéresse pas, Monsieur Weasley?

Ron ne répondit rien, ses joues se colorant insidieusement d'un beau rouge vif, qui jurait horriblement avec son pull vert. Quelques élèves ricanèrent. D'autres adressaient à Ron un sourire mi-moqueur, mi-reconnaissant, parce que toute distraction au sein de ce cours était la bienvenue. Ron enrageait sur sa chaise. Des dizaines d'élèves utilisaient leur téléphone portable en classe et ne se faisaient jamais prendre, et lui, il suffisait d'une fois, pour qu'il se fasse non seulement repérer par le professeur, mais aussi coller une étiquette par les autres élèves. Il n'avait plus qu'à prier bien fort pour ne pas se faire exclure du cours.

Devant l'absence de réponse de l'élève, le professeur arqua un sourcil, avant de tourner une page de son manuel. Il poursuivit son cours comme si de rien n'était. Aussitôt, la classe retomba dans sa torpeur, et le temps recommença à s'étirer à l'infini, à l'instar d'un vieux chewing-gum trop longtemps mâché. En parlant de chewing-gum mâchés, il y en avait tout un lot sous les tables, probablement avaient-ils été collés là par des élèves pris en flagrant délit de mâchouillage intempestif. Comme quoi, les professeurs avaient toujours quelque chose à redire, toujours. C'était à peine si les pauvres lycéens qu'ils étaient avait le droit de respirer. Et encore, il ne fallait pas respirer trop fort, nota Ron avec un semblant d'ironie.

Tiens, Daphnée avait encore déteint sur lui à ce niveau là. Il ne pouvait s'empêcher de considérer les évènements qui se déroulaient sous ses yeux avec une certaine ironie. Daphnée, non contente d'être un plan baise formidable, était aussi un redoutable professeur lorsqu'il s'agissait d'apprendre l'art du détachement. Daphnée avait le don pour tout prendre avec un certain recul, ce qui faisait qu'elle ne se bilait jamais. Elle n'avait jamais de migraines à force de tergiverser, ni même de crampes à l'estomac parce qu'elle stressait pour une raison ou pour une autre. L'autre jour, lorsque Daphnée lui avait massé le dos -un peu brutalement, certes-, elle avait décrété que Ron était un véritable sac de nœuds. Elle avait alors détendu les muscles de son dos un à un, et elle lui avait posé diverses questions. De lui-même, il avait fini par se confesser, s'octroyant ainsi une séance de psychanalyse.

Daphnée avait écouté, mais elle n'avait rien dit. Daphnée ne disait rien de toutes façons, elle ne jugeait pas. Elle prenait les gens comme ils venaient, et elle leur foutait un bon coup de pied au cul pour qu'ils prennent conscience à quel point ils pouvaient être pathétiques. Elle hurlait, tempêtait, leur passait un savon, puis décidait de passer un coup de balai, sans même l'assentiment du principal concerné. La tornade blonde emportait tout le monde dans son sillage. Daphnée était parfois difficile à suivre, mais Ron s'accrochait. Sa relation avec la jeune Greengrass était particulière, mais ça lui convenait très bien comme ça. Ce n'était ni son amie, ni son amoureuse, ni même tout à fait un plan baise, parce qu'il lui disait bien trop de choses pour qu'elle ne soit qu'une fille qui écartait les cuisses pour son bon plaisir. Leur duo était un OVNI, il ne rentrait dans aucune case. Percy, juge en devenir, aurait dit que c'était une entité sui generis.

Une fois encore, le portable de Ron vibra un peu trop fort. Instantanément, ses oreilles virèrent au rouge écrevisse, alors qu'il tentait de planquer le portable au fond de sa trousse pour en étouffer le bruit. Ce n'était pas de sa faute s'il avait encore un vieux Nokia, avec un écran en noir et blanc. Il n'avait pas besoin d'un mobile dernier cri, de toute manière, le sien était un warrior, et en plus, il pouvait jouer à snake lorsqu'il s'ennuyait. Cela dit, Ron avait bien envie de balancer l'infortuné appareil par la fenêtre, d'autant plus que le professeur venait encore une fois de s'interrompre, pour fusiller le rouquin maudit du regard. Ron se ratatina sur place, cramoisi.

-Puisque vous ne semblez pas disposé à écouter mon cours, DEHORS! S'écria le professeur, en ouvrant brusquement la porte.

Ron grommela un instant, et rougit encore plus de voir toutes ces têtes se tourner vers lui. Le jeune Weasley grommela quelque chose dans sa barbe (inexistante) avant de ranger rageusement ses affaires, pestant mentalement contre ce vieux schnock qui avait indubitablement une dent contre lui. Alors, Ron jeta son sac sur l'épaule, et sortit de la salle d'un pas bien trop rapide pour quelqu'un qui venait de se faire punir. Il était certes censé partir la queue entre les jambes, honteux de s'être ainsi fait épingler, mais sitôt qu'il eut mis le pied dehors, Ron se sentit revivre. Il ne cilla même pas lorsque le professeur claqua la porte un peu trop brusquement derrière lui.

Ron regarda autour de lui, hagard. Cela avait tout l'air qu'il en mettrait du temps avant de se réveiller totalement. Pour autant, le jeune homme peinait à réaliser qu'il était libre. il avait quitté la fournaise qu'était cette salle de classe pour se retrouver dans un couloir à la fraîcheur plus qu'appréciable. Il n'avait même pas peur de se faire prendre par le concierge tant il était heu-reux. Ron inspira à pleins poumons le relent de liberté qui flottait dans l'air. Il s'avança de quelques pas, tout en tournant sur lui-même pour bien enregistrer le décor, ce foutu décor qu'il n'allait pas voir pendant quinze jours. Quinze putain de longs jours où il pourrait faire la fête non-stop, se bourrer la gueule tous les soirs avec Daphnée, baiser avec elle jusqu'à l'overdose, et surtout, où il pourra profiter de chacun de ses potes, même s'il voyait Blaise et Théo ce soir pour célébrer les vacances.

Une fois qu'il fut dans le hall, Ron jeta un coup d'œil au bureau de la secrétaire, dont les stores étaient baissés. Il n'y avait pas un chien dans les environs, ils étaient tous en train de pourrir en cours, et c'était bien fait pour leurs gueules. Ron se mit à gambader jusqu'à l'extérieur du bâtiment, esquissant presque une petite danse de la joie. Il avait conscience qu'il était en train de se ridiculiser de la sorte, mais il s'en fichait, parce que lui, il était libre. Une fois qu'il fut dehors, Ron se mit à courir comme une furie, bras grands ouverts comme s'il allait sauter sur quelqu'un pour l'étouffer de câlins, tout en gueulant à pleins poumons:

-VACAAAAAAAAAAAAAANCEEEEEEEEES!

X

Comme convenu, Blaise et Théo avaient rejoint Ron au pub, afin de célébrer le début des vacances comme il se devait. Les trois garçons étaient attablés devant une immense chope de bière. Ron but une gorgée dans la sienne, alors que Blaise était en train de parler de son énième plan cul, sous le regard mi fasciné, mi dégoûté des deux autres. Théodore n'écoutait qu'à moitié. Le brun était effectivement trop occupé à rouler son tabac pour seulement y prêter attention. Puis, une fois qu'il eut fini, Théodore coinça la cigarette artisanale entre ses lèvres pour se l'allumer, paré de son sempiternel zippo. Ron le lui piqua, afin d'allumer sa propre cigarette. Tous trois, de concert, levèrent la tête lorsqu'une voix féminine les interpella.

-Hey les gars, vous n'auriez pas une cigarette?

Ron resta légèrement hébété en voyant une jolie blonde, dont l'opulente chevelure tirait sur le roux s'approcher d'eux, poings sur les hanches, attendant qu'ils n'accèdent à sa requête. Elle avait un joli sourire et des fossettes aux joues. Elle était maquillée très légèrement, elle n'avait pas l'air d'être une de ces pétasses maquillées comme des voitures volées. Ron extirpa de son propre paquet de Dunhill une tige de tabac, pour la passer à la fille.

-Merci, c'est super.

-De rien. Répondit Ron, d'un ton bourru.

-Vous en auriez une aussi pour ma pote, Susan? S'enquit-elle en désignant la brune qui venait de surgir à côté d'elle.

Théodore, cette fois, réagit et tira une cigarette de son propre paquet, pour la tendre aussitôt à la dénommée Susan. La blonde n'arrêtait pas de jeter des œillades insistantes à Théodore, qui tirait tranquillement sur sa cigarette sans y prêter une quelconque attention. Il buvait sa bière tout aussi placidement. La blonde décida de passer à une étape supérieure dans l'offensive. Elle et Susan tirèrent chacune une chaise à la table des trois garçons, et s'installèrent avec eux.

-Nos potes nous ont lâchées. Expliqua la blonde, avec son accent nasillard. Ça ne vous dérange pas qu'on passe le reste de la soirée avec vous?

-Bien sûr que non, les filles! S'écria Blaise d'un ton enjoué, tout en leur adressant un clin d'œil séducteur. Seulement, il y a un petit problème, vous êtes deux et nous sommes trois…

-C'est toi qui dis ça alors que t'es gay. Lui rappela Théodore en levant les yeux au ciel.

Blaise adressa un sourire charmeur à Théodore, et posa doucement sa main sur sa cuisse, qu'il caressa délicatement par-dessus le tissu de son jean. Théodore sursauta violemment, et repoussa presque la main de Blaise, mais ce dernier raffermit sa prise sur sa cuisse, avant de le prendre par la taille et de poser son menton au creux de son épaule.

-Et lui, c'est mon petit-ami. Expliqua Blaise alors que Ron s'étouffait dans sa bière, interloqué. Je suis désolée les filles, vous êtes jolies comme tout, mais je ne partage pas mon copain.

-Vous êtes tous gays? S'alarma Susan, en lançant un regard effaré aux trois garçons, clairement déçue de ne pas avoir pu pêcher quoi que ce soit.

-Blaise n'est pas mon petit-ami. Répondit Théodore en soupirant, tout en repoussant la main baladeuse de son meilleur ami. Je ne suis pas libre pour autant, j'ai une petite-amie depuis presque trois mois et tout va bien entre nous, je n'ai donc pas besoin de me perdre dans les bras d'une inconnue de passage.

-Ouais, renchérit Ron avec enthousiasme. Même que sa petite-amie, c'est ma meilleure-amie à moi, et que s'il lui fait du mal, je lui casse la gueule. Théo n'est pas le genre de mec que l'on peut draguer impunément, c'est tout de même le petit-ami de la reine du lycée.

-Oh, bien sûr, Hermione Granger, comme c'est surprenant. S'écria la blonde en levant les yeux au ciel. Il n'y en a que pour elle de toute manière.

-Par curiosité, juste comme ça, demanda Théodore, froidement. Puis-je savoir vos noms?

-Moi, c'est Susan Bones, intervient la brune alors que son amie se décomposait à côté d'elle, et elle, c'est Hannah Abbott.

-Susan et Hannah. Répéta en écho le grand brun. Vous êtes en terminale littéraire, dans la classe de Londubat, Lisa Turpin, Zacharias Smith et Millicent Bulstrode?

-C'est exact, bredouilla la brune, sous le regard noir d'Hannah, mais…

-il n'y a pas de mais. Coupa Théodore, alors qu'un sourire irrésistiblement moqueur s'étalait sur ses lèvres fines. Si vous êtes à Roundview, vous n'êtes pas sans savoir que je suis le petit ami d'Hermione Granger? Dans ce cas, pourquoi vouloir me draguer tout en sachant que je suis déjà pris?

Hannah Abbott ne répondit même pas à sa question. Elle se mit à fondre en larmes, sous le regard atterré de Susan Bones, à laquelle elle répétait qu'elle venait de draguer le petit ami de la reine du lycée et que sa vie sociale était complètement fichue. Ron regardait alternativement Théodore et les deux filles, à la fois admiratif et muet de stupéfaction. C'était une facette du jeune Nott qu'il ne connaissait pas. Ron, en effet, avait toujours connu le mec cool, et sans prise de tête, pas chiant pour un sou. Il était évident que Théodore ne se laissait pas faire.

Lorsque les deux filles se levèrent et quittèrent leurs tables, Blaise et Théodore se firent un check, comme pour se féliciter de les avoir rembarrées en beauté. Il avait fallu pour cela que le métis cesse de rire, car la présente scène, même si elle n'avait rien de drôle, l'avait fait presque littéralement pleurer de rire. L'Œil hilare, Blaise but une gorgée sur sa bière, et claqua la chope sur la table une fois qu'il l'eût vidée.

-Pour fêter cette victoire je propose une tournée de shooters.

Ron gémit légèrement à l'annonce, craignant à l'avance ce qui allait se passer, parce que oui, il savait ce qui allait immanquablement s'en suivre. La vodka était le meilleur moyen pour l'achever vite et bien. Et croyez-le ou non, un Ron bourré, ce n'était jamais beau à voir. Encore un truc que Daphnée s'était promis d'améliorer chez-lui, bien qu'elle trouvait ça chou qu'il soit ivre mort au bout de trois verres seulement.

X

Ron ne sut jamais comment il en était arrivé là, mais une chose était-il, c'était que qu'il était en train de déambuler dans les rues de Bristol, légèrement titubant, accroché à Blaise et Théodore, non sans chanter à tue-tête une chanson que les deux garçons lui avaient précédemment apprise. C'était une chanson à la con, et c'était sans doute ça le pire, parce que c'était connu, les chansons cons s'imprimaient plus facilement dans l'esprit que les choses plus intelligentes, dirons-nous. On se trouvait donc en présence d'un Ron ivre-mort, en train de brailler à tue-tête, littéralement:

-J'ai deux amiiiiiiiis, la tequila et le whiskyyyyy, la téquila quand t'es pas làààààà, et le whisky quant t'es partiiiiiiiiiiiiiii.

Blaise et Théodore, à côté, se marraient comme des baleines, et franchement, il y avait de quoi, la scène était plutôt cocasse dans son genre, pour ne pas dire carrément fendarde. Les trois garçons se tenaient par les épaules, solidement arrimés les uns aux autres, et ce n'était nullement superfétatoire, eu égard à leur équilibre plus que précaire. Le principal inconvénient était que si un seul d'entre eux venait à se vautrer, les autres se vautraient également. Mais qu'importe, ils étaient bien. Ils avaient un taux d'alcoolémie indécemment élevé, mais ils avaient fêté ce début de vacances comme il se devait, même si cela devait se solder par une monstrueuse gueule de bois le lendemain matin. Ron, d'ailleurs, tout content d'avoir appris un nouveau truc aujourd'hui, n'avait pas fini de chanter:

-J'ai deux copaiiiiiiins, la cigarette et le p'tit joiiiiiiiint.

-Mais non, c'est pas ça la chanson! Siffla Théodore, en fustigeant le rouquin du regard, alors que Blaise continuait à se bidonner de l'autre côté. Avant y'a la Heineken et la Kronenbourg.

-Putain, mais Théo, t'as loupé une occasion de te taire, franchement! Le réprimanda Blaise, entre deux hoquets de rire. On va encore l'entendre brailler.

-Justement, c'est drôle. Persifla Théo, une lueur sadique s'allumant dans son regard vitreux. En attendant, c'est lui qui se paye la honte.

-J'ai deux amouuuuuurs, la Heineken et la Kronembouuuuurg, la Heineken pour le week-end, la Kronembourg pour tous les jouuuuuuuuurs.

-Ouais, mais en attendant, cria Blaise, par-dessus les hurlements du rouquin, c'est nous qui nous payons la honte vu qu'on se le traîne depuis tout à l'heure.

-Allez, Blaise, détends-toi. Sourit Théo, en allongeant le bras pour effleurer la chute de reins de son ami.

Seulement, ce contact certes fugace impliquait qu'il effleure également Ron, étant placé au milieu du trio. La réponse du rouquin, d'ailleurs, ne se fit pas attendre, plus véhémente encore que le reste de la chanson qu'il était en train de chanter, non pardon, brailler à tue-tête depuis tout à l'heure.

-Hé, les pédés, si vous voulez vous tripoter, évitez de m'inclure dans votre truc!

-TA GUEULE! S'écrièrent Blaise et Théo, de concert.

-allez, supplia Ron, chantez avec moi, qu'on ait au moins tous les trois l'air cons! J'ai deux copaiiiiins, la cigarette et le p'tit joiiiiint, la cigarette parce que c'est choueeeette, et le ptit joiiiiiint parce que c'est biiiiien!

-Désolé, mec, mais le prochain ce sera sans nous. Gloussa Blaise, en essuyant ses larmes de rire, tandis que Théodore venait de partir dans éclat de rire tonitruant.

-Quoi, parce que ça parle de sodomie et de…

-Crie le encore plus fort, les voisins n'ont pas entendu. Ironisa Théodore, en donnant un coup de coude au rouquin trop bavard.

-J'ai deux passioooooons, la sodomiiiiiie et la fellatioooooon,…

-Et merde, fait chier. Jura Blaise, qui ne riait plus du tout. Théo, je crois qu'on a fait une connerie en lui apprenant cette chanson.

-Non, tu crois? Ironisa le brun, en jetant un coup d'œil blasé à son ami.

Puis, plus tard, alors qu'ils campaient sous ce même réverbère depuis à peu près cinq minutes, soutenant un Ron qui marchait à peine debout, toujours en train de brailler des inepties, on entendit le bruit d'une fenêtre qui s'ouvrait juste au dessus de leurs têtes. Tous les trois reçurent un seau d'eau glacée sur la tête, ce qui les calma instantanément. Ils n'eurent qu'à lever la tête pour voir apparaître, dans le cadre de la fenêtre, un gros monsieur barbu vêtu d'un marcel blanc et d'un bas de pyjama à imprimé écossais, visiblement mécontent d'avoir été réveillé à trois heures du matin;

-et maintenant, VOS GUEULES! Vociféra l'adulte, en fusillant les trois adolescents, désormais trempés.

La fenêtre claqua, signe que son propriétaire était retourné se coucher. Blaise et Théodore soupirèrent, longuement. Ron crachait de l'eau, ayant apparemment bu la tasse sous la vague glacée qu'ils avaient reçue sur la tête. Le premier réflexe des deux français fut de vérifier que leurs portables n'avaient pas été noyés sous cette douche forcée. Heureusement, les appareils étaient en relatif bon état de marche, ils avaient simplement besoin d'être séchés. Blaise jeta un regard noir à la fenêtre désormais close.

-Vieux con, va. Pesta le métis entre ses dents.

-Eh, les mecs! S'écria Ron, qui venait visiblement d'émerger. J'ai deux amiiiiis, la téquila et le whiskyyyyy…

-TA GUEULE! S'exclamèrent Blaise et Théodore, de concert.

-Merci. Ajouta Théodore, alors que Ron s'était tu pour de bon, trop dépité pour continuer à chanter.


[LAVANDE]

S'il y avait bien quelque chose que Lavande détestait faire en ces veilles de départs en vacances, c'était bien entendu les valises. Elle ne savait jamais quoi mettre dedans, elle mettait toujours trois plombes pour décider ce qu'elle allait emporter ou laisser. C'était un vrai casse-tête qui lui ferait presque arracher ses précieux cheveux blonds. Cela dit, si elle s'arrachait les cheveux au moindre truc qui la tracassait, elle serait chauve depuis longtemps. La jeune femme avait cependant appris à relativiser: aucun problème ne pouvait être plus gros que ce qu'elle avait dans le ventre. Depuis qu'elle avait appris sa grossesse, le reste lui paraissait bien dérisoire.

