Note de l'auteur : Bonjour tout le monde !

Et c'est partit pour un chapitre 3 qui commence tout en douceur ^^

Rating : M

Disclaimer : Death Note appartient à Obata et Ohba


Unbreakable

Chapitre 3 : Le marchand de bulles

A chaque exhortation, son poing s'abattait un peu plus fort sur la table de bois massif meublant le salon, la faisant frémir sur ses pieds. Dans une douloureuse litanie qui dura, et dura, et dura … .


Le nouveau, le roux, le petit … .

Génies ou pas, les mômes restaient des mômes. Avec leurs a-priori. Avec leurs mots. Des mots que Matt n'avait encore jamais entendu lui être directement adressés, mais ça ne l'empêchait pas de les entendre à la volée, au détour d'un couloir ou lorsqu'il rentrait dans une pièce sans que personne ne l'y attendît. Mais pour autant, les regards qui suivaient en général ses apparitions n'étaient ni hostiles ni moqueurs. Ni méfiants ni agressifs. Simplement curieux. Très curieux. Comme ceux de chatons découvrant pour la première fois une pelote de laine sans oser y toucher. Craignaient-ils de l'aborder ? Très certainement autant que la réciproque était vraie … .

« Matt, tu es là. Nous avons terminé d'aménager ta chambre, viens avec moi, je vais te la montrer. »

Interrompu en pleine contemplation de l'une de ses nouvelles camarades en train de s'entraîner à la flûte traversière, le gamin avait doucement tourné la tête lorsque Roger l'avait ainsi interpellé. Sa chambre ? Il était vrai que depuis son arrivée, il avait dû dormir dans une petite chambre toute simple, une ''chambre-transit'' comme l'avait appelée lui-même le directeur de la Wammy's House. Apparemment, son arrivée prématurée n'avait pas laissé le temps d'achever tous les préparatifs, mais ça n'avait pas pris tant de temps que cela vu qu'il n'était là que depuis une semaine.

Quoi qu'il en fût, Matt fut sur ses pieds en une fraction de seconde tant sa curiosité avait été éveillée par cette simple déclaration, et il s'était aussitôt précipité à la suite de la vieille silhouette qui quittait déjà la salle de musique pour se diriger vers l'aile des chambres, enfilant le long couloir tandis qu'une de ses mains s'était affectueusement posée sur l'épaule du gosse.

Mail Jeevas.

Timide au point qu'il n'avait pratiquement pas ouvert la bouche depuis une semaine. D'aucun aurait pu le croire muet si la politesse du gamin ne l'avait pas poussé à souffler quelques mots d'une voix si basse qu'il avait chaque fois fallu tendre l'oreille pour l'entendre. Un remerciement lorsqu'on lui donnait quelque chose, une réponse à peine murmurée lorsqu'il était interrogé en cours … . Roger ne s'en inquiétait toutefois pas le moins du monde, et il avait d'ailleurs déjà trouvé une solution pour mettre Matt plus à l'aise et le pousser à communiquer davantage avec les autres enfants.

« C'est ici Matt, bienvenue chez toi. »

Et sans plus attendre, le vieil homme toqua quelques coups à une porte qu'il ouvrit dès qu'il en reçut l'autorisation, dévoilant ainsi une vaste chambre où les rayons du soleil entraient à flot en ce milieu d'après-midi. Le pan de bois se situait d'ailleurs à l'exact milieu de la pièce, permettant ainsi aux enfants - toujours à deux dans une chambre afin de renforcer les liens entre eux - de mieux démarquer leurs territoires respectifs. Celui-ci se composait ainsi d'un lit, d'une armoire, d'un bureau et d'une chaise à roulettes, mais tout le reste était laissé à leur entier choix. Décoration, meubles supplémentaires, jouets, équipement … rien ne leur était refusé, il suffisait qu'ils en fissent la demande pour l'obtenir.

« Matt, je te présente Mello, c'est avec lui que tu vas partager la chambre. Mello voici Matt, je te le confie. »

Regards intrigués de part et d'autre, tête basculant doucement sur le côté comme pour s'offrir un nouvel angle de vue sur l'autre. Les deux gosses avaient d'ailleurs agit avec une telle simultanéité qu'on aurait pu croire un jeu de miroir, et Roger sortit ainsi sans un mot afin de ne pas troubler ce moment. Ce moment où chacun se découvrait, s'apprivoisait.

S'il ne s'était pas trompé, le côté sociable et moteur du blond devrait normalement être le déclencheur du petit Matt … .

Un petit Matt qui demeurait sans bouger au milieu de la pièce, observant Mello autant que la réciproque était vraie. Tête blonde suivant chaque mouvement d'une tête rousse, chaque expression, chaque réaction. Du haut de ses sept ans, Mello n'était guère plus âgé que son nouveau colocataire, mais il émanait toutefois de lui une assurance qui aurait facilement pu lui rajouter des années. Une assurance visible et affichée. Crasse presque. Mais aussi terriblement rassurante pour un petit rouquin qui sentit bientôt ses ourlées se relever en un timide sourire. Sa main se tendre afin de se saluer en une poignée de main presque virile pour ces deux petits bouts.

Premier contact.

Premier sourire de part et d'autre.

