Pairing Drago Malefoy / Hermione Granger. _ Et oui, enfin... :P _ et y'a toujours quelques couples qui tentent de passer faire coucou d'temps en temps.

Genre Romance/Famille.

Rating T. -non, mais je vous jure, rien ne va plus... D'accord, je l'admets, ça finira par se changer en M.

Disclaimer Le monde & les personnages adultes appartiennent à J.K. Rowling. Je ne prends pas en compte l'épilogue du Tome 7.

Note de l'auteure Bonjour à tous ! Pour commencer un immentissime Merci à tous ceux qui ont pris le temps de me laisser un review, de me donner leurs avis & de m'encourager à poster la suite. [Et une question à ceux qui ajoutent en Fav sans reviewer : Vous êtes manchots ou bien ? xD] Certaines de vos idées m'ont bien fait rire... Et certaines m'ont fait me demander ce que vous preniez comme drogue :P Enfin, ça m'a fait extrêmement plaisir tout simplement de revoir certains reviewers d'il y a longtemps & d'en découvrir de nouveaux :) Alors merci !

Réponses Basiques : Il y aura 29 chapitres -enfin, la longueur des dits-chapitres n'est pas celle de mes dernières fics xD- & un épilogue. Vous êtes plusieurs à m'avoir posé la question donc je le mets ici pour tout le monde. Kylian n'ira JAMAIS à Poufsouffle -en fait, que je sois claire, aucun héros d'une de mes fics n'ira jamais à Poufsouffle (Ne me demandez pas d'où vient mon amour pour cette maison... Je crois que c'est le jaune + blaireau qui m'a fait cet effet :P)

Truc qui n'a rien à voir -mais Marine m'a posé la question, à laquelle je n'ai pas pu répondre (Il faut s'inscrire sur feufeu, tout le monde !) & j'ai reçu pas mal de messages à ce sujet ces derniers mois : je pense bien faire une suite à Ellarosa. Après l'avoir relue il y a quelques temps, je me suis rendue compte que... je m'étais bien foutu de votre gueule pour la fin xD (C'est un peu LA fic où aucun couple ne finit ensemble.), mais ça ne va pas être pour tout de suite. J'espère vraiment réussir à vous écrire quelque chose de bien qui puisse satisfaire votre besoin d'happy end & mon besoin de réalisme -pour cette histoire du moins. Il se peut donc que ça prenne du temps...

J'espère que ce chapitre vous emballera autant, si ce n'est plus, que le précédent. Pas de violences physiques ici... -mais ça va venir, hélas, ça va venir... u_u' Bonne lecture !


Un Air de Famille

Chapitre 2


Ky observait la femme qui menaçait son père du regard le plus meurtrier du monde, surpris de faire face à une telle réaction. Il avait au cours de son enfance croisé certaines personnes qui haïssaient son père, pour ce qu'il avait été durant la guerre : un Mangemort. Mais cette fois, cela dépassait le seuil de la rancœur habituelle. En fait, tout lui sembla beaucoup plus personnel. Ky savait que son père n'avait probablement pas été un grand ami du célèbre trio Potter-Weasley-Granger, mais ne s'était pas attendu à ce qu'ils soient de francs ennemis.

Il jeta un petit coup d'œil discret à la fillette avec qui il avait partagé quelques secondes d'une amitié potentielle, et remarqua qu'elle n'était pas aussi surprise que lui. Peut-être que sa mère lui avait parlé des Malefoy… Ou peut-être que la réputation de ce nom n'était simplement plus à refaire.

Elle leva les yeux vers lui et sembla vouloir lui dire quelque chose. Quelque chose comme « Qu'est-ce qu'on fait s'ils en viennent aux mains ? » mais ils n'eurent pas –du haut de leur onze ans– à intervenir. En effet, Monsieur Ollivander en pressentant un danger imminent, s'était rapproché des deux adultes, baguette en main. Ky le suivit du regard, avant de revenir à son père et à Madame Granger.

Drago souriait, résistant de toute évidence à l'envie de rire, comme si la situation était particulièrement hilarante. En effet, à ses yeux, elle l'était. Il n'avait pas revu Hermione Granger depuis la fin de la guerre, dix-huit années auparavant. Ils ne partageaient pas les mêmes amis, ne faisaient simplement pas partie du même monde, et il avait réussi, pendant tout ce temps, à éviter de croiser son chemin ou celui de ses amis. Qu'il tombe sur elle, au beau milieu des vacances scolaires, alors qu'ils étaient presque les seuls parents sur le Chemin de Traverse, lui paraissait être un mauvais coup du sort. Mais il préférait le prendre avec le sourire… Juste parce que cela rendait Hermione Granger furieuse.

En effet, cette dernière ne souriait pas. Mais alors pas du tout. Son regard chocolat était envahi d'éclairs qui menaçaient de le foudroyer au moindre pas de travers, et ses joues avaient pris une teinte rosée qui lui allait à merveille. Il avait oublié à quel point voir Granger sortir de ses gonds pouvait être plaisant. Enfin, tant qu'elle ne lui envoyait rien –comme sa main par exemple– au visage.

Soudain, les traits ridés du fabriquant de baguettes obscurcirent sa jouissive vision et il cessa de sourire.

« Monsieur Malefoy, Miss Granger, commença-t-il en laissant glisser son regard de l'un à l'autre, comme un père tâchant de contrôler ses incontrôlables chérubins. Veuillez rester corrects dans ma boutique, je vous prie. Et encore davantage devant vos enfants… »

Il désigna Ky et Anaïa d'un mouvement du menton –elle imagina que sa tête tombait tellement il était vieux, mais cela ne se produisit évidemment pas. Hermione secoua la tête, comme pour retrouver ses neurones qui avaient brusquement disparu à l'apparition de son ancien pire ennemi, et saisit sa fille par l'épaule, l'attirant vers elle en un geste protecteur qui fit ricaner Drago. Il n'aurait jamais été capable de s'attaquer à une gamine de l'âge de son fils de toute façon. Comme un miroir, il poussa Ky à se dresser auprès de lui.

Deux contre deux.

Ollivander leva les yeux au ciel, abasourdi par tant de stupidité et d'immaturité. Il observa un instant les enfants, presque désolé pour eux d'avoir à supporter des parents pareils, et tâcha d'apaiser la situation avec le seul moyen dont il disposait. Il arrêta son regard sur Anaïa et oublia les autres pour se focaliser sur elle, sa petite cliente qu'il n'avait pas encore servie.

« Vous veniez bien chercher une baguette, Mademoiselle ? Alors, mettons-nous au travail. »

Il lui montra les murs, comme si les piles de baguettes suffisaient à prouver qu'ils avaient en effet un dur labeur à accomplir. Anaïa hésita néanmoins et redressa le menton pour regarder sa mère, lui demandant silencieusement la permission de suivre le fabriquant de baguette. Hermione acquiesça, sans lâcher Drago des yeux, comme s'il risquait de devenir fou et de l'agresser.

Ollivander poussa Anaïa vers le comptoir, puis se tourna vers les Malefoy, l'air un peu trop méfiant pour qu'il soit totalement impartial.