Contrairement à ce qu'elle avait pu penser, le pire n'avait pas été d'annoncer la nouvelle à Drago. Le pire pour elle allait être de l'annoncer à sa famille. Elle avait déjà évoqué le problème l'autre jour, sa mère était catholique pratiquante et réprouvait toute pratique abortive. Pour autant, et c'était dire à quel point les adultes pouvaient avoir une réaction contradictoire, Lavande allait se faire drôlement engueuler le jour où la nouvelle de sa grossesse sera enfin divulguée. Et pour tout dire, Lavande redoutait particulièrement ce jour là. Elle allait devoir y passer, c'était inévitable. Comme elle craignait si souvent que ce soit le cas, sa grossesse allait bientôt se voir et il n'y aurait plus moyen de la cacher.

En fait, Lavande redoutait autant la réaction de sa mère que celle de ses amis. Les autres n'avaient pas à savoir, elle ne sera de toute manière plus à Roundview quand son ventre commencera à s'arrondir de façon drastique. Par pure mesure de précaution, Lavande avait catégoriquement refusé d'embarquer dans sa valise tout maillot de bain ou bikini. Certes, elle n'allait pas se promener en col roulé sous un soleil de plomb, mais de toute manière, Lavande estimait ne pas avoir besoin de maillot de bain. Ils s'exilaient en pleine cambrousse, au fin fond de la Bretagne. Elle doutait déjà d'avoir accès à l'eau potable, alors d'ici à avoir un accès direct avec la plage, vous pensez bien…même si nous étions d'accord, le fait qu'il n'y ait pas d'eau potable n'avait strictement rien à voir avec le fait que la maison était en bordure de mer. C'était juste la notion de cambrousse qui l'effrayait un peu.

Du coup, Lavande ignorait si elle devait ramener les bottes en caoutchouc juste au cas où. Il fallait être prévoyant dans la vie. Car, qui disait campagne disait forcément cafards et gadoue, des araignées dans tous les coins, et évidemment pas d'internet. Elle n'allait donc pas pouvoir partager ses photos sur Facebook. Elle espérait toutefois qu'elle aurait du réseau, ne serait-ce que pour prendre des nouvelles de Parvati, et surtout, d'Harry. Comme les autres, elle était évidemment inquiète de son sort, et elle avait des scrupules à s'en aller sans eux, et ce d'autant plus que les eux en question étaient sa meilleure amie et le petit-ami de cette dernière, qui était accessoirement un bon pote. Elle ne pouvait même pas dire de boire un coup à leur santé, ou sinon, elle allait devoir trinquer au jus d'orange, et c'était vraiment le bad. Parce qu'elle était enceinte, l'alcool et le tabac étaient bien évidemment proscrits.

Si arrêter de fumer n'avait pas été en soi un gros problème, Lavande ne fumant qu'occasionnellement, pour l'alcool, en revanche, c'était plus délicat. Non pas qu'elle était une alcoolique notoire, mais elle n'était pas du tout de ceux qui pensaient que sans alcool, la fête était plus folle. Comme le reste de ses amis, y compris Hermione, la plus sage d'entre tous, elle buvait immodérément. Ils ne comptaient plus les lendemains de cuites, ni les cuites tout court d'ailleurs. Se retrouver ivres morts pendant une fête était presque un passage obligé. Cette fois là, comme toutes les autres, elle allait regarder ses amis boire comme des trous, et soupirer devant son minable verre de jus d'orange. Et ça, c'était vraiment la haine.

Lavande passa une main dans ses longs cheveux blonds tout en soupirant lourdement. Soudainement, elle n'avait plus envie d'aller en France. L'idée, sur le coup, était vraiment inspirante, mais sans Harry et Parvati, sans alcool, came, et tout ce qui allait avec, ça n'allait pas être pareil. Qui plus est, Lavande redoutait le moment où elle allait se retrouver avec tous les autres. Il était évident que la zizanie avait semé son germe au sein du petit groupe qu'ils faisaient. Si on caricaturait un peu les choses, il y avait les pro-Drago (en minorité, il fallait le préciser), et les pro-Hermione. Hermione et Drago ne s'entendaient plus du tout, pour ne pas dire que c'était la guerre entre eux. S'agissant des scores, le doute n'était même plus possible. Hermione gagnait haut la main.

Techniquement, du côté d'Hermione, il y avait évidemment Théodore, mais aussi Ron. En temps ordinaire, il y aurait eu Harry et Parvati, mais ils n'allaient pas être là. Drago, lui, avait réussi à se mettre Blaise dans la poche, et Lavande, pour tout avouer, ne savait pas dans quel camp elle se trouvait. En toute logique, elle devrait être du côté de Drago puisqu'il était son amoureux, mais Hermione était une de ses meilleures amies et Lavande n'avait pas envie de trahir Hermione en se rangeant du côté de Drago. Quelle situation merdique, vraiment! Pourquoi fallait-il que tout soit compliqué quand tout pouvait être si simple?

-Maman, tu as lavé ma robe? Appela Lavande, depuis la porte de sa chambre.

-Quelle robe? Demanda Mrs Brown en surgissant dans le couloir.

-Ben, mes robes. Insista Lavande, piteusement. Celles que j'ai mises à laver cette semaine, j'aimerais bien les emmener en France.

-Tu es sûre que tu vas toutes les mettre?

-Je ne sais pas. Gémit Lavande en s'asseyant sur son lit. Je ne sais pas quoi emporter. Tu sais quel temps il fait, dans la campagne bretonne?

-Vous allez en Bretagne? S'étonna Mrs Brown, en s'asseyant sur le lit, à côté de sa fille.

-Oui. Répondit Lavande. Je…j'ai même regardé sur Internet ce que les gens disaient, mais…il paraît qu'il pleut tout le temps. Dans la mesure où il pleut tout le temps, et qu'on est en pleine campagne, il va y avoir de la gadoue, et je me suis dit qu'on devrait prévoir des gros pulls en laine pour nous tenir bien chaud, des k-way pour nous protéger de la pluie, et des bottes en caoutchouc parce que c'est impossible de marcher en escarpins ou en chaussures en toile dans la gadoue.

-Tu sais chérie, la rassura sa mère, tout dépend l'époque de l'année où on s'y rend. Il doit bien y avoir quelques jours dans l'année où il fait un beau soleil, et où les bretons profitent de la plage.

-Oui mais tu sais, un manoir perdu en plein milieu de la cambrousse, ce n'est pas vraiment un endroit pour porter des tenues de plage, même si Blaise a dit qu'il avait une piscine. Mais à quoi ça sert une piscine s'il pleut à longueur d'année, hein?

-S'ils ont fait une piscine sur leur propriété, c'est qu'il devait y avoir des beaux jours pour pouvoir en profiter. Supposa Mrs Brown, pragmatique. Une piscine ça coûte cher, ça demande de l'entretien, ils ne vont pas investir dedans si c'est pour en profiter trois jours par an.

-C'est pas faux. Marmonna Lavande, en baissant la tête. Alors, je prends les maillots de bain quand même?

-si tu veux, chérie. Conseilla Mrs Brown en caressant doucement les cheveux blonds de sa fille. Il faut être prévoyant.

Lavande s'ébroua au contact de sa mère. D'habitude, elle ne rechignait pas contre les câlins et les petites marques d'affection, elle en redemandait même, mais d'habitude, elle n'était pas enceinte. Et depuis qu'elle était enceinte, elle ne tolérait pas d'autre contact que celui de Drago. Elle ne voulait que ses caresses, et n'être que dans ses bras, et nulle part ailleurs. Sinon, Lavande n'aimait pas qu'on lui caresse les cheveux ou qu'on lui touche l'épaule, elle ressentait comme un frisson désagréable lui parcourir l'échine, et l'envie plutôt urgente de se défaire de ces étreintes involontaires.

-Tu es sûre que tu vas bien, ma chérie? Demanda finalement Mrs Brown, inquiète, alors que Lavande se ratatiner davantage.

Lavande était prise au cœur d'un affreux dilemme. D'un côté, elle avait envie d'avouer cette vérité qui lui brûlait le bout de la langue, et d'un autre côté, elle s'obstinait à se taire. Pourquoi la vérité était-elle si difficile à dire aux personnes que l'on aimait le plus, hein? Je suis enceinte. cela avait beau être une réalité, Lavande ne se voyait pas pour autant le dire.

-Tu es toute pâle. Constata Mrs Brown, en fronçant les sourcils. Et tu m'as l'air très fatiguée. Tu ne veux pas que je te prenne un rendez-vous chez le médecin?

-ça ira, Maman. Coupa Lavande, sèchement. Je…je vais bien, d'accord? Je n'ai rien de grave…juste des nausées matinales, mais ça va passer. J'ai dû manger un truc qu'il ne fallait pas.

-C'est vrai que vous mangez mal, à la cantine. Acquiesça Mrs Brown, songeuse. Il faudrait peut-être que je te donne de l'argent tous les midis, pour que tu manges mieux que ça. C'est jamais cuit comme il faut. La viande et le poisson cru, c'est très mauvais pour la santé.

-écris une lettre au proviseur? Suggéra Lavande, en haussant un sourcil.

En fait, la jeune fille était heureuse de cette échappatoire. Mrs Brown n'avait apparemment pas relevé ses nausées matinales, qui étaient pourtant un des symptômes les plus évidents d'une grossesse. L'autre jour, Lavande en parlait avec Parvati. Par curiosité, elle avait demandé à quoi faisait penser le mot enceinte. Parvati lui avait répondu dans l'ordre: nausées, libido, fraises, bidon, poitrine qui double de volume. Jamais elle n'avait dit une seule fois bébé ou quoi que ce soit y étant apparentée. Lorsque Parvati avait évoqué la libido exacerbée d'une femme enceinte, Lavande avait grimacé. Cela voudrait-il dire qu'elle aurait envie de sauter sur Drago aussitôt qu'elle en aurait l'occasion? Elle avait des sueurs froides rien que d'y penser.

Elle ne pouvait pas se transformer en nymphomane, ne serait-ce que pour sa santé mentale, et celle de Drago. Pour autant, elle était sûre que ça ne dérangerait pas Drago outre mesure de s'envoyer en l'air à longueur de temps. Cela dit, il ne l'avait plus beaucoup touchée depuis qu'il savait qu'elle était enceinte, pour ne pas dire plus du tout. En fait, c'est bien simple, il se contentait de la tenir par la main, de lui faire des bisous, et de la câliner comme bon lui semble. Ils n'avaient pas encore parlé de l'éventualité de faire la chose et il ne semblait pas pressé. N'importe qui, à sa place, aurait été parano, surtout connaissant son passé de débauche. Elle avait essayé de savoir s'il voyait d'autres filles…et avait déchanté en comprenant qu'elle ne lui faisait pas confiance, qu'elle avait toujours des réserves, même s'il était adorable avec elle.

-Je crois que j'ai fait une bêtise. Confessa Lavande, en baissant la tête, alors qu'elle sentait les larmes lui monter aux yeux.

-Oh, ma chérie. Murmura Mrs Brown en prenant sa fille dans ses bras. Que s'est-il passé?

Lavande ne répondit pas tout de suite. Ses nerfs de femme enceinte à vif, elle laissa rouler ses larmes sur ses joues, sans chercher à les retenir d'une quelconque façon, elle en était de toute manière bien incapable. Allez savoir pourquoi, elle avait envie de pleurer un peu sur son sort, comme si elle n'avait pas déjà pleuré assez en apprenant sa grossesse. Il fallait toujours qu'elle se mine le moral pour n'importe quoi. Lavande était peut-être douée pour réconforter les autres, mais elle était bien incapable de se gérer elle-même.

-Je…Tu sais que j'ai un copain? Demanda Lavande, tout en sanglotant contre l'épaule ronde de sa mère. Je…je ne sais pas quoi faire vis-à-vis de lui. Il est charmant et adorable, je l'aime beaucoup, mais je n'arrive pas à lui faire confiance.

-Et pourquoi tu ne lui fais pas confiance? Il doit bien y avoir une raison, non?

-il y a une raison. Hoqueta Lavande en essuyant ses yeux. Je…c'est le genre de gars qui est incapable de rester en couple trop longtemps, plutôt du genre volage. Ce…C'était le copain d'une de mes amies, et il n'arrêtait pas de la tromper avec la première fille venue. Elle…Elle en a souffert, et moi, j'ai peur qu'il fasse pareil avec moi. Je…c'est idiot, mais…je n'ai pas envie qu'il me trompe. Les…Les parents d'Hermione sont en train de divorcer pour ce même genre d'histoires.

-Ah bon, ils divorcent? S'étonna Mrs Brown, d'une voix plus aigüe.

-Oui…Hermione a découvert récemment qu'Edward trompait Florence, ou l'inverse, je ne sais plus.

-Je suis désolée pour ton amie. Chuchota Mrs Brown, dont le regard s'était assombri. Mais toi…pour en revenir à ton histoire. Même s'il est volage, cela ne veut pas dire qu'il te trompera aussi. Certains hommes ont ça dans les gênes, mais il y a plusieurs raisons qui poussent un homme à l'infidélité.

-Quelles raisons? S'enquit Lavande, avec curiosité.

-Eh bien…Par exemple, ils peuvent tromper leur femme par ennui. Ils ne se sentent pas bien dans leur couple, ils n'ont pas entière satisfaction, alors ils vont voir ailleurs pour tenter de trouver ce qui leur manque. Ils essayent parfois plusieurs conquêtes avant de trouver la bonne. Je pense que c'Est-ce qui s'est passé avec ton amie. Il était en couple avec elle, depuis longtemps je crois, et il s'ennuyait avec elle. Avec le temps, les sentiments ont fini par s'éteindre. Il restait prisonnier de cette relation, mais il ne pouvait pas en sortir, parce qu'il avait peut-être des scrupules à blesser ton amie. Alors, il est allé voir ailleurs. Il a butiné de fille en fille, peut-être pour lui donner l'impression qu'il était en vie, ou pour rechercher désespérément ce qui lui manquait et ce qu'il a perdu…

-Comment tu fais pour comprendre tout ça?

-Ce n'est pas pour rien que je suis psychologue, chérie. Rit Mrs Brown, en caressant les cheveux de sa fille. Sérieusement, je comprends que tu puisses avoir des réserves. Cela ne doit pas t'empêcher de vivre ton histoire. Peut-être qu'il a changé, qu'il a retrouvé avec toi ce qui lui avait manqué tout ce temps. Ce n'est pas parce qu'il ne parle pas de sexe, ou de l'éventualité d'aller plus loin, qu'il va forcément voir quelqu'un d'autre pour satisfaire ses besoins. Un homme, ce n'est pas animal, tu sais. Ils savent tout de même se tenir. Cela ne veut pas dire non plus qu'il ne te désire pas. Honnêtement Lavande, souris et profite un peu, on n'a qu'une vie. Ne laisse pas passer ta chance en te laissant ronger par tes propres doutes. Si ça doit s'arrêter, ça s'arrêtera, on se prend tous des coups, ma Lavande. Mais il ne faut pas avoir peur de s'en prendre.

Lavande se mordilla la lèvre inférieure, tout en posant une main légèrement tremblante sur son ventre. Elle pensait au petit être qui grandissait en elle, et elle se disait que non, elle n'avait pas le droit à l'erreur. Elle n'avait pas le droit à l'erreur, parce que si Drago partait, cet enfant ne connaîtra jamais son père. Elle sera toute seule pour l'élever. Lavande ne voulait pas être une mère célibataire.

-Tu sais chérie, ton père et moi, quand nous t'avons eue, j'avais à peine vingt ans. On ne savait même pas si notre histoire allait durer, et tu es arrivée. Certes, nous avons été pris au dépourvu, on ne savait pas trop comment te gérer alors que nous n'avions même pas de boulot, ton père a dû trouver quelque chose en vitesse même si c'était pour être gratte-papier dans un bureau, mais on s'en est sortis, parce qu'on savait que ça valait le coup.

-V…Vous m'avez eue si jeune? Hoqueta Lavande, surprise par la révélation de sa mère.

-Bien sûr, c'est une part de notre passé que l'on n'a jamais reniée. Tu le savais donc pas?

-N…Non. Balbutia Lavande, en rougissant furieusement. Je pensais…que vous aviez l'âge normal pour avoir des enfants.

-Ton père était plus vieux que moi, il avait presque vingt-six ans. Bien sûr, quand Mamie l'a su, elle était furieuse, mais elle ne m'a pas reniée pour autant. Elle…Elle a même pris les rênes, elle décidait de tout à notre place, parce qu'elle avait l'impression de garder le contrôle sur ce qui l'entourait, même si cela signifiait prendre en charge ton éducation. Ton père et moi n'étions pas forcément d'accord sur ce point, mais nous n'avions pas notre mot à dire. J'étais bien trop jeune pour avoir un enfant, et je n'étais absolument pas responsable, à cet âge là, je pensais encore à m'amuser et à faire la fête avec mes copains plutôt qu'à m'occuper d'un enfant.

Lavande frissonna insidieusement, soudainement mal à l'aise. Maintenant, elle comprenait mieux pourquoi sa grand-mère avait pris son éducation en main, pourquoi Lavande avait un plus fort relationnel avec son aïeule qu'avec sa propre mère. Au fil des années, un fossé s'était creusé entre Lavande et sa fille unique. Mr Brown a fini par mourir, et tout a foutu le camp. Leurs relations s'étaient dégradées, mais elles étaient encore proches. Mamie était le trait d'union entre elles, la matriarche empêchait la petite famille de se disloquer. Mamie avait même fini par habiter ici. Quand Laureen était là, elles étaient quatre. Une famille exclusivement composée de filles, et toutes générations confondues. C'était étrange, quand on y pensait.

Le malaise de Lavande s'accentua lorsqu'elle comprit le sens des paroles de sa mère. Elle avait vingt ans, elle était elle aussi très jeune. Peut-être comprendrait-elle son état? C'était une possibilité à envisager. Lavande s'en voulait de ne pas s'en être rendue compte plus tôt. En même temps, Lavande n'avait aucune idée de l'âge qu'avait sa mère. Cette femme n'avait pas d'âge, et de toute manière, elle ne comptait plus les années. Sa mère avait une sainte terreur du temps qui passe, et avait cessé de compter les années après son vingtième anniversaire, disait-elle. D'ailleurs, aussi loin que Lavande se rappelait, Mrs Brown n'avait jamais fêté son anniversaire. Lavande n'était même pas certaine de connaître la date de naissance exacte de sa mère. Elle ne l'avait peut-être jamais su. Les parents avaient de drôles de lubies, parfois.

-Et tu l'as regretté, après? Demanda Lavande, la bouche légèrement pâteuse.

Lavande avait besoin de savoir. C'était la question qui la turlupinait depuis tout à l'heure. Lavande ne voulait pas regretté d'avoir gâché sa jeunesse en ayant eu un enfant si jeune. D'un côté, au regard de toutes les bêtises qu'elle avait pu faire avec ses amis, depuis le collège, puis en arrivant à Roundview, Lavande avait l'impression d'avoir bien vécu. Elle ne comptait plus les lendemains de cuites, les fois où elle a bad tripé, les virées avec les uns et les autres. Elle avait cependant conscience qu'elle serait désormais en total décalage avec ses amis, parce que mine de rien, un bébé, ça fait forcément mûrir.