Et comme si de rien n'était, Matt sembla oublier le blond sitôt que leurs mains se lâchèrent, son regard explorant alors son nouvel environnement avec une curiosité presque joueuse tandis qu'il tordait le cou pour mieux voir ce que Mello avait accroché à sa partie de mur. Un tableau de Mendeleïev, le discours ''I have a dream'' de Martin Luther King imprimé sur deux pages accrochées côte à côte, une carte du monde, la ''Divine Proportion'' de Léonard de Vinci faisant office de voisine à un extrait de la ''Divine Comédie'' de Dante … . Tant et tant de choses bien impersonnelles dans une chambre d'enfant, à l'exception d'une seule. D'une photo, représentant le blond en compagnie d'un jeune homme plus âgé que lui, curieusement assis accroupi sur sa chaise tandis que le cliché semblait avoir été volé en pleine partie d'échecs. Un bon souvenir s'il fallait se fier au sourire de Mello chaque fois qu'il regardait cette image.

« C'est L. C'est lui qui partageait la chambre avec moi avant, mais il a quitté la Wammy's il y a quelques mois déjà. C'était plus facile pour son … travail. »

Le gosse avait hésité sur le mot, mais il avait finalement préféré demeurer discret sur les activités de L. C'était certes un secret de polichinelle en ces lieux, mais Mello s'était toujours démontré prudent lorsqu'il parlait de son ancien colocataire. Comme pour le protéger d'éventuels ennemis. Comme pour préserver leur jardin secret.

Mais déjà, Matt avait de nouveau tourné les talons pour continuer ses explorations, contournant ainsi le lit pour jeter un œil sur le bureau encombré du blond. Si encombré que la plaque de bois disparaissait entièrement sous des montagnes de livres et de feuilles, le tout surmonté d'une petite bouteille en plastique rouge et jaune vif. L'objet avait été gagné il y avait bien trois semaines de cela, à la fête foraine où Roger les avait tous emmenés, et Mello avait plusieurs fois tenté de s'en débarrasser en le jetant à la poubelle mais sans succès, Linda s'échinant à le récupérer pour le lui ramener. Et accessoirement le poser pile sur la masse de ses affaires … .

« Bulles … ? »

La voix était basse et hésitante, mais pas fluette pour autant. Timide sans être apeurée. Comme si le gamin doutait simplement que le fait d'ouvrir la bouche pût présenter une quelconque utilité.

« Ouais c'est du liquide à bulles, j'sais pas pourquoi Linda s'acharne à me le ramener mais …

- Bulles. »

En temps normal, Mello avait une sainte horreur qu'on lui coupât la parole, mais comment en vouloir à cet adorable rouquin qui avait saisi la bouteille avec mille précautions, la lui tendant lentement tout en le dévorant de ses yeux vert.

« Regarde, il faut faire comme ça … . »

Et joignant le geste à la parole, le blond agita la petite bouteille avant de l'ouvrir doucement, le capuchon emmenant avec lui une longue tige jaune surmontée d'un rond où frissonnait déjà une esquisse de bulle aux reflets de pétrole. Il ne restait plus qu'à souffler dessus. Doucement. Tout doucement. Pour que le liquide se mît à trembler tout en se déformant, dessinant lentement une bulle frémissante qui finit par prendre son envol dans la pièce après plusieurs secondes de souffle appliqué.

Grosse bulle bleutée entourée de folles petites bulles multicolores qu'avait crée un cercle plus petit se situant juste en dessous du plus gros.

Amas de bulles qui virent bientôt leur rang grossir au fur et à mesure que Mello plongeait la tige dans le liquide puis soufflait à nouveau dessus, la chambre se retrouvant bientôt noyée sous une myriade de bulles de toutes tailles et de toutes couleurs. Matt semblait d'ailleurs proprement ravi tandis que ses mains ouvertes largement en coupoles tentaient de recueillir avec douceur ces éphémères.

« Merci Mello ! »

La voix du rouquin était désormais nettement plus forte, teintée de ce rire d'enfant qu'il ne cherchait même pas à retenir en présence du blond. Son sourire parlait d'ailleurs pour lui.

Première prise de contact plus que réussie … .


« MAAAAAAATTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTTT ! »

Le cri sembla perdurer de longues secondes à ses oreilles tandis qu'une couche de sueur couvrait désagréablement son corps, collant le drap à sa peau au point que Mello dut se débattre un instant dans l'obscurité afin de pouvoir enfin s'extraire de son lit. Une opération qui ne se fit d'ailleurs pas sans dégâts parce qu'au bout de quelques instants seulement, le drap se retrouva en autant de lambeaux que les mains crispées du blond pouvaient en faire, celles-ci se serrant bientôt convulsivement en poing pour s'abattre sur tout ce qui avait le malheur de tomber à sa portée.

« MATT ! MATT ! MATT ! »

L'appartement était en train de voler en éclat, littéralement.

Sa voix était en train de voler en éclat, littéralement.

Ses mains ensanglantées ne furent bientôt plus que le pâle reflet de ses cordes vocales menaçant de se rompre sous ses hurlements. De son cœur cognant si fort dans sa cage thoracique que Mello en éprouva bientôt une douleur sourde lui arrachant un rire de dément.

« Allez vas-y fils de pute de Kira, bute-moi … . Bute-moi si tu l'peux ! T'entends connard ?! BUTE-MOI SI TU LE PEUX ! »

A chaque exhortation, son poing s'abattait un peu plus fort sur la table de bois massif meublant le salon, la faisant frémir sur ses pieds. Dans une douloureuse litanie qui dura, et dura, et dura … .

Jusqu'à ce que le silence se fît.

Jusqu'à ce qu'une silhouette tremblante se laissât glisser à terre, ses mains se resserrant autour de ses genoux pliés contre son torse, comme si cette position pouvait suffire à contenir ses sanglots.

« Matt … . »

Sa voix désormais éraillée,

Son souffle désordonné,

Son esprit ravagé.

Et ça ne faisait que commencer … tout ne faisait que commencer.