Pairing Drago Malefoy / Hermione Granger. _ Et oui, enfin... :P _ et y'a toujours quelques couples qui tentent de passer faire coucou d'temps en temps.

Genre Romance/Famille.

Rating T. -non, mais je vous jure, rien ne va plus... D'accord, je l'admets, ça finira par se changer en M.

Disclaimer Le monde & les personnages adultes appartiennent à J.K. Rowling. Je ne prends pas en compte l'épilogue du Tome 7.

Note de l'auteure Bonjour à tous ! Un immense merci pour tous vos reviews, vous n'imaginez pas à quel point ça me fait plaisir. Sans compter que vous avez bien aidé à me remotiver pour écrire, puisque je me suis lancée dans une nouvelle Dramione cette semaine... Bien sûr, ce n'est pas du tout pour tout de suite, mais je suis heureuse d'arriver à écrire de nouveau ! :) Je remercie à nouveau Loufoca Granger, ma gentille bêta qui me fait toujours autant rire avec ses commentaires -je pense qu'elle était aussi désespérée par Drago que vous allez l'être dans ce chapitre... :P Je vous laisse à votre lecture ! Enjoy :)


Un Air de Famille

Chapitre 5


Anaïa faisait les cent pas, d'un bout à l'autre du salon, son regard oscillant entre l'horloge dont l'heure s'avançait selon elle bien trop lentement, et l'escalier. Toutes les deux ou trois minutes, elle s'arrêtait pour fusiller les pauvres marches du regard, comme si elles étaient responsables, mais n'y tint finalement plus. Avec un soupir prouvant son agacement, elle se dirigea vers les marches et les escalada deux par deux, avant de filer vers la porte entrouverte de la chambre maternelle.

Hermione était déjà en train de boutonner son chemisier lorsqu'Anaïa apparut dans son champ de vision. Les sourcils de la fillette formèrent brusquement une ligne blonde au dessus de ses yeux et Hermione sentit arriver la tempête.

« Tu vas t'habiller comme ça ?! »

Hermione se retourna pour la regarder, surprise de sa réaction. Elle la conduisait juste voir un ami, et voilà qu'elle devait faire mine de se présenter à un concours de beauté ? Elle baissa les yeux sur sa tenue : un chemisier bleu ciel qu'elle portait souvent pour travailler rentré dans un large pantalon noir. Anaïa la jaugea avec une sévérité alarmante, puis secoua la tête de gauche à droite d'un mouvement particulièrement saccadé, refusant apparemment l'idée que sa mère sorte habillée ainsi.

« Quoi ? soupira Hermione.

-Tu ne pourrais pas mettre une robe ? Ou ta jupe noire ? Ou quelque chose qui ne te fasse pas ressembler à… ça, marmonna Anaïa en l'englobant de son regard, comme si la totalité de sa tenue était une honte.

-Ana ! Et puis, quelle importance ? Tu m'as bien dit que j'avais juste à te déposer chez… Comment s'appelle-t-il déjà ?

-Aristote.

-C'est ça, acquiesça Hermione en faisant la moue. Sérieusement, quels parents peuvent oser appeler leur enfant comme ça ? Un animal de compagnie, encore, j'accepterais, mais là… Enfin, bref ! J'ai juste à te déposer, alors je n'ai pas besoin de m'habiller…

-Si ! Maman, s'il te plait ! »

Hermione dévisagea sa fille, à la recherche de ce qu'il manquait à cette histoire, car elle ne doutait pas que quelque chose clochait. La veille, Anaïa lui avait raconté que son cousin Cameron avait un ami du nom d'Aristote, lequel avait perdu sa liste pour Poudlard. Cameron étant en Egypte, Anaïa avait accepté –suite à une lettre– d'aller montrer sa liste au dit-Aristote pour que ses parents et lui puissent faire ses courses de rentrée dans les plus brefs délais. Et Anaïa souhaitait en profiter pour lier connaissance avec un autre enfant qui serait dans sa classe dans quelques semaines.

Evidemment, les parents de l'enfant ne connaissaient pas le principe du réseau de cheminée et Hermione devait absolument transplaner avec sa fille jusqu'à une maison perdue au milieu de nulle part. Elle avait décidé de filer profiter de son après-midi de libre pour remplir quelques dossiers au travail, mais commençait sérieusement à douter de pouvoir échapper à sa fille… dont le nez s'allongeait de minute en minute. Elle aurait voulu comprendre ce qu'Anaïa lui cachait, mais cette dernière avait toujours menti avec un don insolent.

« Ana, qu'est-ce que tu me caches ?

-Rien du tout ! C'est juste que Cameron m'a dit qu'ils étaient très riches et qu'ils accordaient beaucoup d'importance à l'apparence, alors tu ne peux pas porter ces trucs…

-Je ne vais pas mettre une robe juste pour faire bonne impression à des gens que je ne reverrai probablement plus jamais. »

Anaïa se laissa tomber sur l'immense lit qui emplissait la moitié de la pièce en grommelant quelque chose qu'Hermione ne saisit heureusement pas. Cependant elle comprit que pour une sombre raison, sa fille souhaitait que cette petite rencontre se passe bien, et regretta un peu qu'elle prête autant attention à ce que les gens pouvaient penser d'elle. Evidemment, à son âge, elle était exactement pareille, mais se refusait à s'en souvenir. Avec un petit soupir désabusé, elle revint vers sa penderie remplie à craquer de choses plus immondes les unes que les autres, et Anaïa entraperçut une brève lueur d'espoir.

« Tu pourrais mettre ton jean bleu marine ! Celui qui te fait un super derrière.

-Anaïa ! s'offusqua Hermione.

-Quoi ? C'est Tante Gin' qui te l'a dit la dernière fois que tu l'as porté, rétorqua l'enfant avec un haussement d'épaules. Et Oncle Harry a acquiescé en devenant tout rouge. Franchement, il est immature parfois… »

Hermione glapit en tâchant de réfréner son rire et arracha finalement le dit-jean –celui qui en effet, avait tendance à un peu trop dévoiler ses formes– avant de saisir une autre chemise, blanche celle-ci. Elle montra la tenue à Ana qui –après réflexion– considéra que cela pouvait être plutôt pas mal. Et puis, sa mère n'avait pas franchement beaucoup de choix dans sa garde-robe. Elle se contenterait d'espérer que Drago ne fasse pas trop attention à ce genre de choses. Ky lui avait explicitement dit le contraire, mais il se trompait peut-être…

Et l'effet du jean était suffisamment magique pour éclipser le reste. Elle croisa les doigts derrière son dos avant de laisser sa mère s'habiller, consciente que cette dernière regretterait d'avoir enfilé ces vêtements en comprenant pour qui elle les portait.