Fini les bêtises, il fallait être responsables, et gérer une autre personne que soi-même. Avant de tomber enceinte, Lavande n'avait jamais songé à l'éventualité d'être mère, ne serait-ce que dans un futur lointain. En fait, elle ne s'était jamais posé la question. Bien sûr, elle s'était déjà imaginé quelle serait sa vie idéale, ce qu'elle ferait plus tard. Comme toutes les jeunes filles, elle s'était imaginée avec un mariage de princesse, un mari aimant, et éventuellement des enfants. Lavande était la preuve vivante que rien ne se passait comme on l'avait prévu: Lavande avait dix-sept ans, elle attendait un enfant, elle n'était pas certaine des sentiments qu'elle avait pour le père de cet enfant, et elle était encore moins certaine de leur avenir à deux. Elle n'osait même pas envisager l'option mariage, parce que si ça se trouvait, ils n'allaient jamais se marier. L'enfance de Lavande venait de voler en éclats, et ça faisait mal.

-Non, chérie, je n'ai rien regretté.

Regretté quoi? S'interrogea Lavande, dans une sorte de brouillard, alors que son petit monde s'effondrait autour d'elle. Peu importait de toute façon, elle avait oublié la question qu'elle avait posée quelques instants plus tôt. À dix-sept ans à peine, elle avait déjà le pied dans la tombe, elle était vieille avant l'heure. Et ça fichait drôlement le cafard de seulement y penser.


[BLAISE]

Blaise tira quelques lattes sur son joint, non sans s'étouffer au passage, n'ayant pas l'habitude de fumer. Ron et Théodore étaient assis de part et d'autre du métis, Théodore en train de se rouler un pétard, et Ron en train de décapsuler sa bière avec ses dents. Blaise détournait la tête, pour ne pas voir le massacre.

-Eh, tu sais, les décapsuleurs, ça existe! S'écria Blaise, en lançant au rouquin le décapsuleur en question.

Pour toute réponse, Ron haussa les épaules, et finit de décapsuler sa bouteille avec ses dents. Blaise soupira, légèrement blasé, avant de tirer une longue bouffée sur son joint. Le métis était assis dans l'herbe, et avait légèrement plié les genoux. Il passa une main dans ses cheveux courts, presque rasés, et il soupira, ayant décidément du mal à se faire à ce nouveau contact. Blaise se désintéressa de Ron, qui avait recraché dans l'herbe la capsule litigieuse, ce qui avait fait beaucoup rire Théodore. Théo, ce con, qui n'avait jamais cessé d'habiter ses fantasmes, même les plus obscènes.

Blaise soupira. Être gay, ce n'était pas facile tous les jours, en particulier lorsque l'objet de ses fantasmes était hétérosexuel et donc, par conséquent, que Blaise savait très bien qu'il ne se passait jamais rien entre eux. Blaise avait toujours été amoureux de Théodore, d'une certaine façon. Il avait été là dans les moments les plus difficiles, et il était resté, là où d'autres s'étaient barrés. Blaise avait tout vu de Théodore, même ses pires aspects. Ses sentiments envers son meilleur ami s'étaient renforcés, comme jamais. Pour autant, Blaise était toujours tourmenté, il était assailli par ces images qu'il ne pouvait pas contrôler, et le phénomène atteignait son point d'orgue depuis que Blaise avait vu Théodore nu. Parce que bien évidemment, il était bien foutu, ce con.

Le regard du jeune homme ne quittait pas les mains de Théodore. Théodore était toujours occupé à rouler son pétard, imperturbable. Il mêlait le tabac à autre chose, certes plus illicite. Blaise haussa un sourcil. du shit? Le métis se demandait quand il allait finir son petit manège. Il espérait vraiment que ce n'était pas pour tout de suite, parce que Blaise avait encore envie de regarder ses mains. Il avait des belles mains, des putains de belles mains. Certes, ses ongles étaient rongés, mais il avait des doigts très longs et très fins. Des doigts de musicien. Blaise se souvenait de la période où Théodore jouait encore de la guitare. Il avait souvent vu son ami en train de gratter les cordes, un joint pendu au bout des lèvres, en train de fredonner d'une voix légèrement rauque cette chanson qu'il aimait tant.

Blaise était retourné des années en arrière, dans ses souvenirs. Théodore et sa guitare, Théodore et son foutu sourire tordu sur ses lèvres, Théodore et son joint. Elle semblait si loin, cette époque, et pourtant ce n'était pas il y a si longtemps que ça. Pour autant, ils n'avaient plus les mêmes attentes, la même insouciance. Ils avaient grandi, et c'était ça qui faisait mal. Maintenant, il n'y avait ni guitare, ni joints, l'instrument était en train de prendre la poussière, quelque part dans le grenier. Théodore n'avait plus joué, n'avait plus chanté. Tout en lui semblait s'être éteint, pour ne plus devenir que monotonie morbide, une boucle sans fin qui laissait un goût amer sur le bout de la langue.

-Théo? Demanda finalement Blaise, alors que son ami venait enfin de coincé son roulé entre ses lèvres.

-Mh? Répondit ce dernier, en actionnant la molette du briquet.

Dans le noir, une petite étincelle jaillit, et déchira le voile opaque qui les enveloppait, pour aussitôt disparaître. Ce fut ensuite le mégot incandescent qui brilla dans l'obscurité, accompagnant chacun des mouvements de Théodore. Celui-ci avait arqué un sourcil, attendant sans doute que son ami lui dise ce qu'il avait derrière la tête. Il expira un nouveau halo de fumée âcre, et Blaise grimaça. Il détestait cette sale habitude qu'il avait. Certes, il fumait de temps à autres, mais il n'était pas accro, lui.

-Pourquoi tu fumes cette merde? Attaqua Blaise, en désignant le roulé illicite du menton.

-Tu n'as pas craché dessus, tout à l'heure. Fit remarquer Théodore, en haussant un sourcil dubitatif.

Présentement, Blaise avait envie de lui foutre un coup de poing pour démolir sa gueule d'ange. Un ange qui avait des petites cornes rouges. Un ange pas tout à fait angélique, mais pas non plus ténébreux. Un ange déchu, plutôt. Un foutu paradoxe. Une putain d'énigme. Une sacrée tête à claques. Blaise détestait cet air suffisant qu'il se donnait, son sourire en coin horripilant. Peut-être que ça faisait de l'effet à Granger, mais Blaise, ça l'énervait. Ça l'énervait, parce que cela voulait dire que Théodore avait raison. Théodore avait toujours raison, de toute manière. Il savait taper en plein dans le mille, appuyer là où ça fait mal. Théo était ainsi. Il allait droit à l'essentiel, quitte à blesser dans la manœuvre.

Blaise soupira, lourdement. Il se frotta à nouveau le crâne, et glissa un nouveau regard furtif vers Théodore. Nott avait les yeux rivés sur la voûte céleste, d'un noir d'encre. Blaise l'imaginait être en train de scruter les étoiles, mais le métis n'en discernait aucune. En fait, il était plutôt difficile d'en discerner ne serait-ce qu'une seule, puisque le ciel était souillé de nuages gris. Pour autant, Théodore ne cessait pas de fixer le ciel, comme s'il y trouvait un quelconque intérêt en ce moment. Il tirait pensivement sur son joint, perdu dans ses songes. Il avait abandonné son fameux sourire en coin tant controversé, pour arborer un visage rêveur.

Théodore n'était pas spécialement beau. Il avait un visage banal, trop mince. Des cernes légèrement bleutés soulignaient son regard à la couleur indéfinissable. Ses lèvres étaient trop pâles, son sourire en coin était légèrement tordu, ses dents de travers, mais sa bouche était en elle seule un appel au baiser. Théo avait des épis sur le sommet du crâne, qu'il ne cherchait même pas à aplatir par un quelconque moyen. Il avait des cils trop longs, comme ceux d'une fille, mais ça lui faisait un putain de regard pénétrant. Qui plus est, il avait été défiguré par cette cicatrice qu'il avait à la joue. Beaucoup de filles de leur ancien lycée trouvaient ça sexy. Ça lui faisait un visage dur, adulte, et il était vrai que Théodore avait toujours été bien plus mature que les autres. Puis il y avait son nez. Son nez légèrement aquilin, un peu tordu lui aussi. Ce nez que Théodore détestait, mais qui donnait du caractère à son visage a priori banal. Son visage pointu, tout en angles, où plus aucun trait enfantin ne subsistait.

Théo n'était pas beau, pas comme Malefoy en tout cas. Il avait beaucoup de charme. Son sourire tordu était séduisant et son regard hypnotisait quiconque s'y plongeait. Théo s'en foutait, de ne pas être beau. De toute manière, avant de rencontrer Hermione, il ne s'était jamais préoccupé de savoir s'il plaisait ou non. Indubitablement, il plaisait, il avait réussi à faire tomber Tracey Davis sous son charme. Beaucoup de filles espéraient attirer son attention, mais Théodore ne l'accordait jamais. Il s'en foutait. Il continuait à s'en foutre. il se foutait de tout, ce mec. Et son attitude détachée avait don d'exaspérer Blaise, même s'il avait une jolie petite gueule de martyr qui les faisait toutes craquer.

-Tu…Tu as rejoué de la guitare, depuis? S'enquit finalement Blaise, en faisant tourner sa bouteille de bière entre ses doigts.

-Depuis quand? Questionna Théodore, en retour, tout en tirant une dernière bouffée sur son joint.

Théodore avait également cette sale manie de répondre à une question par une autre question. Il éludait astucieusement toute interrogation d'une habile pirouette, et il s'en tirait toujours à bon compte. Blaise savait que c'était un truc qui agaçait vraiment les filles, qu'ils ne répondent pas concrètement à leurs questions pressantes. Théodore n'était qu'un con. Mais Blaise l'aimait malgré tout. C'était ça, la véritable force de l'amour, pouvoir passer outre les défauts de quelqu'un. Honnêtement, il doutait qu'Hermione en soit capable, tant elle était obsédée par l'idée même de la perfection. Théodore n'était pas parfait. C'était un type bourré d'imperfections, bourré tout court d'ailleurs, il avait le regard vitreux et il ne semblait pas vouloir arrêter de boire.

C'était de leur faute, aussi, ils étaient allés ravitailler les stocks en achetant un pack de bières à un night shop. Blaise était le moins fauché d'eux trois, il fallait dire qu'avec tout l'argent que sa mère tirait de ses nombreux divorces, ils avaient réussi à amasser une petite fortune. Triste, mais on ne peut plus vrai. Blaise se souvenait des expressions interloquées qu'affichaient ses camarades lorsqu'ils parlaient de sa mère. Quoi, tu vis seul avec ta mère? Ouais, mais elle est riche…très riche tu sais. Ah. C'était en général tout ce qu'ils avaient à répondre, un minuscule et pathétique ah, prononcé machinalement, comme si la réponse donnée mettait mal à l'aise, et était insusceptible d'arracher d'autres réactions, autrement plus sensées.

Dans l'imaginaire collectif, on se faisait une certaine idée des familles monoparentales. On imaginait volontiers le seul adulte galérer pour boucler ses fins de mois, et l'enfant qui avait rarement de nouveaux vêtements, ou accessoires dernier cri. C'était un cliché. Blaise s'en était toujours bien sorti, très bien, même. Il avait toujours été le plus friqué des deux, même si les Nott s'en sortaient pas mal financièrement parlant. Blaise ne savait pas s'il se satisfaisait de cette situation: pour lui, gagner de l'argent sur le dos des relations foireuses de sa mère, c'était franchement moyen. À chaque fois que Mrs Zabini (qui ne s'appelait plus d'ailleurs ainsi, depuis le temps) voulait divorcer de son énième mari -son dernier beau-père en date avait été un riche magnat du pétrole, un russe un peu mafieux sur les bords qui s'appelait Igor. Ou Youri, Blaise ne savait déjà plus. Le garçon n'était pas sûr d'avoir su un jour.

-Tu fais chier, Théo, vraiment. Se plaignit Blaise, avant de boire une gorgée de bière.

Blaise n'aimait pas non plus la bière. Ça avait une odeur rance, et c'était bien trop amer. Pourtant, il en buvait, sans doute pour s'occuper les mains et l'esprit. Théodore haussa les épaules, comme il savait si bien le faire. Blaise resta abasourdi. Il venait de dire à Théodore qu'il faisait chier, et ce dernier ne réagissait pas? Décidément, Blaise n'y comprendrait jamais rien. Il avait espéré en retirer une réaction quelconque mais pas un haussement d'épaules, comme si rien n'avait d'importance.

Théodore consentit enfin à lever la tête, fixement, comme s'il était en train de rechercher, dans le visage de son ami, une quelconque vérité. Théodore le dévisageait, comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Regarder Blaise dans les yeux revenait à voir la vérité en face, Théodore avait toujours le regard fuyant, il était un peu lâche parfois. Il savait à quoi s'attendre, Blaise l'avait secoué à de nombreuses reprises pour qu'il retrouve enfin le droit chemin. Les prunelles outremer du grand brun restèrent rivés dans le regard d'ébène du métis, légèrement perplexes. Blaise pourrait presque voir les rouages fonctionner dans la cervelle de son ami. Théodore se mordilla la lèvre inférieure, avant de boire une gorgée de sa boisson.

À cet instant précis, Théodore semblait avoir le poids du monde sur les épaules. Il avait le dos voûté et le teint trop pâle, avec des valises sous les yeux. Il paraissait triste, mélancolique. C'était compréhensible, il venait de perdre sa mère. Cependant, connaissant Théodore, Blaise se doutait bien qu'une fois la colère passée, il se mettrait en tête de rechercher ses vrais parents. Théodore détestait ne pas savoir, il voulait toujours réponse à tout, même si sur le moment, il ne semblait pas y avoir de solution. Théodore était obstiné, et c'était sans doute ce qui lui avait permis d'avancer dans la vie alors qu'il se prenait des coups. Théodore était un warrior, un battant, il était de ceux qui tiraient leur épingle du jeu et qui gagnaient quoiqu'il arrive, même si cela devait prendre du temps. Blaise avait toujours admiré son ami en ce sens. Blaise était doué pour gérer ses problèmes, mais pas les siens.

-C'est bizarre, on n'entend plus Ron. Fit remarquer Théo, son sourire narquois accroché aux lèvres.

Blaise se crispa, alors que son estomac se tordit douloureusement, à chaque fois que Théodore esquissait ce putain de sourire à dire vrai. Néanmoins, à ses dires, Blaise détacha son regard du visage du jeune homme à la peau de nacre, pour s'intéresser au rouquin qu'ils n'avaient effectivement plus entendu depuis un long moment déjà. Le sourire narquois de Théodore se fit plus large alors qu'ils avisaient tous les deux un Ron qui dormait la joue dans l'herbe, à poings fermés, complètement assommé par l'alcool.

-Il ne tient vraiment pas l'alcool. Grinça Théodore, légèrement acerbe, alors qu'il buvait une énième gorgée sur sa bière, peut-être la dernière, espérait Blaise.

-C'est toi qui as voulu le faire boire, je te rappelle! Le rabroua Blaise, gentiment, alors que son ami commençait à se mordiller l'ongle du petit doigt d'un air songeur.

-Tu ne me croyais pas quand je te racontais comment était Ron quand il était bourré. Objecta Théodore en adressant au métis un sourire charmeur. Maintenant, tu sais.

-T'es vraiment un salaud, tu sais? Reprocha Blaise, avant de passer son bras autour des épaules de son ami pour lui frotter le sommet du crâne avec son poing.

-Arrête, j'ai horreur de ça! Haleta Théodore, d'une voix suraiguë, alors que Blaise éclatait de rire.

-Tu n'aurais pas une paire de couilles, le taquina Zabini en lui collant un coup de poing sur l'épaule, j'aurais de sérieux doutes sur ta virilité.

Pour toute réponse, Théodore lui tira la langue, avant de boire le fond de sa bouteille de bière, qu'il entreposa avec celles qu'ils avaient déjà descendues. Blaise leva les yeux au ciel. Théodore était vraiment un gamin quand il s'y mettait. Il donnait l'impression d'être mature, en décalage par rapport aux autres, et l'instant d'après, il était vraiment puéril, à ras des pâquerettes. Théodore était versatile, c'était sa marque de fabrique. Il était tellement lunatique qu'on ne savait jamais sur quel pied danser, avec lui. Et Blaise n'avait pas osé répliquer qu'il rêvait de la paire de couilles en question , c'aurait été de très mauvais goût.

En ce moment précis, Blaise détestait être homosexuel. S'il avait fait les choses correctement, il serait avec une jolie fille sans histoires, peut-être même aurait-il fini par récupérer Tracey même si elle avait mal tourné. Il ne serait pas tombé amoureux de son meilleur ami, et il ne se sentirait pas crever de l'intérieur à chaque fois qu'il serait en train de rouler des pelles à Granger sous son nez. Apparemment, rien ne se passait jamais comme on l'aurait souhaité, force est de constater que c'étaient toujours les mêmes qui avaient une chance de cocu. Le constat était amer, la sentence sans appel. Blaise était condamné à pourrir avec ses fantasmes, sans que l'on puisse faire quoi que ce soit pour l'en soulager.

-Théo? Appela Blaise, d'une voix légèrement rauque, ses doigts tripotant nerveusement le bracelet tressé qu'il avait au poignet.

-Mh? Répondit ce dernier, le nez toujours levé vers les étoiles.

-Tu…Tu crois que s'il n'y avait pas eu Hermione…nous deux, c'aurait été possible?

Un silence de plomb accueillit cette question. Durant ce long moment de latence, Théodore se gratouilla la nuque, avant de fixer résolument ses chaussures. Il s'était renfrogné, et Blaise regretta instantanément sa question. Blaise imaginait sans problèmes le dilemme auquel son ami était confronté. S'il avouait que oui, une histoire aurait été possible entre eux, ce serait assumer la part de lui qui était capable de ressentir des sentiments forts pour un autre homme. Autrement dit, cela reviendrait à avouer implicitement sa bisexualité.

-Je ne sais pas. Répondit finalement Théodore, avec sa réserve habituelle. Sans doute, oui. Mais avec des si, on peut refaire l'histoire, pas vrai?

Ce n'était pas vraiment la réponse que Blaise attendait. C'aurait été trop beau que Théodore lui affirme sans aucun doute que oui, leur histoire aurait été possible. Blaise ne pouvait même pas se prévaloir du fait que Théodore s'exprimait souvent par énigmes pour s'en prévaloir. La réponse semblait sans équivoque, c'était un non. Ce refus faisait mal, beaucoup trop mal, tant et si bien que des larmes naquirent au coin des yeux du métis, sans jamais rouler sur ses joues. Il avait tout de même sa fierté masculine, et cela impliquait notamment de ne pas se mettre à chialer comme une fillette devant celui qui lui a fait tant de mal.

-Crois-moi, si c'était à refaire, reprit Théodore, j'aurais aimé ne pas être celui qui te fait souffrir.

-et si c'était à refaire, je n'aurais rien changé. Répliqua Blaise, la voix légèrement rauque.

-Tu chiales? souffla Théodore, doucement, ses doigts cherchant inconsciemment ceux de Blaise, alors qu'il avait légèrement penché la tête sur le côté.

Blaise sursauta lorsque ses doigts effleurèrent ceux de Théodore. Blaise n'eut pas le temps de retirer sa main que déjà, celle de Théodore tenait fermement la sienne. Blaise baissa le regard sur leurs mains enlacées. Ébène contre ivoire. Le contraste était à la fois saisissant et magnifique. Malheureusement, il était également un brin utopiste.

-Chialer? questionna Blaise en se tournant vers son ami, une lueur de défi brillant dans son regard sombre. Jamais.

