Bonjour à tous !

Voici un two-shoot qui m'est venu à l'esprit... Je ne sais plus très bien quand. Toujours est-il qu'il est là. Initialement, je l'ai juste écrit pour mon propre plaisir, mais au final, j'ai décidé de le publier. Bonne ou mauvaise décision ? C'est à vous de juger ;)

Ce chapitre est centré sur L, le suivant aura la même structure que celui-ci, mais sera du point de vue de Light. Vous comprendrez peut-être mieux ce que j'en tends par structure quand vous lirez. Pour le genre, j'aurais plutôt mis : Psychologie. Mais il n'y était pas alors, je me suis contentée de drame.

J'espère avoir bien réussi à rendre hommage à la relation compliquée qui unit nos deux chouchous, mais aussi à... Enfin, je vais plutôt vous laisser lire pour tout découvrir ;)


La pluie fracassait les vitres du QG de L. Chaque goutte qui tombait meublait le silence installé dans la pièce. Car, une fois n'était pas coutume, le célèbre détective ne tapotait sur aucune des touches de son ordinateur. Il restait immobile dans son étrange posture accroupie, le regard perdu parmi les fenêtres dégoulinantes.

La chaise sur laquelle il était assis portait encore quelques traces sucrées de ses gâteaux favoris, de même que les rebords de son bureau d'ébène. Mais aucun cake ne trônait sur celui-ci. Même son ordinateur, allumé en permanence, présentait, depuis un certain temps, un écran noir. La seule source de lumière provenait donc des immenses vitres constituant un des murs de la chambre.

Quelques fois, les éclairs zébrant le ciel éclairaient momentanément le visage inexpressif du ténébreux, faisant ressortir son teint excessivement pâle, qui laissait à penser qu'il avait vécu durant une période indéterminée au pôle nord.

L était pensif, mais, fait rarissime, ne réfléchissait pas. Son esprit errait entre souvenirs et songes à venir ; se perdait dans des méandres tortueux.

Et les cordes continuaient de noyer le verre…

« - Light-kun déteste-t-il perdre ?

L était bloqué dans son enquête depuis maintenant plusieurs semaines… Et en mourait de frustration.

Il venait d'éplucher plusieurs centaines de dossiers synthétisés par Watari et avait écumé des dizaines de sites web dans l'espoir de dénicher quelques indices sur les activités de Kira, sans le moindre succès. Si leur investigation continuait dans ce sens, ils seraient bientôt forcés d'admettre un cuisant échec. Pourtant, il devait y avoir des traces indélébiles du passage du tueur en série, c'était forcé. Le détective en était persuadé. Il suffisait d'un indice oublié…

L'insomniaque avait la désagréable impression de tourner en rond, alors qu'il avait le responsable de toutes ces atrocités juste sous les yeux. Il ne saurait l'expliquer, mais le détective savait que l'adolescent couché en face de lui était le dangereux criminel responsable de cet atroce génocide. Il le sentait.

Ne restait plus qu'à le prouver.

Voilà la raison de cette question incongrue, posée à plus de deux heures du matin.

Lentement, la tête de Light émergea des draps. Il répondit difficilement, encore sous l'effet apaisant de son récent sommeil. Il se frotta légèrement les yeux, puis répondit en étouffant un bâillement :

- Ryuzaki, s'il s'agit encore là d'une de tes tentatives pour augmenter ou diminuer mon pourcentage de culpabilité, tu perds ton temps. Je ne suis pas Kira.

L ne prit pas la peine de froncer les sourcils et afficha comme à l'accoutumée, un regard neutre. Il était habitué à ce genre de déni, et avait appris avec le temps, à parfaitement mettre son suspect sous pression. Ses yeux n'étaient pas insistants, mais dégageaient une impression de puissance qui clouait le corps de l'adolescent sur place.

- Light-kun ne s'en sortira pas aussi facilement, rétorqua le détective, un sourire sarcastique se dessinant sur son visage.

L était déterminé à faire céder, ne serait-ce qu'un peu la barrière du jeune garçon. Aussi ne se contenterait-il pas d'une telle réponse, pas cette nuit. Le travail inutile avait toujours eu le don de l'exaspérer. Or, il ne laissa aucune lueur colérique luire dans son regard aussi sombre qu'un lac nocturne.

Le justicier s'accroupit à côté du corps de Light. Les mains sur les genoux, il avança sa tête de sorte à ce qu'elle se trouve juste en face de celle de son suspect.

Nez à nez.

Et il commença à déblatérer comme s'il exposait le plus simple des problèmes.

Souffle contre souffle.

