Kaito ignorait ou il se trouvait. Il flottait dans un vide total, un gouffre d'obscurité apparemment sans fin. Se déplacer ne donnait pas l'impression de faire quoi que ce soit, rien ne changeant dans les ténèbres. Sa colère éclata soudain et ses pensées tournoyèrent dans son esprit, essentiellement dirigées sur un certain Shinigami. Dans une bouffée de rage, il tira un énorme Celo argenté, qui se perdit dans le vide. Un frisson courut le long de son échine, et il plissa les yeux. Il avait sentit un changement. Très léger, mais un changement tout de même. Sa colère baissa au fur et à mesure que la curiosité l'emportait. Il libéra un flot de reiatsu, et eut à nouveau le même étrange sentiment. Les ténèbres semblaient...Moins épaisses. Une lumière. Kaito leva les yeux et découvrit quelque chose qui fit battre son cœur à un rythme affolant. Une fissure. Un espoir fou traversa son âme, et il décida de continuer. Il libéra toute sa pression spirituelle, déterminé à anéantir ce mur qui lui faisait obstacle. Pendant un long moment, rien ne se passa, puis la craquelure s'agrandit, se multiplia partout autour. Quelque chose filtra soudain de l'extérieur. Aiko, au combat face à quelqu'un dont la force écrasait pratiquement la présence. Il poussa davantage, pressé par un sombre pressentiment. Avec un cri de rage, il resserra la prise sur son épée et fendit le vide devant lui, qui éclata dans un fracas de tonnerre. En un instant, il prit conscience de la situation. Aizen, intact et décontracté. Gin, face à face avec poil de carotte. Aiko, à genoux face au vieux Shinigami, la lame incandescente levée. Le sang de Kaito ne fit qu'un tour, et il chargea droit vers Aiko. Lorsqu'il vit la lame descendre, trop vite pour qu'il puisse atteindre le combat et protéger Aiko, il utilisa ses capacités.

« Junkyōsha paladin ! »

Une nuée de particules argentées encerclèrent Aiko, toujours prostré. Lorsque la lame de feu frappa le garçon, elle ne put pénétrer sa chair, qui ne sembla même pas souffrir de la chaleur. En revanche, Kaito retint un hoquet de douleur lorsque son épaule blindée se mit à fumer et qu'une entaille s'y forma. Il parvint jusqu'à Aiko et son épée siffla, manquant de peu le vieil homme qui s'était prestement écarté. Il examina Aiko, et fut rassuré de voir qu'il ne souffrait que de blessures légères, qui commençaient déjà à se refermer. Mais en voyant son visage, il sentit un pieu glacé lui transpercer le cœur. Les yeux de son fils étaient le reflet d'une indicible souffrance, d'une douleur telle qu'il ne semblait même pas remarquer sa présence. Son corps tout entier tremblait, un frémissement irrépressible. Kaito jura, déchiré par son impuissance. Il pouvait le protéger des blessures physiques, mais les secrets de l'esprit ne faisaient pas partis de ses pouvoirs. Entourant le corps de Aiko d'une barrière transparente, il se retourna ensuite vers Yamamoto. Le vieux Shinigami se tenait en position de garde, et la pression spirituelle qu'il dégageait se heurtait à celle de Kaito, provoquant une incroyable tension dans l'air, qui en devenait pratiquement solide. Kaito ajusta la position de son énorme bouclier, de manière à pouvoir se protéger rapidement en cas d'attaque. Mais avant qu'il n'ait pu faire un autre geste, un événement inattendu survint. Long d'un pied, une lame brillante transperça le capitaine-commandant au niveau de la hanche, maculée de sang. Aizen avait frappé par derrière. Yamamoto saisit rapidement le bras du Shinigami renégat avec une telle force que le sang jaillit, l'empêchant de retirer son arme.

« Aizen... Cette fois je te tiens. Déclara le vieil homme, menaçant.