« Vous devriez partir, Messieurs. »

Drago serra l'épaule de Ky sous l'afflux de colère qui circula, comme un virus, dans son sang. Il ne supportait pas que quiconque lui adresse le regard que venait de lui envoyer le vieil homme, comme s'il était encore cet adolescent qui commettait des tas de bourdes et prenait toujours les mauvaises décisions. Certes, il avait commis une grave erreur vingt années auparavant en joignant son destin à celui de Voldemort, mais il n'appréciait que très peu qu'on le lui rappelle à chaque occasion. Le fabriquant de baguette venait de le faire en prenant presque la défense de la Sang-de-Bourbe, et il avait très envie de lui envoyer un coup de poing ou un mauvais sort.

« Papa, on peut y aller ? »

Il baissa les yeux, croisa le regard suppliant de Ky et reflua l'accès de fureur qui lui tordait le ventre. Il ne pouvait pas se laisser emporter devant son fils, lequel craignait apparemment qu'il ne provoque une nouvelle scène. Deux dans la même journée ? Non, c'était trop, même pour lui.

« Oui, on sort d'ici… »

Il saisit la main de son fils dans la sienne avant de le tirer hors de la boutique. Hermione s'effaça sur son passage, bouillonnante de rage et il ne put retenir le sourire, narquois, qui marqua sa bouche, comme il ne parvint pas à rester silencieux. Jamais Drago Malefoy ne pourrait laisser le dernier mot à Hermione Granger. Avec l'air le plus moqueur possible, reprenant la voix traînante qui l'avait rendu si tristement célèbre, il chuchota en passant près d'elle –trop près d'elle :

« Ravi de t'avoir revue, Granger. »


« Bois d'aubépine, 26,4 centimètres avec un nerf de cœur de dragon. »

Anaïa aurait voulu fracasser la baguette qui s'était mise à luire à son contact, contre le rebord du comptoir. Ollivander parut lire dans ses pensées car il s'en empara rapidement avant de la ranger dans sa boite tapissée d'un velours noir. Elle se tourna vers sa mère, à la recherche d'un minimum de soutien et le fabriquant de baguette répéta –pour ce qui semblait être la centième fois au moins à la fillette :

« C'est la baguette qui choisit son sorcier, Miss Weasley, et pas le contraire.

- Mais je trouve ça horrible d'avoir un morceau de cœur de dragon dans ma baguette, rétorqua-t-elle avec une moue à fendre l'âme. Vous ne pourriez pas…

- Elle vous a choisie. Il n'y a rien que je puisse faire pour vous désormais. »

Il poussa la boite qui renfermait la nouvelle partie de son corps –ou du moins c'est ainsi qu'elle l'imaginait– vers elle, et Anaïa n'eut pas d'autre choix que de la saisir. Avec un soupir désespéré, elle jeta un énième coup d'œil à sa mère qui n'avait pas bougé de l'entrée depuis le départ des Malefoy.

« Maman, il faut que tu… »

Le « Maman » suffit à sortir Hermione de sa torpeur et elle se dirigea vers le comptoir en extirpant sa lourde bourse de la poche de sa robe. Elle compta quelques pièces avant de les tendre à Ollivander en le remerciant de sa patience –et Merlin savait à quel point il en avait eu besoin– avant d'attirer sa fille vers la sortie. Elle n'écouta pas les critiques faites par Anaïa –au sujet de l'horreur qu'elle devrait supporter toute sa vie ou de l'haleine de sardine du vieil homme qui avait osé la lui vendre.

Elle n'arrivait tout bonnement pas à s'enlever Drago Malefoy de la tête, comme si cet imbécile avait réussi à construire un nid dans son cerveau, entre les courses de la semaine et l'embauche de son futur assistant et qu'il ne souhaitait plus en sortir. Elle s'était sentie brusquement si mal à l'aise en sa présence, encore plus qu'à l'époque de Poudlard. Il y avait quelque chose de différent cette fois, un problème sur lequel elle ne parvenait pas à mettre le doigt.

« Maman, tu as ma liste ? » s'enquit soudainement Anaïa en réalisant qu'elles marchaient depuis trois bonnes minutes sans réfléchir à leur route.

Hermione essaya de penser à autre chose qu'aux cheveux de Drago Malefoy, qu'à la carrure de Drago Malefoy, qu'au sourire de Drago Malefoy et sortit un petit papier froissé d'une autre poche de sa robe. Elle le tendit à Anaïa qui le déplia en fronçant les sourcils pour déchiffrer les mots rendus presque illisibles par la faute des aventures vécues par le morceau de parchemin.

« On commence par Madame Guipure ! s'exclama la petite blonde en haussant le menton, preuve qu'elle dirigeait parfaitement les opérations.

- Je te suis. »

Anaïa prit un air sérieux, comme si organiser les courses de rentrée était une mission extrêmement importante, puis tira sa mère par la manche jusqu'à la boutique de Madame Guipure. Une vieille bonne femme se faisait coudre sur mesure une robe hideuse dans un coin de la pièce et Anaïa faillit pouffer de rire –le regard de la mère l'en dissuada.

Une dame d'un certain âge s'avança vers les nouvelles clientes et Hermione expliqua rapidement ce qu'elles désiraient. Madame Guipure –puisqu'il s'agissait bien évidemment d'elle– avait ce sourire si factice de vendeuse, et elle leur désigna un coin de la boutique de son petit doigt boudiné.

« Je suis à vous dans cinq minutes. Vous pouvez vous installer là-bas, il y a déjà un client qui attend, mais je fais vite ! »

Hermione acquiesça, résistant à son envie de tourner les talons puisqu'elle se doutait très bien de qui était « le client qui attend » , mais Anaïa s'était déjà ruée vers le lieu désigné par la couturière. Hermione s'efforça donc à la suivre, le cœur au bord des lèvres, et croisa les doigts pour que son instinct fasse erreur.

Evidemment, son instinct se moquait bien d'elle et de ses sentiments, et elle se retrouva face à deux orbes d'acier qui la dévisagèrent de la tête aux pieds. Elle fit mine de ne pas voir Drago qui était assis sur un tabouret normalement réservé aux clients qui essayaient des vêtements et ne remarqua donc pas qu'il se levait pour lui céder cet espace. Elle était peut-être Hermione Granger, une Sang-de-Bourbe, une insupportable Miss-Je-Sais-Tout, mais elle n'en était pas moins une femme, et Drago avait été élevé avec certaines manières dont il ne pouvait se défaire.

La petite blonde qui accompagnait son ancienne condisciple se hissa sans attendre sur le siège qu'il venait de libérer, et il ne put s'empêcher de lui sourire. Puis il croisa le regard noir d'Hermione Granger sur lui et se décida à faire ce qu'il faisait le mieux : être un petit con narcissique et arrogant.

« Si je ne te connaissais pas mieux, Granger, je pourrais penser que tu me suis. »

Elle ne releva même pas sa remarque, à deux doigts de s'en aller en emportant sa fille avec elle. Néanmoins, elle ne pouvait accepter de fuir devant lui, qu'importait ce qu'il lui faisait ressentir : une bonne dose de dégoût mixée à une louche de peur et une pincée d'incertitudes. Elle devait lui faire comprendre qu'elle n'était plus une adolescente et ne se laisserait pas impressionner par ses grands airs. L'œillade assassine par laquelle elle le poignarda suffit à faire passer le message.