Drago admira le reflet resplendissant que lui renvoyait le miroir, conscient qu'il n'avait jamais été autant à son avantage. Il en était fier, bien entendu, surtout depuis que son fils lui avait dit qu'il se devait d'être impeccable, afin d'assurer la Sang-de-Bourbe de sa perfection. Au moins, elle serait obligée d'admettre –au moins dans sa tête – qu'il avait bien mieux réussi qu'elle et qu'il était de toute façon supérieur à la pauvre fille qu'elle était. Il avait fait des efforts, évidemment, mais de toute façon, il était habituellement tellement beau que l'exercice n'était pas si difficile.

Avec un soupir désabusé, presque tourmenté par sa propre vénusté, il ramena ses cheveux en arrière et se décocha un sourire. A l'adolescence, son sortilège gélifiant pour les cheveux avait été son meilleur ami, mais désormais il les laissait livrés à eux-mêmes et il devait admettre que cela lui allait bien mieux. Il laissa son regard courir le long de son torse, recouvert d'un pull sombre –une habitude dont il ne se défaisait pas– puis sur ses jambes, parfaitement habillées d'un pantalon noir. Il avait l'air chic, mais pas trop, puisqu'après tout il était tout de même dans sa maison. Le but n'était pas d'avoir l'air totalement coincé.

Soudain, la porte s'ouvrit derrière lui et Ky apparut, bien plus simplement vêtu, comme tous les enfants de son âge. Il espéra que la petite Anaïa ne tenterait pas de faire l'intéressante, autrement cela laisserait une chance à Granger de gagner le concours de « Celui qui a le mieux réussi dans la vie »… Jeu auquel il jouait de toute façon tout seul.

« Tu es prêt, Ky ?

-Oui. T'es pas mal, approuva l'enfant d'un hochement de tête appréciateur. T'aurais pu mettre de la couleur… »

En effet, Ky était presque certain que les Gryffondors aimaient les tenues colorées, puisque les Serpentards les détestaient –en dehors du vert bien sûr qu'ils arboraient toujours d'une façon ou d'une autre. Ky étouffa le rire qui faillit le saisir en réalisant que son père portait forcément un caleçon ou des chaussettes de cette couleur. Il aurait voulu qu'il l'expose un peu plus, mais son père était un adepte du noir… Son pull au moins avait le mérite d'opter pour un bleu marine plus convivial.

« Je n'ai absolument aucune couleur dans mon dressing, Ky, rétorqua Drago comme si cela était une preuve logique de bon goût tout en désignant le coin de sa chambre. Et puis, le noir impose le respect. Je te l'ai déjà dit un millier de fois au moins. »

Ky dodelina nonchalamment de la tête, puisque oui, en effet, il avait déjà entendu ça quelque part, puis il se mit à tripoter le bas de son pull du même bleu que ses yeux. Il porta son attention au creux dans le mur de la chambre de son père, une sorte de renfoncement bien étudié où des centaines de cintres exposaient des tenues hors-de-prix. Noir, noir et aussi une touche de noir de ci de là. Déprimant.

« Tu seras quand même gentil, hein, papa ? »

Drago arrêta de fouiner dans son étagère à chaussures, une paire en main, et eut très envie de répondre « non », juste parce que cela aurait été bien plus logique à ses yeux. Il n'aimait pas Granger, alors pourquoi être agréable avec elle ? Puis il aperçut le reflet de son fils dans le miroir sur pied de sa chambre et comprit qu'il avait au moins une raison valable de le faire : faire plaisir à Ky. Au moins lorsqu'il serait là, car dès qu'il tournerait le dos, Drago avait bien l'intention de torturer Granger jusqu'à ce que mort s'en suive. Ou rougissement s'en suive. Il ne tenait pas fermement à visiter Azkaban.

« Bien sûr, Ky. Je serais… aussi adorable que possible. »

Ky haussa un sourcil tout en évitant d'écouter la maudite petite voix qui –d'un ton aussi railleur qu'un Malefoy– lui rappela que son père était habituellement tout sauf adorable. Mais il ne put s'empêcher de penser que venant de Drago Malefoy, la promesse d'être « aussi adorable que possible » ne valait pas franchement grand chose.


Hermione eut le souffle coupé, littéralement, en apercevant enfin l'immense maison qui se dressait dans un parc encore plus étendu. Trois étages de pur génie architectural. Etonnamment, elle n'avait jamais réellement apprécié les endroits aussi vastes –ne serait-ce que parce qu'elle imaginait la plaie que cela devait être à entretenir– mais il se dégageait de cet endroit quelque chose de différent… Un mélange de désuet et de moderne. Désuet parce que la maison datait apparemment de plusieurs siècles. Et moderne parce qu'elle avait été restaurée par endroits.

Tout le devant de la demeure avait été rebâti et une véranda se dressait, majestueuse. Elle imagina le plaisir que cela devait être en hiver, de pouvoir observer l'immense jardin tout en restant bien au chaud derrière les vitres. Cependant, elle comprit que les habitants ne devaient pas agir ainsi. Rien ne permettait de s'asseoir, rien n'avait été aménagé de façon à rendre les lieux un peu plus conviviaux. Le jardin même semblait laissé à l'abandon. Alors que celui d'Hermione était rempli de fleurs qui encerclaient balançoires et table de jardin, là, rien ne pouvait laisser croire que quiconque y vivait.

« Cet Aristote, son nom ne serait pas Frankenstein ou Adams ?

-Qui ça ? » l'interrogea Anaïa en retour, sans comprendre la référence.

Les contes moldus l'intéressaient habituellement peu en vérité, sauf les histoires que lui lisait parfois sa mère. Tandis qu'à la télévision, elle était bien plus accro aux émissions de télé-réalité qui –selon sa mère– lui ramollissaient le cerveau. Mais elle ne pouvait contrôler la petite étincelle de voyeurisme qui la rendait si euphorique : elle adorait voir les êtres humains se comporter en animaux et révéler leurs plus bas instincts.

« Tu es certaine qu'on est bien au bon endroit, n'est-ce pas ? Franchement, on dirait que personne n'a mis les pieds ici depuis des années… L'ambiance est sans doute pire que celle du 12 Square Grimmaurd quand on y est allé la première fois.

-Je suis sûre que c'est ici ! Et moi, je trouve ça super beau ici. »

Puis, avec un petit sourire mystérieux, elle attrapa la main de sa mère et commença à la tirer vers la maison, à quelques dizaines de mètres de là. D'un doigt, elle désigna une surface plane d'herbe verte et s'extasia :

« Tu imagines si on faisait construire une piscine par là ? Elle serait super grande… Ce serait génial !

-Tu as l'intention d'organiser des travaux cet après-midi ? » s'esclaffa Hermione en songeant à ce qu'elle serait capable de faire de cet endroit.

Elle ne rêvait pas d'une piscine, car elle détestait bien trop son corps pour songer à se mettre en maillot de bain, mais à planter quelques arbres et fleurs, ajouter un ponton près du lac, et peut-être un coin spécial pour déjeuner l'été, avec un barbecue et une table… Son cerveau s'emballa un peu trop et elle réfréna son imagination. Les gens qui vivaient devaient être aveugles ou stupides pour ne pas exploiter un peu la beauté de l'endroit.

