La Sincérité

Chapitre 1 : Le Frisson

Malfoy. Draco Malfoy. Un nom. Juste un nom tout ce qu'il y a de plus banal. Enfin, ça c'est ce que j'aimerais bien croire. Non, c'est ce que je crois intimement ! Après tout, ce n'est qu'un nom, n'est-ce pas ? Un foutu nom tout ce qu'il y a de plus banal. Tout est banal chez lui alors pourquoi pas son nom ? Il a les cheveux d'un vieux blond délavé qui se repère au loin dans la foule, le regard pas 'orageux' comme le disent toutes ces filles qui se pâment à son passage mais plutot de la couleur du béton (quelle idée d'avoir des yeux de cette couleur ?), une bouche tout ce qu'il y a de plus normal même si ses lèvres sont légèrement trop pulpeuses pour un homme, lèvres qui, quand elle ne sont pas occupées à découvrir avec minutie celles de la personne en face de lui, se sentent obligées de cracher quelque venin de son invention, ce qui à mon sens représente bien sa seule véritable particularité. Tout cela pour dire que je ne vois pas, que je ne comprends absolument pas pourquoi tout le monde s'entête à le trouver, je cite, 'hors du commun', 'charismatique' voir même 'incroyablement et magnifiquement beau ' ! Dites-moi, d'après ce que j'ai pu vous dire, en quoi est-ce que ces adjectifs pourraient lui convenir ? Et qu'on ne vienne pas me parler de son corps magnifiquement proportionné, de ses hanches fines, de la cambrure de ses reins ou du velouté sa peau ! Parce que je ne vois toujours pas pourquoi cela expliquerait ce frisson qu'elles disent sentir courir sur leur peau quand elles entendent son nom ! Cela n'a absolument aucun sens et pourtant ça semble réel. D'autant que cette réaction allergique est devenue contagieuse ...
Non ! S'il vous plait tuez moi pour abréger mes souffrances mais ne me dites pas que ça n'a pas l'air d'un frisson de dégoût mais plutot d'un frisson d'anticipation ! Et puis d'ailleurs, je suis un homme tout ce qu'il y a de plus masculin et viril ! Après tout il m'a bien fallut au moins une bonne dose de testostérone pour tuer le plus grand mage noir du siècle, non ?
D'accord, j'avoue j'ai légèrement rendu mon dernier repas en offrande à ce sol si généreux qui nous offre ses fruits jour après jour dans les instants qui ont suivi. Et après ? J'aimerais bien vous y voir vous lancer un sortilège de mort sur quelqu'un. Très bien, je vous l'accord il ressemblait un peu plus à un serpent qu'à un humain mais ça ne change pas le fond du problème : je suis un homme. Alors c'est totalement inconcevable que je ressente un frisson (d'anticipation qui plus est !) dès que j'entends parler de Malfoy ! Encore une tare à rajouter à la liste si longue qui le concerne : c'est Malfoy !
Si ça avait été n'importe quel autre homme que lui d'accord, à la longue je m'y serais fais, après tout je ne suis pas à une différence près alors gay ou pas ... Mais là, c'est Malfoy ! Draco Malfoy ! Le fils du bras droit de Voldemort. Le fils de l'homme qui a voulu nous tuer en mettant dans les pâtes des Ginny le journal de Jédusor. Draco Malfoy. Celui-là même qui a commencé à insulter Ron avant même de franchir pour la première fois les portes de Poudlard. Celui qui s'est moqué de moi dès qu'il en avait l'occasion durant 6 longues années. Les détraqueurs. Le rappeltout de Neuville. Buck. Voilà ce que m'inspire le nom de Draco Malfoy alors son frisson à la noix la nature peut se le remballer ! Bon sang ! Bien entendu, il ne pouvait pas choisir un autre moment pour sa séance de joute verbale quotidienne. Bien entendu. Il ne m'a pas encore vu, tout n'est peut-être pas perdu. Si je fais semblant d'être complètement absorbé par mon devoir peut-être décidera-t-il, dans un élan de bonté divin, de choisir une autre victime pour aujourd'hui.

"Alors Potter, on est perdu quand une certaine sang-de-bourbe n'est pas là ?"

Bon. Apparemment l'élan de bonté divine n'est pas programmé pour aujourd'hui. Peut-être demain ? Je me demande s'il existe une sorte de planning pour les évènements du genre. Après tout, ce n'est pas tous les jours qu'un serpentard fait preuve de bonté. Ça mérite au moins le rang d'évènement historique...

"Tu serais enfin rendu compte que cela ne servait à rien de me répondre puisqu'au fond j'ai raison, Potty ?"

Il s'est penché vers moi en disant cela puisque mes yeux refusent de lâcher ma feuille. Je suis toujours penché vers elle, assis sur cette chaise à une table de bibliothèque. En temps normal je fais quoi déjà ? Ah oui, répliquer.

"Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, Malfoy, là, j'essaie de travailler. Alors si tu n'as rien d'autre à dire que des piques que tu me lançais déjà en première année, tu seras gentil de respecter le silence comme Mme Pince te l'indique depuis un petit moment déjà. "

Pas mal pour quelqu'un qui ne regarde même pas son interlocuteur. De toute façon, je ne peux décemment pas sinon je vais me rappeler toute cette foutue histoire de frisson à la noix. Alors je reste concentré sur ma feuille même si cela fait 10 fois que je lis la même phrase sans la comprendre. Reste concentré Harry, il n'y a que toi et cette feuille. Le souffle de Malfoy c'est le fruit de ton imagination débridée. En parlant de son souffle, il s'est quelque peu accéléré. Je me demande pourquoi. Asthmatique peut-être. J'ai du mal avec l'image de Draco Malfoy, si fier, si arrogant, un inhalateur de ventoline dans la bouche. Et quand il l'oterait de sa bouche, ses lèvres cerises seraient légèrement entrouvertes et sa respiration saccadée comme s'il venait d'embrasser quelqu'un à en perdre haleine. Okay. Mauvaise image mentale si je veux écarter le frisson. Très mauvaise image. Tiens d'ailleurs en parlant de Malfoy, je crois qu'il me parle. Ou plutot qu'il me chuchote au creux de l'oreille. Est-ce que cette mauvaise image mentale aurait appelé une réalité encore pire ? Il va vraiment falloir que je contrôle mon cerveau dans le futur.

"On essaie l'indifférence Potter ? Dommage, je sais exactement comment te faire sortir de tes gongs. Après tout, six ans de pratique ça équivaut à une centure noire dans la matière, non ?"

Pourquoi est-ce qu'il me parle aussi doucement ? Je vous promets, c'est une vraie torture. Déjà avant le frisson ça l'aurait été alors maintenant vous n'imaginez même pas. Il faut qu'il reprenne son ton froid, méprisant. Mais plus important, il faut que j'éloigne mon oreille de cet envahisseur !

"Ça suffit Malfoy ! Je ne tolèrerais pas que tu traite mes amis de la sorte ! Retire tout de suite ce que tu as dis !"

J'ai bondis sur mes pieds en disant cela. Et par ce même mouvement je m'écarte de cette bouche qui m'apporte définitivement trop de problèmes. Je me retrouve obligé de le regarder. Et voilà, rebelotte ! Monsieur le frisson fait son entrée ! C'est bizarre maintenant que le frisson est passé, je me sens comme électrisé. C'est peut-être la façon dont il me regarde qui me fait cet effet là. Son regard haineux a toujours eu le don de faire bouillir mon sang. Mais non, pas de regard haineux à l'horizon. Enfin, je dis l'horizon mais la seule personne que je regarde c'est Malfoy alors n'importe qui dans cette bibliothèque pourrait me regarder avec toute la haine du monde dans le regard que je ne le remarquerais pas. Non, Dr... Malfoy me regarde comme on regarde un spécimen rare qui se trouverait au milieu d'une route comme si c'était la chose la plus normale au monde. Est-ce que j'ai quelque chose sur le visage ? Ou peut-être que j'ai dis quelque chose de particulièrement choquant, je n'ai pas bien fais attention sur le moment tout onubilé que j'étais par ses foutues lèvres. Bon, une réplique vite !

"Et ben alors, Malfoy, on a donné sa langue au chat ?"

Très bien. Il ne doit pas beaucoup aimer les chats vu la façon dont il réagit. Ses yeux ne sont plus que deux fentes haineuses et avant que je n'ai pu réagir, il m'empoigne et m'entraine entre des ètagères loin du regard inquisiteur de Mme Pince. Du même regard il fait disparaître les quelques courageux qui s'y trouvaient. C'est là que je prends conscience du fait que sa main enserre toujours mon bras. Et tout d'un coup, comme si elle se réveillait tout juste, ma peau se met à aspirer sa chaleur par toutes ses pores, avidement, désespèrement. Je n'ose pas lui dire qu'elle est pathétique alors je me débrouille pour la soustraire à la source de son ridicule. Il reporte son regard sur moi. Le même regard. Toujours ce même regard plein de haine et de mépris. Pourtant ... Pourtant il a quelque chose de changé. Un éclat de je ne sais quoi qui n'y était pas il y a une dizaine de minutes. Il s'approche de moi. Encore ! Je lutte pour garder un visage neutre, pour qu'il ne décèle pas ma panique sous le masque.

'Alors comme ça on se donne le droit de ne pas m'écouter quand je parle, Potter ?'

Je recule d'un pas. Cette petite lueur dans son regard ne me dit rien qui vaille. Vous aurez beau essayer de me convaincre du contraire, je suis sûr que c'était une lueur meurtrière. Or, depuis la fin de toute cette histoire de prophétie, je me suis juré de ne plus être impliqué sans une affaire de meurtre. Que ce soit dans le rôle du tueur ou de la victime. C'est donc pour tenir ma résolution que je recule encore un petit pas, puis d'un autre pendant qu'il refuse de me laisser détourner le regard avec ses deux puits d'acier traitres (là je peux bien l'avouer, j'ai peut-être, j'ai bien dis peut-être, choisi un adjectif un peu en dessous de la réalité). Je sens une étagère contre mon dos. Plus de fuite possible. Un miracle serait le bienvenue là ! Non, pas un frisson ! Un miracle j'ai dis ! Mais ça suffit comme ça avec les frissons à la fin ! Bon très bien, attaquer ... ne pas regarder ses lèvres ... ou ses yeux ... C'est donc en fixant un point sur l'étagère face à moi que je lui réponds.

'Et qu'est-ce qui te fait dire que c'est quelque chose de nouveau, Malfoy ?'

Bon, d'accord, ce n'était peut-être pas la bonne chose à dire si je voulais me débarrasser le plus rapidement de lui. D'autant plus que la lueur meurtrière dans ses yeux s'est agrandie. Pas que je regarde ses yeux. Juste un sentiment comme ça. Pas que je vois sa machoire se crisper et les muscles de son visage se tendre. Pas que mes yeux s'obstinent à fixer ses lèvres pulpeuses se pincer. Absolument rien de tout cela. Je crois que c'est plutôt le poing qui m'atteint en plein visage qui me donne cette impression.