-Ce n'est pas une honte, tu sais. Je pleure souvent ces temps-ci. Avoua Théodore, légèrement mal à l'aise, caressant du pouce le dos de la main de Blaise.

-Ouais, mais tu as une raison de le faire. Répondit Blaise dans un souffle, frissonnant au contact inespéré de leurs peaux.

-Parce que tu crois qu'il faut nécessairement une raison en béton pour pleurer?

-J'sais pas. Avoua Blaise à son tour, en baissant la tête, légèrement penaud. Sinon, ça fait tapette, non?

-Moi, je crois qu'être triste est une raison suffisante pour pleurer. Affirma Théodore, en toute sincérité.

-T'es qu'un putain de salaud hypersensible. Râla Blaise, touché par les paroles de son ami.

-Crois-moi, c'est plus emmerdant qu'autre chose…je perds toute ma crédibilité.

-Hermione ne réalise pas la chance qu'elle a de t'avoir.

-Je sais. Murmura sobrement Théodore, son regard s'étant soudainement assombri.

Il y avait tellement de façons d'interpréter son je sais. Blaise pouvait ressentir toute l'amertume qu'il avait glissée dans son propos. Blaise haussa un sourcil. Alors comme ça, il y avait de l'eau dans le gaz? Blaise l'ignorait. En fait, il n'était pas au courant du déroulement du feuilleton Granger/Nott simplement parce que Théodore avait pris le parti de l'exclure volontairement des confidences, et cela avait blessé profondément Blaise, surtout que Théodore lui disait toujours tout.

-Tu…Tu veux en parler? Demanda Blaise, timidement, en lâchant les doigts de Théodore.

-Nan. Répondit Théodore, un peu trop brusquement, en coinçant une énième cigarette entre ses lèvres pour l'allumer. Il n'y a rien à dire.

-S'il n'y avait vraiment rien à dire, tu ne réagirais pas comme ça. Soutint Blaise, en regardant son ami droit dans les yeux.

-Je sais juste qu'en ce moment c'est un trop plein de ras-le-bol qui s'accumule. Coupa durement Théodore, le regard furieux. Mon couple n'y échappe pas. C'est comme ça, c'est une mauvaise passe.

-Et, c'est quoi le problème, en ce moment? Insista Blaise, faisant fi du fait que son ami commençait imperceptiblement à se braquer.

-J'ai l'impression qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut et qu'elle me prend pour un con. Je veux bien être compréhensif, mais il y a des limites, tu vois? Parfois, j'ai l'impression que ça la fait chier de me voir, qu'elle prend ça comme une obligation, tu sais. En ce moment, elle m'embrasse à peine, sourire, ça lui écorche la gueule, et les parties de jambes en l'air sont quasiment inexistantes. Tout va bien, je te dis.

-Peut-être que vous devriez faire une pause? Suggéra Blaise, alors que Théodore tirait une bouffée sur sa cigarette. Ça ne fait certes que deux mois que vous êtes ensemble, mais…vous avez tout vécu, intensément. Tout s'est enchaîné trop rapidement…votre premier baiser, votre première fois, Hermione a enchaîné le petit-ami suivant pas très longtemps après s'être faite larguer par le précédent. Et même toi, tu as évolué trop rapidement. Avant de connaître Hermione, tu étais un vieux loup solitaire, réfractaire aux contacts, puis depuis que tu la connais, c'est câlins, bisous, et baise à volonté, c'est un peu trop radical comme changement, c'est normal que tu aies du mal à suivre, il te faut un temps d'adaptation.

Blaise marqua une pause après sa tirade, laissant à son ami le soin de méditer quelques instants sur ce qu'il venait de dire. Blaise, à travers ces quelques mots, avait été on ne pouvait plus sincère, il n'avait même pas laissé sa jalousie s'exprimer. Il avait juste voulu aider son ami, qui avait le don pour se mettre dans des situations foireuses. Lorsque Théodore releva la tête, Blaise put voir toute la détresse qu'il y avait dans le regard de Théodore. Son putain de regard expressif. Même quand son visage restait neutre, il y avait toujours moyen de deviner ce qu'il pensait en lisant simplement son regard.

-Ouais. Lâcha-t-il, en écrasant machinalement sa cigarette dans l'herbe. Une pause, c'Est-ce qu'il y a de mieux à faire.

Blaise se garda bien d'ajouter d'autres mièvreries comme par exemple, qu'ils sauront se retrouver s'ils sont faits l'un pour l'autre. Ce n'était pas ce que Théodore avait besoin d'entendre, de toute manière. Théodore avait simplement besoin d'avoir un ami à l'écoute. Ron ne pouvait assurément pas remplir ce rôle. Non pas parce qu'il était tout simplement le pote avec qui on allait se bourrer la gueule à la fin des cours, mais parce qu'il était bien trop proche d'Hermione pour être objectif. Blaise avait beau nourrir de tendres sentiments à l'égard de Théodore, il n'en restait pas moins à l'écoute et disponible. Tant que celui qu'il aimait allait bien, alors il allait bien, c'était aussi simple et aussi compliqué que cela.

Théodore laissa échapper un soupir à fendre l'âme. Blaise savait quel genre de dilemme torturait l'esprit de son ami en ce moment précis. Il se tâtait pour savoir s'il devait prendre ou non une autre bière. Le brun à la peau pâle haussa à nouveau les épaules, et céda à la tentation d'une troisième bière. Blaise, lui, n'avait même pas fini la sienne. Alors que Théodore se penchait pour récupérer le décapsuleur, Blaise songeait que la vie était parfois une pute à s'en prendre toujours aux mêmes personnes, qui auraient pourtant tant besoin d'être heureuses. Et Théodore en faisait incontestablement partie.


[HERMIONE]

Hermione était en train de faire sa valise, le cœur serré. Avoir l'impression que le bonheur s'était envolé plus prématurément que prévu était douloureux, extrêmement douloureux. Hermione ne savait pas pourquoi les choses en étaient arrivées là, tant tout avait été parfait. Oui mais voilà, la perfection avait maquillé les petits défauts de son couple. Elle avait vraiment essayé de passer outre, de se dire que c'était une mauvaise passe. Pourtant, il fallait se rendre à l'évidence. Les choses ne fonctionnaient plus aussi bien qu'avant, un grain de sable s'était glissé dans l'engrenage déjà bien huilé. Il y avait eu une fracture qui faisait qu'elle ne se sentait plus aussi bien en compagnie de Théodore qu'avant.

Hermione avait souvent réfléchi, ne serait-ce que pour savoir où tout avait commencé à foirer. Elle avait peur de trop s'être emballée, de s'être sentie pousser des ailes après son échec avec Drago. Théodore avait représenté l'espoir. C'était peut-être ça le problème, elle avait placé trop d'espoirs en lui, et à présent, elle était déçue. Elle se demandait si la désillusion pouvait justifier le fait qu'elle n'aimait plus autant ses baisers qu'avant, ou qu'elle se montrait bien réticente à toute forme de contact. Elle n'avait même plus ces papillons dans le ventre lorsqu'il l'embrassait, ni même le cœur qui battait la chamade quand elle le voyait. Pour autant, elle ne pouvait s'empêcher de sourire quand il était là. Son humour était toujours aussi plaisant, aussi caustique, et il était tellement adorable avec elle, que rompre avec lui relèverait du sacrilège.

Qui plus est, Hermione ne voulait pas être connue pour ses histoires à répétition, et foireuses qui plus est. Elle avait déjà donné avec Drago pendant cinq ans. Là, avec Théodore, ça n'avait même pas duré trois mois. C'était l'histoire d'un coup de foudre qui s'était lentement transformé en désamour. Je t'ai eu, je ne quitte plus, lui avait-elle dit la dernière fois. Rien que cette phrase suffisait à la faire passer pour la pire des menteuses. Elle avait conscience de s'être trop emballée lorsqu'ils ont commencé à découvrir les joies de la sexualité. Ce qu'elle avait vécu entre ses bras était plaisant, grisant, et plus d'une fois, il avait su la mener à l'orgasme. Il lui avait donné un plaisir tel qu'elle doutait pouvoir le retrouver avec quelqu'un d'autre, dans l'hypothèse où ils viendraient à se séparer.

Elle était amoureuse de lui, elle en était certaine. Oui mais voilà, parfois, il valait mieux faire une pause, pour sauver ce qui pouvait encore l'être, et prendre, plus tard, un nouveau départ. Elle voulait faire une pause pour mieux le redécouvrir ensuite, pour avoir l'impression de se retrouver après une longue absence. Elle voulait aussi faire une pause, parce qu'elle savait que Théodore vivait une période difficile, aussi était-il inutile de l'encombrer avec des soucis supplémentaires. Elle était prête à attendre le temps qu'il faudra pour qu'il se remette complètement de ces épreuves. Ce choix lui faisait mal, mais il valait mieux qu'ils arrêtent maintenant avant d'aller droit dans le mur. Reste un dernier problème: comment lui dire?

Son portable vibra, la tirant de ses sombres pensées. Hermione sursauta légèrement, surprise, puis elle s'empara du téléphone, légèrement tremblante. Son cœur se serra douloureusement lorsqu'elle vit que Théodore venait de lui envoyer un énième message, et qu'elle réalisa qu'elle n'avait pas répondu aux autres. Hermione se mordilla la lèvre inférieure. Le message était froid et sans appel. il faut qu'on parle. Le cœur d'Hermione se mit à battre insidieusement dans sa poitrine. Il faut qu'on parle. Pourquoi cela semblait annoncer une catastrophe imminente? Elle se mordilla la lèvre inférieure. Se pouvait-il qu'ils avaient eu la même idée? Compte tenu du message solennel de Théodore, Hermione avait du mal à imaginer qu'il pourrait en être autrement. Elle hésita un instant puis elle pianota sa réponse.

Je dois aussi te parler. Tu viens chez moi? En ce moment il n'y a personne, on pourra être tranquille. Je t'attends.

D'accord. Son message était un peu ambigu, surtout qu'elle insistait sur le fait qu'ils allaient être seuls, et par conséquent, qu'ils ne seront pas dérangés. N'importe qui aurait pu y voir un sous-entendu lubrique, mais Hermione n'avait aucunement l'intention de se livrer à une énième partie de jambes en l'air. Elle n'était pas non plus certaine que Théodore avait les mêmes attentes qu'elle. Elle continua donc à s'interroger sur ce que le français avait à lui dire, tout en finissant d'empiler ses affaires dans sa valise. Dans le pire des cas, songeait-elle, le séjour en France leur sera peut-être bénéfique. À défaut, ils auront d'autres choses à penser d'ici là, comme par exemple le bac, qui mine de rien approchait. Oui, se jeter dans les révisions, c'était le meilleur moyen de ne pas se laisser parasiter par toutes ces pensées délétères. Après le bac, c'était une bonne échéance, ils auront ainsi tout le loisir d'y réfléchir avant les vacances d'été.

Hermione était en train de finir de ranger sa chambre quand Théodore sonna à sa porte. Tranquillement, elle descendit les escaliers, bien que son cœur était à la torture. Elle s'efforça d'avoir un air décontracté lorsqu'elle lui ouvrit la porte. Elle fut frappée par les cernes violacées qui creusaient son visage, et son teint cireux, comme s'il n'avait pas dormi depuis des jours. Il portait sa lourde veste en cuir, et un t-shirt noir à l'effigie de Led Zeppelin trop large pour lui. Il portait son sempiternel jean déchiré aux genoux, et ses vieilles Converse. Hermione se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser doucement sur la joue, au coin des lèvres. Ça n'avait pas réellement changé de ce côté-là, il était toujours aussi grand, même s'il était clair que d'habitude, elle l'aurait embrassé à pleine bouche.

-Tu as fait vite. Fit-elle remarquer, la voix légèrement vacillante.

-J'étais dans le coin. Éluda-t-il en haussant les épaules.

-Tu as l'air fatigué.

-Je n'ai pas dormi cette nuit, je suis sorti avec Blaise et Ron. On vient de le ramener chez lui, d'ailleurs, il était tellement bourré qu'on a presque dû le porter, avec Blaise. Le pire, c'est qu'on a dû déjouer la vigilance de Mrs Weasley, parce que la connaissant, elle aurait hurlé et elle l'aurait puni, ce qui aurait été con. La veille de partir en France, tu imagines?

-Oui, j'imagine. Éluda Hermione, avant de réaliser qu'ils étaient toujours plantés dans le hall d'entrée, et qu'ils ne s'étaient ni embrassés, ni câlinés, comme s'il y avait déjà une certaine distance entre eux, une distance qui allait bientôt avoir raison d'eux.

-ça va, toi? Demanda-t-il, presque timidement.

Et voilà. C'était parti pour un échange de banalités qui dura pendant dix minutes, minutes pendant lesquelles ils ne se touchèrent pas une seule fois, et qu'ils répondaient à l'autre sans grande conviction. Ils parlèrent de Rondview, du temps qu'il faisait dehors, de l'état catastrophique de Ron après leur soirée de débauche, d'Hannah Abbott et de sa copine qui étaient venus les draguer pendant qu'ils faisaient la tournée des bars. Lorsque Théodore évoqua Hannah, Hermione ressentit une bouffée de haine envers cette pouffiasse blonde qui n'avait fait que tourner autour de son petit ami alors même qu'elle savait pertinemment qu'ils étaient ensemble.

Elle ne savait que trop bien ce qui allait se passer si Hermione se décidait à quitter Théodore. Cette pétasse n'allait aucunement se gêner pour lui mettre le grappin dessus à présent qu'elle le savait libre. Hermione se sentirait véritablement humiliée si Théodore venait à se taper une fille pareille. Hannah Abbott avait un QI de palourde, et Théodore méritait sûrement mieux qu'une blondasse peroxydée à son bras. Au bout de ces dix minutes, l'échange s'épuisa, et Théodore regardait à nouveau ses pieds. Il passa une main dans ses cheveux -une manie!- puis il planta ses prunelles glacées dans celles, ambrées, d'Hermione.

-On devait parler, non?

-C'est exact. Approuva-t-elle, tout en se mordillant la lèvre inférieure, nerveusement. On monte dans ma chambre?

Question rhétorique. Pour autant, l'un comme l'autre restèrent plantés là, à se regarder dans le blanc des yeux. Théodore avança finalement sa main, et du bout des doigts, il caressa timidement la lèvre inférieure d'Hermione, pour qu'elle cesse de se la saccager en se la mordillant ainsi. Hermione frissonna sous cette caresse, et se rappela pourquoi elle désirait autant Théodore, en dehors du fait qu'il avait été son tout premier et seul amant.

Finalement, Théodore cessa de caresser sa lèvre inférieure, et laissa retomber mollement son bras le long de son corps. Hermione en profita pour amorcer un pas vers l'escalier qui menait à l'étage, tout en essayant de ne pas songer qu'elle allait vivre les minutes les plus pénibles de ces dernières semaines. Rompre n'était pas une décision facile en soi, mais cela l'était encore moins lorsque la rupture survenait entre deux personnes qui s'aimaient encore. C'est juste une simple pause, pas la mer à boire, ne cessait-elle de se répéter, pour se donner un tant soit peu de courage.

Les deux adolescents s'assirent sur le lit d'Hermione, en tailleur. Ils étaient à distance respectable l'un de l'autre, mais Hermione était tout de même fébrile. Ce lit avait été témoin de bien des ébats, et souvent, ses draps avaient été imprégnés de l'odeur caractéristique post-sexe. Pour autant, c'était plutôt dans le lit de Théodore qu'Hermione avait perdu sa virginité. Hermione avait vécu des moments forts entre ses bras, tant et si bien qu'elle doutait être capable de tout remiser au placard. Elle ne pouvait pas renoncer à ça, elle était bien trop égoïste.

-Qu'est-ce que tu voulais me dire? Demanda timidement Hermione, alors que Théodore était en train de triturer nerveusement un des fils de la couverture qui dépassait.

-Toi d'abord. Se défila Théodore, extrêmement mal à l'aise.

-Non, si ça se trouve, on a dû penser à la même chose. Hasarda Hermione, en haussant un sourcil perplexe.

-Ouais, sûrement. Éluda Théodore en esquissant un sourire en coin, amusé par l'ironie de la situation. Ben…Puisque c'est comme ça, on n'a qu'à le dire tous les deux en même temps?

-ça me paraît être une bonne idée.

Hermione espérait vraiment ne pas être la seule à avoir saisi l'absurdité de cette conversation. Potentiellement, ils étaient encore sur la même longueur d'onde, et ils envisageaient peut-être, chacun de leur côté, de se séparer. Mais où était donc la logique, là dedans? Hermione se demanda alors si c'était vraiment nécessaire d'en arriver là. La jeune femme se mordilla la lèvre inférieure, avant de passer une main nerveuse dans ses boucles brunes.

-Je…Je pense que ce serait mieux pour nous, qu'on se sépare. Lâcha finalement Théodore, de but en blanc.

-Toi aussi…tu en es venu à cette conclusion? Demanda timidement Hermione, la voix légèrement tremblante.

Les mots venaient d'être dits, incisifs et cruels. Hermione avait répété maintes fois son discours dans sa tête, elle avait essayé de ne pas pleurer en psalmodiant sans cesse ces quelques termes sans queue ni tête. Pourtant, les larmes lui montaient aux yeux, la forçant à lutter de toutes ses forces pour ne pas les laisser librement couler sur ses joues. Renoncer à Théodore était une décision difficile à prendre. Il était tellement mignon et adorable, oui mais voilà, ça n'allait plus entre eux, et Hermione avait bien trop d'égards pour lui pour le forcer à subir cette mauvaise passe dans leur couple en plus de tout ce qu'il vivait en ce moment.

Pourtant, elle avait la furieuse envie de se blottir dans ses bras, de le sentir tout contre elle, en elle. Elle voulait goûter une dernière fois à ses lèvres, elle voulait respirer son odeur pour la graver dans sa mémoire. Hermione se maudissait d'être trop sentimentale. La première fois, elle n'avait pas eu à se préoccuper de ce problème puisque c'était Drago qui l'avait quittée, sans solliciter son avis de quelque façon que ce soit. Hermione se consolait en se répétant qu'ils ne se quittaient pas définitivement, que ce n'était qu'une pause à plus ou moins longue durée.

-Il le faut bien, non? Demanda-t-il, la prenant directement à parti. Je…Je pense qu'on est allés trop vite, beaucoup trop vite, que notre relation n'a pas eu le temps de se construire sur des bases suffisamment solides pour pouvoir s'inscrire dans la durée. Je…je pense qu'on va droit dans le mur si on continue comme ça, et si on ne s'arrête pas maintenant, on ne pourra pas sauver ce qui peut encore l'être.

-Tu crois sincèrement qu'il y a quelque chose à sauver? S'enquit timidement Hermione, en baissant le regard.

-Oui. Répondit fermement Théodore, avec aplomb. Je pense que nous deux, ça avait un putain de potentiel, mais on a mal utilisé ce potentiel. Je veux dire…on était à peine ensemble qu'on faisait déjà l'amour, et quand on regarde bien, la distinction entre l'amour et le désir était difficile à faire. Moi, à force, j'avais de sérieux doutes à ce sujet.

-à quel sujet? Interrogea Hermione, d'un ton un peu plus brusque que ce qu'elle aurait voulu.