- C'est intéressant. Et maintenant, qu'allez vous faire ? Mon illusion peut contrôler les cinq sens, et puisque vous avez vu Kyôka Suigetsu, vous êtes sous son emprise. Ce bras que vous tenez est peut être imaginaire, de même que vôtre blessure. Alors, qu'es ce qui peut vous assurer de ce que vous avancez ? Demanda Aizen avec une assurance inébranlable.

- Je ne peut certes pas me fier aux informations venant de mes perceptions... Mais je reconnais parfaitement le reiatsu du Zanpakuto qui me transperce !

Un pilier de feu géant surgit depuis les limites de la zone, puis un autre, puis encore un autre, et ainsi la zone fut pratiquement cernée par les flammes rougeoyantes. Aizen laissa fugitivement échapper un regard surpris, avant de redevenir hautain.

- Vous aviez prévu tout cela, pendant que vos subordonnés se faisaient laminer ? C'est machiavélique.

- Ils sont préparé à mourir depuis le début. Le Goteï 13 tout entier est prêt à se sacrifier pour accomplir don devoir ! Tu périra dans ce brasier avec moi ! » Rétorqua Yamamoto, implacable.

Les flammes commencèrent à se rapprocher. Kaito regarda rapidement autour de lui et découvrit que les piliers ne formaient pas un rempart impénétrable. Il était possible de passer. Aiko ne pesant pas plus qu'une plume pour lui, la fuite serait aisée. Par contre, comment savoir si le vieux Shinigami...

« Kurosaki Ichigo ! Tu ne fait pas partie du Goteï 13. Je ne peux pas t'entraîner dans tout ceci. Et... ajouta t-il avec un bref regard en arrière, Cela vous concerne aussi, Arrancars. Reculez ! »

Kaito comprit immédiatement la pensée du capitaine-commandant, et lui adressa un signe de tête en guise de salut. Si Aizen mourrait ici, alors tout sera terminé. Prenant Aiko sur son épaule, il fut sur le point de reculer, lorsqu'une vague forme sembla se dessiner dans les flammes.

« Vieil homme, derrière vous ! » Hurla le rouquin à plein poumons.

Un coup d'une puissance monumentale envoya Yamamoto vers me sol, ou il parvint néanmoins à se réceptionner. L'enfer brûlant se volatilisa d'un seul coup, soufflé comme une chandelle. Une forme déformée se dévoila totalement dans le ciel à présent vierge : Un être aux épaules et aux hanches énormes, aux membres maigrelets, avec une tête allongée et un corps ridiculement mince au niveaux du ventre. Mais les déformations physiques n'empêchèrent pas Kaito de reconnaître l'abomination. Wonderwice. Et Aizen fit soudainement un geste dans leur direction avant de crier d'une voix forte.

« Sonoda Aiko, code zéro-un-zéro ! Attaque Kurosaki Ichigo !

- Quoi ? » S'exclama l'Arrancar, sentant une pulsion puissante émaner de son fils.

Kaito voulut immobiliser Aiko, mais celui-ci lui frappa la colonne vertébrale avec une de ses lames, traversant l'armure comme une tronçonneuse face à des feuilles de riz. Il chuta, immobilisé, tandis qu'Aiko déployait ses ailes et volait droit vers le jeune Shinigami, une lueur de rage dans le regard. Kaito grogna de douleur, tandis que sa régénération accélérée accomplissait son œuvre avec efficacité. Il se releva péniblement et son regard tomba sur Aizen. Celui-ci arborait son habituel air arrogant, celui qui disait à tous « Je suis le plus intelligent ». Kaito leva son épée et la pointa vers son ennemi.

« Cette fois, je ne te raterais pas. Tu m'a surpris avec ton petit gadget, mais je suis certain que tu n'en a plus. Ton heure a sonné.

- Très intéressant. Je dois avouer que toi et Aiko me menez de surprises en surprises. C'est extrêmement rare que cela arrive. Vous êtes fascinant, bien qu'un peu trop délicats à utiliser. Quelle phénomène, pour activer ce code de contrôle implanté lors de sa transformation par le Hogyoku, j'ai du attendre que sa psyché soit brisée à ce point...