Elle grimpa mécaniquement les quelques marches qui menaient à la véranda et s'avançait déjà vers la porte quand Anaïa l'arrêta en serrant sa main plus fort. L'enfant sembla soudainement toute petite et penaude et Hermione comprit qu'elle allait enfin apprendre ce qu'elle lui cachait depuis la veille. Elle se doutait bien qu'elle n'apprécierait pas la surprise et craint un instant que Ron ait fini par acheter une maison sans le lui dire. Si elle apprenait qu'il vivait là avec sa nouvelle famille alors qu'il avait tant insisté à l'époque de leurs fiançailles pour vivre en ville alors qu'elle ne rêvait que de grands espaces, elle le tuerait. Littéralement.

Mais Anaïa n'était pas du genre à sauvegarder la santé de son père.

« J'ai besoin que tu gardes l'esprit bien ouvert, murmura-t-elle d'une toute petite voix, celle employée lors des excuses ou des bêtises.

-Et… Pourquoi cela ? s'inquiéta Hermione en sentant deux émotions fatalement opposées se battre dans sa poitrine : l'impatience et l'appréhension.

-J'ai juste besoin que tu promettes de ne pas partir en courant. S'il te plait. J'ai vraiment envie que ça se passe bien, alors si tu pouvais juste mettre tes aprioris de côté l'espace d'une journée… Je t'en serais reconnaissante pour l'éternité. S'il te plait, maman, s'il te plait ! »

Hermione hésita. Elle aurait pu tourner les talons immédiatement, mais quelque chose l'en empêcha : la main d'Anaïa d'abord, mais aussi son envie de savoir ce qu'il se passait ici. Mais ce fut autre chose qui la décida totalement à poursuivre cette drôle de sensation : le visage d'Anaïa qui, tendu par l'anxiété, la suppliait d'avancer. Elle savait qu'elle regretterait de ne pas continuer cette drôle d'aventure, ne serait-ce que parce que les battements de son cœur accéléraient dans sa poitrine sous le coup de l'adrénaline. Elle passait désormais sa vie dans les bureaux ou dernière les fourneaux, alors le moindre changement dans son quotidien monotone suffisait à l'emballer totalement.

« Je promets, acquiesça-t-elle avec sérieux tout en croisant les doigts pour ne pas le regretter.

-Merci ! »

Anaïa encercla ses petits bras autour de sa taille en une étreinte rapide mais efficace, avant de filer vers la porte. Elle appuya sur sa sonnette deux fois, puis une autre –code inutile, mais Ky avait insisté pour réellement jouer les agents en mission– et se mit à trépigner d'impatience.

Elle aurait voulu coller son oreille sur le battant pour entendre les pas ou une quelconque preuve que quelqu'un viendrait leur ouvrir, mais sentait le regard de sa mère sur sa nuque. Elle craignait réellement sa réaction, redoutant qu'elle soit cruelle et fasse –inconsciemment– rater tout le plan. En effet, Drago et Hermione s'étaient haïs pendant sept longues années, avaient échoués à recoller les morceaux la semaine précédente… Cette énième première rencontre devait absolument bien se passer si Anaïa et Ky espéraient les voir se côtoyer sans amertume. Et puisqu'ils s'attendaient à plus qu'une simple relation entre connaissances, il fallait que leurs parents se tiennent bien. Anaïa laissa la petite voix de sa tête se moquer d'elle : « Compte là-dessus ! »

Alors qu'elle commençait presque à ne plus y croire et à se demander si Ky avait subi un contretemps, la porte s'ouvrit en grand, soutenue par une petite créature en haillons. Un elfe de maison. Anaïa n'en avait jamais vu d'aussi près puisque sa mère refusait obstinément de la conduire à Poudlard, là où la concentration d'elfes de maison était si importante. Hermione eut un petit mouvement de recul et son cerveau laissa filtrer une idée, particulièrement atroce. Mais non, Anaïa n'aurait jamais osé la conduire vers…

L'elfe de maison leur céda le passage, ouvrant la main comme pour les accueillir et Anaïa jeta un petit coup d'œil à sa mère qui avait ostensiblement blêmi. Sans lui laisser le temps de rompre sa promesse, elle la tira vers l'intérieur, alors que Dondre lançait d'une voix très étrange, comme le son qui s'échappait de la télé lorsque l'antenne ne captait plus :

« Ces messieurs vous attendent dans le salon. Sur votre gauche. »

Anaïa continua à serrer la main de sa mère pour la pousser à avancer, mais cette dernière semblait au bord de la crise de nerfs. Elle avait compris. Elle avait compris et elle allait tuer sa fille. Elle réussit à s'arracher de la poigne de l'enfant à quelques pas de la porte qu'avait désignée l'Elfe de Maison, et s'exhorta, aussi bas que possible malgré sa colère :

« Par Merlin, Anaïa, s'il te plait, ne me dis pas que nous sommes chez les Malefoy !? »

Anaïa bégaya quelques mots inintelligibles, mais n'eut pas besoin de donner confirmation à cette question purement rhétorique. Quelqu'un s'en chargea à sa place. Quelqu'un dont la voix trainante donna à Hermione des sueurs froides.

« Et si, Granger. Bienvenue chez les Malefoy. »


Drago s'amusa de voir le visage de son ancienne victime préférée passer au blanc. Il crut un instant qu'elle allait s'évanouir, mais la lionne se reprit, et sembla si furieuse qu'il aurait presque pu en être touché. A l'évidence, les sentiments de la jeune femme n'avaient pas changés à son égard. Elle paraissait proprement incapable de supporter ne serait-ce que sa vue. Un vrai challenge, songea-t-il en réalisant qu'elle devrait passer les prochaines minutes –ou heures si possible – en sa compagnie.

Ky apparut brusquement juste derrière lui et il partagea avec Anaïa un sourire si complice que le cerveau de Drago s'évertua à oublier. Les deux enfants semblaient trop proches, comme s'ils se connaissaient depuis toujours et non depuis une semaine, comme s'ils partageaient un secret… Et son fils n'avait jamais partagé de secrets avec quiconque d'autre que lui. Il hallucina presque en réalisant qu'il était jaloux d'une gamine de onze, la fille d'une Sang-de-Bourbe en plus !

Il reporta soigneusement son attention vers/sur son invitée principale, et réalisa qu'elle n'avait pas bougé, même si ses doigts se crispaient, comme si elle devait retenir sa rage qui menaçait d'exploser à tout moment. Elle rêvait de lui envoyer une gifle, cela pouvait se lire sur ses traits. Il se sentit presque flatté d'être capable, rien que par sa présence à un mètre d'elle, de la mettre dans un tel état de rage. Si elle avait été plus belle, il aurait même pu se délecter d'un plaisir tout autre : il adorait les femmes de son genre, celles qu'il avait du mal à séduire, qui lui donnaient du fil à retordre. Hermione Granger aurait pu être un challenge à la hauteur de l'estime qu'il se portait à lui-même. Mais ce challenge là était impossible à réaliser. Jamais.