-J'ai commencé à avoir des doutes lorsque tu as décliné plusieurs fois mes sollicitations pour sortir, ou pour se voir. Une fois, ça passe, je peux comprendre que tu n'aies pas forcément du temps à m'accorder. Deux fois en suivant, ça devient carrément suspect. Trois fois, et je me dis que t'aurais mieux fait de me dire directement que tu n'avais pas envie de me voir ou de rester avec moi pour…

Théodore n'eut pas le temps de finir sa phrase. Hermione venait de se redresser pour poser ses lèvres sur les siennes, lui volant un doux et chaste baiser. Ses prunelles ambrées brillaient anormalement, comme si elle allait pleurer. Théodore, surpris, se laissa faire, même quand elle passa ses bras autour de son cou. Il ne broncha pas davantage lorsqu'elle prit son visage en coupe, effleurant ses joues du bout des doigts. Elle avait posé son front contre le sien, et leurs nez s'effleuraient doucement.

-Ne doute jamais de mon amour pour toi. Chuchota-t-elle d'une voix chevrotante. Je n'ai jamais cessé de t'aimer depuis le premier jour, sache le. Et plus les jours passaient, et plus j'étais amoureuse. C'était terriblement exaltant, mais aussi terriblement effrayant. J'ai peur de m'y brûler les ailes, parce que je n'ai jamais ressenti ça pour quelqu'un d'autre. Je ne suis pas sûre de pouvoir aimer quelqu'un d'autre si…si ça devait se terminer.

-Hermione…supplia Théodore, d'une voix légèrement rauque. On…on est en train d'essayer de rompre, ou de faire une pause…et toi…tu me dis ça.

-Je suis trop égoïste pour seulement songer à te laisser partir. Je…je ne peux pas, Théodore, je ne peux pas, tu comprends? Je…je crois que le mieux qu'on puisse faire, c'est de prendre un nouveau départ. Changer notre façon d'être ensemble, tu vois?

-c'est-à-dire? Demanda-t-il bêtement, quoiqu'intéressé par ce qu'elle avait à dire.

-Notre problème principal, c'est notre libido, pas vrai? Je veux dire…j'aimerais retrouver ce qu'on avait au début, même avant…avant qu'on fasse l'amour pour la première fois. Avant…avant, on sortait, on allait au cinéma, on visitait des musées, on fréquentait les cafés littéraires. Mais depuis qu'on a découvert les joies du sexe, on est soit enfermés chez toi, soit enfermés chez moi, et à dire vrai, on ne reste pas bien longtemps habillés, si tu vois ce que je veux dire.

À mesure qu'Hermione avait déblatéré sa tirade, ses joues s'étaient colorées du plus beau rouge, et elle avait baissé le regard, ayant très probablement honte de ce qu'elle venait de dire. Il était vrai qu'Hermione et Théodore s'étaient presque coupés du monde depuis qu'ils étaient réellement ensemble. Certes, avant, ils se faisaient des sorties à deux, ils apprenaient à se connaître, à s'apprécier, et ils s'aimaient déjà beaucoup. Hermione voulait retrouver cet aspect là de leur relation, rééquilibrer la balance entre l'amour qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre et le désir.

-Tout ce que je veux, reprit Hermione en caressant doucement les joues de son amoureux, c'est qu'on sorte, qu'on voit du pays, qu'on sorte avec nos amis respectifs, comme toi tu as pu sortir avec Ron et Blaise l'autre soir. Le tout étant d'entretenir le désir, tu comprends? Les moments où on se retrouvera n'en seront que meilleurs.

-Je suis d'accord. Concéda finalement Théodore, en glissant ses bras autour de la taille de la jeune fille. Ce qui me manque aussi, dans nos débuts, c'est que j'étais persuadé qu'on pouvait se guérir, qu'à deux, on pouvait se relever et vaincre nos vieux démons. Là, on ne fait que de s'enfoncer dans cette spirale destructrice sans fin. Au lieu de se guérir, on s'abîme, et c'est malsain.

-Tu sais, grâce à toi, confia Hermione, les yeux brillants, je…je recommence à manger plus ou moins correctement. Je ne suis pas à l'abri des crises mais…c'est peut-être con à dire, mais j'ai envie de te plaire. Je sais que la période Drago m'a fait couler, que je voulais ressembler aux filles qu'il avait l'habitude de se taper, taille mannequin, aux formes plantureuses, avec une taille de guêpe et des sublimes cheveux blonds…Drago a toujours préféré les blondes, et…

Hermione se tut, rougissante. Elle avait senti le malaise de Théodore, qu'elle savait jaloux et possessif. Elle venait de faire la bourde de parler de son ex, et elle s'attendait à ce que l'orage ne tarde pas à gronder. Lorsque la jalousie de Théodore était mise à rude épreuve, il ne tardait généralement pas à se mettre en colère. Hermione regretta ses dires au moment même où les sourcils de son amoureux se froncèrent. La veine qui traversait son front palpitait, et Hermione avait envie de la caresser du bout des doigts pour la calmer, pour la détendre. Alors, Hermione avança timidement sa main, et entreprit doucement de dessiner cette ligne, pour l'apaiser. Elle reprit timidement son manège autant de fois que c'était nécessaire. Docile, Théodore se laissait faire, à moins que c'était la surprise qui l'empêchait de faire quoi que ce fût.

-Je n'aime pas que tu me parles de lui. asséna Théodore, durement. Je ne suis pas Drago, je pensais que tu avais fini par le comprendre. Je déteste être comparé à lui.

-Je ne te comparais pas. Contra Hermione, rougissant furieusement parce que Théodore avait repoussé sa main plutôt sèchement. Arrête de prendre la mouche à chaque fois que son nom se glisse dans la conversation.

-J'ai des raisons de prendre la mouche! S'indigna Théodore, en bombant le torse. Tu ne peux pas savoir ce que ça fait de passer toujours après lui. Je suis sûr que dans ta tête, tu compares chacun de nos faits et gestes, parce que tu ne peux pas t'en empêcher. Et tu sais quoi? Ça me flingue de me dire que tu ne m'apprécies pas pour ce que je suis, mais parce que je suis l'exact opposé de Drago. Je crois même que c'est pour cette raison que tu m'as choisi, parce qu'ainsi tu pouvais être certaine que j'étais tout ce qu'il n'était pas.

Pour toute réponse, Hermione le gifla. Théodore était allé trop loin dans ses propos, et elle n'avait pas aimé la façon dont il lui parlait. Elle commença même à se demander si elle ne ferait pas mieux de le plaquer sur le champ, parce que s'il lui disait tout ça, même si c'était sous le coup de la colère et de la jalousie, il ne devait pas avoir une bien haute opinion d'elle. Par réflexe, Théodore se frotta la joue et jeta un regard noir à la jeune femme, qui recula, presque tétanisée par ce qu'elle venait de faire.

-P…Pardon. Couina-t-elle, en voyant la joue rougie de son compagnon.

-Pardon quoi? Tonna Théodore, d'une voix forte. Pardon de m'avoir cogné? Il fallait peut-être y réfléchir avant, non? Tu t'amusais aussi à lui foutre des baffes, à ton Drago, dès lors qu'il disait des trucs qui ne te plaisaient pas?

-Arrête. L'intima Hermione, en serrant les dents.

-Le problème, Hermione, c'est que tu es incapable d'assumer la portée de tes actes! C'est facile de faire quelque chose et d'aller chialer dans les bras de tes potes qui ne connaissent rien à l'histoire! Tu sais parfaitement que je ne supporte pas que tu me compares à lui, et toi, tu ne te gênes pas, c'est open-bar. Je-ne-suis-pas-lui, tu es capable de piger ça?

-Je sais que tu n'es pas lui! Répliqua Hermione, rouge de colère. Tu n'es pas lui et il n'y en a pas un pour relever l'autre, malheureusement! De toute manière, vous, les hommes, vous êtes tous pareils! Je pensais que ça irait mieux parce qu'entre nous, tout était parfait, mais en fait, ce n'est qu'un leurre, c'est pour mieux frapper par derrière.

Hermione était furieuse, mais en même temps, anéantie. C'était la première fois qu'elle se disputait aussi violemment avec Théodore, et les mots qu'ils échangeaient étaient loin d'être tendres. Hermione pouvait ainsi constater que le jeune homme avait eu le temps d'accumuler certains griefs à son encontre, et ça ne lui faisait pas plaisir. Elle avait marre qu'on s'attende à ce qu'elle soit parfaite sur tous les plans. Elle écartait les cuisses pour son bon plaisir, ce n'était donc pas suffisant? Elle en était d'autant plus dépitée qu'elle lui avait donné sa virginité sans hésiter, elle l'avait laissé faire, et elle se rendait compte que c'était un connard. Une larme traîtresse roula sur sa joue d'albâtre pour mourir sur ses lèvres.

-Je t'ai déjà dit je t'aime, il me semble. Rétorqua Théodore, froidement. Je crois même que je l'ai dit plusieurs fois. Mais souvent, je n'ai rien eu en retour. Je veux dire…Je m'attendais au moins à ce que tu répondes, ou à ce que tu me retournes ces mots, mais c'était à croire que ça t'arrachait la gueule. Que faut-il que je fasse, Hermione? Je t'ai tout donné, tout. Mon temps, ma personne, voire même mon âme. Je t'ai tout donné, Hermione, tout!

Théodore lui adressa un véritable regard blessé, qui serra le cœur d'Hermione à double tour. La jolie jeune femme avait la tête baissée, et ses larmes roulaient abondamment sur ses joues. Elle s'en voulait d'être aussi faible, de pleurer devant lui, mais il ne lui avait pas laissé le choix. Là, elle aurait simplement voulu qu'il la prenne dans ses bras, qu'il lui chuchote à l'oreille que tout irait bien. Elle se détestait d'être aussi éprise, autant amoureuse, elle le détestait lui d'avoir insufflé en elle ces sentiments dont elle n'allait jamais réussir à venir à bout.

-Pars. Lui ordonna-t-elle, d'une voix brisée.

-Mais Hermione…protesta-t-il, en avançant une main pour venir toucher son genou.

-Dans va-t-en, rétorqua Hermione, méchamment, il y a quelque chose qui t'échappe?

-Je ne m'en irai pas. Contra-t-il, buté, en croisant les bras sur son torse.

-Va-t-en! Répéta Hermione, d'une voix suraiguë.

Pour toute réponse, Théodore lui attrapa fermement le menton, et écrasa ses lèvres sur les siennes, sans aucune douceur. Hermione hoqueta de surprise face à ce baiser brutal, mais elle raffermit sa prise en passant ses bras autour de son cou. Elle tenta de résister lorsque Théodore voulut glisser sa langue dans sa bouche, mais elle ne résista pas bien longtemps, il parvint à forcer le passage et à nouer sa langue à la sienne. Hermione essaya alors de le repousser, parce qu'elle savait qu'elle finirait par lui céder, elle savait inévitablement comment cela allait finir. Déjà, Théodore l'avait allongée dans le lit, l'écrasant de tous son poids pour éviter qu'elle ne se défile. Déjà, il avait glissé ses mains sous son t-shirt et il malaxait sa poitrine, découvrant pour son plus grand plaisir qu'elle ne portait pas de soutien-gorge.

-Tu veux toujours que je m'en aille? Susurra-t-il à son oreille alors qu'il pinçait un mamelon un peu trop brutalement.

-Arrête, tu fais mal. Geignit-elle, légèrement haletante, essoufflée par son baiser et par ses propres émotions qui commençaient à foutre le camp. Arrête.

Elle avait enfoncé ses ongles dans son épaule, le griffant profondément. Il feula de douleur, avant de prendre possession de ses lèvres avec brutalité, glissant sa langue dans sa bouche sans aucune pudeur. Déjà, elle avait ôté son polo, c'était un Théodore torse nu qu'elle accueillait entre ses bras. Elle sentit une violente douleur irradier sa lèvre inférieure, et le goût cuivré lui inonder la bouche.

-Tu m'as mordue, espèce de salaud! S'indigna-t-elle, en essayant de le repousser encore, alors que Théodore passait sa langue sur la blessure, en profitant pour dessiner le contour de sa bouche.

-Tu m'excites quand tu es en colère. Chuchota-t-il, tout près de ses lèvres. Je me moque bien que tu sois une furie hystérique et dangereuse. Je te veux toi.

Et alors que Théodore achevait de la déshabiller pour ensuite se glisser en elle, Hermione laissa une larme rouler le long de sa joue alors qu'elle serrait ses épaules de toutes ses forces. Non, elle avait eu tort de se dire que tout allait changer, qu'ils allaient pouvoir prendre ce nouveau départ. Rien n'allait changer, et elle s'en rendait compte.

-Tu pleures? S'inquiéta-t-il en caressant sa joue, tout en cessant d'aller et venir.

-N…Non. Bredouilla-t-elle, alors qu'il essuyait une larme qui roulait de ses paupières.

Pour toute réponse, Théodore se pencha un peu plus sur Hermione, et reprit ses tendres va-et-vient, tout en posant ses lèvres délicatement partout sur son visage, aspirant doucement ses larmes salées. Hermione ne tenta même pas de résister à la boule de plaisir si familière qui naissait dans son ventre, et se laissa aller à cette étreinte, en se disant qu'effectivement, le sexe est bien meilleur après une dispute, et qu'ils devraient s'engueuler plus souvent.


[DRAGO]

Drago avait peur, bien que comme tout bon Malefoy qui se respectait, il n'en disait rien. Drago avait su ce qui était arrivé à Potter par l'intermédiaire de Lavande, et contrairement à elle, il ne savait que trop bien qui était à l'origine de ce tabassage des plus sauvages. À présent, Potter était dans le coma, et Hermione et lui étaient les prochains sur la liste. C'était dans ces moments là que Drago détestait être le fils du nouveau proviseur…Quoique, à cette époque là, Lucius Malefoy n'était pas encore arrivé à la tête de l'établissement, c'était la vieille McGo qui s'occupait d'instaurer un tant soit peu de discipline dans ce trou à rats.

Trou à rats…il n'y avait pas d'autre terme pour qualifier Roundview. Avant l'arrivée de Lucius, c'était une vraie cour des miracles. La plupart des élèves arrivaient défoncés en cours, ou avec une solide gueule de bois. On ne comptait plus les absences dues aux lendemains de fête trop difficiles, et certains ne ressurgissaient de leur torpeur que le jour du bac. Drago avait pincé les lèvres devant tant de débauche, forgeant sa réputation de fifils à maman (ou à papa, c'est selon), cette réputation qui l'exécrait tellement. Le jeune homme touchait rarement aux drogues, même s'il lui arrivait parfois d'abuser sur les alcools forts. Son vice à lui était la luxure, et cela lui avait joué de nombreux tours.

Drago s'était abîmé de bras en bras sans jamais réellement trouver chaussure à son pied. Il avait cru aimer Hermione, mais ça n'avait duré qu'un temps. En fait, il n'était même pas sûr d'avoir éprouvé de l'amour à proprement parler. C'était du grand n'importe quoi, et il ne regrettait pas un seul instant leur rupture. C'était même la meilleure décision qu'il avait prise depuis bien longtemps. Drago ne savait pas ce qu'était l'amour. Il n'avait jamais ressenti les frissons que l'on décrivait souvent dans les livres, et les battements de cœur intempestifs. Drago n'était pas un garçon sentimental. Il était persuadé qu'il était de ceux qui n'avaient pas besoin de se ranger pour être heureux. Oui mais voilà, c'était avant.

Maintenant, il y avait Lavande. À bien y regarder, ils se ressemblaient tous les deux. Mêmes cheveux blonds, mêmes yeux bleus, sauf que ceux de Drago tiraient davantage sur le gris, et que ses cheveux étaient plutôt d'un blond argenté. On aurait pu les croire jumeaux, ou tout au moins frère et sœur. Lavande et Drago, cependant, n'avaient rien en commun. Drago était plutôt riche, Lavande venait d'un milieu défavorisé. Drago était pourri gâté par ses parents, et Lavande était orpheline de père. Sa grand-mère vivait même avec elle. Lavande avait sa croix, Drago n'avait rien vécu de particulier, ni drame, ni histoires de familles. Drago, c'était le mec sans histoires qui dépérissait tellement de l'inertie de sa vie, qu'il serait prêt à s'inventer n'importe quoi pour la rendre un tant soit peu intéressante.

Il n'avait pas eu besoin d'attendre bien longtemps pour pouvoir assister à ce changement, même minime. Il s'était peu à peu bâti son petit feuilleton, prenant un malin plaisir à faire parler de lui comme on pouvait suivre avec intérêt les aventures d'un personnage de série télévisée. Il se complaisait dans ses petits scandales et ses petits mensonges, tout était bon pour acquérir un tant soit peu de reconnaissance de la part des autres, cette si chère reconnaissance que tous réclamaient mais que peu, en définitive, n'obtenaient. Drago avait réussi à s'imposer parmi les plus populaire de Roundview, oui, mais à quel prix?

Le palmarès, en lui-même, n'était pas bien glorieux. Les notes de Drago n'étaient pas franchement terribles, pour ne pas dire carrément médiocres. Lucius lui avait souvent fait la morale à ce propos, en insistant sur l'importance des notes scolaires pour décrocher son papier et avoir un boulot qui payait bien. Drago n'en avait que faire, tout ce que le garçon voulait, c'était jouer au basket, vivre de sa passion. Oui mais voilà, selon Lucius, le basket était tout sauf un métier. Lucius le voyait avocat ou médecin, ses parents exigeaient un métier sérieux et non pas un hobby. Pour autant, le garçon ne désespérait pas de convaincre ses parents de le laisser partir aux USA afin de tenter sa chance.

Le rêve américain…ça c'était avant qu'il apprenne qu'il allait être papa. Papa à seulement dix-sept ans, jamais il n'aurait pensé cela possible. Il aurait pourtant dû s'y attendre. En se tapant la moitié des filles de Roundview, ça lui pendait au nez. Et en plus, il a fallu que ça tombe sur Lavande, l'une des meilleures amies de son ex. Drago se demandait encore comment il avait pu foirer de la sorte. Il donnait parfois l'impression de regretter sa décision, mais en fait pas du tout. Il avait gagné en maturité. Il avait certes grandi d'un coup, mais il se sentait prêt à embrasser sa vie d'adulte.

Drago avait une idée précise du moment où il allait annoncer à ses parents la grossesse de sa copine. Il attendait sagement d'avoir son diplôme en poche. Entre temps, au moins de juin, il aura dix-huit ans, il sera donc techniquement majeur au regard de la loi. Ses parents n'auront plus rien à redire, il sera libre de gérer sa vie comme il l'entendait. Il pourra même demander Lavande en mariage si ça le chantait. Mais pour le mariage, cependant, il attendrait quelques années de plus. Il avait cependant envisagé cette possibilité si cela pouvait permettre d'apaiser l'état d'esprit de Lucius ou Narcissa au cas où l'annonce ne se déroulerait pas exactement comme il l'avait escompté.

-Drago? Appela une voix timide, derrière lui.

Le jeune homme sursauta, avant de se tourner vivement. Il avait brutalement quitté ses pensées pour renouer avec la réalité, tout aussi durement. En particulier lorsqu'il eut entendu cette voix. Hermione…Elle non plus n'était pas au courant de cette grossesse. Drago avait bien réfléchi et il avait estimé normal qu'elle soit l'une des premières au courant. Lavande et lui en avaient d'ailleurs parlé, et ils étaient tombés d'accord sur le fait que, dans la mesure où Hermione était son ex-petite-amie, c'était lui qui allait annoncer la grossesse de la jolie blonde. Et leur liaison, par la même occasion.

-Salut. Répondit le grand blond, en fourrant ses mains dans ses poches, légèrement gêné.