Aizen parlait comme un artiste devant un chef d'œuvre dont il n'aurait pas pris le temps d'admirer toutes les subtilités, ce qui décupla la rage de Kaito.

- Toi et tes grands discours... On verra comment tu les fera une fois que je t'aurais tranché la gorge...

- Que de haine dans ces paroles. Mais tu ne peux plus m'attaquer. Si jamais tu le fais, j'ordonnerais à Aiko de se suicider.

Ces quelques mots frappèrent Kaito avec la force d'une massue. Il recula de quelque pas, abasourdis devant tant de sournoiserie.

- Ce n'est pas... Comment...

- Grâce au pouvoir du Hogyoku, je le contrôle désormais aussi aisément que l'un de mes propres doigts. Quel que soit mon ordre, il l'accomplira. Que va tu faire, Sonoda Kaito ?

- Espèce... De... Je... Bafouilla t-il.

L'un après l'autre, ils se faisaient manipuler. L'un après l'autre, ils voyaient celui auquel ils tenaient le plus être mis en otage par cet homme. L'un après l'autre, ils obéissaient, faute d'autres options. Kaito maudit le destin injuste, cette dictature qui leur imposait les choses sans pouvoir riposter. Sans même leur laisser la possibilité, d'une bonne fois pour toute, briser les chaînes dont ils les avait chargé.

- Que me veux tu, Sosuke Aizen ? Demanda Kaito d'un air accusateur.

- Ta passivité. Tu possède une trop grande influence sur le déroulement des évènements pour que je te laisse agir. Si tu ne bouge pas d'ici, que tu n'entreprend rien, je laisserais vivre Aiko. C'est tout.

L'Arrancar se retint de lancer son arme à la face de cet homme. Il lui avait donné le pire ordre possible. Ne rien faire. Qu'il aurait demandé n'importe quoi d'autre, cela lui aurait sans doute donné une ouverture pour l'attaquer. Mais à présent, au moindre mouvement, le Shinigami réagirait. Il était coincé !

- C'est cela, Kaito. Déclara Aizen qui avait anticipé sa pensée. Maintenant, reste là, et admire l'accomplissement de mon plan. »

Le Celo doré percuta le Getsuga Tensho et le dispersa avant de continuer sa route, forçant Ichigo à esquiver. Sur sa nuque, la sueur coulait. Il n'y arrivait pas. Même avec son Bankai, même avec son masque, il discernait à peine les coups. C'était la même chose que la dernière fois... Il parvint à dévier un coup de taille, mais la deuxième lame jaillit brusquement et érafla son épaula. Une aile le frappa violemment, et il ne reprit pas assez vite son équilibre pour éviter une entaille à la jambe. Il lança un Getsuga, mais Aiko se contenta de le dévier sur le côté d'un moulinet d'épée, avant de repartir à l'assaut. Le jeune Shinigami tenta toute les techniques, tout les mouvements possibles pour percer cette défense de fer. Mais son adversaire les arrêtait toutes avec une précision hallucinante. Il contre-attaquait aussi immédiatement chaque fois qu'Ichigo montrais la moindre ouverture, trop souvent avec succès. Le rouquin se concentra sur les yeux de Aiko dans l'espoir de lire ne serait-ce qu'un peu de ses pensées et réactions. Au bout du compte, Ils ont échangé un regard. Mais Aiko… Ses yeux étaient froids et vides. Il n'y avait pas la moindre trace des émotions humaines qu'il avait montrées tout au long de son combat précédent. Son style de combat ne laissait passer aucune pensée, il ne pensait pas à autre chose en même temps, non. C'était comme si... Il affrontait un cœur vide. L'épée fit une feinte vicieuse et frappa trois fois. Deux fois aux bras et une fois à la tempe, des blessures légères, mais qui contribuaient à l'affaiblir. Ichigo se jeta alors en avant et saisit Aiko par le cou, avant de lui hurler :

« Je ne suis pas ton ennemi ! Réveille toi Aiko ! »

Une infime lueur brilla dans les yeux gris, puis s'éteignit. Ichigo n'eut pas le choix.

