Titre : Famille

Auteure : Riza M.

Genre : Family

Personnages : King, Sélim et madame Bradley

Voici donc le dernier Os de notre collabo... Sachant que c'est le premier que j'ai écrit, ça me fait tout bizarre. On pourrait appeler ça : la fin du début xD ( au lieu du début de la fin ).

Oui, je déraille, mais après être enfin libérée de mes examens, il est normal que le stress qui retombe engendre des conséquences, plus ou moins inquiétantes...

Ahem, cet Os est donc celui pour lequel j'avais le plus d'inspiration. Cette famille est vraiment très intéressante à étudier. Si je l'avais vraiment voulu, j'aurais pu développer, sur développage des développements. Mais il ne fallait pas que ce soit trop lourd pour vous non plus.

J'espère que cette dernière histoire vous plaira.

Bonne lecture.

PS : Peut-être que l'on se reverra lorsque je posterai le chapitre 7 de ma fic...


Famille

La famille Bradley était aux yeux des habitants d'Amestris, l'image même de la famille parfaite : situation aisée, père généralissime, mère affreusement belle, et fils adorable, prêt à prendre la relève. Même leurs caractères semblaient sans anicroche.

Le fort et imbattable King Bradley, craint et adulé de tous, la fière et respectable première dame du pays et le petit enfant serviable, désireux de succéder à son géniteur…

Tout le monde s'y trompait tout le monde prêtait attention à ces faux-semblants. Et c'est ce qui rendait le plan des créateurs du pays si parfait.

Les seules personnes ayant été assez téméraires pour soupçonner quelque chose et enquêter avaient bien vite été éliminées. Car dès que l'on pénétrait le revers particulièrement sombre des Bradley, on ne pouvait plus en revenir.

Derrière les médias et les apparitions en public se cachait en réalité une vie de famille bien décousue, où l'amour n'avait aucune place.

L'homme rentrait toujours très tard, prétextant à la surcharge de travail. Travail incluant généralement cinq autres individus tout aussi humains que lui.

Madame Bradley l'attendait pourtant, chaque soir, veillant la porte d'entrée. Néanmoins, elle finissait par s'endormir aux alentours des premières heures du jour.

King, passant à côté d'elle, s'étonnait à chaque fois de sa détermination.

« Les êtres humains sont vraiment des créatures étranges. »

Quant à Sélim, sa vie diurne avait beau se dérouler le plus normalement du monde, cela ne faisait pas de lui un enfant ordinaire. Car, dès que les rayons du soleil disparaissaient, il quittait son inutile lit pour « travailler ».

La seule personne, interne à leur milieu, ayant été bernée par leurs faux-semblants, était donc la pauvre madame Bradley. Bernée ? Peut-être pas autant qu'on l'aurait cru.

King était un homonculus, au service de père. Sa vie avait été contrôlée au millimètre près depuis sa naissance, ne visant qu'à faire de lui, le représentant de la justice pour Amestris. La seule décision qu'il ait jamais pu prendre était le choix de sa femme. Il avait d'ailleurs bien prit le temps de la chercher. Il devait avoir la femme parfaite, sublime, et parée de toutes les qualités inimaginablement possibles.

Le généralissime prit beaucoup de plaisir dans cette recherche, car il n'était après tout pas mieux que les soldats qu'il dirigeait… un simple pantin.

Pour profiter un maximum de cette mince liberté qui lui avait été accordée, il avait joué à la véritable histoire d'amour, l'invitant dans les restaurants les plus chics, lui offrant des fleurs, des chocolats, et bien sûr, était allé se promener avec elle au clair de lune.

Malheureusement, l'arrivée de Sélim l'avait grandement obligé à restreindre toutes ces petites libertés. Il en avait été attristé, sans qu'il en connaisse véritablement la raison.


Ce jour-là, King avait été confronté à un travail assez ardu, étalé sur le moindre millimètre carré de son bureau, qui s'assurerait de le garder jusqu'au petit matin.

Madame Bradley, n'ayant pas connaissance de ce fait, s'assit sur le canapé en cuir de son salon à neuf heures tapantes. Elle avait l'espoir que ce jour… ce jour spécifique, il rentrerait plus tôt.

Pour tromper son attente, elle perdit son regard dans les profondeurs de l'âtre de sa cheminée. Ferrée par une grille de plomb, le feu qui y étincelait brûlait de tout son éclat. Des gerbes, tantôt acérées, tantôt longilignes, jaillissaient des tréfonds de ses flammes jaunâtres. Elles s'égayaient ensuite en mille directions, disparaissant en un nuage de fumée. Ces dernières étaient aspirées dans le couloir sombre formé par le renflement de la cheminée. Composé de pierres soigneusement maçonnées, il contrastait fortement avec les murs plâtrés l'entourant.