Drago et Hermione ne s'étaient pas parlés depuis leur dispute de la dernière fois, où elle l'avait presque roué de coups. Sa joue, d'ailleurs, s'en souvenait encore. Non pas qu'il avait encore des marques, le bleu qui avait marqué sa peau avait bien fini par disparaître, mais le souvenir n'en était pas moins cuisant, et lorsqu'il était assailli par les remords, Drago osait admettre qu'il n'avait pas volé les gifles qu'elle lui avait données.

-Salut. Souffla la jeune femme, du bout des lèvres, avant de coincer une cigarette entre ses lèvres fines, pour se l'allumer d'un geste mécanique et expert.

Drago étudia attentivement Hermione. Elle avait comme d'habitude les cheveux qui partaient n'importe comment, son maquillage se faisait la malle, et elle avait le teint brouillé, comme si elle venait de pleurer. Qui plus est, elle tirait sur sa cigarette comme une désespérée, ses mains tremblaient anormalement. Il arqua un sourcil interrogateur. Il ne put s'empêcher d'ironiser en se disant que cette fille était toujours en train de pleurer. Drago savait cependant qu'Hermione était une jeune fille très sensible qui avait le cœur sur la main, encore fallait-il s'en montrer digne, et ce, mauvaise foi mise à part.

-Tu n'as pas l'air bien. Commenta-t-il, lèvres pincées, ses prunelles anthracites sondant la jeune femme, passant au crible chacune de ses attitudes.

-Je viens d'aller voir Harry à l'hôpital. Lâcha-t-elle, en se mordillant la lèvre inférieure, ses grands yeux marron se remplissant de larmes de rage et d'impuissance.

-Et comment va Potter? S'enquit Drago, plutôt sèchement, faisant sursauter Hermione qui se renfrogna.

-il ne va pas mieux. Hoqueta-t-elle en laissant couler ses larmes. Je…Les médecins nous ont dit que son pronostic vital était engagé et…que les chances pour qu'il se réveille s'amenuisent d'heure en heure.

Une chape de plomb s'abattit sur ceux qui formaient jadis un couple. Drago soupira longuement, le cœur lourd, puis il s'avança vers Hermione. Elle eut un mouvement de recul, s'attendant probablement à ce qu'il ait un quelconque geste de violence envers elle. À la place, il étreignit la jeune femme doucement, comme il ne l'avait plus fait depuis longtemps. Hermione se blottit contre son torse, et pleura contre son épaule, démunie. Hermione avait vraiment l'air épuisée, au bout du rouleau. Elle se portait mieux que dans son souvenir, mais ce n'était pas encore ça.

Hermione en avait lâché sa cigarette, pour enserrer sa taille de ses petits bras. Drago lui caressait gentiment les cheveux, sans rien dire d'autre. De toute manière, Hermione ne réclamait pas forcément des paroles rassurantes, elle devait en avoir sa claque qu'on lui promette qu'Harry allait revenir sans que celui-ci ne se réveille pour autant. Elle réclamait simplement une présence rassurante, et ça, Drago l'avait compris.

-Que fais-tu ici? Demanda finalement Drago, d'une voix légèrement rauque.

-J'avais besoin de parler. Répondit Hermione, en levant son visage vers son ex. Et au ca où tu te poserais la question, non, je ne pouvais pas en parler avec Théodore. J'avais besoin…d'en parler avec quelqu'un qui connaît bien Harry, tu comprends? Théodore n'est là que depuis Janvier, il ne comprendrait pas. Il ne sait pas…tout ce qu'on a vécu auparavant, il n'a aucun souvenir avec…avec nous, alors non, je ne peux pas en parler avec lui.

-Il n'y a pourtant rien à comprendre. Coupa Drago, un peu trop sèchement. Potter était au mauvais endroit au mauvais moment. C'est…C'est injuste, mais c'est la faute à pas de chance, Hermione. N'importe qui aurait pu se trouver dans la même situation.

-Je n'en suis pas spécialement convaincue. Contra Hermione, en fronçant les sourcils.

-que veux-tu dire? Interrogea le jeune Malefoy, en rivant ses prunelles anthracite dans le regard ambré d'Hermione.

-Je veux dire…que je sais exactement qui est à l'origine de tout ce qui se passe, et que l'histoire est en train de se répéter.

-Quelle histoire? Bredouilla le jeune homme, qui commençait à avoir des sueurs froides. Par pitié, Hermione, exprime-toi mieux, je ne comprends rien à ton charabia!

-Adrian Pucey. Souffla-t-elle, d'une voix d'outre tombe, anormalement rauque.

Drago cligna des yeux, hébété. Le nom de leur ennemi commun l'avait frappé droit entre les omoplates. Sans le savoir, Hermione venait de lui asséner une droite monumentale, et cela n'avait strictement rien à voir avec ses petits poings. Drago avait le souffle coupé, ses yeux anthracite menaçaient de sortir de leurs orbites. Il était devenu tour à tour rouge de colère, et livide, jouant tour à tour le rôle de la tomate et du fromage sur une pizza. Drago éprouva quelques difficultés à reprendre son souffle après cette révélation plus que fracassante. Il brûlait d'en savoir plus, mais d'un autre côté, il ne voulait pas remuer les cendres d'un passé enfoui.

-Je croyais que ce salopard était en prison. Cracha Drago avec hargne, alors qu'Hermione passait une main dans ses cheveux, embarrassée.

-Apparemment, il est sorti il y a quelques mois. Annonça Hermione, anormalement calme. Le père de Théodore me l'a confirmé récemment.

-Qu'est-ce que le père de Nott a à voir dans l'histoire?

-C'est un collègue à lui qui a récupéré le dossier. L'informa Hermione, sombrement. Son prédécesseur a annoncé qu'il ne souhaitait plus s'en occuper. Au départ , le dossier devait être confié à Richard, mais…il a refusé, parce que je suis un témoin clé et accessoirement sa belle-fille. Je suis trop proche de lui pour qu'il puisse s'occuper du dossier en toute impartialité.

-Il y a plutôt intérêt qu'ils gagnent ce putain de procès, ouais! S'emporta Drago en cognant dans le mur qu'il y avait à côté de lui. Pucey doit payer.

-Je sais. Soupira Hermione, en entortillant une mèche brune autour de son index. Et moi aussi je veux que Pucey aille croupir en prison. Il n'aurait JAMAIS dû être libéré. Le pire, c'est que si on s'en tient aux faits de harcèlement, la peine de prison ne sera pas bien longue.

-Il faut réunir des preuves. Décréta Drago en se mettant à tourner en rond comme un lion en cage. Il faut trouver d'autres chefs d'accusation. Avec ce qui est arrivé à Potter, on peut tenter la peine de prison pour coups et blessures avec incapacité temporaire de travail supérieure à sept jours.

-Ce n'est pas comme ça que ça marche! S'écria Hermione d'une voix perçante. Pucey est actuellement jugé pour des faits de harcèlement. On ne peut pas changer les chefs d'accusation d'un claquement de doigts. Je peux toujours demander à Richard, mais je doute que ce soit possible. Ça doit passer par le juge d'instruction, et…

-Rien à foutre. Coupa Drago, agacé. Il faut toujours que tu ramènes ta science. Ce n'est pas tout de te la péter parce que ton beau-père est soi-disant un brillant avocat! C'est sérieux, Hermione! Ils s'en sont pris à nous. On n'a aucune preuve pour l'instant, mais fais moi confiance, on en trouvera.

-Avec Harry, nous sommes les seuls à savoir pour Pucey! S'écria Hermione. Tu oublies notre pacte, la promesse qu'on a faite de ne pas en parler aux autres! Lavande ignore cette histoire, elle n'est arrivée que quand nous étions en première. Parvati est la première concernée par Harry, et pourtant, elle ne sait RIEN DU TOUT! Ron est mon meilleur ami, ainsi que celui d'Harry, et il était très amoureux de Pansy. Il ne sait même pas ce qui a poussé celle qu'il aime à se suicider!

-Parce que cet enfoiré a quelque chose à voir avec la mort de Pansy? Éructa Drago, provoquant un mouvement de recul chez Hermione. Qu'est-ce que tu sais, Hermione? Ce n'est pas ta guéguerre personnelle, la vie de certaines personnes est en jeu, dont la nôtre!

-Je…Arrête de me crier dessus! Couina Hermione, effrayée par la brusque colère de son ancien petit-ami. Je n'en sais pas plus que toi à l'heure actuelle, ce ne sont que des suppositions! Il faut qu'on aille parler à Savannah, la mère de Pansy. Elle aura peut-être en possession des éléments qui nous permettront de coincer Pucey. Tout ce que je sais, c'est qu'à une époque, Pansy et Pucey étaient très proches. Je crois même qu'ils sont sortis ensemble.

-Attends. Tu n'es pas en train de me dire qu'il veut tous nous décimer pour une putain d'histoire de cul?

-Ce n'est pas si simple, Drago! Tu es désespérément stupide et borné, on ne peut vraiment pas discuter avec toi sans que tu t'emportes! Moi aussi, résoudre le mystère de la mort de Pansy me tient réellement à cœur! Seulement, tu es le seul qui sait tout de cette histoire.

-Qu'est-ce que tu veux, à la fin? S'écria Drago, rouge de colère. Tu veux qu'on reste là, les bras croisés, sans rien faire?

-Non, mais…ça me tue de le dire, mais on ne peut rien faire, Drago! Ce n'est pas à nous de régler ça, parce que ce faisant, on risque de se fourrer dans les ennuis, et c'est le meilleur moyen pour que Pucey s'en tire à bon compte! Après ce qui est arrivé à Pansy, à Harry, on ne peut pas se permettre de mettre un seul entre nous, surtout les innocents!

-Nous sommes tous innocents!

-Tu m'as très bien comprise, je n'ai pas besoin de balancer toute une liste de noms.

-Et pourquoi on se fait canarder un par un, dis-moi? Parce qu'on a parlé lorsqu'on s'est fait interroger par la police? Ils veulent nous punir parce qu'on les a dénoncés?

-Ce n'est pas vraiment balancer. Plaida Hermione, agacée. On a dit ce qu'on savait, point. S'ils n'avaient effectivement rien à se reprocher, il n'y a aucune raison pour qu'ils se comportent de la sorte, aucune.

-Oui mais n'empêche, argua Drago, qui continuait à faire les cent pas. Ce ne sont pas des simples déclarations, il a quand même fait de la prison, et les deux autres ont été condamnés à des travaux d'intérêt général autant pour l'exemple, que parce qu'il n'y avait pas assez de preuves contre eux. C'est la clé, Hermione, les preuves!

-Il faut qu'on aille voir McGonagall. Déclara Hermione, d'un ton sans appel. Je crois qu'elle est la plus à même de nous aider, puisque c'était elle qui était directrice au moment des faits.

-Tu oublies qu'après sa démission, elle est retournée dans son Ecosse natale!

-Ah oui, c'est vrai. Zut! Et arrête de tourner comme ça, tu m'agaces!

Drago soupira longuement. C'était la première fois qu'ils se parlaient de façon civilisée depuis des mois. Certes, le ton montait de temps à autres, mais les propos tenus étaient relativement corrects. De toute manière, ils ne pouvaient pas empêcher leurs points de vue de diverger, le mieux qu'ils pouvaient faire, en réalité, était de négocier, encore et toujours. C'est cette négociation incessante qui avait fini par décourager Drago. Il était fatigué de devoir parlementer pendant des heures pour espérer obtenir quelque chose, parce que bien évidemment, ni l'un ni l'autre n'infléchissaient leurs positions. Drago avait vraiment essayé de faire preuve de patience avec elle, mais l'opération s'était avérée être un véritable fiasco. Drago avait souvent eu envie de l'étrangler, parce qu'elle était foutrement agaçante, à toujours vouloir avoir raison.

-Tu as d'autres idées brillantes en stock? Railla Drago, qui recommençait à devenir détestable.

-On doit aller en Ecosse! S'écria Hermione, soudainement fébrile.

-Tu es sérieuse?

-Bien sûr! S'insurgea-t-elle, en se tordant nerveusement les mains. Je me moque bien de louper un ou deux jours de cours, l'important pour moi est de savoir ce qui s'est passé. Et à part McGonagall, je ne sais pas à qui d'autre on peut s'adresser.

-Et tu as pensé aux détails pratiques? Questionna Drago en se frottant l'arrière du crâne. Comment tu comptes t'y rendre, combien de jours on va rester, où on va crécher si on reste plusieurs jours, et surtout, comment tu comptes trouver la vieille McGonagall…C'est vaste, l'Ecosse.

Lorsqu'il avait posé toutes ses questions, Drago n'avait pu s'empêcher de lever les yeux au ciel. Ce n'était vraiment pas dans les habitudes d'Hermione d'agir sur un coup de tête, mais la jeune femme semblait vouloir s'exiler en Ecosse quelques jours, et elle était déterminée à l'embarquer lui dans cette galère. Il était prêt à mettre sa main à couper que si son fidèle Potter avait été en pleine possession de ses moyens, il l'aurait suivie sans ciller, ni même soulever une quelconque objection, tel le brave toutou qu'il était. En fait, l'un comme l'autre étaient du genre à jouer les baroudeurs, adeptes du fameux dicton qui vivra verra.

Drago soupira, et se frotta les tempes, comme il le faisait toujours lorsqu'il était à cran. Il attendait avec plus ou moins d'impatience le moment où Hermione lui annoncerait son plan d'action, parce que non, il ne partira pas tant qu'il ne saura pas ce à quoi il s'engage. Et les plans foireux d'Hermione, merci, mais il avait déjà donné. Certes, elle était bien plus fiable que Potter et Weasley réunis, mais ce n'était tout de même pas une référence. Et en vérité, Drago appréhendait de se retrouver en seul à seul avec son ex, loin de tout. Il était persuadé qu'ils finiraient par s'entretuer. Il se demanda alors si c'était le bon moment pour lui parler de la grossesse de Lavande…Et puis merde, tiens! Il en avait ras-le-bol de devoir prendre des pincettes avec elle, sous le faux prétexte qu'elle était son ex petite-amie. Depuis quand était-on obligé de rendre des comptes à son ex lorsqu'on refaisait sa vie, hein?

-Alors? Finit-il par demander, attendant les réponses d'Hermione avec plus ou moins d'impatience?

-Alors quoi? S'enquit-elle, légèrement abrupte.

-Tu n'as pas répondu à mes questions. Accusa-t-il, en plissant les yeux.

-Quoi, tu voulais que je te présente mon plan d'action?

-En quelques sortes, oui. Je ne fonce pas tête baissée dans un de tes énièmes plans foireux sans m'assurer au préalable de leur fiabilité.

-D'accord. Concéda Hermione, agacée, avant de se rallumer une cigarette. Je vois qu'on peut te demander un service. Harry et Ron auraient accepté sans sourciller, eux.

-Je me fiche de ce que ton Potter ou que la belette auraient fait à ma place! Tonna Drago, d'une voix forte, tandis que le visage d'Hermione se décomposait. Si tu n'es pas foutue de proposer quelque chose de concret et de ficelé, c'est ton problème! Contrairement à toi, je ne fais pas dans l'expectative, je suis quelqu'un de pragmatique!

-Tu n'as pas le droit de dire ça! Cria Hermione, alors que ses joues venaient de se teinter du plus beau rouge. Tu n'as pas le droit de parler d'Harry comme ça! Je sais bien que tu n'en as rien à branler de ce qui peut lui arriver, t'es vraiment qu'un sale égoïste! C'était un tort de venir te trouver. J'espérais que tu serais au moins compréhensif!

-Tu parles de Potter comme si vous l'aviez déjà enterré! Rétorqua Drago, mauvais. Il n'est pas mort, Hermione, imprime bordel de merde! Alors pour le respect dû aux morts, on en reparlera quand il aura passé l'arme à gauche!

-Tu es vraiment…ignoble. Couina Hermione en reculant d'un pas, horrifiée. Je suis écœurée de voir à quel point j'ai pu me tromper sur toi! Je plains sincèrement la fille qui viendra après moi, et j'espère de tout mon cœur que tu t'éprendras d'elle au point même d'en souffrir. C'est tout ce que tu mérites, Drago.

-Et moi, répliqua Drago, méchamment, ça m'étonne que ton précieux Nott se soit entiché d'une potiche dans ton genre! Il me tarde de voir le moment où il ouvrira les yeux et qu'il verra comment tu es. En attendant, tu peux aller te faire foutre, pour aller en Ecosse. Pour une fois, Granger, tu devras te débrouiller seule, il n'y aura personne de ta clique pour te venir en aide, j'espère que tu l'as compris.

Sur ce, Drago contourna Hermione, et partit dans la direction opposée d'un pas rapide, fourrant ses mains dans les poches de son pantalon. Il avait senti le remords s'insinuer dans ses veines sitôt qu'il avait jeté ces vilains mots à la figure d'Hermione, mais il avait chassé cette impression d'un coup d'épaule. S'il commençait à regretter tout ce qu'il disait, il n'avait pas fini. Pour autant, Hermione lui tapait sur les nerfs, et ce, prodigieusement. Contrairement à ce qu'il avait espéré, elle n'avait certainement pas acquis de plomb dans la cervelle, cette fille-là était vraiment désespérée et stupide. Désespérément stupide.


[DAPHNEE]

La nuit était tombée sur Bristol, et deux silhouettes filaient dans la pénombre. Lorsque l'on s'approchait un peu plus, on pouvait voir qu'il s'agissait de deux jeunes gens qui marchaient l'un à côté de l'autre. La fille était blonde, et fardée à outrance, et son compagnon n'était autre qu'un grand dadais roux aux cheveux ébouriffés et au visage constellé de tâches de son. Ils avaient chacun les bras chargés en boisson et victuailles, sans doute allaient-ils s'improviser un pique-nique quelque part. On entendait parfois un éclat de rire déchirer le silence, puis à nouveau des bruits de pas, dont une paire de talons qui claquaient précipitamment sur le sol.

Daphnée avait coincé sa cigarette entre ses lèvres rosées, ses paquets de chips sous les bras. D'une seule main, elle tentait de l'allumer. Ron, à côté d'elle, fumait déjà la sienne. Il vit la jeune femme galérer avec son briquet qui refusait de fonctionner correctement. Alors, il releva le menton de la jeune femme, de façon à ce qu'elle lui fasse face, puis il se pencha pour frotter le bout de sa cigarette contre celle de Daphnée, pour l'allumer. Il répéta l'opération plusieurs fois, puis, voyant que c'était un véritable fiasco, il prit la cigarette des lèvres de sa dulcinée pour l'allumer lui-même. Une fois cela fait, il la coinça à nouveau entre les lèvres pulpeuses de la jeune Greengrass, qui le remercia du regard.

Le couple reprit son chemin. Ils se contentaient pour le moment de flâner dans les rues de Bristol, les paquets de chips dans les bras. Ron avait enroulé son bras libre autour de la taille de la jolie blonde, qui s'était blottie tout contre lui. Elle aimait sentir ses mains tout partout sur son corps. Depuis qu'elle fréquentait Ron plus régulièrement, elle n'était plus retournée voir le tatoueur avec qui elle avait pourtant eu une liaison. La lycéenne soupira de plaisir en sentant la fumée âcre lui rouler dans la gorge. Ron se pencha sur elle pour picorer son cou de petit baisers, ce qui la fit glousser.

-Où va-t-on? S'enquit-il, d'une voix rauque, toujours penché sur son cou.

-Tu verras. Répondit Daphnée, espiègle, en accélérant le pas. Le dernier est une andouille!

Puis, la blonde perchée sur talons se mit à détaler, distançant Ron par la même occasion. Il secoua la tête de droite à gauche, d'un air blasé, puis il se mit à courir à sa suite, déterminé à ne pas la laisser gagner, sinon, sa fierté masculine en prendrait un sacré coup.