« Getsuga... Tensho ! »

La technique atteignit le jeune homme de plein fouet, et l'envoya valdinguer une trentaine de mètres plus loin. Aiko se remit en garde et déploya ses ailes, qui brillèrent d'un éclat doré.

« Hareyakana kokoro. »

Une nuée de rayon lumineux jaillirent des ailes et transpercèrent tout ce qu'il rencontrèrent. Ichigo fut touché par une dizaine d'entre eux, mais parvint à éviter des dommages vitaux. Lorsqu'il vit de nouveau son arme, il constata avec un mélange d'effroi et de colère que son sabre présentait une multitude de fissures et d'entailles. Il ne résisterait plus très longtemps. Une monumentale explosion retentit soudain, et il vit qu'un énorme cratère avait apparu au sol. Et qu'au centre de ce cratère se trouvait le capitaine-commandant Yamamoto Genryusei, aux bras et au torse en partie calciné. Ichigo aperçut ensuite Aizen, qui avançait solennellement vers le vieil homme, le sabre dégainé. Il voulut bondir à sa rencontre, mais un faisceaux doré traversa l'espace devant lui, lui interdisant le passage alors que Aiko lui tombait dessus, l'obligeant à se défendre. Alors que le traître était sur le point d'accomplir son répugnant forfait, une voix faible mais déterminé se fit entendre.

« Ne me sous estime pas, avorton ! Hadô n°96, incinération de la lame unique ! »

Un colossal brasier écarlate jaillit du corps étalé par terre et s'éleva en une immense colonne incandescente. Une forme en ressortit quelque secondes plus tard et se posa sur un immeuble intact. Sosuke Aizen, légèrement brûlé mais bien vivant, et dont le visage avait perdu son masque d'arrogance, remplacé par une expression de colère. Ichigo comprit sa chance. Il repoussa d'un coup de pied la parodie d'ange qu'il combattait et s'élança droit vers son némésis, préparant le Getsuga le plus puissant qu'il puisse employer. Il plaça toute sa rage dans son attaque, et parvint à prendre Aizen par surprise. La puissance du coup et l'explosion de reiatsu qui s'ensuivit dévasta la totalité de l'immeuble et réduisit en poussière tout ce qui se trouvait autour d'Aizen. Une profonde entaille apparut, courant de l'épaule à la hanche, mais le Shinigami n'était pas vaincu. Alors que le rouquin tenta un nouveau coup, le sabre du renégat frappa violemment le sien, dissipant le reiatsu.

« Tu a échoué, Kurosaki Ichigo. Tu n'a pas réussi à me tuer. Constata t-il.

- J'ai réussi à te blesser, rétorqua son interlocuteur. A présent...

- Tu appelle ceci une blessure ?

Le ton d'Aizen ne laissait transparaître qu'un profond mépris. Soudain, des veinules violettes se répandirent depuis son abdomen et convergèrent vers la blessure, avant que les lèvres de celle-ci ne cesse de saigner et commence lentement à se refermer.

- Une régénération instantanée ? Pensa Ichigo, le souffle coupé.

- Ce n'est pas une régénération instantanée. Corrigea Aizen avant de rejeter de son épée le sabre de son adversaire, le repoussant plusieurs mètres en arrière. Crois tu vraiment que je me serais abaissé à me transformer en Hollow ? Il agit juste par instinct, afin de protéger son maître.

L'homme écarta un des pans de sa tenue, dévoilant la source des veinules violettes. Une petite bille, enfoncée dans son abdomen, au centre d'une croix bleutée.

- C'est, impossible... Le Hogyoku ? Hoqueta le jeune homme masqué.