Il laissa son regard étudier méticuleusement le visage, puis le corps, de son ancienne condisciple et sa bouche se fendit d'un large sourire. Pour la première fois, il parvint à trouver un atout de charme à cette dernière. Il ne l'avait jamais foncièrement trouvée laide, mais si invisible qu'il ne désirait pas en savoir davantage. Certaines femmes, bien que banales, dégageaient quelque chose d'intense qu'en tant qu'homme il se plaisait à découvrir. Hermione Granger ne possédait qu'une intelligence hors-du-commun associée à une bonté d'âme particulièrement agaçante –combien de fois avait-elle agi stupidement afin de protéger ses incompétents amis ?

Rien de bien excitant en somme. Rien qui puisse donner l'envie à un homme de lui arracher ses vêtements pour lui faire sauvagement l'amour. Et c'était cela qu'il recherchait habituellement chez une femme. Une étincelle –et non de violence, auquel cas sa relation avec Hermione Granger aurait déjà été transformée en un brasier incontrôlable.

Et en posant ses yeux sur le corps de son invitée, il la découvrit là, bien moulée dans un jean. Pendant une seconde, peu lui importa qu'elle soit une Sang-de-Bourbe, une Miss-je-sais-tout, ou Dent-de-lapin –charmant surnom dont il l'affublait discrètement jusqu'en Quatrième année. Le bas de son corps était somptueux, formé sans nul doute par sa grossesse, tout en courbes idéales qu'il mourut d'envie de découvrir du bout des doigts.

Puis, elle ouvrit la bouche, et il oublia son bref désir.

« Anaïa, on s'en va. Maintenant. »

Le regard de Drago passa de la fillette qui semblait sur le point de fondre en larmes à Ky, anéanti, pour revenir à Hermione et à son visage crispé. Elle tendait déjà la main pour s'emparer de celle de sa fille lorsqu'il s'interposa instinctivement. La paume d'Hermione cogna son torse avant qu'elle ne se recule complètement, comme électrocutée.

« Granger, je crois qu'on pourrait au moins tenter de rester courtois. J'ai accepté que tu entres chez moi, peut-être pourrais-tu au moins avoir la politesse d'accepter que nos enfants s'amusent un peu avant de te mettre à… rugir. »

Le terme employé était sans doute trop fort, mais il était fier d'y avoir songé. Rugir, Gryffondor… Eclat de génie. Il aurait pu s'auto congratuler durant des heures. Mais déjà Hermione haussait les sourcils, railleuse, prête à déverser sur lui un flot de haine, de rancœurs passées, de souvenirs mille fois ressassés au cours de toutes ces années. Lorsqu'elle se souvenait de Poudlard, elle se rappelait aussi de lui et de la façon dont il avait tant gâché sa vie en y prenant tant de plaisir.

« La politesse ? répéta-t-elle, narquoise, comme s'il venait de faire une bonne blague. Monsieur Drago Malefoy veut me donner un cours de savoir-vivre, peut-être ?

-Je pense juste qu'on devrait donner le bon exemple.

-Parlons d'exemple, Malefoy. As-tu raconté à ton fils toutes les fois où tu m'as bousculée, critiquée ou méprisée ? Ou cela n'est pas un assez bon exemple pour toi ? s'emporta Hermione en ayant l'impression d'être sur le point de devenir dingue.

-Ce n'est pas nécessaire. Il sait ce que je pense des gens comme toi. » cracha finalement Drago, à court de patience, refusant de se faire insulter sous son propre toit.

Ky serra les dents et ferma les yeux si fort qu'il vit quelques points blancs lumineux. Il sentit la main d'Anaïa qui s'enroulait autour de la sienne et son contact, si brûlant, lui mit du baume au cœur. Son père allait tout faire rater. Un seul mot sur sa prétendue impureté et Hermione Granger refuserait de l'approcher pour l'éternité.

L'idée que leur plan s'effondre dès le début lui fit l'effet d'un uppercut, menaçant le mince espoir auquel il croyait encore. Mais pire que tout, c'était l'idée de ne plus pouvoir voir Anaïa qui lui brouillait l'estomac. Il savait que certaines personnes pouvaient trouver une place dans son cœur et dans sa vie très rapidement. Son parrain numéro deux –puisqu'il n'avait pas de marraine– Théodore Nott, était apparu dans sa vie très tardivement, et pourtant il l'aimait mille fois plus que Blaise Zabini qu'il connaissait depuis tout petit.

Il n'avait pas grand chose en commun avec Anaïa finalement, mais il lui semblait que leurs vies s'emboitaient à la perfection, comme si –avant de la rencontrer– il lui avait manqué quelque chose de fondamental. L'idée de la perdre aussi tôt lui était insupportable.

Il rouvrit les yeux. Son cerveau avait réfléchi à toute vitesse, et Hermione était toujours figée, une répartie cinglante troublant déjà ses lèvres. Il l'attendit avec la sensation de sentir un gouffre s'ouvrir sous ses pieds. Puis elle vint, émise d'une voix claquante.

« Pardonne-moi donc, Malefoy, d'avoir osé fouler ton sanctuaire de mes pauvres pieds de Sang-de-Bourbe et d'avoir –Oh malheur !– inspiré le même air que toi. J'espère que tu pourras rapidement te remettre de cet affront. Et sur ce, on s'en va. Anaïa, immédiatement ! »

Elle jeta un bref coup d'œil à sa fille et remarqua enfin le rapprochement qui s'était exercé entre Ky et elle. Main dans la main, les deux enfants faisaient front, ensemble, contre eux deux, leurs propres parents. L'air commença à lui manquer, ce pendant que mille questions assaillaient son esprit. Comment Anaïa avait-elle pu en l'espace d'une semaine avoir l'idée d'agir ainsi ? Dans quel but ? Pourquoi semblait-elle si proche de ce garçon avec lequel elle n'avait passé que quelques heures ? Comment avaient-ils pu décider d'un tel rendez-vous ? Pourquoi lui avait-elle menti ? Qu'est ce qu'elle devait…

« Un verre, Granger ? Tu as besoin d'un verre. »

Elle releva la tête vers Drago Malefoy, qui la fixait, l'air furieux lui aussi, sans doute autant qu'elle. Les mots qu'elle venait d'énoncer lui revinrent à l'esprit et elle se sentit brusquement toute petite et inutile. Pour la première fois, il lui sembla qu'elle était inférieure à lui… Il avait l'air d'être capable de dominer ses sentiments, pour le seul bonheur de son fils, alors qu'elle-même lui crachait ses vérités au visage avec autant de morgue qu'un serpent, telle une adolescente indomptable qu'elle n'était plus depuis longtemps.

S'il pouvait agir ainsi, sauver la face, pourquoi n'en aurait-elle pas été capable à son tour ? Comment pouvait-elle, après trente-cinq longues années d'expériences, se laisser encore dominer par ses émotions ?

Les iris argentés la scrutaient toujours, inquisitrices, et elle hocha doucement la tête.