Le soleil avait à présent disparu depuis de nombreuses heures, mais madame Bradley était fermement décidée à voir son mari. Car aujourd'hui était une fête de famille.

Elle désirait plus que tout souhaiter à King un joyeux Noël, et lui offrir son cadeau enveloppé de vert posé sur la table.

Elle voulait le voir le matin même, étant donné qu'il travaillerait toute la journée du 24. Le voir lui, à la place de ce stupide feu qui ne tarderait pas à s'éteindre. Si la première dame n'allait pas bientôt remettre un bois…

Mais même un simple trajet comme contourner la table basse cerclée de noir, paraissait à ses yeux comme la pire des épreuves. Ses membres lui paraissaient si lourds… Madame Bradley se demandait d'ailleurs pourquoi elle ne passait pas au travers de son canapé.

La seule chose lui permettant de maintenir ses paupières soulevées était la perspective de la future vue de son mari. Cette fois-ci, elle résisterait. Hors de question d'abandonner la lutte qui s'était installée entre elle et son corps.

Pour ce faire, elle dirigea toute sa volonté vers son bras. Celui-ci s'avança vers un épais livre à couverture vieillie, posé sur la table basse. Lire l'occuperait. Enfin, lire était un bien grand mot madame Bradley avait plutôt tendance à s'accrocher à chaque mot qu'elle pouvait déchiffrer, sans se formaliser de sa signification. La femme aux cheveux mi-grisonnants tournait les pages, d'un mouvement lent, mais paradoxalement fébrile. Elle avançait dans l'histoire sans comprendre les moindres rouages de l'enquête menée par le détective. Néanmoins, c'était justement ce qui lui importait : elle avançait elle restait éveillée.

A quelques mètres d'elle, se cachait Sélim. La pénombre que lui apportait la porte était parfaite pour sa dissimulation. L'homonculus, de même que Bradley, peinait à comprendre sa mère adoptive. Pourquoi combattait-elle ses propres envies ? Pourquoi attendre un homme qui ne se souciait pas d'elle ? Pourquoi espérer avoir une vie de famille ?

Ils n'étaient pas une vraie famille, juste des instruments réunis dans la même demeure. Des instruments soigneusement étudiés et choisis parmi les meilleurs. De quoi réaliser Le plan.

Comment pouvait-on être aveugle à ce point ? Les êtres humains avaient beau être stupides, il y avait tout de même des limites à ne pas dépasser. Le raisonnement de cette femme lui échappait complètement, comme au premier jour où elle avait commencé à l'intriguer.

L'enfant avait déjà été placé dans de nombreuses familles depuis la création d'Amestris, mais jamais il n'avait ressenti d'aussi étranges sensations. Des sensations aussi humaines.

Tout avait réellement dérapé ce jour. Sélim n'avait pas fait attention il n'en avait pas besoin : son corps était quasiment indestructible grâce à sa pierre philosophale. Cette voiture l'aurait à peiné égratigné. C'était à peine s'il risquait une cicatrice.

Néanmoins, malgré ces évidences, sa mère s'était jetée sur lui dans le but de le sauver.

« Qu'était-il passé par la tête de cette… humaine ? » se demandait-il encore aujourd'hui. Elle était dérangée. Voilà, c'était une humaine dérangée.

Or, la véritable question qui tiraillait son cœur n'avait toujours pas trouvé de réponse.

Secouant la tête pour éjecter ces mauvais souvenirs, il préféra penser au jour promis. Il était bien plus proche de lui qu'il y a quelques petits siècles. Bientôt, toute la population mourrait pour former une nouvelle pierre philosophale. Même madame Bradley. Même sa mère.

Sentant une vague nostalgie s'emparer de lui, Sélim vida aussitôt ces pensées néfastes de sa tête. Mais une seule phrase persista malgré tout : « Pourquoi suis-je toujours aussi faible face à elle… »

Soudain, une fine lumière éclaira la pièce, plongée dans l'obscurité, suite à l'extinction du feu. Ce léger rai éclaira le visage détendu, mais reflétant une certaine tristesse de la première dame du pays. Un visage fermé, étendu sur l'accoudoir.

Quelques minutes plus tard, le généralissime entra dans la pièce et découvrit sa femme affalée dans le canapé, un livre mi-ouvert gisant sur le sol.

Viens, Sélim, ordonna simplement King. On va travailler.

La famille Bradley avait beau avoir l'air d'une famille parfaite, une fois qu'on y entrait, il n'y avait que madame Bradley pour y croire.

Mais en tout cas, le regard lancé vers elle par Sélim et son père lorsqu'ils sortirent, ne lui donnait pas tord.