Sans prendre la peine de répondre, Aizen posa son regard sur sa cicatrice, et un reiatsu noir en ressortit. Il l'effleura du bout des doigts et ferma les yeux, comme pour en apprécier la texture.

- Alors c'est ça, ton reiatsu ? C'est magnifique. Quelle splendide évolution... Exactement comme je le voulais.

- Quoi !?

Un choc signala l'arrivée de Aiko aux côtés d'Aizen. Son regard était toujours absent, mais Ichigo crut y discerner une fugitive étincelle. Cependant, l'affirmation du Shinigami renégat le troublait trop pour qu'il puisse l'ignorer.

- Chaque combat que tu a mené jusqu'à présent t'a ouvert la voie vers un pouvoir plus grand. Tu est devenu Shinigami, a atteint le Bankai, éveillé tes pouvoirs de Hollow, a appris à les contrôler, puis les a fait croître en un pouvoir encore plus grand. Tout cela, faisait partie de mon plan.

Pas de réponse d'Ichigo. Choqué par le petit discours de son ennemi, il ne parvint pas à prononcer un mot, ce qui incita Aizen à développer.

- Ton évolution ressemble, par une étrange symétrie, à celle de Sonoda Aiko. J'ai également assisté son développement, mais il a dépassé ce que j'attendais de lui. Bien plus que toi. Vous voir combattre a été très instructif. Je réalise à présent que je n'ai plus besoin de toi.

Des milliers de réponses, de ripostes et de dénis traversèrent l'esprit d'Ichigo en l'espace d'un instant. Mais il ne put prononcer que quelques mots, d'une voix basse et pratiquement vaincue.

- Tu a dis que je serais un excellent sujet de recherche... Pourquoi ? Sur quoi à tu bâtis cette pensée ?

- Je sais ce que tu est depuis ta naissance. Répondit calmement son interlocuteur. Dès le moment ou tu est né, tu était quelqu'un de spécial. C'est parce que tu est humain et...

Une lame fendit l'air à une vitesse irréelle, mais Aizen évita le premier coup et Aiko dévia le second de ses ailes en se plaçant devant le nouvel arrivant. Celui-ci portait un haori de capitaine déchiré par dessus une tenue noire de Shinigami, une barbe de deux jour ornait son menton et un sourire décorait son visage.

- Tu parle trop, Aizen. Décréta Kurosaki Isshin, sous l'air éberlué de son fils.

Ichigo voulut parler, mais son père le saisit par la tête et l'emporta soudain, l'empêchant d'ouvrir la bouche. En une seconde ils firent hors de vue.

- Prendre ses distances ? Une sage décision. » Commenta Aizen, qui ne semblait accorder qu'une importance modérée à cet événement inattendu.

Ou suis-je ? Je ne me souviens pas. Ma tête me fait atrocement mal. Je tente de bouger, mais quelque chose me retient. Mes yeux sont fermés. Je les rouvre, et l'obscurité me fait regretter ce geste. Je ne vois presque rien. Cependant, je devine que mes bras, mes jambes et mon corps sont empêtrés dans des liens d'une solidité monstrueuse. Je m'accoutume lentement aux ténèbres, et je reconnais mon monde intérieur. Ou plutôt, ses vestiges... Le soleil est pratiquement voilé, seul quelque pâles rayons s'échappent de l'ombre. Les nuages, opaques et menaçant, ne laissaient filtrer aucune lumière. Les tours d'or et d'argent s'étaient écroulées, leurs fiers minarets tordus et leurs murs réduits en poussière. Un océan furieux recouvrait le monde de ses profondeurs abyssales, et s'attaquait férocement à tout ce qui tenait encore. Seul subsistait la tour principale... Mais celle ci se lézardais, s'émiettait même, les métaux nobles qui la composait recouvert de patine ternie. Après un autre instant, je pus voir au je me situait exactement. J'étais suspendu dans le vide par des chaînes enténébrées, réduit à l'impuissance devant mon monde dévasté. Une faible présence, puis une deuxième se manifestent. Je les reconnais. Ils viennent pour moi. Blanc, Mujo tenshi. Et Noir, Akarui hāto. Ils sont côtes à côtes, leur visage triste et défait.