- Si Light-kun possédait le pouvoir de tuer, en fonction de sa personnalité…

Le détective approcha alors très fortement son visage de celui de l'adolescent, de sorte à ce que sa bouche effleure son oreille, et lui chuchota :

- L'utiliserait-il ?

Se retirant comme il était venu, il observa avec satisfaction le visage de l'élève modèle se teinter de fureur.

- Comment oses-tu me comparer à Kira ? rétorqua Light. Tu ne te rends pas compte que… !

- Nous avons déjà prouvé, le coupa L de son ton analytique en mordillant un de ses doigts, que Kira est un adolescent très intelligent, qui avait un lien avec la police, comme par exemple, un lien familial. Il agit en fonction de pulsions et d'idéaux erronés provenant d'une grande immaturité.

Marquant une pause dans sa tirade pour donner plus poids à ce qui allait suivre, il poursuivit. Mais en vérité, il a peur. Son instinct, que je qualifierai d'animal, le guide grâce à la colère et la violence qui sont à même de combattre son effroi du monde. En d'autres termes, il s'agit d'un lâche. Et tu es un lâche, Light.

Pour la première fois, le détective avait laissé aux oubliettes le suffixe de politesse, rendant ainsi la phrase encore plus insultante. C'en fut trop pour le fils Yagami. Son poing jaillit des couvertures bleutées pour s'abattre sur le visage de L. La puissance de l'impact le projeta à bas du lit. Il atterrit lourdement contre le parquet, ce qui fit cliqueter la chaîne qui le reliait à son suspect. L chuchota alors pour lui-même, sans même prendre la peine de se relever :

- Light-kun me déteste-t-il enfin maintenant ? »

Tiré de son souvenir par un éclair particulièrement lumineux, l'insomniaque détourna son regard des fenêtres ruisselantes. Il fixa alors ses mains sucrées jusqu'aux ongles avec dégoût.

En vérité, L se haïssait.

Il abhorrait chaque parcelle de son être, chaque centimètre carré qui composait son corps. S'il avait pu faire quoi que ce soit pour changer son hideuse personnalité, il ne se serait pas fait prier.

Malheureusement, ou heureusement, selon les points de vue, il était impossible de changer ce que l'on était réellement. On pouvait à la limite faire semblant, jouer la comédie, comme beaucoup de gens…

L ne pouvait même pas faire semblant.

Abandonné dès sa naissance, il se détestait de ne pas avoir pu être un assez bon enfant pour ses parents. Il aurait dû être plus. Beaucoup plus. Tellement… mieux. Génie dès son plus jeune âge, il n'avait pourtant jamais été satisfait de ce qu'il accomplissait, estimant qu'il avait usé de trop de temps, ou d'une trop mauvaise méthode. « Avec des efforts, tout est possible. » disait-on. Mais l'être humain avait tout de même ses limites, et peu importait le nombre d'efforts, L ne pourrait jamais les dépasser.

L était fier. Bien trop fier. Ce que les gens normaux nommeraient « fierté mal placée », il l'appelait fausse modestie.

L était intelligent. Et il savait. On le lui avait suffisamment répété pour que cela imprègne son esprit.

L était faible. Bien plus émotionnellement que mentalement. Il s'illusionnait derrière son ressentiment dans la peur de souffrir de l'inconnu.

Petit, malgré ses étranges manies comportementales, il avait tout tenté pour recevoir un tant soi peu d'affection. Mais rien n'avait fonctionné.

Personne n'avait jamais aimé L.

Ceux qui le côtoyaient l'admiraient, voire le craignaient. Ils le considéraient comme La personne qu'ils ne pourraient jamais atteindre, même dans leurs rêves les plus fous. Il était l'habitant d'un monde différent du leur, d'un monde inaccessible et incompréhensible pour les gens normaux. Alors, à défaut de susciter l'amour, il voulut susciter la haine. Délaissant son habituel calme, il devint exécrable. Abominable à en vomir. Cruel au point qu'il soit dégoûté de lui-même.

Personne ne détesta L.

Il continuait de recevoir cette admiration inconditionnelle, ni ennemie, ni amie, qui se contentait de le placer sur un pied d'estale que personne ne pourrait envier. Cette fascination malsaine le poursuivit durant toutes ses années passées à l'orphelinat. Puis, arriva Le regard…

C'était sa première enquête, son premier suspect, le premier homme qu'il faisait incarcérer pour meurtre.

Lorsque les yeux de L croisèrent les siens, il en frémit des pieds jusqu'à la racine des cheveux. Le détective ne décela aucune admiration dans ce regard rouge sang.

Choc.