Il détourna les yeux pour les poser sur les deux enfants qui –sur des sièges, côtes à côtes– évitaient de se regarder comme pour ne pas provoquer leurs parents. Il aurait voulu leur dire d'engager la conversation si cela pouvait briser la glace épaisse sur laquelle ils avançaient, mais préférait éviter d'ouvrir la bouche. Hermione Granger semblait déjà prête à lui arracher la tête et avait enfoui ses mains dans les poches de sa robe, probablement à la recherche de sa baguette magique.

La tension était telle qu'ils sursautèrent tous –un bond pour Hermione, un frémissement pour Drago– lorsque Madame Guipure se rapprocha d'eux, prête à prendre les mesures d'Anaïa et Ky.

Alors, lentement, aussi discrètement que possible, Ky leva un peu les yeux pour observer Anaïa. Les mètres-rubans mesuraient chaque partie de leur corps pendant que la couturière passait de l'un à l'autre afin de prendre quelques notes, et ils profitèrent de cette distraction pour s'envoyer un sourire. Ky semblait vouloir s'excuser. D'avoir un père aussi ronchon ou de s'être retrouvé au même endroit qu'elles deux fois de suite. Le sourire d'Anaïa était différent : une sorte d'interrogation silencieuse, comme si elle voulait lui demander ce que ça faisait d'être le fils d'un ancien Mangemort, l'héritier des Malefoy.

Il ne put lui répondre, comme elle ne sut comment accepter ses excuses –ou plutôt comment les refuser car elle était bien placée pour savoir qu'on ne choisit pas sa famille. Lorsqu'enfin Madame Guipure eut fini, ils s'arrachèrent à leur contemplation de l'autre pour revenir à leurs parents qui –séparés par deux bons mètres– avaient l'air aussi mal à l'aise l'un que l'autre.

Ky voyait bien que son père devait fournir un effort considérable pour ne pas lancer quelques piques à son ancienne camarade –le mot ne convenait évidemment pas, mais il préférait ne pas y songer. Il fut presque fier de lui. Anaïa, elle, connaissait suffisamment sa mère pour comprendre qu'elle ne tiendrait plus longtemps avant de sortir sa baguette de sa poche pour lancer un sortilège affreux à l'Homme-en-Noir –ce surnom lui allait si bien qu'elle n'était pas prête à l'appeler « Monsieur Malefoy ».

Les deux enfants partagèrent un autre regard et se comprirent à la perfection. Chacun revint à son parent présent, et ils les tirèrent tour à tour de leur contemplation excessive du sol, craignant l'un comme l'autre qu'ils ne finissent par craquer –ce qui conduirait à une énième guerre inutile.

Madame Guipure s'activa avec un soin que confirme l'habitude et distribua leurs effets aux deux enfants, tout en portant un regard à la fois soucieux et amusé sur les deux adultes qui se comportaient si bizarrement. Anaïa aurait pu lire la réflexion qui traversait son esprit : « Les enfants agissent en grandes personnes et les adultes… Oh et bien, n'en parlons même pas ! »

Drago prit plus de temps que nécessaire à sortir sa bourse de sa poche et Hermione et Anaïa avaient déjà filé lorsque lui et Ky retrouvèrent la rue qui se remplissait peu à peu. Drago jeta un coup d'œil de chaque côté du Chemin de Traverse et ne tarda pas à repérer la tignasse brune de son ancienne ennemie, face à la papeterie où ils devraient aussi se rendre. Il se racla la gorge et désigna les magasins de l'autre côté, avant de lancer, d'un ton un peu trop enthousiaste :

« La boutique de Chaudrons ! »

A croire qu'il n'existait rien de plus excitant que quelques marmites.


Hermione observa les plumes, toutes différentes, qui s'exposaient devant ses yeux, avec la sensation de ne plus réellement savoir à quoi cela servait. Anaïa tourbillonnait autour d'elle, un petit panier en main et fourrait des tas d'objets inutiles à l'intérieur –comme une plume en acier qui pouvait marquer le bois ou du parchemin multicolore. Hermione n'avait pas le cœur à l'en empêcher de toute façon, toujours perturbée par ce sentiment qui envahissait sa poitrine. Quelque chose clochait avec Malefoy.

Enfin non, quelque chose avait toujours cloché avec Malefoy. Le fait que les filles de Poudlard le trouvent séduisant par exemple –cette idée n'avait jamais réussi à entrer dans son crâne et à ses yeux Drago Malefoy resterait éternellement une fouine bondissante. Ou encore son désir puéril et pervers de constamment chercher les ennuis avec les Gryffondors –il lui semblait alors qu'il s'agissait presque d'un besoin pathologique et qu'il aurait bien eu besoin d'une magithérapie.

Mais aujourd'hui, il y avait cette autre chose. Ce petit détail dans son sourire, dans sa manière de se tenir… Tout cela lui rappelait une autre personne, mais elle n'arrivait pas à associer les idées dans son esprit, arrêtée par un obstacle qu'elle ne parvenait pas à dépasser.

« Maman, je peux prendre de l'encre dorée, s'il te plait ?

- En plus de l'argentée ?

- Comme ça, quelle que soit ma maison, j'aurais de quoi la représenter ! tenta Anaïa avec un petit sourire.

- Prends ce que tu veux, ma puce, c'est papa qui paie. »

Elle aurait pu s'en vouloir d'oser admettre que Ron avait accepté de lui donner tout l'argent nécessaire –au lieu de la moitié seulement qu'il lui devait– pour ne pas avoir à faire les boutiques avec elles aujourd'hui, mais se doutait qu'Anaïa avait des soupçons. A l'évocation de cette phrase, la fillette entra d'ailleurs dans une sorte de fièvre acheteuse qu'Hermione n'eut pas le courage de réfréner. Elle se rappelait encore très bien de sa première visite sur le Chemin de Traverse et de la somme d'affaires qu'elle avait fait acheter à ses parents parce qu'il lui était « absolument nécessaire, bien sûr, d'avoir dix plumes de tailles différentes ».

Lorsqu'elles s'engagèrent dans la file d'attente, Anaïa balançant son panier chargé à craquer d'avant en arrière en chantonnant l'hymne de Poudlard, Hermione se demanda si Malefoy ne lui rappelait tout simplement pas...

« Maman ?

- Oui, Ana ? soupira Hermione en sentant sa patience s'effriter – si elle n'avait pas plus de trois minutes d'affilées pour analyser le problème, elle passerait des mois à le tourner et le retourner dans sa tête.

- Pourquoi est-ce que tu le détestes autant, Monsieur Malefoy ? »

Hermione se figea, contempla sa fille qui la fixait si intensément qu'elle aurait pu se dissoudre sous son regard et tâcha de réfléchir à la question. Elle avait mille raisons d'en vouloir à Drago Malefoy en vérité : il l'avait insultée à de nombreuses reprises, critiquant tour à tour son physique ou son ascendance, il s'était plu à les torturer, ses amis et elle, avait envoyé Harry à l'infirmerie plusieurs fois, avait manqué de tuer Buck et avait été dans le clan ennemi durant la guerre. Mais sa fille savait tout ça, elle n'avait pas besoin de se l'entendre répéter à nouveau. Anaïa le confirma d'ailleurs une seconde plus tard.