-Hé, attends moi, sinon ce n'est pas du jeu! S'écria le garçon, qui courait à toutes jambes derrière elle.

L'avantage d'avoir des grandes jambes, cependant, était notable: Ron dévora rapidement la distance qui les séparait l'un de l'autre, et il se retrouva au coude à coude avec elle en moins de temps qu'il fallait pour le dire. Les deux adolescents couraient dans les rues de Bristol, leurs victuailles serrées contre leurs corps, pour éviter qu'une seule de ces précieuses marchandises ne s'échappent. Ce fut malgré tout Ron qui s'arrêta en premier, les côtes vrillés par un point de côté. Daphnée, hilare mais essoufflée, s'arrêta à côté de lui.

-ça va? Interrogea-t-elle d'une voix inquiète.

-Génial! Ironisa le rouquin en se massant les côtes. Je pète tellement la forme que je pourrais encore faire dix marathons comme ça, dont celui de New-York.

Daphnée éclata d'un rire clair et franc, avant de se hisser sur la pointe des pieds pour venir embrasser Ron, qui accepta son baiser sans se faire prier. Joueuse, Daphnée mordilla gentiment la lèvre inférieure du grand roux, qui grogna contre sa bouche. Daphnée éclata à nouveau de rire, et embrassa Ron plus fort. Ils avaient peut-être l'air cons à s'embrasser ainsi, avec leurs multiples paquets dans leurs bras, mais ils se sentaient bien. Ils pourraient même affirmer, sans que ce soit prétentieux, qu'ils étaient heureux.

-Et si on allait les dévorer, ces chips? Suggéra Ron, entre deux baisers, dont l'estomac venait de se manifester bruyamment.

-Tu ne penses qu'à manger. Bouda Daphnée en lui adressant un regard de chien battu.

-à ta place, je ne crierais pas trop fort, parce que je pourrais te dévorer toute crue. Susurra Ron en suçotant la peau tendre du cou de la jeune femme.

-Je ne demande qu'à voir. Répondit Daphnée en roulant la tête sur le côté, pour laisser à son amant un meilleur accès.

Puis, brutalement, Ron arrêta de la torturer, ce qui laissa la jolie blonde pantelante. Elle ouvrit grand la bouche, pour protester, mais déjà, Ron avait recommencé à marcher, un sourire goguenard accroché aux lèvres. La jeune femme avait le souffle coupé, et elle clignait des yeux plusieurs fois, comme pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas.

-En fait…T'es vachement frustrant, comme gars. Grogna-t-elle, ce qui fit sourire Ron encore plus large.

Elle tapa sur l'épaule de Ron pour témoigner de son désaccord. Le rouquin s'esclaffa, apparemment ravi de son petit effet.

-Et en plus, ça te fait rire! S'indigna-t-elle en le fusillant du regard. Tu as gagné, je boude!

-Tu boudes, vraiment? S'amusa Ron, en tournant son visage vers la petite blonde qui marchait à côté de lui, la tête haute.

-Si j'étais toi, l'avertit Daphnée en le vrillant de ses yeux clairs, je prendrais cette menace très au sérieux!

-On en reparlera lorsque nous serons seuls tous les deux. Glissa Ron, indiquant clairement quelles étaient ses intentions.

Pour toute réponse, Daphnée laissa échapper un grognement. Elle pinça les lèvres, et continua à marcher, droit devant. N'empêche que son envie d'inaugurer les paquets de chips la démangeait, et qu'elle se voyait en ouvrir un, maintenant, tout de suite. Elle était prête à oublier en l'espace d'un instant que le deal, c'était de ne rien entamer tant qu'ils ne seraient pas arrivés à destination. Les chips avaient le temps de moisir dans leurs paquets s'ils continuaient à errer ainsi. La définition même de l'errance était de déambuler sans but.

Elle sursauta lorsqu'elle sentit quelque chose de froid et humide effleurer le bout de son nez. Le oh oh très éloquent que laissa échapper Ron à côté d'elle était sans équivoque quant à la nature de la menace qui planait au dessus de leurs têtes. Un éclair déchira le ciel, et un grondement sourd se fit entendre. Daphnée et Ron accélérèrent le pas, alors qu'il avait commencé à pleuvoir.

-Et maintenant, qu'est-ce qu'on fait? Interrogea Ron, alors que la pluie tombait dru.

-On sautille entre les gouttes d'eau? Proposa Daphnée, légèrement acerbe. On se magne de se trouver un abri, pardi!

-Et tu as une idée de où on pourrait se réfugier? Cria Ron pour couvrir le son de la pluie. Perso, me planquer sous un porche en attendant que l'orage passe, ça me tente moyen.

-Suis-moi, je sais où on va aller. Coupa Daphnée, en le prenant par le bras et en accélérant le pas.

L'un comme l'autre regrettèrent bien vite de ne pas avoir pris de veste. La pluie semblait ne pas vouloir cesser de tomber, et les deux adolescents furent bien vite trempés. Le t-shirt blanc de Ron lui collait au corps, et Daphnée avait l'air de sortir tout juste de la douche. Ses cheveux blonds platine lui tombaient devant le visage et dégoulinaient de flotte. Daphnée jeta un regard en coin au grand roux. En ce moment précis, elle ne pouvait s'empêcher de le trouver particulièrement sexy, d'autant plus que son t-shirt trempé moulait à la perfection son torse sculpté, et qu'elle voyait sa peau délicatement rosée par le jeu des transparences.

-Tu sais que autant de sex-appeal devrait être interdit? Glissa Daphnée, non sans adresser à son compagnon d'infortune un regard en coin diablement provocateur.

-Mouais. Râla Ron, pour la forme. Tu parles, je suis trempé jusqu'aux os, et je dois puer le chien mouillé. Tu parles d'un sex-appeal…

-Mais tu es sexy. Roucoula Daphnée. Là, maintenant, tout de suite, j'ai envie de te dévorer tout cru, si je n'avais pas un minimum de décence, je t'aurais violé sur place.

Lorsque Ron lui adressa un regard lubrique, Daphnée comprit qu'elle avait remporté la manche. Elle prit la main de Ron, avant de reprendre leur marche sous la pluie. D'ici à ce qu'ils n'arrivent à destination, ils auraient le temps d'être davantage trempés, ce qui pouvait faire une excellente excuse pour se défaire de tous ces vêtements. Bientôt, Daphnée sortit des clés de son sac, et s'arrêta devant une porte.

-Où on est? Questionna Ron, curieux.

-Chez des amis à moi. Répondit Daphnée dans un souffle. Zacharias et Millicent. Ils sont coloc et ils font partie de mon groupe de musique, tu sais, les Black Crows.

-Et vous cherchez toujours un remplaçant? S'enquit le rouquin, l'air de rien.

-Oui. Sinon, autant dire que pour le festival, nous sommes mal barrés.

-Je sais jouer de la guitare. Intervint Ron, légèrement songeur. Peut-être que…si vous voulez bien de moi…Je peux essayer.

-Tu…Sans rire, tu ferais ça? S'écria Daphnée, incrédule.

Elle était en train de se comporter comme si Noël avait été avancé. Elle avait les yeux brillants et un grand sourire accroché aux lèvres. Elle sentait l'espoir pulser dans ses veines comme un nouveau souffle. Si Ron intégrait leur groupe, ils seraient enfin au complet, et fin prêts pour le festival qui devait avoir lieu peu après les vacances de pâques. Seul problème, Ron était encore scolarisé, comparé aux autres, et à elle-même.

-Bien sûr! Répondit Ron en bombant le torse. Je ne sais pas si j'ai un bon niveau, mais j'apprends vite.

-Eh bien…C'est-à-dire que…commença Daphnée, embarrassée. Il y a un problème.

-Lequel? Grinça Ron, légèrement vexé. Tu penses que je ne suis pas à la hauteur?

-Non, pas du tout! Protesta Daphnée, un peu trop précipitamment pour que cela puisse paraître sincère. C'est juste que…tu vas au lycée et…

-Ouais, je vais au lycée. Lâcha Ron, platement. Tu as peur que je te fasse honte auprès de tes petits copains punks, c'est ça?

-Arrête un peu tes conneries! L'apostropha-t-elle d'une voix un peu plus aiguë qu'à l'ordinaire. Ce n'est pas ça le problème. Tu n'es pas sans ignorer qu'un festival dure plusieurs jours.

-Et alors? Insista Ron, en levant les yeux au ciel.

-Et alors, reprit Daphnée, imperturbable, cela signifie que tu vas devoir sécher les cours pour au moins une semaine, et justifier tes absences auprès de l'administration de Roundview. Je doute que l'excuse festival de musique soit un motif suffisant.

-Au pire, grogna Ron d'un ton bourru, je pourrai toujours demander un certif médical à mon médecin, c'est un vieil ami de la famille.

-Pas question. Trancha Daphnée, durement. Je suis peut-être la première à braver les règlements, mais il est hors de question qu'on se mette à frauder, ou que sais-je dans le même genre. Tu passes ton bac en fin d'année, merde! Tout ça, ça va rester dans ton dossier et ça va te fermer des portes.

-Ce n'est pas toi qui me disais il y a quelques semaines à peine que je perdais mon temps à aller au lycée? Rappela Ron, légèrement amer. Et là, tu es carrément en train de me dire qu'il ne faut pas que je sèche les cours?

-écoute Ron. Je…Depuis que je te fréquente, j'ai compris certaines choses, je ne suis pas un monstre, tu sais? Je…Je sais que les études ne me conviennent pas, pas plus qu'à Millicent ou qu'à Zacharias. Mais toi…Toi tu peux t'en sortir. Tu es intelligent, drôle même si tu es un peu boulet sur les bords. Tu as un avenir, et tu ne peux pas te permettre de tout foutre en l'air en acceptant de courir après un succès qui est complètement aléatoire.

-Je connais un minimum l'univers de la musique, Daph', et je comprends que le succès peut repartir aussi vite qu'il est arrivé. Grogna Ron, en croisant les bras sur son torse. Je sais ce à quoi je m'expose, les joies, bien évidemment, mais aussi les dérives, les moments sombres. Moi, je ne veux pas m'enfermer dans une classe toute ma vie, j'ai besoin de vivre, de voir du pays. Étant le cadet, on compte beaucoup sur moi, on s'attend à ce que je réussisse autant que mes frères avant moi. Ginny n'y échappera pas non plus.

-Ce que je veux dire, plaida Daphnée, lèvres pincées en signes de désapprobation, c'est que si tu acceptes de nous suivre, il va te falloir tout plaquer. Ce n'est pas un jour oui et un jour non. Il faut que tu acceptes d'investir énormément de ta personne et de ton temps, une vie passée à parcourir les festivals ou à être en tournée n'est pas compatible avec une vie de lycéen modèle. Et moi, je ne peux pas te demander de tout plaquer, pour…pour…

Daphnée ne put finir sa phrase. Ron venait de s'emparer de ses lèvres avec fièvre. Surprise, Daphnée en laissa tomber ses paquets de chips. Ron envoya tout valser elle aussi, pour la serrer contre son corps. Au dehors, les éléments continuaient à se déchaîner et à détremper leurs vêtements. La blonde prit le visage du grand roux en coupe, et mordillait ses lèvres avec voracité. Daphnée gémit légèrement lorsque Ron glissa sa langue entre ses lèvres entrouvertes. Ils s'embrassèrent longtemps, passionnément. La pluie venait se mélanger au baiser, et la musicienne sentit une douce chaleur envahir son bas-ventre. Elle avait envie de lui, maintenant. Pour autant, leur étreinte fut interrompue prématurément. Ils sursautèrent en entendant le cliquetis caractéristique de la porte qui venait de s'ouvrir, et la tête blonde de Zacharias apparut dans l'entrebâillement.

-Ah, je me disais bien que j'avais déjà entendu cette charmante voix quelque part. grinça Zacharias, sarcastique. Eh bien, on dirait que vous avez pris une douche tout habillés.

-C'est à peu près ça, oui. Grimaça Ron, alors que Daphnée avait ostensiblement tourné la tête pour regarder ailleurs.

-Rentrez, vous allez attraper la crève sinon. Invita Zacharias, en ouvrant la porte.

-Tu ne vas pas me dire que tu n'as pas eu le temps de t'habiller? Cracha Daphnée avec hargne, alors qu'elle désignait du menton le corps nu de son ami.

-Excuse-moi, mais avec Milie nous étions occupés. Éluda Smith en haussant les épaules.

-Je ne veux pas savoir. Couina Daphnée en se cachant les yeux du plat de la main. Et mon invité n'est pas tenu de voir des horreurs sitôt entré dans cette foutue baraque.

-Putain, mais vous n'avez pas fini de gueuler? Grogna une voix ensommeillée.

Millicent venait de débarquer en plein milieu de l'entrée, vêtue de la chemise de Zacharias. De toute évidence, elle ne portait rien en dessous, et elle avait à peine reboutonné le vêtement, ce qui ne laissait sans équivoque la nature de leurs occupations précédentes. Ron rougit jusqu'aux oreilles, alors que Daphnée restait de marbre, les bras croisés sur sa frêle poitrine.

-La vache! S'écria Millicent, en considérant le couple trempé. On dirait que vous avez pris un seau d'eau sur la gueule.

-C'est à peu près ça, oui. Grinça Daphnée, de mauvaise humeur. Peut-on emprunter votre douche, le temps qu'on se lave, qu'on se sèche. Tant que vous y êtes, vous n'auriez pas des fringues à nous prêter en attendant?

-On doit avoir ça en stock. Répondit Millicent, en regardant Ron de la tête aux pieds. Par contre, je doute que ton copain rentre dans les vêtements de Zach', parce qu'il est beaucoup plus grand.

-j't'emmerde, Millie. Répliqua le dénommé Zach', qui avait parfaitement compris le sous-entendu.

-Heureusement qu'il n'en est pas de même pour toutes les parties de ton corps. Gloussa Millicent en promenant une main lascive sur le torse de son amant, sous le regard dégoûté de Daphnée.

La blonde les prit l'un et l'autre par le bras, ignorant le fait que Zacharias était toujours nu, puis elle les poussa dans le salon, sous les protestations de ses amis.

-Vous n'êtes pas obligés de faire étalage de votre libido devant nous. Les rabroua Daphnée en fermant la porte derrière eux.

Puis, elle empoigna Ron par le bras et l'entraîna à l'étage, laissant leurs paquets de chips dans l'entrée. Ron montait les escaliers, à sa suite. Daphnée les enferma dans la salle de bains, et sitôt que cela fut fait, elle commença à embrasser Ron à pleine bouche. Ron répondit à son baiser sans se faire prier, tout en soulevant son opulente chevelure blonde. Daphnée se suspendit au cou du grand roux et noua ses jambes fines autour de sa taille. Ron grogna et la plaqua contre le mur sans douceur. Daphnée gémit faiblement, alors que ses mains fourrageaient dans la chevelure cuivrée. Elle rejeta la tête en arrière lorsque Ron commença à suçoter doucement la peau de son cou, alors que Daphnée s'escrimait à vouloir retirer son t-shirt.

-Putain, ils ont ramené de la bouffe! S'écria Zacharias, qui avait sans doute trouvé les paquets de chips dans l'entrée. Merci les gars, il ne fallait pas.

-Ta gueule. Cria Daphnée en cognant dans la porte de la salle de bain.

-Ils sont spéciaux, tes potes. Fit remarquer Ron en haussant un sourcil, alors que Daphnée se renfrognait.

-C'est l'histoire de ma vie. Se contenta-t-elle d'éluder, en reprenant ses lèvres avec passion.

Daphnée parvint à ôter le t-shirt de Ron après d'être battue avec pendant un long moment. En effet, parce qu'il était mouillé, le t-shirt était moins souple et glissait plus difficilement sur la peau elle aussi mouillée de Ron. Ces phénomènes conjugués avaient créé une certaine résistance chez le vêtement qui gisait désormais au sol. Les mains de Daphnée parcouraient le torse de Ron avec avidité. Elle sourit en voyant le tatouage qu'il avait sur un de ses pectoraux, juste en dessous de l'épaule. Daphnée caressa du bout des doigts le motif d'un noir d'encre, avant de picorer le cou de Ron de petits baisers.

Déjà, Ron s'attelait à défaire le chemisier de Daphnée, à moitié ouvert sur son soutien-gorge noir en dentelle. Le rouquin crut mourir de désir en voyant la peau laiteuse de la jouvencelle transparaître à travers le tissu, comme une invitation au vice. Ron s'acharnait à suçoter sa peau diaphane, partout où il avait accès. Daphnée haletait sous ses caresses, et l'envie de le sentir en elle urgeait plus que jamais. Elle se sentit décoller du mur. Ron venait de se déplacer sur le côté, elle toujours accrochée à lui, tandis qu'il tournait le robinet pour faire couler l'eau chaude. Daphnée imaginait déjà l'eau brûlante rouler sur sa peau opaline en un délicieux massage. Ron, elle, la douche, que demander de plus?

Daphnée se déconnecta complètement de la réalité lorsque Ron détacha d'un geste habile son soutien-gorge trempé, qui alla valser à l'autre bout de la pièce. Daphnée frémit en sentant le regard brûlant de son amant sur sa poitrine dénudée, et elle gémit plus fort lorsque Ron la suréleva légèrement, de façon à ce que sa bouche soit à la hauteur de sa poitrine. Le cœur de la jeune femme cogna plus fort dans sa poitrine lorsque, sans autre forme de préambule, la langue du grand roux s'enroula autour d'un téton, pour le mordiller, le lécher, le suçoter, son autre main malaxant son sein resté vacant. Daphnée gémissait sous les caresses lascives de son compagnon, alors qu'elle se sentait presque littéralement brûler. Ses veines s'enflammaient progressivement, et l'incendie la dévorait toute entière, ce qu'elle n'avait jamais ressenti avec un autre auparavant, pas même Caleb, pas même Zacharias.

Il fallait dire que c'était elle qui avait débauché Zacharias, alors forcément, elle n'avait peut-être pas trouvé la chose franchement terrible. Daphnée avait parfois l'impression d'être une pute à force de se faire passer sur le corps par n'importe qui, mais Ron, ce n'était pas n'importe qui, et ça lui faisait peur. Elle s'entendait murmurer des paroles sans queue ni tête, et ses joues s'enflammèrent lorsqu'elle s'entendit dire l'autre, maintenant. De mémoire, jamais Daphnée Greengrass n'avait rougi lorsqu'il était question de sexe. Elle était même plutôt de celles qui n'avaient pas froid aux yeux. Elle finit par dénouer ses jambes de la taille du jeune Weasley, pour revenir sur la terre ferme. Ses mains déboutonnèrent son jean trempé, et abaissèrent sa braguette.

En moins de temps qu'il fallait pour le dire, Ron était déjà nu, son boxer ayant suivi le mouvement. Daphnée jeta un regard gourmand à l'érection imposante du jeune homme, témoin inénarrable de son désir pour elle. Alors, lentement, lascivement, elle referma une main experte sur la verge palpitante et elle commença à initier un lent mouvement de va-et-vient au creux de son poing. Ron lâcha un grognement étouffé alors que son corps se tendait tout entier. Il agrippa quelques mèches blondes pour lui faire pencher la tête sur le côté. Daphnée gémit légèrement sous l'effet de la légère douleur qui irradiait son cuir chevelu, avant de rejeter sa tête sur le côté, conformément aux souhaits de son amant.