Une froideur calculée en émanait. Un sentiment glacial, qui le paralysait tout entier. La haine à l'état pur.

La surprise passée, l'insomniaque ressentit un tressaillement s'emparer de son cœur. Au lieu de s'estomper, celui-ci s'intensifia au fur et à mesure que les yeux de sa victime se faisaient violents dans leur rudesse implacable. L sentit son corps s'agiter, ses muscles se tendre et se détendre, comme si un feu intense brûlait en lui. Ses yeux, qui n'avaient jamais été que le miroir de ce qui l'entourait, se paraient de véritables sensations. Percevoir le monde leur était à présent impossible, car maintenant, ils voyaient.

Le cœur trépidant, le détective s'était lentement avancé vers le criminel. Pour la première fois, L se sentait vivant… Et il en voulait plus. Provoquant délibérément le meurtrier, il attisa lentement sa haine, jusqu'à ce qu'elle explose, jusqu'à ce que le poing de celui-ci rentre rudement en contact avec son visage. Et alors qu'il rendait les coups, une soudaine envie de rire le prit à la gorge. Qu'est-ce qu'il se sentait… bien. A partir de ce moment, le célèbre détective vécut à travers sa haine, et celle que les criminels lui vouaient.

Un être humain n'existait que par ses sentiments. L n'existait que par son ressentiment.

L'amour n'avait pas de sens à ses yeux. Qu'était-ce, à part le symbole de l'inconnu le plus profond ?

Il n'en avait jamais reçu, et n'en recevrait jamais. Seule la haine le stimulait, au point de stagner jusqu'à pas d'heure devant son écran, afin d'achever au plus vite son enquête et enfin croiser le regard enragé du tueur durant le procès.

Avant, il n'était qu'une coquille vide. Il n'en possédait maintenant plus que l'apparence.

Son regard noir, d'une froideur liquide, observait depuis lors attentivement chaque détail du monde qui l'entourait. Des yeux de serpents, sournois, et prêt à déceler la moindre faille psychologique chez un individu pour en attiser la colère.

L ne ressent de sentiments envers les autres que si ceux-ci en ressentent également.

L vit grâce à la haine qui le lie à ses congénères.

L est à l'antipode des êtres humains.

Contrairement à eux, qui n'ont de cesse de chercher l'amour, il recherche la haine…

Le détective jeta un regard en coin à Light qui dormait à poings fermés sur son lit double, tout en repensant à son altercation avec ce dernier. Il n'avait jamais compris comment réagir face aux autres.

Enfant, il avait fait des expériences, testant sur plusieurs sujets, dans les mêmes conditions, une même manière d'agir.

Rien n'avait jamais concordé.

Tout génie qu'il fut, il n'avait jamais réussi à établir une logique qui régulerait le comportement des gens. Les sentiments sont incontrôlables ; ils dépendent de tant de facteurs que l'on ne peut parfois déceler. Voilà une chose qui ne s'étudie pas. Une chose dont L pouvait avoir peur. Aussi en vint-il à rester stoïque face aux réactions d'autrui, qu'il ne pouvait quelques fois comprendre avec un esprit aussi mathématique.

Et particulièrement, il n'arrivait pas à saisir la manière dont il devait agir avec l'adolescent. Il ne comprenait pas ; il ne savait pas.

L voulait être rattaché à lui par un lien indestructible. Un lien qui pourrait consister en autre chose que la haine ? Mais personne n'avait jamais appris à L un autre sentiment que celui-ci. Aussi désirait-il que son suspect l'exècre plus que n'importe qui, pour ainsi créer le lien le plus fort que la Terre ait porté. Il lui rendrait ainsi son aversion au centuple et scellerait leur union sacrée.

Or, ce que L ignorait, était que s'il continuait sur ce chemin, la déchéance finirait par l'emporter.

Nous avons tous besoin d'amour. La colère n'est qu'une illusion fallacieuse qui nous offre sur un plateau d'argent la rage de vivre… Mais pas le bonheur. Et la seule personne capable d'apporter l'amour dont il manquait tant, L était sur le point de la perdre, définitivement.


C'était pas très long, mais la qualité prime au dessus de la quantité non ? Et sinon, qu'en pensez-vous ? Je pense que c'est une manière de concevoir L qui est assez rare, en tout cas, c'est la mienne, et c'est vraiment comme ça que je vois le personnage. La principale qualité que doit avoir une fanfic sur un thème mille fois exploité, c'est l'originalité. Je ne sais pas si j'ai bien réussi mon coup, mais j'ai fait de mon mieux avec mon inspiration comme guide !

Avis positif, négatif ? Une petite review ne fait jamais de mal :)