« Oui. Juste un verre. »


Drago fit signe à Dondre de partir dès que l'elfe eut déposé un plateau rempli de boissons –souvent alcoolisées– sur la petite table du salon. D'ordinaire, il préférait recevoir dans le petit salon, mais l'atmosphère y était si confinée qu'il craignait qu'une attaque à son encontre soit impossible à refouler. Le salon était plus grand, empli de grands canapés confortables et de quelques étagères emplies de livres. Un piano à queue reposait dans un coin de la pièce, mais personne ne l'utilisait jamais et il se sentait un peu abandonné.

Exactement comme Hermione en ce moment même. Anaïa avait filé si rapidement en compagnie de Ky afin de ne pas laisser à sa mère le temps de changer d'avis, qu'elle l'avait ainsi abandonnée à son triste sort en compagnie de l'homme qu'elle haïssait le plus au monde. Une petite voix se mit à rire dans sa tête, comme pour lui rappeler que ces dernières années, elle avait haï Ron comme jamais elle n'avait haï quiconque et que –par conséquent– Drago Malefoy avait perdu sa place de premier.

« Whisky, Granger ? »

Elle leva les yeux de ses mains qu'elle avait soigneusement posées sur ses genoux et croisa le regard interrogateur de l'ancien Serpentard. Il tenait une carafe de verre remplie d'un liquide ambré et elle s'imagina un instant qu'elle puisse être empoisonnée. D'un geste, elle lui fit signe de se servir en premier et un petit sourire ourla les lèvres de l'homme, qui obéit néanmoins, comprenant parfaitement à quoi elle songeait. Il avala une petite gorgée, puis passa sa langue sur ses lèvres, plus sensuel qu'il n'aurait dû l'être. Puis, avec un petit ricanement, il s'exclama :

« T'aurait-on déjà dit que tu es paranoïaque, Granger ? Si je souhaitais te tuer, je le ferais ailleurs que dans ma maison. Tu as dû prévenir la moitié de tes amis avant d'oser mettre un pied ici, et Azkaban n'est pas un endroit plaisant pour de petites vacances.

-Personne ne sait que nous sommes ici, répliqua-t-elle avant de rougir.

-Vraiment ? Alors peut-être pourrai-je y penser en fin de compte… »

Il contempla doucement son verre qu'il agitait dans sa main, méditatif, puis se reprit en riant encore. Elle avait l'impression folle qu'il s'amusait de la situation qui la tourmentait. Ses doigts se crispèrent ostensiblement contre son jean et elle se maudit à nouveau d'être tombée dans ce piège. Puis, en observant Drago qui s'installait enfin sur l'un des sièges au lieu de la regarder de haut, elle réalisa que lui avait dû accepter la situation. Ou être un excellent acteur puisqu'il n'avait pas –même pas l'espace d'une seconde– été surpris de la voir.

« Ky t'a demandé la permission avant d'inviter Anaïa ?

-Avant toute chose, si tu veux mon avis, Anaïa s'est davantage imposée. Mon fils n'est pas du genre à inviter qui que ce soit dans cette maison. En réalité c'est la première fois que cela arrive. Mais quoi qu'il en soit, oui, il m'a demandé si j'étais d'accord… Après avoir accepté bien entendu.

-Et… Tu l'as été.

-Tu ne serais pas là si ce n'était pas le cas, Granger. »

Il haussa un sourcil, comme pour lui demander où était passé son cerveau qui l'avait rendue si célèbre et elle se demanda s'il n'était pas tombé quelque part entre ses genoux flageolants et ses pieds qui voulaient filer autant qu'elle. Puis, sans attendre qu'elle réplique, il lui servit un verre qu'il lui tendit en prenant garde à ne pas la toucher –apparemment, cela la mettait dans un état incroyable et il ne voulait pas risquer de perdre une seule goutte de ce précieux liquide. Elle laissa l'alcool envahir sa bouche et prendre l'assaut de sa gorge avec un soulagement certain.

« Nos enfants ont passé la semaine à s'envoyer des lettres, Granger. Tu le savais ? demanda sournoisement Drago, afin de rappeler qu'il était apparemment plus au courant qu'elle et donc forcément meilleur parent.

-Non. Je l'en aurai empêchée autrement.

-Voilà peut-être la raison pour laquelle elle a préféré te mentir, répliqua-t-il, toujours moqueur. Les enfants sont des créatures fascinantes qui parfois… agissent comme des êtres humains. Quand tu interdis aux enfants de faire quelque chose qu'ils rêvent de faire, ils n'obéissent jamais. Ils mentent, dissimulent leurs actes, et peuvent être bien plus doués que les adultes à ce petit jeu. »

Elle ravala la remarque qui lui montait aux lèvres. De quel droit se permettait-il de donner un cours de parentalité alors qu'il ne l'avait vue avec Anaïa que quelques secondes ? De plus, Anaïa n'était pas du tout comme ça, elle l'avait élevée autrement. La petite voix dans sa tête se remit à rire, éclats et éclats encore, et Hermione lui hurla mentalement de se taire. Si, Anaïa était exactement comme ça… Petite, lorsqu'Hermione refusait qu'elle monte sur un balai toute seule, elle s'était mise à sauter de la fenêtre de sa chambre pour s'entrainer au beau milieu de la nuit. Elle n'avait arrêté ses petites excursions que lorsqu'Hermione avait accepté qu'elle soit seule sur le balai, tant qu'un adulte était là pour superviser les opérations. Anaïa était comme ça, comme tous les enfants. Elle ne pouvait comprendre les dangers qui la menaçaient…

Pourtant, autre chose dans le discours de Drago la marqua. Une sorte de sous-entendu qu'elle mit du temps à trouver.

« Alors… Tu as accepté que ton fils continue à écrire à ma fille en espérant qu'il se lasse de lui-même ?

-En partie oui. De plus, ils entrent à Poudlard dans peu de temps et n'atterriront jamais dans la même maison. Ils s'éloigneront rapidement, fais-moi confiance. Et en attendant, nous pouvons toi et moi jouer le rôle de parents compréhensifs prêts à accepter leurs différences et à mettre leurs différents de côtés. Au moins pour quelques semaines.

-En clair, tu passes pour le super papa ? »

Drago acquiesça, un sourire aux lèvres, et elle comprit pourquoi il avait été à Serpentard –en plus de sa lâcheté et de sa malveillance : il manipulait tout son petit monde avec autant de facilité qu'un marionnettiste. Elle se promit mentalement de ne pas se faire avoir, avant de réfléchir à ce qu'il venait de dire.

En effet, dans quelques semaines, Anaïa retrouverait Cameron et découvrirait Poudlard et la maison… Elle évita d'y songer. Anaïa aurait pu convenir à toutes les maisons en vérité. Elle avait le courage des Gryffondor, la loyauté des Poufsouffles, l'intelligence des Serdaigles. Mais elle avait aussi tout le reste, tout ce qui aurait fait d'elle un parfait petit serpent : elle était parfois si arrogante qu'Hermione même rêvait de lui ravaler son sourire hautain, elle rêvait toujours d'avoir plus que ce qu'elle avait déjà et son ambition paraissait presque la dévorer par instants… Serpentard.