« Je sais qu'il était un Mangemort et tout ça… Mais c'était il y a longtemps, non ? Il y a presque vingt ans. Il a été gracié en plus, ce qui prouve qu'il n'a pas dû faire des choses très graves. Tu ne crois pas qu'il faudrait peut-être…

- Peut-être quoi ?

- Passer à autre chose. »


Ky s'était assis au milieu de plusieurs piles bancales de livres de toutes sortes, prêt à les choisir un par un, même si cela prenait des heures. Son père, en pleine discussion avec le sorcier-libraire de Fleury & Bott tâchait de récupérer tous les manuels scolaires dont il aurait besoin, mais Ky préférait s'occuper de ce dont il n'avait pas besoin. Il saisit l'un des livres au sujet des Dragons qu'il avait choisi et regretta un peu de ne pas avoir un nerf de cœur de l'animal qu'il aimait tant à l'intérieur de sa baguette –un crin de licorne, c'était drôlement moins impressionnant.

Il avait toujours été passionné par les dragons et ce depuis sa plus tendre enfance. Ils étaient en haut de la chaîne alimentaire des créatures magiques et pouvaient être aussi majestueux que puissants. C'était son père qui lui avait offert son premier livre sur les dragons –il n'y avait alors que des images et quelques petites notes pour qu'il apprenne de nouveaux mots et depuis il avait accumulé des milliers d'informations à ce sujet dans sa petite tête. Dragons et autres reptiles plus connus des moldus n'avaient désormais plus aucun secret pour lui. Enfin… Les manuels pour les grands auraient probablement encore quelques choses à lui apprendre.

Il en choisi un seul parmi plusieurs –celui avec les plus belles photos et les descriptions les plus détaillées– puis reporta son attention sur les autres sujets. Quelques livres de Quidditch, quelques autres d'Histoire, ou certains plus littéraires, Ky s'intéressait plus ou moins à tout –même s'il gardait l'Etude des Runes et de l'Arithmancie pour plus tard. Il enleva un livre traitant de la violence des Hypogriffes car son père détestait –pour une raison qu'il ne connaissait pas– ces animaux. En vérité, Ky le soupçonnait d'en avoir une trouille bleue, même s'il n'aurait jamais osé le dire.

Avec circonspection, il conserva une biographie dont les principaux protagonistes n'étaient pas très appréciés de son père : « Le Trio d'Or ou Comment trois enfants ont sauvé le monde », par Miranda Bones. Mais il avait besoin d'obtenir de nouvelles informations, d'un point de vue différent, et ce, avant de rejoindre Poudlard où –il le savait– son nom serait un grand handicap. La biographie rejoignit le livre sur les dragons, bientôt suivi par une pièce de théâtre, un recueil de poésie, puis par le célèbre « En vol avec les Canons », qui contait les aventures de l'équipe des Canons de Chudley.

Il allait s'emparer d'une autre pile pour l'étudier, lorsque la porte de la librairie –close depuis leur arrivée– s'ouvrit pour laisser passer deux personnes qu'il aurait bien voulu éviter. Enfin, non, en vérité, il était plutôt ravi de voir apparaître la petite Anaïa, avec qui il aurait adoré engager la conversation afin de connaître au moins une personne dans le Poudlard Express. Mais Hermione Granger la suivait, et il craignait que son père ne fasse une bêtise.

Avec un soupir exaspéré, il se dissimula derrière les livres qui l'entouraient et attendit que l'orage passe. Son père n'avait pas encore remarqué la présence des femmes Granger –Anaïa ne lui ayant pas dit son nom de famille, il se résignait à l'appeler comme sa mère– et continuait à récupérer les nombreux manuels de cours. Puis, son père perçut la voix de l'ancienne Gryffondor qui demandait à sa fille de ne pas trop s'éloigner. Il se retourna, la jaugea de son regard d'acier, puis se fendit d'une petit sourire moqueur avant de lancer –si fort que même Ky, à plusieurs mètres de là, pu l'entendre.

« Franchement, Granger, ça commence à devenir gênant… »

La Granger en question le fusilla du regard, encore, mais cette fois, Drago ne se démonta pas. Il la fixa, en l'attente d'une réponse qui ne tarda finalement pas à venir :

« Ce n'est qu'un malheureux hasard, Malefoy. Cesse donc de te croire si irrésistible. Tu ne l'es pas.

- Je ne crois pas aux coïncidences. Et puis trois fois d'affilée, c'est trop évident ! Sois plus discrète, par Merlin ! »

Hermione ne prit pas la peine de répondre, refusant d'entrer dans son jeu. Elle se rapprocha du libraire, pressée d'enfin pouvoir quitter les lieux et retrouver sa petite vie sans Drago Malefoy, et demanda, la voix frémissante de colère :

« Bonjour, je voudrai la même chose que cette personne : les manuels nécessaires aux Premières Années.

- Très bien, je vais vous servir en même temps ! » s'enthousiasma le vendeur, apparemment soulagé de s'occuper de plusieurs personnes au lieu de passer d'une étagère à une autre à de trop nombreuses reprises.

Ky, dans son coin, poussa un soupir de soulagement en remarquant que son père n'insistait pas, heureusement. Autrement, il ne doutait pas qu'Anaïa en aurait parlé avec ses amis à Poudlard et qu'il serait rapidement devenu « Le gamin de Malefoy, vous savez bien, le type horrible qui était Mangemort et qui en plus se dispute avec Hermione Granger ! ». Pas question d'être catalogué par la faute des crises de colère de son père, même s'il n'avait pas honte de son nom.

Plongé dans ses pensées, il ne vit pas Anaïa qui s'approcha de lui avant de s'écrouler à ses côtés avec un sourire. Il sursauta en l'entendant s'asseoir pour jeter un coup d'œil à ses livres et se tourna vers elle avec l'intention de lui demander si elle était totalement folle. Leurs parents se haïssaient de toute évidence et n'apprécieraient pas de les voir discuter. Anaïa s'en fichait apparemment comme d'un pet de rat et se mit à feuilleter le livre sur les Canons de Chudley qu'il avait choisi.

« Ils sont nuls, tu sais ? s'enquit-elle avec un petit sourire moqueur qui n'était pas sans lui rappeler celui de son père.

- Je sais, approuva-t-il en un haussement d'épaules très explicite alors qu'elle saisissait la biographie sur le Trio d'Or.

- Et ça, c'est un ramassis de conneries. »

Ky écarquilla les yeux, surpris d'entendre des gros mots sortir d'une si jolie bouche. Il passait son temps à en dire lui, parce que son père jurait comme un dresseur de dragons dès qu'il en avait l'occasion, apprenant ainsi inconsciemment à Ky une belle palette d'injures. Mais il avait du mal à imaginer qu'Hermione Granger soit du genre à dire de telles choses… Il lui jeta un petit coup d'œil –son père et elle étaient toujours en plein concours de celui qui aurait le regard le plus noir– et secoua la tête pour lui-même : non, ce n'était définitivement pas du style d'Hermione Granger.