Ron entreprit alors de sucer et de lécher sa peau diaphane, ce qui provoqua de langoureux frissons. La main de Daphnée accéléra son mouvement, et la fréquence des grognements de son compagnon augmenta crescendo. Ron haletait et gémissait, grisé par les caresses osées qu'elle lui procurait. Il trouva néanmoins le contrôle nécessaire pour enlever la jupe de Daphnée. Pour son plus grand bonheur, elle ne portait ni collants, ni bas, juste une petite culotte noire en dentelle, assortie au soutien gorge. Ron dégagea le sous-vêtement litigieux, avant de pousser la jeune femme sous le jet d'eau brûlante, alors qu'à présent, ils étaient tous les deux déshabillés.

Ils soupirèrent de bonheur en sentant l'eau chaude rouler sur leurs peaux glacées. Ron et Daphnée restèrent un long moment sous le jet, en train de se caresser et de s'embrasser tout leur soul. Les mains de Daphnée se firent à nouveau baladeuses, réveillant un désir qui ne s'était jamais vraiment éteint. Daphnée gémit lorsque Ron la plaqua brutalement contre la paroi de la douche, et elle cria légèrement lorsqu'elle vit Ron glisser sur le sol détrempé.

-Merde! Éructa-t-il en se retenant de justesse au mur, alors que Daphnée était en train de se bidonner.

-ça va? Demanda-t-elle, en lui caressant sa nuque, tout en se mordillant la lèvre pour ne pas éclater de rire.

-Plus de peur que de mal. Éluda-t-il en reprenant ses lèvres avec avidité.

Daphnée revint nouer ses jambes autour de la taille de son rouquin préféré, alors qu'il glissait ses mains dans son dos nu, comme pour se faire pardonner de l'avoir plaquée aussi brutalement contre le mur. Daphnée se sentit défaillir en sentant le sexe de son amant cogner contre son intimité brûlante. Il cogna plusieurs fois, sans pour autant la pénétrer, ce qui la frustra amplement. Elle était presque à deux doigts de s'abandonner complètement, le suppliant de la prendre par-dessus le marché. Mais Daphnée se taisait, elle était bien trop fière. Et lorsque Ron la pénétra enfin d'un coup sec, ils gémirent tous les deux tant ce contact avait été attendu.

Ron se jeta plus ou moins férocement en elle, la pénétrant toujours plus profondément, arrachant quelques cris de plaisir à la belle blonde suspendue à son cou. Leurs deux corps s'entrechoquaient, en une valse presque obscène, ils se fichaient bien qu'ils allaient complètement utiliser l'eau chaude, ce n'était pas leur problème, mais celui de Zacharias et Millicent. Les ongles de Daphnée labouraient le dos de Ron, creusant dans sa chair tendre de profondes rigoles écarlates. Elle s'entendait clairement gémir, tout comme Ron soupirait et haletait dans son oreille, tout en lâchant un putain appréciateur. La tête de la jolie blonde roula sur le côté, alors que Ron continuait à donner ses coups de butoir, tout en dessinant la ligne de son cou du bout de la langue. Entre deux gémissement, elle crut entendre clairement ces quelques mots, qui la dégrisèrent complètement.

-Je t'aime. Avait-il soufflé à son oreille, le regard assombri par le plaisir qu'il ressentait dans toutes les fibres de son corps.

La panique s'insinua dans les veines de la jeune Greengrass, insidieuse et mortelle. Il n'avait pas le droit de lui dire je t'aime, ils couchaient ensemble, prenaient leur pied, mais ça n'allait pas plus loin. Les je t'aime n'avaient pas été prévus dans le contrat, si tant est qu'il y avait un contrat pour régir tout ça. Daphnée se sentait suffoquer, alors que Ron donnait ses derniers coups de reins en atteignant la jouissance, n'ayant probablement pas remarqué les larmes qui roulaient sur les joues de la blonde, lesquelles se mêlaient trop aisément à l'eau de la douche. Daphnée attendit que Ron se soit retiré pour attraper une serviette éponge, et l'enrouler autour d'elle, sous le regard confus de Ron qui ne comprenait pas pourquoi elle se barrait ainsi.

-Mais…Daph', reviens. Implora-t-il, à moitié sorti de la douche, alors que Daphnée rassemblait ses sous-vêtements.

-Merde, Ron, pourquoi t'as dit ça? S'écria-t-elle, en essuyant les larmes de rage qui dévalaient ses joues.

-Dire quoi? Demanda bêtement le rouquin, encore hébété de l'orgasme qu'il venait de vivre.

-Laisse tomber. Gémit Daphnée en sortant de la salle de bains, le cœur en miettes.

Daphnée alla s'enfermer dans la chambre d'amis, la serviette éponge étroitement enroulée autour de sa poitrine, ne recouvrant presque rien. Une fois qu'elle se fut assise sur le lit, les jambes encore dégoulinantes de sa douche, elle se prit la tête entre les mains, et se mit à pleurer, complètement bouleversée par ce qu'elle venait de vivre. Jamais personne ne lui avait dit je t'aime avant Ron, et Ron le lui avait soufflé pendant qu'ils faisaient l'amour. Non, s'empressa-t-elle de rectifier, pendant qu'ils baisaient. Il n'était pas question d'amour entre eux, ce n'était qu'un plan cul sympa. Mais même ça, Daphnée avait du mal à s'en convaincre. Si ce n'était qu'un vulgaire plan cul, pourquoi pleurait-elle alors? Pourquoi son cœur semblait-il à l'agonie? Daphnée laissa échapper un gémissement de rage, avant de pleurer de plus belle. Personne ne l'avait atteinte de la sorte, personne. Et il avait fallu qu'elle tombe amoureuse de ce grand benêt roux. Et c'était se l'avouer qui lui avait fait si mal. À présent, elle regrettait de s'être lâchement enfuie. Elle était décidément douée pour tout foutre en l'air.


[THEODORE]

Théodore était obsédé par le mouvement linéaire que faisait la balle en rebondissant sur le mur pour revenir vers lui. Cela faisait une demi-heure que le jeune homme était en train de balancer une vieille balle de tennis, en un geste presque mécanique, laissant ses pensées délétères dériver. Dans la tête de Théodore se bousculaient bien trop de choses. Il pensait pêle-mêle à son histoire avec Hermione qui commençait à prendre l'eau, à Meredith, à la maison qui était trop calme depuis qu'elle n'était plus là, à Blaise et à son comportement bizarre, à ses parents biologiques.

Ces temps-ci, Théodore avait essayé de ne pas trop y penser, il avait tâché d'occulter ce fait autant que possible. Il n'était pas prêt à affronter la vérité, qui lui glaçait le sang rien que d'y penser. Il ne voulait pas savoir pourquoi ses parents biologiques avaient voulu l'abandonner. En même temps, il avait envie de savoir qui ils étaient. Dans sa tête s'étaient formés des dizaines de scénarios différents, et aucun ne paraissait satisfaisant. Il n'arrivait pas à reconstituer le drame qu'était sa vie, ce qui avait poussé sa famille d'origine à éclater de la sorte. Il en arrivait même à s'imaginer qu'ils avaient eu un autre enfant, et qu'ils étaient heureux sans lui.

Théodore n'avait plus parlé du fameux dossier avec son père. Richard avait respecté son silence, et n'avait pas cherché à lui en parler. Au début, Théodore avait ressenti énormément de rancœur envers celui qu'il avait considéré comme son père tout ce temps, mais il avait fini par comprendre ses raisons, car, comme Richard le lui avait dit la dernière fois, chacun avait ses raisons d'agir comme il le faisait. Au départ, Théodore avait été sceptique, mais en se sentait aussi ravagé, le garçon avait fini par comprendre pourquoi ses parents adoptifs avaient tant cherché à l'éloigner de la sacrosainte vérité.

Théodore avait horreur de se sentir vide, inerte. Il avait envie de vivre, mais tous ses efforts avaient été comme autant de coups d'épée dans l'eau, réduits à néant. Théodore se sentait mal, la plaie béante qu'il avait dans le cœur le faisait souffrir comme jamais, et l'envie de pleurer lui revenait souvent. L'autre jour, dans le jardin public, il s'était un peu confié à Blaise à ce sujet. Il avait dit au métis que le simple fait de se sentir triste pouvait justifier ses larmes. Pour autant, plus Théodore se laissait aller à ses larmes, moins il avait envie de se justifier à ce propos. Ce n'était pas parce qu'il pleurait qu'il était forcément une tapette, ou que savait-il du même genre. Il était humain, il avait une sensibilité qui lui était propre. Richard le lui avait dit l'autre fois, il avait un bon cœur. Il avait même un cœur en or, oui mais voilà, ce cœur, il s'était fait piétiner, il n'en restait plus rien.

Théodore jura lorsque sa balle alla foutre le camp quelque part où il ne put pas aller la chercher. Il se tassa un peu plus contre le mur où il s'était adossé. Il se prit la tête entre les mains, le cœur gros. Il resta prostré ainsi un long moment, jusqu'à ce que ses larmes se remettent à couler sur ses joues rongées par le sel de celles qu'il avait déjà versées. Le jeune homme sanglotait sans bruit, écrasé par la douleur. En cet instant précis, il se sentait l'âme de la souris d'Alice au Pays des Merveilles, qui finissait par périr noyée dans ses propres pleurs. Qui plus est, Théodore avait la désagréable impression de pleurer du sang, tant les brûlures sur ses joues étaient devenues douloureuses.

Puis, fatigué de se lamenter sur son sort, le garçon se leva et alla s'asseoir à son bureau. Au passage, il attrapa son portable pour consulter ses messages. Blaise, qui était retourné en France pour préparer sa maison à la venue des jeunes anglais lui disait de garder la tête haute parce que c'était un warrior. Il reçut également un message de Tracey, auquel il répondit brièvement. Ron se plaignait qu'il avait merdé avec Daphnée sans préciser en quoi il avait merdé. Et c'était tout. Il n'y avait aucun message de la part d'Hermione, et c'était ainsi depuis quelques jours, depuis la dernière fois où ils se sont vus, en réalité. Hermione ne lui envoyait plus de je t'aime avant d'aller se coucher, elle ne lui envoyait même plus de textos ne serait-ce que pour prendre de ses nouvelles.

Ça aussi, ça le dégoûtait. Savoir que son histoire d'amour avait pu foirer de la sorte l'écoeurait plus que de raison, Théodore avait la nausée rien que d'y penser. Il ne se l'avouera probablement jamais, mais parmi toutes les fois où il avait pleuré, nombreuses furent les larmes versées pour Hermione. Son amour souffrait, et elle n'était pas là pour apaiser ses blessures. Elle le laissait même crever, comme la princesse égoïste qu'elle était. Maintes fois, il avait eu envie de lui envoyer un message, en se disant que c'était peut-être à lui de faire le premier pas, mais Ron le lui avait fortement déconseillé. Ce n'était pas toujours à eux, les mâles, de s'aplatir face à leurs gonzesses, et Théodore n'avait pu qu'approuver.

En attendant, il brûlait en silence, tout en maudissant Hermione. Son absence laissait un trou béant dans sa poitrine, et cela sentait la rupture à plein nez. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'elle le largue. Finalement, Blaise avait eu tort l'autre fois, lorsqu'il disait qu'il n'y avait aucune raison de s'inquiéter, que ce n'était que passager. Tu parles. À présent, Théodore regrettait de ne pas avoir eu les couilles de la plaquer l'autre jour, parce qu'au moins, c'aurait été fait, sans bavure. Tiens. Au moment où il était en train de penser à elle, voilà que justement, son portable se met à vibrer. Après des jours sans nouvelles, voilà qu'il recevait un message, d'Hermione justement. Les mains tremblantes, cigarette calée entre ses lèvres diaphanes, il lisait le texto que venait de lui envoyer sa copine.

Hey Théodore! Je suis désolée de te l'annoncer de cette façon, mais je pense qu'il faudrait mieux qu'on arrête. Je regrette juste de ne pas avoir eu le courage de le faire avant, et je m'excuse pour t'avoir mené en bateau ces derniers jours, j'aurais préféré que notre séparation se fasse sans dommages collatéraux. J'ai compris qu'il valait mieux qu'on se sépare quand ça a dérapé entre nous, l'autre jour. Je n'aurais pas dû te frapper tout comme tu n'aurais pas dû me mordre. C'est exactement ça qui m'a fait réaliser que nous étions dangereux l'un pour l'autre. Je ne pense pas venir en France la semaine prochaine, je me suis déjà excusée auprès de Blaise. Harry et Parvati ont besoin de moi ici, et je ne tiens pas gâcher tes retrouvailles avec tes potes en t'imposant ma présence. J'espère simplement que tu ne m'en voudras pas trop. Je regrette juste que les choses aient tourné ainsi, j'étais réellement bien avec toi mais je n'ai pas le courage de me confronter à ce que tu es réellement. Hermione.

Théodore jeta d'un geste rageur le téléphone sur son bureau, qui rebondit sur le bois dans un bruit sourd. Elle avait osé le plaquer par texto, la garce! Elle n'avait pas osé lui dire tous ces mots en face, ce qui était le comble même de la lâcheté. Théodore n'en revenait pas de s'être trompée à ce point sur elle, ni même comment il a pu l'aimer. Leur histoire n'était qu'une succession de coups de poker. Certes, il l'avait aimée dès le premier regard, mais elle? Elle avait un mec au moment où ils s'étaient rencontrés. Ils s'étaient tout de suite bien entendus, ils s'étaient adorés, même. Elle avait toujours été tactile avec lui, ils se faisaient des bisous et des câlins, ils avaient laissé fleurir cet amour bien avant qu'ils ne soient officiellement ensemble. Théodore aurait dû s'en douter qu'elle s'était foutue de sa gueule, ça lui aurait évité de se faire couillonner en beauté. À présent, il s'en mordait les doigts de l'avoir laissée entrer dans sa vie.

Théodore en voulait atrocement à celle qui était désormais son ex. Il lui avait tout donné, tout. Il avait couché avec elle. Il lui avait dit je t'aime. Il lui avait donné son cœur sur un plateau d'argent, et elle l'avait piétiné, massacré sans vergogne. Théodore ne savait pas ce qui le dégoûtait le plus, si c'était de réaliser tout ça, maintenant, ou bien de s'être fait larguer par texto. Et tant mieux si elle ne venait pas en France la semaine suivante, elle ne gâcherait pas ses vacances avec ses simagrées. En proie au désespoir, le cœur en miettes, Théodore s'affala un peu plus sur sa chaise. Il n'avait même pas entendu son portable vibrer avec insistance, comme quand il recevait un appel. Tout en soupirant, il s'en saisit, puis, il décrocha en voyant que c'était Ron qui l'avait déjà appelé deux fois.

-allô? Demanda Théodore, d'une voix rauque, brisée.

-Bon sang, mec, la voix du chaos que t'as! S'écria la voix de Ron, à l'autre bout du fil. Tu es sûr que ça va?

-Non, pas vraiment. Avoua Théodore, à contrecoeur. Je…Hermione vient de me plaquer.

-Sans déconner? Interrogea Ron, que Théodore devinait complètement estomaqué.

-Ouais…répondit Théodore, sombrement. Elle vient de m'envoyer un roman, par texto, pour m'expliquer ses raisons. Mais j'en ai rien à foutre, putain, de ses raisons, elle peut se les foutre où je pense.

-Okay mec, relax. Tempéra Ron. Tu peux sortir? Tu veux qu'on aille boire un verre, ou quelque chose comme ça? Se bourrer la gueule pour oublier un chagrin d'amour, c'est le meilleur remède qui puisse exister.

-ça sent celui qui s'y connaît. Fit remarquer Théodore, en haussant un sourcil.

-Que veux-tu. Éluda Ron, à l'autre bout du fil. Alors, tu viens, on se la fait, cette virée! Autour d'un flipper, ça te dit? Je dois prendre ma revanche sur l'autre coup.

-Flipper et bière, ça me va. Soupira le français, la mort dans l'âme.

-Une bière? Tu plaisantes mon gars! Ce qu'il nous faut, c'est de l'alcool fort. Genre gin, whisky, vodka. De quoi déglinguer les neurones.

-Tu ne tiens pas l'alcool. Souligna Théodore, légèrement moqueur, en repensant à la chanson qu'il n'arrêtait pas de brailler l'autre jour.

-Et alors? S'impatienta le rouquin, à l'autre bout du fil. C'est le but de se défoncer la gueule, non?

-Certes. Approuva Théodore. Mais si tu es ivre mort au bout de trois verres, ce n'est pas drôle non plus. Tu oublies que je tiens mieux l'alcool que toi.

-Gnagnagna. Répliqua Ron, puérilement. Bon, ramène tes fesses tu sais où, et fissa! Si tu n'es pas là d'ici une demi-heure, j'envoie la police chez toi.

Sur-ce, Ron raccrocha. Théodore ne put s'empêcher de sourire face à la bonne humeur de son ami. C'était ça, un vrai pote. C'était quelqu'un qui restait même dans les moments les plus difficiles, qui ne jugeait pas, en aucune circonstance. Et la perspective de jouer au flipper avec Ron lui mettait du baume au cœur. Ron allait encore une fois lui parler de Daphnée, et Théodore allait pouvoir lui parler d'Hermione. Théodore savait que Ron comprendrait, ils étaient dans la même galère à présent, seuls, pour réparer leur cœur blessé. Ils seraient là, à trinquer et à se dire que de toute manière, les filles étaient toutes des connes.


Désolée pour ceux qui escomptaient la virée en France pour ce chapitre, mais…force est de constater que ce n'est pas encore pour celui-là, mais le prochain. Eh oui, pour cette fois, nos amis célébraient la fin des cours, et étaient sur le départ. Vous aurez donc deux chapitres débauche d'affilée, et le drame reprendra à partir du chapitre 12. Pour ceux qui en avaient marre de la relation parfaite entre Hermione et Théodore, je vous ai concocté quelques petites surprises de ce côté-là. Eh oui, c'était prévu que ce ne soit pas tout beau, tout rose, et que ça allait sacrément merder. Si vous guettez déjà la réconciliation de ce couple, il ne faut pas compter sur les prochains chapitres, ce ne sera pas avant la fin. De même, l'histoire avec Pucey n'est pas encore terminée. Il va effectivement arriver quelques pépins à Hermione et à Drago, mais peut-être que justement, cette épreuve contribuera à les réconcilier. Une happy end est cependant à prévoir pour tout le monde, parce que merde, ils auront bien morflé les pauvres. Tracey aura une scène bien à elle, le temps d'un chapitre. Sinon, je pense rajouter un chapitre en plus des cinq derniers qu'il me reste, ce qui m'embête parce que ça ne fait pas un compte rond. Je peux tout aussi bien faire 20 chapitres, mais non quoi, je ne me vois pas continuer cette fic' pendant encore longtemps…quoique…Sincèrement, je me tâte. C'est là que je m'aperçois que 15 chapitres, c'est vachement court quand même Bon, je vais d'abord finir le premier volet du fils prodigue, vu qu'il me reste deux chapitres avant la fin de la première partie, et j'aviserai. J'écrirais la fin de cette fic' avant d'entamer l'écriture du tome 2 de la saga du fils prodigue, et la réécriture de Revivre. Entre temps, vous aurez droit à d'autres OS, j'ai au moins 6 ou 7 OS à balancer pour Chroniques de deux rats de bibliothèque, et 3-4 idées qui traînent pour les 52 instants dans la vie de Théodore Nott, que je vous encourage à lire si ce n'est pas déjà fait ;) Bisous, et à bientôt pour la suite!