Hermione soupira, mais n'eut pas à cœur d'expliquer à Drago Malefoy qu'il était grandement probable que leurs enfants finissent par partager leur salle commune. Elle préférait croire qu'il avait raison et que jamais plus Anaïa n'adresserait la parole à ce Kylian dès lors qu'elle aurait rencontré des gens plus convenables. Ils se connaissaient à peine après tout, et elle faisait suffisamment confiance à sa fille pour la laisser comprendre que les Malefoy n'étaient pas fréquentables et que jamais elle ne pourrait réellement les apprécier.


« J'adore ta chambre ! » s'extasia Anaïa en tournant sur elle-même, virevoltant dans la grande pièce comme une petite tornade.

Ky alla s'asseoir à son bureau, brusquement gêné. C'était la première fois de toute sa vie que quelqu'un d'autre que son père ou leurs elfes de maison pouvait pénétrer dans ce lieu presque sacré. En général, même lorsque d'autres enfants –ceux des amis de son père– venaient, ils restaient au rez-de-chaussée. Il refusait de partager son espace vital. Mais avec Anaïa, dévoiler un peu de son intimité lui paraissait tout à fait normal, comme si elle faisait déjà partie de sa vie et qu'il pouvait lui faire une petite place en plus.

Ou une grande place dès qu'elle se laissa tomber sur l'immense lit avec un petit rire de bien-être. Elle se releva en prenant appui sur ses avant-bras et resta là, un sourire posé sur ses lèvres roses. Ky s'empourpra un peu lorsqu'elle visita les yeux de son seul regard, comme s'il se retrouvait brutalement tout nu face à elle. Il ne savait pas à quoi était censé ressembler une chambre d'enfant et redoutait que la sienne ne convienne pas. Il regretta de ne pas avoir viré toutes les figurines de dragons et de petits sorciers armés qui constellaient les étagères. Elles dissimulaient certains de ses livres et il eut peur qu'elle lui fasse remarquer qu'il était trop grand pour jouer à ce genre de jeux.

Mais étonnamment, Anaïa se leva d'un bond en les apercevant, jusqu'à en saisir une en particulier : un sorcier à lunettes qui ressemblait étrangement à Harry. Elle le soupesa en pouffant avant de se tourner vers lui, les yeux pétillants de malice.

« Cette figurine est super rare ! Mon parrain a dû se battre pour qu'elle soit retirée des magasins de jouets. Il ne supportait pas d'imaginer être torturé par des milliers d'enfants à travers le monde. Il y a des collectionneurs qui sont prêts à payer des centaines de gallions pour l'avoir, tu le savais ?

-Non, admit-il en haussant les épaules.

-J'en ai une moi aussi.

-C'est vrai ? »

Les yeux écarquillés, il eut un coup au cœur. Etait-il possible qu'une fille joue à ce genre de jeux ? Il existait, et ce même dans le monde sorcier, des jouets beaucoup plus féminins : comme ces poupées sorcières dont les vêtements changeaient de couleur et dont les cheveux repoussaient si les petites filles les coupaient. Anaïa acquiesça vigoureusement, reposa « Harry » et observa les autres figurines, un éclat de jalousie brûlant dans ses prunelles. Elle avait toujours été une enfant bien gâtée, autant par sa mère que par les autres membres de sa famille, mais même dans ses rêves les plus fous, elle n'aurait jamais cru que quiconque puisse avoir autant de ces jouets.

« Tu les as toutes ?

-Non, il me manque Voldemort, bredouilla-t-il avec la sensation que le nom pesait bien lourd entre eux, symbole même de nombreuses différences. Mon père a refusé de me l'offrir.

-Et il a accepté que tu ais Harry ? s'écria Anaïa, sous le choc.

-Je lui ai dis que c'était juste un sorcier qui lui ressemblait, qu'il n'était pas le seul à avoir des lunettes, et il a fait semblant de me croire. J'ai tes parents aussi, même si ta mère n'est pas très bien représentée… »

Mais déjà Anaïa passait à autre chose, à d'autres petits jouets sur l'étagère juste au-dessus. Dragons et autres créatures magiques s'exposaient là sous ses yeux, et elle se sentit à nouveau légèrement irritée.

« Et là, tu les as toutes ?

-Non plus, marmonna-t-il, déçu. Il me manque un Hippogriffe mais mon père les a en horreur, pour une raison que j'ignore. »

Anaïa se tourna si violemment vers lui qu'il crut avoir dit quelque chose de mal, sans savoir quoi, mais bientôt elle éclata d'un rire, si vivant qu'il sembla réveiller la maison toute entière. Il fronça les sourcils sans comprendre et elle s'approcha de lui, posa ses mains sur ses épaules et plongea son regard dans le sien, les épaules secouées par de petits ricanements incontrôlables.

« Ton père ne t'a jamais dit ce qui lui est arrivé avec Buck ?

-C'est qui Buck ?

-Un Hippogriffe. Ma mère m'a raconté cette histoire des dizaines de fois, et quand j'étais petite, mon père imitait même le tien le jour où… Non, sérieusement… murmura Anaïa en secouant la tête à mesure que toutes les hontes de Drago Malefoy lui revenaient en tête. Et il t'a parlé de la fouine ?

-La fouine ? répéta Ky, ne comprenant plus du tout de quoi elle parlait, comme si elle s'exprimait en une autre langue.

-Par Merlin ! Mieux vaut que tu sois bien assis. »

Ky se dandina, mal à l'aise, sur son siège et Anaïa s'installa sur son bureau, avec une nonchalance qui –au lieu de le choquer– lui donna une impression apaisante de familiarité. Elle avait toujours l'une de ses mains sur son épaule et ce contact, encore une fois, lui parut tellement logique qu'il aurait voulu qu'elle ne s'éloigne plus jamais. Avec un grand sourire plein de mystères et de promesses, Anaïa finit par murmurer, conspiratrice :

« Es-tu prêt à entendre les plus grands secrets de ton père, Ky ? A imaginer ses plus improbables humiliations ? A rire de lui, même ?

-Si je réponds que non, tu vas te taire ?

-Bien sûr que non, répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel avant de lui décocher un sourire qui fit fondre toutes ses appréhensions. Il faut absolument que tu saches ! »


Le silence était si pesant que Drago avait l'impression de pouvoir le toucher, l'apprivoiser, s'en faire un solide allié. Il aurait pu ouvrir la bouche, mais toutes ses idées de discussions auraient pu tourner à la dispute. Il jeta un rapide coup d'œil à son invité qui sirotait sa boisson avec une parcimonie presque touchante, et il se surprit à sourire. Elle était dans ses petits souliers et il s'en délectait, comme autrefois. Il avait beau s'être promis d'être poli, rien ne l'empêchait de taquiner un peu la lionne.