« C'est mon Oncle Harry qui le dit, murmura soudainement Anaïa, répondant ainsi à sa question silencieuse. Il déteste les biographies qui parlent de lui parce qu'il y a toujours des tas d'erreurs.

- Peut-être qu'il pourrait l'écrire lui-même dans ce cas, proposa Ky après réflexion, selon l'adage de son père « Un Malefoy ne doit compter que sur un Malefoy », l'équivalent du « On n'est jamais mieux servi que par soi-même » des moldus.

- Je lui transmettrai ! »

Elle lui décocha un sourire bien plus franc et il y répondit instinctivement. Il l'examina pendant qu'elle s'emparait des livres un à un, les jaugeait d'un regard acéré et en déposait quelques uns sur ses genoux, comme s'ils lui appartenaient. Il entendit soudainement un petit cri plus loin, se douta que son père venait de faire quelque chose d'idiot, et ferma douloureusement les yeux, refusant de regarder dans sa direction.

Puis, Anaïa posa brutalement sa main sur son genou et il les rouvrit pour la voir. Elle souriait toujours, comme si elle pouvait lire dans ses pensées et lui tendit son autre main pour qu'il la saisisse. Il agit sans réfléchir et accepta son invitation. Elle se leva, le tira vers elle, prit la pile de livres qu'elle avait choisie et sans le lâcher proposa :

« Ça te dirait qu'on aille faire un tour ailleurs ? »

Il entendit un autre bruit, plus violent cette fois, comme si quelque chose venait de tomber par terre –il espéra qu'il ne s'agisse pas du corps sans vie d'Hermione Granger– et acquiesça avec vigueur. Oui, Ky voulait –tout comme Anaïa– partir avant que la situation dégénère vraiment, refusant comme elle de voir leur parent perdre la tête.

« L'animalerie, ça te dit ? »

Un nouvel hochement de tête. Elle sourit plus largement, lâcha sa main, la glissa dans sa poche où sa liste d'effets scolaires reposait, prit un des crayons magiques dans sa pochette aux couleurs de la papeterie et griffonna quelque mots. Elle déposa ensuite le papier sur le dessus de la pile de livres et –croisant son regard interrogateur– chuchota, mystérieuse :

« Pour que ton père n'oublie pas de les acheter ! »

Ky esquissa un sourire, sortit ses gallions de sa robe et les mit par-dessus le papier. En effet, son père pourrait ainsi les payer avant de le rejoindre. Il savait parfaitement que les deux adultes paniqueraient en ne les voyant pas, mais n'en faisait cure. Ils se comportaient en imbéciles… Leurs enfants pouvaient bien leur faire une petite frayeur.

Anaïa reprit sa main et le plus discrètement possible, ils s'échappèrent sans un regard en arrière.


Une dizaine de minutes plus tôt, alors qu'Anaïa prenait le risque de provoquer un contact avec un enfant de Mangemort, sa mère, elle, tentait de ne provoquer aucun contact avec le dit-Mangemort. Ses bras croisés sur son buste, les lèvres compressées l'une contre l'autre, elle tâchait difficilement de garder son calme et de ne pas penser aux sales sous-entendus émis par Drago à ses côtés.

Un fin sourire tordait les lèvres de l'homme, apparemment fier d'avoir réussi à lui arracher quelques mots –même si elle avait refusé de jouer le jeu auquel il excellait, au moins, elle avait répondu. Grande victoire. Soigneusement, il la contempla en essayant d'assimiler la nouvelle image qu'elle dégageait –bien différente après toutes ces années. Autrefois, elle avait cet air un peu sauvage de l'adolescence, malgré son sérieux dans les études et son manque cuisant d'insouciance. Elle réfléchissait trop selon lui, et même si cela lui apportait des bonnes notes, il ne pouvait s'empêcher de se demander si elle avait réellement profité de sa jeunesse. En réalité, aucun de ceux de sa génération n'avait eu l'occasion de le faire à cent pour cent –enfants de Mangemorts ou partisans de l'Ordre du Phénix, ils étaient tous sous pressions. Mais Hermione Granger, avec ses amis à protéger, Voldemort à combattre et des notes à conserver au dessus de la moyenne n'avait vraiment pas dû s'amuser.

Il aurait voulu lui poser la question : « Dis, quand moi je réfléchissais à un moyen d'échapper à ce qui me tombait dessus, comment tu faisais pour tenir le coup avec tout ça ? ». Il resta silencieux. Il ne pouvait pas avoir l'air de s'intéresser à elle. Il ne s'intéressait jamais à personne. Même s'il était… Intrigué.

Intrigué par l'état étrange dans lequel elle s'était mise en le voyant, comme s'ils ne s'étaient jamais quitté et que sa haine était toujours aussi vive. Lui était passé à autre chose depuis tout ce temps. Il n'était pas prêt à lui tendre la main, mais ne la haïssait plus pour ce qu'elle était. Et intrigué par l'air qu'elle arborait : l'éclat de ses yeux –celui qui lui donnait envie de les lui arracher de jalousie quand il avait dix-sept ans– s'était terni ostensiblement. Il était envahi d'une sorte de renonciation, comme si la lionne avait abandonné quelque chose en cours de route…

« Malefoy, soupira Hermione en se tournant brusquement pour lui faire face. Arrête de me regarder !

- Pourquoi, ça te gêne ? répliqua-t-il en souriant plus férocement, tel un animal lors d'une chasse, avant d'ajouter en l'imitant parfaitement. Je croyais que je n'étais pas si irrésistible… »

Elle secoua la tête en levant les yeux au ciel, passablement agacée par l'ancien Serpentard, par son fichu sourire, par ses réflexions qui –venant d'un autre– auraient pu passer pour une tentative de séduction. Elle aurait joué le jeu avec un autre, ne serait-ce que parce qu'elle n'avait pas fait l'amour depuis plus d'un an –une aventure avec un collègue de bureau entreprenant– et qu'elle commençait à sérieusement éprouver un manque. Son corps parut dévoiler ce manque car elle sentit soudainement la main de Drago sur son corps. Sur sa hanche. Un frôlement, juste ça, mais qui l'électrisa. Un petit cri franchit ses lèvres et elle fusilla l'homme du regard, enragée. Elle n'en revenait pas qu'il ose la toucher et fut saisie d'une puissante envie de le gifler. Au lieu de ça, elle ordonna, la voix vibrante de rage :

« Ne me touche plus jamais.

- J'ai eu l'impression que tu en avais envie.

- Tu t'es trompé.

- Si tu le dis… » répliqua-t-il, railleur au possible.

Elle aurait voulu effacer ce fichu sourire en coin du sublime visage de son ancien condisciple, à l'aide d'un sortilège ou simplement de sa force physique. Drago parut lire dans ses pensées, car il fit un pas en arrière. Il avait déjà fait les frais de la violence d'Hermione –à l'âge de treize ans, il s'était senti humilié d'être frappé par une fille, une Sang-de-Bourbe en plus. Il ne souhaitait pas réitérer l'expérience.