« Aiko... Appela Noir.

Je ne peux que lever légèrement la tête. La faiblesse qui m'écrase m'interdit tout autre mouvement.

- Regarde nôtre monde, Ton monde. Ton esprit, pratiquement brisé par les forces que tu a déchaîné.

- Je... ne comprend... pas...

Ma voix me semble étrangère. Faible, plus encore qu'un chuchotement, si ténue que je doute presque d'avoir prononcé ces mots.

- Tu nous a foutu dans la merde. Ou plutôt... Nous nous sommes foutu dans la merde, se lamenta Blanc. Maintenant, nous n'avons plus vraiment ni de choix, ni d'options.

Noir et Blanc, mes pouvoirs Hollow et Shinigamis... Unis ensembles, la ou je devais menacer pour obtenir un accord fragile. La situation aurait pu être cocasse, mais la tristesse engloutit tout. Je remue les lèvres avec difficultés, les paroles m'écorchant la gorge tandis que je me forçais à m'exprimer.

- Expliquez moi... Je ne... comprend... toujours pas...

Blanc soupira et Noir secoua la tête en signe de fatigue. Ils se rapprochèrent encore de moi, jusqu'à nous trouver à seulement un mètre les un des autres.

- Tu nous a accepter tout deux, tel que nous étions. Commença Noir.

- Tu nous à fait coopérer, nous a appris à nous comprendre. Fit Blanc en écho.

- Pas une seule fois tu n'a manifesté de haine envers nous, ou ce que nous t'apportions.

- Tu t'en est remis à nous, demandant notre soutien et supportant les sacrifices que nous t'imposions pour l'obtenir.

- Et maintenant, nous allons nous unir en un seul être

- Afin de t'accorder la force d'accomplir tes rêves.

Ils se prirent la main, et commencèrent à se désagréger. Je voulu les arrêter, mais les chaînes me maintenaient fermement. Je ne pus qu'assister, incrédule, à l'union de deux opposés. Leur essence se mêle et devient indistincte, avant de pénétrer doucement en moi. Je suis envahis pas quelque chose de merveilleux. C'est presque douloureux, mais tellement beau. Quelque chose coula de mes yeux lorsque les rayons du soleil se remirent à briller plus fort. Des larmes. J'avais oublié à quel point cela faisait du bien de pleurer. Le liquide salé coula, emportant avec lui la tristesse, la peur, la résignation. Je sentit alors de subtils mais définitifs changement s'opérer en moi. Les divers aspects de moi même s'harmonisait, et mon moi, celui que je serais pour toujours se dégageait de cette alchimie. Blanc subsistait, arrogant, susceptible, avec un goût pour la violence et le plaisir de la supériorité sur les autres. Noir survivait aussi, calme et réfléchi, décidé à conserver la dignité et la raison. Et puis, il y avait moi. Un enfant dont le principal désir n'avait jamais changé, envers et contre tout : Rester avec ce père qui était allé jusqu'à défier la mort pour veiller sur lui. Je comprend tout cela, et un mot, un seul, me vient à l'esprit, définissant cette chaleur qui envahit ma poitrine. L'espoir. Avec une succession de tintements, les liens qui m'emprisonnent se brisent, me redonnant la liberté de mouvement. Je regarde mon monde intérieur, et je contemple sa restauration, plus brillante encore que mon souvenir. Un nom se glisse dans le murmure du vent, danse dans le zéphyr et se faufile dans l'éther, avant de s'inscrire dans l'or et argent mêlé de la tour. En le lisant, la chaleur qui brûle en moi se communique à tout mon être, et la voie à suivre m'apparaît clairement. Je sais ce qu'il me reste à faire.

« Attend moi, papa. J'arrive. »