A l'époque de Poudlard, elle avait de la répartie et leurs petites disputes qui se produisaient presque quotidiennement dans les couloirs marquaient certains de ces plus beaux souvenirs. Il évitait évidemment de trop l'embêter devant ses amis, redoutant les coups et sorts qui finissaient forcément par pleuvoir. Mais dès qu'elle était seule, il s'enorgueillissait de la voir rougir et frémir devant lui. Lorsqu'elle parvenait à le décontenancer, par contre, il finissait toujours à bougonner dans son dortoir en la traitant de tous les noms. Elle était douée à ce petit jeu, du moins quinze années plus tôt, et il était impatient de découvrir si ce trait de caractère lui était resté.

Le sujet de discorde était déjà tout trouvé depuis de longues minutes, depuis qu'il avait revu la petite Anaïa dont l'apparence l'étonnait énormément.

« Je sens que je vais regretter de poser cette question, Granger, mais Anaïa est… une adorable petite fille.

-Ce n'est pas une question, soupira Hermione après un court silence.

-Oui, en effet. Alors, à quel pauvre homme as-tu dû dérober sa semence pour concevoir une telle enfant ? »

Hermione se figea alors que son sang se mettait à bouillir dans ses veines, menaçant de lui faire perdre le peu de calme qu'il lui restait. Elle serra ses doigts autour de son verre à moitié vide et tâcha de ne pas le lui jeter au visage. Il avait posé cette question avec tant de morgue, et une étincelle de cruauté, qu'elle savait pertinemment à quoi il jouait. Et pas question d'entrer dans son délire. Jamais. Il continua en constatant qu'elle restait muette.

« Sans vouloir t'offenser, Granger, elle est réellement jolie, une vraie petite poupée. Et toi, tu es… Et bien… toi, ricana-t-il en la regardant de haut en bas, comme si cela résumait tout ce qu'il pensait de son apparence. Je n'irais pas jusqu'à dire que tu es laide, mais le père de cette enfant doit avoir un sacré code génétique pour avoir réussi à ce point à l'immuniser contre ce que tu avais à lui transmettre.

-Je te demande pardon ?! »

Elle voyait rouge. Vraiment. Sa colère l'étouffa, la rendant pantelante, tandis qu'un filet de sueur courait le long de son front. Il l'aperçut et un bref désir fit frémir ses doigts. Il aurait voulu arrêter sa course, jusqu'à ce que la petite goutte se perde dans le cou de la Gryffondor. Il reprit ses esprits et décida de ne pas s'arrêter là, profitant de sa stupeur pour lui asséner un dernier coup.

« Si j'avais passé quelques soirées à écumer les bars, à l'époque, j'aurais pu penser à moi, mais…

-C'est Ron ! cracha-t-elle avec une virulence qui l'étourdit, son cœur battant contre ses tempes.

-Weasmoche ? »

La stupéfaction se lisait péniblement sur ses traits et Hermione le fuit des yeux alors que Drago analysait cette réponse des plus surprenantes. Ronald Weasley et Hermione Granger ? Rien de plus banal en vérité, il avait lui-même parié sur le temps que prendrait le rouquin à déclarer sa flamme à la Sang-de-Bourbe à l'époque de Poudlard. Mais Anaïa ne pouvait être leur fille. Elle avait peut-être un petit quelque chose d'Hermionien, dans sa manière d'agir ou de parler, mais rien de cet imbécile de Weasley. Pour se redonner contenance, il railla :

« Alors tu avais le choix entre tous les hommes de la Terre –dont je fais partie, une partie non négligeable, et tu as choisi de violer Weasmoche ?

-Ron et moi étions mariés. »

Drago se figea, proprement stupéfait cette fois. Pas pour l'histoire de mariage –les Weasley se mariaient et se reproduisaient à une vitesse effarante, envahissant le monde tel un virus– mais pour l'emploi du passé. Ainsi, Granger était divorcée. Et cela semblait la rendre si malheureuse qu'il n'osa pas plaisanter sur le sujet. En tant que parent célibataire, il savait parfaitement ce que cela représentait, d'être seul. Pourtant, il ne put s'empêcher de trouver autre chose, une boutade qui –il l'espérait– la ferait au moins sourire car elle semblait tout à coup très abattue. Et qu'une Granger abattue ne donne rien de bon en matière de répartie.

« Oh… Alors, laisse-moi reformuler ma question, Granger : avec qui as-tu trompé Weasmoche ? »

Elle se leva d'un geste brusque et son verre vacilla dans sa main tremblante avant de tomber au sol. Le verre explosa par terre alors que le liquide ambré traçait des sillons entre les lattes du plancher, jusqu'à se faufiler sous un immense tapis. Il réalisa qu'elle tremblait de tout son corps et se releva à son tour pour s'approcher d'elle, prêt à lui demander quand est-ce qu'il avait dépassé la limite du correct et si elle comptait –oui ou non– entrer dans son jeu pour rendre la partie plus amusante.

Il n'eut pas le temps de faire un pas que Dondre apparut, alerté par le bruit. Drago n'eut pas le cœur à le renvoyer et l'elfe se mit à nettoyer alors qu'Hermione fuyait en direction de la porte la plus proche. Il la suivit après avoir ordonné à son serviteur de ne pas les déranger.

Elle était dans la cuisine lorsqu'il la retrouva et il se figea sur le seuil en la découvrant, le visage inondé de larmes. Elle se retourna pour les lui cacher, en vain, et il se sentit tout à coup minuscule. Il pouvait encaisser beaucoup de choses, accepter et gérer mille situations invraisemblables, mais il détestait voir une femme pleurer, quel que soit son âge, son nom, sa beauté. Ça le rendait tellement mal à l'aise qu'il enfonça ses poings dans ses poches et se balança d'un pied à un autre pendant de longues minutes sans savoir quoi faire.

Enfin, Hermione se retourna vers lui, les yeux brillants, mais ses larmes évaporées comme par magie. Elle semblait au bord de la crise de sanglots, mais au moins ne pleurait plus, ce qui redonna un peu d'espoir à Drago. Puis il se gifla mentalement : il l'avait faite craquer, peut-être pouvait-il se calmer. Le petit côté si mauvais de sa personnalité rêvait de l'enfoncer, encore et encore un peu, jusqu'à ce qu'elle implore sa pitié… Mais déjà il la chassait, revêtant le costume plus saillant d'homme un minimum sain d'esprit. Juste un minimum.

Une fois sûr qu'il ne se laisserait pas tenter par le côté obscur, il tenta de lui envoyer un petit sourire, juste pour la rassurer. Cela fut très mal interprété et la lionne réapparut, plus sauvage encore qu'autre fois.

« Alors, tu es content ? hurla-t-elle, plus fort qu'elle ne le voulait au départ. Tu as réussi à briser la solide carapace de ta Sang-de-Bourbe préférée en quelques minutes, en quelques phrases… Je parie que tu dois être en train de jubiler et d'imaginer comment me faire pleurer encore !