« Allons, Granger, il serait peut-être temps d'oublier ce qu'il s'est passé pendant notre adolescence, non ? Nous sommes des adultes, nous devrions donc agir en conséquence…

- Je suis d'accord, admit-elle en laissant un sourire envahir ses lèvres. Tu vas donc t'éloigner encore un peu de moi, éviter de me parler ou même de me regarder et… On agira comme ça à chaque fois qu'on aura le malheur de se retrouver dans la même pièce.

- Tu trouves ça adulte comme comportement ?

- C'est le comportement le plus prudent dont nous puissions faire preuve, Malefoy. »

Drago s'appuya nonchalamment sur la desserte où reposait la caisse et pencha la tête sur le côté, un air méditatif s'emparant de ses traits. Apparemment, il doutait que ce soit le meilleur comportement à adopter au vu de leur situation. Et ils devraient bientôt se côtoyer au moins quelques heures par an, sur la voie 9¾ et accessoirement dans cette maudite rue qui se plaisait à les réunir.

« Et si nos enfants se retrouvent dans la même maison et deviennent amis ? l'interrogea-t-il, pensif.

- Cela n'arrivera pas.

- Et pourquoi ? La grande Hermione Granger serait-elle donc capable de lire dans l'avenir ?

- Ma fille ne côtoierait pas ton fils. Elle ne fréquente pas les gens comme vous… »

Drago éclata d'un rire sombre et sans joie, abasourdi par la manière dont elle englobait tous les Serpentards comme s'ils étaient une race à part, foncièrement mauvaise, comme si le sang des Malefoy pourrissait l'âme de son fils de onze ans. Certes, il avait dit à son fils, à peine deux heures plus tôt, que les Malefoy allaient forcément à Serpentard, ce qui incluait évidemment qu'il ait un certain caractère… Lui aussi faisait des généralités finalement, mais Ky était son enfant, il avait le droit. Qu'Hermione Granger ose voir Ky comme une personne non-recommandable l'agaçait prodigieusement. La voix plus rauque à cause de la colère, il rétorqua :

« Tu ne connais pas mon fils, Granger. Tu ne sais pas qui il est, alors oublie tes préjugés… C'est mon fils, pas mon clone. »

Elle sentit ses joues s'enflammer. Elle avait parfois l'impression d'être la dernière des idiotes lorsqu'elle faisait un amalgame entre les parents et leurs enfants. Anaïa était pourtant la preuve que les enfants n'étaient pas forcément identiques à leurs parents. Logan, Quinn et Cameron ressemblaient beaucoup à Harry et Ginny, mais ils étaient une sorte d'exception qui servait à confirmer la règle. Peut-être que le fils de Malefoy n'avait rien à voir avec lui… Peut-être. Ou peut-être pas.

« Il a été élevé par un homme tel que toi. Cela suffit à me faire imaginer la personne qu'il peut être. »

Le corps de Drago se crispa visiblement et il se redressa, toute indifférence oubliée. Son bras tendu heurta violemment un bibelot près de la caisse, une sorte de livre en bois avec des reliures dorées que personne n'aurait eu l'idée de lire tant il était poussiéreux. Il s'écroula au sol en un bruit sourd et le libraire passa sa tête entre deux étagères pour voir ce qu'il se passait. Drago n'y prêta pas attention, et s'avança vers Hermione, presque menaçant.

« Tu ne sais rien de moi, Granger. Tu ne sais rien de moi, de la façon dont j'élève Ky, ou de qui il est.

- Oui, et peut-être que je n'ai simplement pas envie de le savoir.

- Je ne voudrais pas que tu exprimes ton ressentiment face à ta fille, voilà tout. Je… »

Il hésita une seconde et passa sa langue sur sa lèvre inférieure pour l'humidifier, sensuel sans s'en rendre compte. Hermione croisa à nouveau ses bras contre sa poitrine, mince protection face à la colère brûlante de Drago, et attendit sagement qu'il finisse sa phrase. Une lueur de crainte anima ses iris argentés avant qu'il ne se reprenne et elle ne comprit pas de quoi il pouvait bien avoir peur avant qu'il s'exprime :

« Je ne veux pas que Ky arrive à Poudlard et soit traité différemment à cause de son nom ou de ce que… la gamine d'une superstar aura raconté sur lui. »

Hermione eut envie de le rassurer, de lui dire qu'elle n'oserait jamais mettre à mal la réputation d'un enfant de cet âge, mais se demanda si c'était vrai. En réalité, les enfants d'Harry ou des Weasley en général auraient pour but d'embêter cet enfant qui –s'il était comme Drago– s'en remettrait assez bien. Au contraire, s'il ne lui ressemblait pas… Elle évita d'y penser.

Drago prit son silence pour une forme de moquerie, une indifférence dont son fils ferait les frais, juste parce qu'il était son fils justement. Il serra les dents, prêt à attaquer le premier s'il le fallait, mais Hermione baissa soudainement les yeux, mal à l'aise, et chuchota :

« Ce n'est pas mon intention. Aussi étrange que cela puisse te paraître, Malefoy, je n'ai pas passé les dix-huit dernières années à te descendre auprès des gens. Ma fille n'agira pas ainsi non plus. Ce n'est pas… du tout son genre. »

Drago esquissa un sourire avant de revenir en arrière pour ne pas qu'elle puisse lire une quelconque forme de soulagement –émotion bien trop faible pour qu'il ose la dévoiler devant elle. Il n'eut pas le temps de trouver une réplique censée lui redonner un peu d'arrogance que le libraire apparut près d'eux, ployant sous le poids des livres. Il avait apparemment entendu leurs dernières phrases car il leur dit, tout en posant les manuels près de la caisse :

« Elle n'est peut-être pas du genre à parler dans le dos des gens, Miss Granger, mais je ne doute pas qu'elle ait du caractère…

- Pardon ? s'étonna Hermione en voyant le sourire en coin du libraire qui paraissait prêt à rire.

- Elle et le jeune garçon qui accompagnait monsieur (Il désigna Drago d'un geste du menton.) viennent tout juste de quitter la librairie. Ensemble. »


Anaïa avait croisé ses bras sous son menton et observait les cages et aquariums où des dizaines d'animaux étranges vivaient leur petite vie. Elle écoutait distraitement les explications de Ky au sujet des créatures qu'elle ne reconnaissait pas en réalisant qu'il savait beaucoup de choses. Il énumérait ses connaissances avec une aisance naturelle, comme si son savoir s'accompagnait d'une bonne dose de confiance en lui. Il passa finalement ses doigts pâles dans ses boucles auburn et s'interrompit, prenant enfin conscience qu'il la noyait sous un tas d'informations dont la plupart des enfants se moquaient. Il mordilla nerveusement sa lèvre avant de marmonner :

« Désolé. Ça ne t'intéresse pas…

- Bien sûr que si ! Démentit-elle en se redressant légèrement, un semblant de sourire posé sur ses lèvres roses. Tu comptes prendre un animal pour ta Première Année ?

- Mon père voudrait m'acheter un hibou, grimaça Ky, peu convaincu. Mais j'aimerais bien avoir un crapaud. Il dit que c'est inutile et que ça sent mauvais…

- Ma mère aussi veut me prendre un hibou. Mais je voudrais un chat ! »

Elle roula des yeux dans ses orbites, comme pour dire que les parents étaient des créatures mystérieuses et particulièrement accablantes. Il hocha la tête, n'ayant pas besoin d'être convaincu à ce sujet. En effet, son père lui donnait souvent du fil à retordre. Anaïa l'attrapa brusquement par le coude pour le conduire vers le coin des amphibiens et voulu savoir celui qu'il désirait. Il désigna un crapaud vert dont le dos était constellé de tâches rouges et elle essaya de comprendre ce qu'il trouvait d'attrayant à cette bestiole visqueuse. Elle n'osa pas formuler ses interrogations à voix haute. Au lieu de ça, elle l'attira vers les quelques chatons qui jouaient dans un coin de la pièce, maintenus par un sort pour ne pas qu'ils s'échappent.

« Je veux le blanc, là ! Celui avec les yeux bleus. Mais on a déjà un chat à la maison. Il s'appelle Pattenrond et il est tellement vieux qu'il ne veut jamais rien faire d'autre que manger ou dormir. Il est super ennuyeux… Comme un hibou en fait.

- Mon père dit que c'est utile.

- Les parents disent de ces âneries parfois… »

Ky eut envie de rire tant le ton d'Anaïa dévoilait une totale exaspération, mais s'interrompit en voyant deux silhouettes près de la vitrine. D'un mouvement, il agrippa la main de la petite blonde dans la sienne et la poussa vers le sol pour qu'ils soient invisibles depuis le Chemin de Traverse.

Trop tard.


« C'est de ta faute, Malefoy ! » répéta Hermione pour la dix-septième fois –selon les calculs de Drago.

Et pour la dix-septième fois, il rétorqua un « Et pourquoi, exactement ? » auquel elle ne prit pas la peine de répondre, comme s'il n'était pas digne de l'intérêt qu'elle aurait pu lui accorder. Il jeta un coup d'œil dans la boutique de Madame Guipure –désormais vide– et secoua la tête en sa direction, lui signifiant tout de même qu'ils n'étaient pas là. Le « ils » désignant les deux idiots qui leurs servaient d'enfants.

Il n'en revenait pas que cette imbécile de blondinette ait pu pousser son fils à faire une fugue –il avait tendance à exagérer lui aussi. Pendant toute sa vie, il avait tenté d'éviter ce genre de tentation à Ky en choisissant toutes ses fréquentations et voilà qu'une fille de Gryffondor entrait dans leur vie et que tout partait dans tous les sens.

« Anaïa voulait un balai, soupira Hermione en désignant la boutique d'accessoires de Quidditch.

- Les Premières Années n'ont pas le droit d'avoir leur propre balai, Granger. Fille d'héros de guerre ou non, ils ne feront pas une exception pour elle.

- J'ai dit qu'elle voulait un balai, Malefoy, pas qu'elle allait en avoir un ! »

Elle associa sa remarque à un regard noir et Drago lui répondit par un sourire charmeur, rien que pour la calmer. En général, cela fonctionnait avec toutes les femmes, et puisque leurs enfants avaient disparus tous les deux, il préférait qu'elle ne le tue pas tout de suite. Mais Hermione Granger n'était pas « toutes les femmes » et elle expira violemment, comme pour évacuer sa rage. Drago leva les mains au dessus de ses épaules, symbole même d'innocence, alors qu'elle se dirigeait vers la boutique de Quidditch, juste pour s'éloigner de lui.

Il resta dehors, attendant patiemment qu'elle le rejoigne pour reprendre leur recherche, fouillant la rue de son regard malgré tout. Il savait très bien que les deux enfants étaient assez malins pour s'être cachés dans une boutique au lieu de traîner là où n'importe qui pouvait les voir. Il passa sa main dans ses cheveux, les rejetant en arrière, puis glissa sa main sur sa nuque, tâtonnant sa peau de ses doigts pour tenter de se détendre. Ses muscles s'étaient violemment comprimés lorsque le libraire avait expliqué ce qu'il avait vu, et depuis dix minutes, il rêvait donc d'un massage.

Hermione finit par sortir de la boutique et dodelina de la tête, de plus en plus angoissée. Il parut le sentir, car il tenta maladroitement de la rassurer :

« Tu sais, ils ont dû se terrer dans un coin en attendant qu'on arrête de se chamailler… Il n'y a pas de raisons de s'inquiéter.

- Pas de raisons de s'inquiéter ?! répéta-t-elle, sa voix déraillant légèrement, de plus en plus aigue. Pas de raisons de s'inquiéter !? As-tu déjà ouvert un journal, espèce de benêt impudent ? Des dizaines d'enfants disparaissent tous les jours et leurs parents ne les retrouvent jamais ! Si je ne retrouve pas Anaïa, je te tue ! Je te jure que je t'arrache la… »

Elle se tut dès qu'il s'avança d'un pas, son visage se retrouvant à quelques centimètres du sien. Elle fut happée par son regard et cessa tout bonnement de respirer, sans même s'en rendre compte. Tout son monde disparut pour laisser place à de l'acier, puis à une voix paisible et suave.

« Granger, on va les retrouver. Nous sommes dans le monde sorcier, pas dans le monde moldu et depuis la fin de la guerre, il ne s'est plus rien passé de tel. Ta fille va bien. Mon fils va bien. Ils sont tous les deux quelque part, et nous allons tous les deux aller les retrouver… Dès que tu réapprendras à respirer. »

Ces derniers mots avaient été prononcés de sa voix railleuse, mais Hermione avait déjà laissé ses premières phrases l'apaiser. Elle recula d'un pas, rien que pour échapper à la puissance qui se dégageait soudainement de Drago et elle balbutia, mal à l'aise :

« Tu… Tu m'as jeté un sort ?

- Non. J'ai juste toujours été particulièrement persuasif. Ne t'inquiètes pas, Granger, tu pourras recommencer à paniquer dans quelques minutes. »

Il ne lui laissa pas ces quelques minutes et tourna les talons, sa cape voltigeant autour de son corps comme un nuage. Il se dirigea vers l'autre bout de la rue, celui qu'ils n'avaient pas encore exploré, et elle le suivit après une seconde de doute. La voix de Drago avait eu un effet radical sur les battements de son cœur et elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il eut menti. Il lui avait forcément fait quelque chose. Quelque chose de magique. Quelque chose de mauvais même –parce qu'il était ce qu'il était et qu'un Malefoy fait toujours de mauvaises choses.

Elle le retrouva près de l'animalerie et il haussa un sourcil avant de désigner la vitrine qui permettait de voir l'intérieur du magasin.