-Je…

-Tu n'es qu'un lâche ! Une sale fouine qui en mettant son nez partout finit forcément par déterrer quelque chose ! Tu veux faire croire que tu es devenu quelqu'un de bien, avec ton fils, avec cette maison, avec ces « merci » et ces « s'il vous plait » à ton elfe de maison, mais tu es toujours le même : un petit con arrogant qui se plait à torturer les gens en espérant ainsi ne pas voir à quel point sa vie est minable. »

Il avança d'un pas en sa direction. Il aurait pu la frapper à l'instant et mourait d'envie de le faire. Mais elle avait raison, en partie du moins : il avait été cette personne qu'elle décrivait, et il s'était retransformé en cette personne. Mais au départ, il n'attendait qu'une petite étincelle, de quoi plaisanter plus tard avec Blaise ou Théo –« Tu sais, la fille Granger, je l'ai encore mise sans-dessus-dessous. ». Il avait juste voulu retrouver ce semblant de relation –certes totalement malsaine et qui les laissait tous les deux vides de la moindre énergie– qu'ils vivaient à Poudlard.

Il s'était fourvoyé.

Les problèmes de l'adolescence, les petites piques concernant le physique, les remarques acerbes sur ses amis… A l'époque, cela avait une importance fondamentale à leurs yeux, mais ils savaient pertinemment qu'ils oublieraient avec le temps, que leurs histoires d'adolescents ne seraient plus que des anecdotes dans le futur. La vie d'adulte était bien plus complexe. Et –sans réellement le vouloir– il avait réussi à appuyer sur un point sensible, lui brisant ainsi le cœur, aidant ce petit éclat de lumière qui brillait dans les yeux de la lionne à disparaître totalement.

« Quoi, tu ne réponds rien ? s'emporta-t-elle encore, les yeux de plus en plus humides. Pourtant, tu devrais. Je vais te donner quelques idées puisque tu manques cruellement d'imagination : aujourd'hui, je vis probablement la plus affreuse des journées de ma vie depuis mon divorce. J'ai été entraînée par ma menteuse de fille chez un enfoiré d'ancien condisciple que je déteste plus que tout au monde ! Bon sujet de plaisanterie hein ? Mon incapacité à élever correctement mon enfant, ou mieux encore, à t'envoyer balader !

-Granger, je…

-La ferme ! Tu veux d'autres idées de petites piques, peut-être ?

-Non, merci, ça ira, tenta-t-il de dire en espérant qu'elle finirait par se taire car les larmes menaçaient à nouveau de s'échapper de ses yeux.

-Mon ex-mari s'est remarié et a un enfant. En deux ans il a réussi à refaire sa vie, ce que je suis de toute évidence incapable de faire puisque je suis probablement laide, comme tu l'as si gentiment fait remarquer. Ou peut-être que je suis simplement trop épuisée, débordée… »

Il cessa de l'écouter, refusant de trouver d'autres armes contre elle alors qu'elle s'effondrait déjà très bien sans son aide. Il préféra se concentrer sur son visage qui tremblait de fureur. Ses yeux lançaient des éclairs malgré leur humidité si embarrassante, ses joues auraient pu servir de plaque de cuisson tant elles semblaient brûlantes, et ses lèvres frémissaient, tout comme son menton, sous l'effort qu'elle devait faire pour conserver un semblant de dignité.

Il s'avança encore de quelques pas et elle était tant emportée dans son discours, l'assenant d'insultes nombreuses et variées, qu'elle ne s'en rendit même pas compte. Il la contempla plus intensément, cherchant un moyen radical de la faire taire, et en admirant une larme accrochée à ses cils, sentit sa confiance s'évanouir.

Il voulait juste qu'elle se taise. Immédiatement.

Hermione eut brusquement le souffle coupé alors que la bouche de Drago heurtait la sienne, si violemment qu'elle se retrouva plaquée contre le plan de travail sur lequel elle s'était appuyée un peu plus tôt. Le rebord du meuble s'enfonça dans son dos, lui arrachant un grognement de douleur. Mais peu lui importa cette peine. Il y avait bien plus important à considérer à l'heure actuelle.

La bouche de Drago Malefoy était sur la sienne, langoureuse, et ses propres lèvres, traitresses, s'alanguirent d'instinct, cédant le passage à une langue taquine. Elle sentait le corps de l'homme contre le sien, même s'il ne tentait pas de la toucher autrement. Ses mains étaient sagement restées le long de son corps. Seules leurs lèvres prenaient vie, en une communion si surprenante que Drago en frémit de plaisir.

Mais Hermione déjà, tâchait de retrouver son cerveau qui s'était perdu dans le bas de son ventre, torpillé par l'effet de ce baiser volé. Le reste de son corps s'était figé sous le dégoût que lui infligeait cette étreinte. Elle était en train de se laisser embrasser par Drago Malefoy, cette fouine insensible qui l'avait tant fait souffrir, avant comme aujourd'hui. Son cœur tambourinait dans sa poitrine, comme pour s'en échapper, conscient qu'il risquait d'être brisé s'il y restait et Hermione hurla à son cerveau de reprendre le contrôle.

Enfin, il obéit.

Son genou droit orchestra une attaque éclair et se souleva d'un geste sec et précis, jusqu'à heurter quelque chose. Elle ouvrit les yeux dès que les lèvres de Drago s'arrachèrent des siennes pour émettre un glapissement d'horreur. Il fit un pas en arrière, blême, et bascula sur une chaise dans son dos, chaise qui s'écroula en un bruit sourd alors qu'enfin, Drago portait ses mains à son entre-jambe, les yeux brillants.

Douleur.

Hermione se figea alors, épouvantée, en prenant conscience de ce qu'elle venait de faire. En réalisant qu'elle allait très vite le regretter. Le regard que lui envoya Drago mit un point d'honneur à le lui suggérer plus férocement. Oui, elle allait vraiment le regretter.


Note _ Mouhahahahahaha -Ok, si vous m'aviez déjà détesté avant, je crois que là ça dépasse l'entendement pas vrai ? dites-vous que m'assassiner ne résoudra pas vos problèmes & que vous n'aurez pas la suite sans moi... :P

Petites questions _ 1. Alors, la réaction d'Hermione a-t-elle été à la hauteur de vos espérances ? Je parle de sa réaction en voyant Drago, hein, pas de sa réaction de la fin... -elle est tarée, on casse pas un Drago, elle connait pas sa chance xD ; 2. Drago est-il au courant -selon vous- qu'on peut interrompre une femme sans lui rouler une pelle ? *Ce type me désespère xD* ; 3. Pensez-vous que ce baiser peut-être considéré comme une réussite du plan KyAna ? *ou pas, certes...* ; 4. Comment pensez-vous que Drago va réagir à cette émasculation forcée ? :P ; 5. Avez-vous aimé ce chapitre tout simplement ?

Dans le prochain épisode _ La suite de la scène Drago-Hermione, Of course & Ana qui fait une bourde ; Drago qui joue au... Malefoy -ouais, c'est le seul nom valable xD ; et vous allez enfin rencontrer des enfants Weasley -étrangement, je pense qu'ils ne vont pas beaucoup vous plaire :P & le retour de RonRon.

Bisous bisous, Review Review

Bewitch_Tales