« Je t'avais bien dit qu'on les retrouverait… »

Il paraissait si fier de lui qu'elle ne put s'empêcher de sourire, trop soulagée de toute manière pour être agacée par sa façon de tout tourner à son avantage. Il se dirigea vers la porte et se poussa légèrement pour la laisser passer en première, galant, avant d'entrer à son tour. D'un pas assuré, il se rapprocha du lieu où les deux enfants, recroquevillés sur le sol, chuchotaient. Il faillit éclater de rire en entendant un :

« Tu crois qu'ils nous ont vus ? »

La petite Granger n'eut pas le temps de répondre à la question de Ky. Drago se racla la gorge, aussi fort que possible, et les deux enfants firent un bond, se retrouvant debout, côte à côte, en trop peu de temps pour le dire. Ky baissa immédiatement les yeux vers ses chaussures alors qu'Anaïa plantait son regard dans celui de Drago, comme pour le défier de dire quoi que soit. Puis elle aperçut sa mère et eut l'air bien moins sûre d'elle. Drago s'apprêtait à expliquer sa façon de penser à ces deux garnements, mais déjà Hermione filait vers sa fille pour la serrer contre sa poitrine. Il grommela quelque chose, désespéré. Ils n'avaient même pas disparu une demi-heure. L'ancien Serpentard aurait voulu leur faire la morale, pas un câlin.

Il garderait son discours pour son fils. Il croisa le regard de l'enfant et se résolut à l'engueuler plus tard, pour éviter de lui faire honte devant la fillette qui le dévisageait toujours.

Hermione finit par lâcher Anaïa et exprima ce qu'elle ressentait, un fond de panique restant dans sa voix étayant ce qu'elle disait.

« J'ai eu tellement peur, Ana. Ne me refais plus jamais ça, est-ce que c'est clair ?

- Oui, maman…

- Est-ce que tu imagines ce qui aurait pu t'arriver ? Je t'ai déjà expliqué mille fois que tu ne pouvais pas te promener toute seule et…

- Je n'étais pas toute seule. J'étais avec Kylian. »

Le regard d'Hermione passa furtivement sur le garçonnet qui se dandinait d'un pied sur l'autre et soupira. Avec Kylian… Elle se redressa lentement, le cœur au bord des lèvres et posa ses mains sur les épaules de sa fille avant de marmonner :

« On va rentrer. Tu viendras finir ces courses avec ton père. Avec cette histoire, il est presque midi et je vais…

- Mais maman, s'il te plait…

- Plus tard, Ana. »

La fillette refoula les larmes qui menaçaient de monter dans sa poitrine. Son père –s'il acceptait de la conduire sur le Chemin de Traverse, ce qui n'était pas gagné– ne voudrait jamais lui offrir un animal et encore moins ce chat dont elle rêvait. Elle devrait se contenter d'une stupide chouette qui lui servirait juste à envoyer du courrier –ce que les autres hiboux mis à disposition par l'école feraient aussi bien. Elle aurait voulu être dans sa chambre, toute seule, pour pouvoir pleurer sa déception et sa colère. C'était de leur faute à tous les deux, à sa mère et l'Homme-en-Noir s'ils avaient eu besoin de s'échapper avec Ky, et voilà qu'elle en faisait les frais. Elle serra les dents pour retenir la hargne qui risquait à tout moment de la rendre cruelle.

Ky sembla sentir la peine qui se dégageait de sa nouvelle connaissance et s'approcha de son père, bien décidé à régler le problème –pour Ana, comme pour lui.

« Papa, je peux avoir un crapaud ?

- Quoi ?!

- Anaïa aussi trouve ça beaucoup plus cool qu'un hibou. Pas vrai, Ana ? »

L'interpelée acquiesça avec circonspection. Elle ne voyait pas du tout où il voulait en venir, mais décida d'entrer dans son jeu. Après tout, il semblait malin avec toutes ces connaissances qui fourmillaient sous son incroyable masse de cheveux. Peut-être pouvait-il l'aider…

« Tu vois ! Et Ana voudrait un chat, elle. »

Ky adressa un petit sourire à Hermione, mince contact qui s'effilocha dès qu'elle se détourna. Il croisa les doigts dans la poche de sa robe et attendit quelques secondes, espérant que son idée fonctionnerait. Son père semblait déjà avoir plongé, puisqu'il jetait de petits coups d'œil suspicieux à Madame Granger, comme s'il voulait savoir ce qu'il se passait dans sa tête. Hermione ne tarda pas à agir de la même manière.

L'un d'eux devrait dire oui ou non en premier, mais aucun n'avait envie de passer pour le méchant parent en premier. Hermione avait déjà assez de Pattenrond et ne souhaitait pas s'embarrasser d'une autre boule de poils –malgré le caractère indépendant de l'animal, il fallait tout de même s'en occuper un minimum. Drago, lui, ne comprenait pas l'intérêt d'avoir une bestiole verte et visqueuse comme animal de compagnie et gardait Neville Londubat en tête : avoir un crapaud, c'était pour les nuls, point final.

Mais leur orgueil, à l'un comme à l'autre, leur empêchait de prononcer le « non » fatidique. Il leur fallut de longues minutes avant de comprendre qu'aucun ne céderait… Et plus encore avant d'oser dire oui. Un « Oui » qui fut accueilli par deux sourires fiers, presque mesquins. Anaïa leva le pouce en signe de réussite et Ky pouffa en baissant la tête pour ne pas être vu par les adultes qui s'étaient totalement faits avoir.

Et alors que leurs parents s'approchaient du petit vendeur rabougri pour encaisser leurs achats vivants, Anaïa se rapprocha de Ky, jusqu'à saisir sa main, juste une seconde. Le temps de laisser un petit bout de papier dans sa paume.

Un petit bout de papier où il découvrit, quelques minutes plus tard, sous le soleil de ce merveilleux mois d'août, une adresse rapidement griffonnée. Une adresse qui lui permettrait de continuer de broder le lien qu'ils avaient –avec beaucoup de difficultés – réussi à tisser.


Note _ Pas de fin sadique ? Mais qu'est-ce qu'il m'a pris ?! oO' Chapitre de transition plus qu'autre chose. L'important était davantage de se faire rencontrer les deux enfants -leurs parents se taperont dessus plus tard, ne vous inquiétez pas... (comment ça c'est le fait que je vous dise qu'ils vont finir par le faire qui vous inquiète ? xD)

Petites questions _ 1. Qui des adultes ou des enfants sont les plus matures ici ? (Ok, c'était une question test xD) _ 2. Kylian est toujours votre favori ? -Je tiens à dire qu'Anaïa vous en veut beaucoup... Elle est totalement vexée ! _ 3. Comment pensez-vous que Drago & Hermione vont réagir en découvrant que leurs enfants ont décidé de correspondre ? -"Sautez de joie" n'est évidemment pas une réponse valable. _ 4. Et pis... la dernière, mais pas des moindres, la question banale, toute simple : est-ce que ça vous a plu ? :)

Dans le prochain épisode : -musique nulle de suspens- Vous aurez le plaisir de retrouver Papi&Mamie Malefoy -Ou le déplaisir- & aussi de découvrir Ron -Déplaisir ?- ainsi que de nombreuses, très nombreuses lettres, dans lesquelles vous en apprendrez des vertes & des pas mûres sur les enfants & adultes de l'histoire :) Ah & le Dramione ne s'installera pas tout de suite, tout de suite... -il faudra attendre le chapitre 5 pour les revoir ! Je dis ça pour anticiper votre frustration. Mieux vaut prévenir que guérir. xD Voilààà...

Bisous bisous, Review Review

Bewitch_Tales